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Full text of "Mémoires de l'Académie des sciences, lettres et arts d'Arras"

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MÉMOIRES 


L'ACADEMIE 


DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS 


D'ARRAS 


ARRAS 


Imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur 


M. D. CCCGCII. 


me ou Lu Ce CORRE RÉ SÉANCES 


MÉMOIRES DE L'ACADÉEÈMIE D’ARRAS 


L'Académie laisse à chacun des auteurs 
des travaux insérés dans les volumes de ses Mémoires 
la responsabilité de ses opinions, 
tant pour le fond que pour la forme. 


MÉMOIRES 


L'ACADEMIE 


DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS 


D'ARRAS 


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Ile Série — Tome XXXIII. 


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CARRAS 
Imp. Rohard-Courtin, F. Guyot, Successeur 


M. D. CCCCII. 


I 
LECTURES 


Faites dans les Séances hebdomadaires. 


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SESÉTEES SERIE SEE TES SELS ESTESÉSTETÉETTSE ES 


LE MARÉCHAL DE LÉVIS 


Gouverneur général de l'Artois 
(1765-1787) 
‘PAR 


_par le Comte G. de HAUTECLOCQUE 


Membre résidant 


1770 


Cette année fut marquée par la chute du duc de Choiseul. 
Arrivé au pouvoir par l'intrigue, cet homme avait concentré 
dans ses mains les ministères des Affaires étrangères, de la 
Guerre et de la Marine. Doué d’une volonté de fer, et d’une 
intelligence peu commune, il avait entrevu les réformes à 
opérer dans le Gouvernement comme dans les finances, et 
par lui aurait pu être enrayée la ruine vers laquelle les vices 
et l’incurie de Louis XV précipitaient la France. Mais, 
également dépourvu de sens moral et de probité politique, il 
s’élait fait le servile instrument de la ligue formée par la 
haine entre l'odieuse Pompadour et le philosophisme. 
L'inique suppression de la Compagnie de Jésus restera à 
jamais comme une lache indélébile attachée à sa mémoire. 
Maintes fois les Etats d'Artois avaient eu maille à partir 


* Voir Mémoires de l’Académie, t. xxx11, p. 75. 


nor 


avec lui pour résister à son despolisme et défendre leurs 
privilèges, et toujours ils avaient trouvé dans leur Gouver- 
neur un concours loyal et dévoué. Ce rôle, le marquis de 
Lévis devait le conserver jusqu'à la fin. Et, tandis que, autour 
du trône, se produisaient de nouveaux scandales par l'éléva- 


tion de Madame Du Barry, et s’agilaient de nouvelles luttes 


avec les parlements par l’accession aux affaires du chancelier 
Maupeou, la province d'Artois continua bien des années 
encore à ressentir les avantages d'une heureuse ententeentre 
les représentants nalurels de ses intérêts et celui qui, person- 
nifiant pour elle l’autorité souveraine, ne faisait que accroître 
son attachement pour la maison royale. Cette année mème 
apporta une nouvelle preuve de cet attachement dans la 
proposition qui fut faite aux Etats d'organiser une fête 
publique à l’occasion de l’arrivée à Paris de la nouvelle 
Dauphine, de celle qui devait plus tard s'appeler la Reine 
Marie-Antoinette. 

Ce n’était pourtant pas que les temps devinssent meilleurs 
au point de vue de la prospérité matérielle. Les Cahiers (1) 
de cette année 1770 retracèrent les mêmes doléances que 
ceux de l’année précédente (2). La récolte en 1769 avait été 
aussi mauvaise qu’en 1768. De mémoire d'homme on ne se 
souvenait pas d’avoir vu les plaines fertiles de l’Artois 


(1) Ces Cahiers sont conservés dans les fonds de l'Intendance. 
Voir dossiers 550 et 770. 

(2) Ce fut l'évêque de St-Omer qui porta la parole et « parla avec 
cette facilité et cette éloquence qui lui sont naturelles et avec son 
ton ferme et persuasif. Son discours contenait tout ce qu'on peut 
dire de plus fort pour démontrer les besoins de notre province, la 
bonté de notre administration et combien elle est avantageuse au 
souverain et au peuple. S. M. a paru satisfaite et nous avons eu la 
joie d'entendre tous les cœurs applaudir, nous avons ensuite eu 
l'honneur d'être présenté à la famille royale et particulièrement au 
comte d'Artois qui nous a bien reçu.» (Lettre de M. Gosse d'Ostrel, 
député à la Cour.) 


=) 


refuser deux fois de suite aux cultivateurs le juste prix de 
leur labeur (1). La misère était grande de toutes parts. On 
avait dù faire du pain avec du seigle avarié. Les Etats 
avaient fait des achats considérables de grains à l'étranger. 
Mais tout cela constituait une alimentation insuffisante et 
de mauvaise qualité, et puis, sans doute, alors comme main- 
tenant, il y avait au-dessus de cette classe infime qu'on 
appelle les miséreux, un nombre incalculable de petites gens 
qui demandent moins et souffrent davantage. Une épidémie 
se déclara. 11 fallut avec le concours des curés, des baillis 
et des gens de loi, organiser un service de médecins (2) et 
de médicaments pour les malades, de bouillon pour les 
convalescents, de riz et de farine pour les affamés (3). Puis, 
à l’entrée de l'hiver, une maladie avait attaqué les chevaux 
et les moutons (4). Le canton de Bapaume, déjà si frappé 
l'année précédente, avait été encore le plus éprouvé. A peine 
était-on parvenu à obtenir quelqu'amélioration, grâce au 
secours d’un vétérinaire appelé en toute hâte, qu’une nouvelle 
bien aulrement grave arrivait du fond de la Hollande. En 
avril 1769, une épizootie générale s’élait déclarée. dans ce 
pays sur toutes les bêtes à cornes. De là, elle s'était propagée 
dans les Pays-Bas Autrichiens malgré les mesures rigou- 
reuses prises par les autorités, l’internement des bestiaux à 


(1) L'hiver avait été long, en 1770, sans être rigoureux, mais un 
ouragan détruisit, rien qu'à Avion, pour 60,000 livres de récoltes, des 
incendies éclatèrent à Souchez et à Miraumont, où l’église fut brûlée. 

(2) Les Etats d'Artois envoyérent les docteurs Taranget et Dusart. 
Comme la maladie sévissait À Achiet-le-Petit, le comte de Diesbach 
consulta M. Petit, célèbre médecin de Paris. 

(3) Ce fut surtout pendant l'hiver de 1770 que régna à Arras une 
fièvre épidémique, elle se manifesta d'abord dans la maison des 
orphelins et des orphelines. Le petit peuple fut le plus éprouvé ; on 
compta près de 900 malades, dont 190 moururent. 

(4) Surtout dans les pays de St-Pol et Bapaume. 


2 A0 


l'étable, la destruction des animaux contaminés. Ces mesures 
avaient été poussées à tel point que, dans certains districts 
du Brabant, par exemple, la race bovine avait totalement 
disparu. Rien n’y fit. La Flandre française fut envahie à son 
tour. C’était à la porte de l’Artois. L'émotion fut grande aux 
Etats. Les arrèlés les plus sévères furent pris par le conseil 
d'Artois (1) pour interdire tout mouvement d'entrée ou de 
sortie des animaux. Aussitôt le Gouvernement de se concerter 
avec l’Intendant de Caumartin, l’évêque de Saint-Omer et 
les autres députés à la Cour pour en assurer l'exécution. La 
maréchaussée, requise à cet effet, ne suffisait pas. Les rece- 
veurs des Etats eux-mêmes furent distraits de leur service 
ordinaire pour lui prêter main-forte. Des gardes paysannes 
furent organisées pour surveiller l’intérieur de la province, 
tandis que la garnison de Saint-Omer fournissait des 
patrouilles pour garder les frontières. Enfin l'on se mit en 
rapport avec l’école vétérinaire d’Alfort, récemment fondée 
(1766). Elle envoya aux frais des Etats des consultations, et 
un élève pour les faire exéculer. Tous ces moyens furent 
inutiles. Le fléau tant redouté s’abattit sur le pays (2). La 
cherté de la viande et du lait, venant s'ajouter à celle du 
pain et des fourrages, c’étaient toutes les ressources qui 
manquaient à la fois pour la nourrilure des troupes et des 
chevaux de la cavalerie (3). Les Etats poussèrent plus de 


(1) Arrêts du 15 septembre et des 15 et 20 octobre ; réglement 
du 19 de ce mois. | 

(2) Ce fut surtout à Avesnes-le-Comte et à Aubigny qu'il sévit 
Je plus. 

(3) L’Intendant reconnut qu'il n'y avait rien d’exagéré dans la 
situation présentée par les Cahiers ; la misère existait depuis plu- 
sieurs années et elle s’était accrue par la cherté excessive des grains, 
la mortalité des bestiaux dans plusieurs cantons et les épidémies 
qui avaient frappé un certain nombre de villages par suite de la 
mauvaise nourriture. [Il proposa donc une remise de 250,000 livres 


= Ai = 


clameurs que jamais. Sur la proposition du contrôleur 
général Terray, et l’avis favorable de l’Intendant, le Roi fit 
sur le don gratuit une remise de 200,000 livres, dont 120,000 
furent affectées à dégrever les contribuables les plus éprou- 
vés (1), 40,000 au remboursement de l’emprunt des fourrages, 
et 40,000 à l'amortissement des anciennes dettes de la pro- 
vince. L’abonnement du deuxième vingtième fut maintenu, 
et aussi les 4 sols pour livre du dixième. 

Le 25 juin, une première assemblée à la maïn (2) fut tenue 
par les Etats. On s’occupa de la perception du don gratuit 
des villes, de la répartition des marais, et les pouvoirs des 
députés à la Cour furent prorogés jusqu’à l’Assemblée 
générale. 

Celle-ci s’ouvrit le 12 novembre. Comme toujours, la 
question financière y tint la première place. Si les Etats 
consentaient à voter les sommes ordinaires demandées par 


comme en 1769, Mais il crut devoir dire aussi que si malgré les 
remises les Etats avaient voté autant de centièmes, c'était parcequ'ils 
administraient mal, sans cela ils pourraient faire des économies. 
Comme ia loi leur accorde la manutention de plusieurs sommes sans 
qu'ils aient à en justifier l'emploi, on ne peut savoir les améliorations 
à spporter dans leur administration. Les députés répondirent que 
malgré les secours accordés par l'Etat, ils avaient dû faire, aux frais 
de la province, des distributions de grains, farine, pain, riz, bouillon, 
médicaments, etc. et de plus cesser la levée des impositions dans 
une quantité de paroisses où les cultivateurs n'avaient rien tiré de 
leur culture. En outre le produit de l'impôt des boissons diminuait, 

(1) Ces contribuables étaient divisés en trois classes. Les Etats 
n'avaient pu soulager que ceux de la 3° classe. Avec le secours 
accordé par l’Etat on espérait pouvoir venir en aide à ceux des deux 
autres classes. Le Gouvernement exigeait la justification du surplus 
des sommes accordées par lui pour secours. 

(2) Les assemblées à la main avaient pour but, en général, de voir 
si on devait prolonger le pouvoir des députés à la Cour, on s'y 
occupait aussi d'autres affaires urgentes. 


+ 0 2e 


le Roi, ils se refussient à toute aggravation d'impôt, mème 
à toute innovation qui pût y conduire {{). Ainsi fut rejetée 
tout d’abord la proposition émise par l’Intendant de dresser 
l’état de toutes les fondations charitables et de toutes les 
aumônes particulières pour en constituer un fonds commun 
à l'usage des pauvres. L'idée n'était pas nouvelle. Déjà, 
sous Louis XIV, les biens affectés aux pélerinages et aux 
léproseries avaient été réunis pour augmenter les ressources 
des hôpitaux. La mème opposition se rencontra quand il 
s’agit de prendre connaissance des rôles des impôts. L’Inten- 
dant eut beau insister et faire observer qu’il le faisait depuis 
trente ans. 11 fallut que le contrôleur général intervint, et ce 
fut seulement à sa requête que les Etats consentirent à 
fournir l’exposé deleur situation financière. Ajoutons que leur 
méfiance n'était que trop fondée. Ce que le Gouvernement 
voulait, c'était d’étayer son propre crédit sur celui de la 
province, afin de faire un emprunt dont elle eût été respon- 
sable (2). 


(1) Les Etats protestèrent également contre l'impôt des 8 sols par 
livre et des 4 sols par livre que l'Etat avait mis sur certains droits 
et firent des mémoires à ce sujet en 1770 et 1772. 

(2) Voici les renseignements fournis par les Etats d'Artois sur 
leur situation financière : Emprunts des Etats d'Artois pour le service 
du Roi en 1770 : 1° rentes au denier 16, 18, 20, et 22 émises pour 
consolider les emprunts faits par les Etats avant la réunion de 
l'Artois à la France, 1,9730,177 livres. Remboursé en 1764 et 1765 
94,474 livres; reste dü,1,835,722 livres. 20 200,000 livres empruntées 
en 1707 pour la fourniture des fourrages, pour travaux destinés à la 
garde des frontières, pour l'établissement de postes pour garder les 
rivières et les routes. On donnait 1 sol par jour aux soldats et 7 sols 
6 deniers aux paysans qui montaient la garde. Enfin pour bois et 
chandelles fournis aux troupes. On n'avait rien remboursé sur cet 
emprunt. 30 En 1708, 1710, 1711, emprunt de 599,983 livres. On 
remboursa en 1754 et 1764 : 18,400 livres, il restait du, 581,383 
livres ; cet emprunt était destiné à payer les contributions imposées 
à la province, les frais de course ou de sauvegarde en argent donné 


1 — 


Ensuite les députés, non moins soucieux d’accroitre la 


aux ennemis pour être épargné. 4° Emprunt de 120,000 livres pour 
payer les contributions imposées en 1712 à la province. Aucun 
remboursement. 5° 1713, 93,650 livres, pour don gratuit, abonnement, 
rétablissement de la navigation de la Scarpe. Aucun remboursement. 
60 220,000 livres pour achat de grains, remboursé en 1752 et 1754, 
172,000 livres. 7v 1344, 308,120 livres, empruntées pour rembourser 
les créanciers qui avaient prêté de l'argent pour les fournitures du 
quartier général de St-Omer et la construction de la chaussée de 
Doullens, aucun remboursement. 8° 1345, 579,687 livres pour four- 
rages et chauffage des troupes. 90 1357, 400,000 livres. 10° 1760, 
400,000 livres. 11°1761, 300,000 livres. Ces trois emprunts au denier 
25 n’ont pas été remboursés et ont été faits pour payer par avance 
ce qu'on devait au Roi etpour acquitter en partie les trois vingtièmes 
imposés à la province. 120 19332, 1733, 1744, 36,912 livres, pour 
payer les terrains achetés pour les fortifications, aucun rembourse- 
ment. 13° 235,102 livres pour payer l'impôt des casernes. Cet impôt 
devait durersix ans maisun arrêtle prolongea, aucun remboursement. 
140 1766, 400,000 livres. 150 1566, 95,595 livres. Ces deux emprunts 
pour remboursements de dettes anciennes. 16° 1767, 198,666 livres. 
170 1768, 150,000 livres. 180 1769, 199,762 livres. Ces trois emprunts, 
pour le canal de la Lys à l'Aa. 190 1769, 270,350 livres pour cons- 
truction et réparations de chemins de la province. 200 1770, 200,000 
livres (on ne dit pas pourquoi). Total des emprunts, 6,364,976 livres, 
6 deniers. 

Voici les charges de la province : Don gratuit ou aide extraordi- 
paire, 400,000 livres; abonnement ordinaire, 500,000 livres; milice 
130,631 livres (en 1754 elle ne coûta que 20,170 livres). #4 sols par 
livres de la capitation, 44,400 livres ; abonnement à l'impôt sur les 
contrats et les 2 sols par livre, 90,200 livres; aide du pays de Laleu, 
10,500 livres ; abonnement des vingtièmes et les deux sols par livre 
du dixième, compris les frais de recouvrement qui sont considérables, 
990,000 livres. En résumé, entraient sans frais dans les coffres du Roi 
2,179,731 livres. Ferme des casernes sans profit pour les Etats, 106,500 
livres ; une année de cours de rentes tant anciennes que nouvelles, 
226,000 livres ; remises aux contribuables pour incendies, grêles, 
inondations, etc., 30,000 livres ; logement et chauffage des troupes à 


Ca 


= 16 


prospérité du pays que de défendre ses intérêts, tournèrent 
leur attention sur les encouragements à donner à l’agricul- 
ture et à l'industrie, en cherchant à augmenter le nombre 


St- Venant, 10,000 livres ; fourniture des fourragèes, environ 400,000 
livres ; entretien des chemins, ponts, chaussées et rivières (depuis la 
guerre on y a renoncé), 200,000 livres ; gages desdirecteurs et inspec- 
tours, 8,000 livres ; gages des inspecteurs et commis aux raffineries 
de sel, 1,300livres; gratification et logement du premier commissaire 
du Roi, 56,000 livres ; honoraires des députés à la Cour, frais de pro- 
cédure au conseil d'Etat, expédition d'arrêts et lettres patentes, enre- 
gistrements, frais de sceaux, 30,000 livres ; honoraires des députés 
ordinaires et aux comptes, appointements du greffier, des secrétaires 
du Tiers-Ordre et des receveurs généraux et particuliers, 38,700 
livres ; gages des cavaliers et officiers de la muréchaussée des Etats 
à Arras et à St-Omer, avec leur habillement, ceux des commis du 
greffe et du concierge des Etats, frais d'imprimerie, papier, port de 
lettres et autres frais du greffe, entretien de l'hôtel des Etats, achat 
de bois de chauffage, etc., pension d'un professeur de philosophie ; 
assistance du Magistrat d'Arres au rebail des fermes, etc., 37,000 
livres ; contribution de ia province daus la construction du canal 
d’Aire à St-Oiner, 84,999 livres ; petites fournitures des militaires 
et des deux levées de l'année dernière, 29,000 livres ; total des 
dépenses, 3,437,230 livres. 

Pour payer ces dépenses on avait les centièmes, l'impôt sur les 
boissons et bôtes vives. Moins ces impôts produisaient, plus on mul- 
tipliait les centièmes, Puis on créa le dixième pour payer les abon- 
nements et les autres charges. Pour recevoir les vingtièmes, pour 
lesquels on avait un abonnement, on se servait des rôles qui avaient 
été faits pour la régie du Roi. Pour ne pas lever trop de centièmes, 
on fut parfois obligé de cesser les travaux publics, de suspendre le 
paiement des rentes et avoir recours à l'emprunt. 

En 1775, les charges de la province ne furent que de 2,854,303 
livres. Les charges des villes (sans compter St-Pol, Lillers et Pernes) 
étaient, savoir : à Arras de 156,341 livres, St-Umer, 153,236 livres, 
Béthune, 43,679 livres, Aire, 77,536 livres, Bapaume, 13,484 livres, 
Hesdin, 22,716 livres. Les charges de la province et des villes 
montaient à 4,337,168 livres, 


de 


des cultivateurs. Des primes accordées par eux aux éleveurs 
contribuërent à l’amélioration des chevaux, et, d'inférieure 
qu’elle était jusque-là, la race boulonnaise acquit la juste 
célébrité dont elle jouit encore. Pour favoriser les manufac- 
tures naissanties, on mit à l'étude un nouveau tarif sur 
l'entrée des matières premières. Dans les lieux ouverts, on 
eut l’idée d'établir pour la perception des impôts des barrières 
auxquelles seraient préposés des commis, mais les frais que 
devait entrainer la surveillance de ces employés, et la 
difficulté d'en trouver qui fussent pourvus des qualités 
nécessaires y fit renoncer, pour établir dans ces localités 
un buraliste résidant qui recevrait les déclarations des 
intéressés. Les villes furent invitées à baisser l'intérêt de 
leurs emprunts {1}, et les Etats firent un règlement pour 
mettre en régie, et à titre d'essai pendant un an, l'impôt du 
don gratuit. Jusque-là, la perception était mise en adjudica- 
lion. Le sieur Deladérière en fut chargé, mais le Conseil 
d'Artois ne se montra pas favorable à cette mesure, et 
refusa d'enregistrer les lettres-patentes qui devaient la sanc- 
tionner (2). 

En cette mème année, l'attention des Elats se porta encore 
sur le développement du goût littéraire et de l'instruction 
chez les jeunes générations. Par leurs soins s’élaborait 
alors une histoire détaillée de la province et se préparait une 
nouvelle édition des Coutumes d'Artois (3). Une chaire de 


(1) Un arrêt du Conseil du 16 octobre 1770 réduisit au denier 20 
l'intérêt des dettes de la ville d'Arras. 

(2) Les Etats s'opposèrent à la création de nouvelles charges de 
perruquiers. À Arras il y en avait onze. 

(3) Ce fut en 1710, pendant la tenue des Etats, qu'on distribua à 
tous les membres le portrait du comte d'Artois dont nous avons parlé 
dans un chapitre précédent et dont la gravure venait d'être achevée. 
Elle avait 17 pouces 1/2 de haut sur 12 de large. Le prince est 
représenté en pied, ayant à ses cotés une table sur laquelle on voit 


16 


mathématiques fut créée au collège d'Arras et confiée à 
l'architecte Gillet (1). Un manège fut établi sous la direction 
d’un sieur Hovel (2). 

Le marquis de Lévis suivait avec intérêt tous ces 
progrès, et il y contribuait de sa protection et de ses encou- 
ragements (3). Pour lui, il se réservait les questions mili- 
laires. 1l en était une qui, soulevée avant son arrivée, 
présentait en ce moment dans la province de grandes diffi- 
cultés. C'était celle du casernement des troupes. On n'en 
était plus au temps où, sous la domination de l'Autriche, 
on envoyait les soldats loger chez l'habitant. Les villes 
avaient ensuite essayé d'installer leurs garnisons dans des 
maisons louées par elles à cet effet, mais ce système provi- 
soire et défectueux n'avait pas duré longtemps, et elles 
durent bâtir des casernes aux soldats et des pavillons aux 
officiers (4). Pour couvrir les frais, le Magistrat avait obtenu 


une Histoire de France ouverte au commencement du règne de 
St-Louis, un globe terrestre, une carte de la province d'Artois et un 
plan dela ville d'Arras. On trouve dans l'Almanach d'Artois de 1730, 
p. 231, des vers sur la naissance du comte d'Artois. 

(1) En 1769 les Etats d'Artois avaient résolu d'instituer à Arras 
une école gratuite de dessin et nommèrent pour la tenir le sieur 
Hovel, élève de l'Académie royale de peinture et de sculpture. 
L'ouverture de cette école se fit le 2 avril 1770 Déjà les Etats 
avaient précédemment accordé au professeur 5 livres de gratification 
annuelle par chaque écolier, ils lui continuèrent cette gratification. 

(2) Il se forma à Arras, en 1710, une nouvelle société de musique 
composée presque entièrement d'amateurs. Elle donnait chaque 
semaine un concert vocal et instrumental dans les salles du Gou- 
verneur. 

(3) Ce fut à la fin de 1770 que le marquis de Lévis fut nommé 
capitaine des gardes du comte de Provence. 


(4) Voir Les Rues d'Arras, par MM Godinet d'Héricourt, tome {°r, 
n. 255. ° 


ete 


par une ordonnance du Roi Louis XIV, en date du 24 noven- 
bre 1670, l’autorisation de lever pendant deux ans un impôt 
de 6 deniers par pot de bière forte livrée à la consommation. 

Les deux années révolues, les Elats, jugeant nécessaire 
d'étendre le bénéfice de celte ressource, les autres villes qui 
avaient également des casernes à bätir, se firent autoriser 
par le Roi à établir une taxe uniforme et générale de 10 sols 
par tonneau de bière. De cette taxe, étaient dispensés les 
ecclésiastiques, les nobles el tous ceux que leurs charges 
exemptaient du logement des gens de guerre, 

Le produit de cet octroi, autorisé par le Roi le 15 février 
1671, atteignit de 100 à 20,0 livres per an (1). Il était 
touché par les Etats qui en disposaient à leur gré, au mieux 
des intérêts du pays. D'abord il fallait prélever l'intérèt des 
dettes contraclées précédemment pour les acquisitions de 
terrains à bâtir el de maisons à transformer. Puis, à mesure 
que, par suite de l'augmentation des etfeclifs, les anciens 
locaux étaient reconnus défectueux et insuflisants, ils étaient 
vendus ou affectés à d'autres usages et remplacés par 
d’autres. Arras surtout réclamait impérieusement les bâti- 
ments nécessaires à loger les 7,000 hommes d'infanterie et 
de cavalerie que lui imposaient l'étendue de son enceinte et 
son litre de capitale de la province. Tout y était en mauvais 
état, les pavillons des officiers aussi bien que les logements 
des soldats. Sous prétexte que tout y était à refaire, à peine 
y avait-on affecté quelques dépenses de menu entretien 
tandis que d'autres villes de la province avaient été dotées 
de constructions neuves. Enfin son tour arriva. De belles et 
spacieuses casernes, celles que nous voyons encore aujour- 
d'hui, furent décidées. La première pierre en fut posée solen- 
nellement en présence du sieur Isnardi, ingénieur des Etats 


(1) En 1770 cette ferme produisit dans la province 110,000 livres; 
celte somme augmenta par la suite. 


2 


= 410 — 


d'Artois (1). Mais entre cette première pierre et la dernière, 
bien des années devaient s’écouler car ces casernes, commen- 
cées en 1681, ne devaient être fermées el muraillées qu'en 1751. 
Dans cet intervalle les récriminations et les contestations 
ne tarirent pas, entre les exigences de l'administration mili- 
taire, et la parcimonie des Etats. En 1725, des inspecteurs 
des casernes furent créés et mis à la disposition des direc- 
teurs des fortifications (2) pour activer les travaux. Mais 
cela ne suffit pas. La tendance était alors à supprimer 
l'autonomie des provinces el âconcentrer toutes les ressvurces 
aux mains du Gouvernement. En 1753, le génie militaire 
ayant été réorganisé, ce fut dans sa caisse, dite caisse des 
fortifications, qu'on eut à verser l'impôt. Ses ingénieurs se 
chargèrent de l'édification et de l'entretien des casernes et 
des pavillons militaires (3), qualifiés désormais de bâtiments 
royaux (4). Mais les difficultés n'en furent pas aplanies. 
Vainement les Etats prélendirent-ils que, les casernes étant 
finies, il yavail lieu de diminuer ou de supprimer l'octroi (5). 


(1) 11 devait y avoir 64 chambres avec 70 lits chacune et des 
écuries pour 384 chevaux, Le grand quartier (actuellement Schramm) 
tut construit par la ville, Ces casernes passaient pour les plus belles 
de France. 

(2) Celui d'Arras recevait une gratification de 600 livres par an 
pour les soins qu'il donnait aux casernes. 

(3) Les villes demandaient que, conformément à la promesse du 
Roy, ses ingénieurs consultassent le Magistrat pour les travaux à 
faire. L'acquisition des terrains donnait souvent lieu à des difficultés 
entre les villes et l'Etat pour savoir qui devait les payer. C'est ce 
qui eut heu à Béthune en 1770 pour un terrain acheté aux Chartreux 
de Gosnay. 

(4) C'était le ministre qui désignait les places où on devait employer 
les fonds destinés soit à bâtir, soit à réparer. 

(5) Les villes faisaient aussi valoir la pénurie de leurs finances et 
demandaient à prendre sur la caisse des fortifications pour travailler 
aux casernes laissées à leur charge. Le Magistrat d'Arras demanda 


— 19 — 


Le Gouvernement s’y refusa. Les constructions faites élaient, 
disait-il, encore insuffisantes, les pavillons des officiers 
surtout étaient défectueux (1). Et puis il y avait toujours 
la question du logement des troupes de passage que, 
en dépit d’un arrêté contraire rendu en 1731, on préten- 
dait imposer aux habitants. Cette charge élait encore 
aggravée par la facilité avec laquelle nombre d'étrangers et 
d'intrus obtenaient des billets de logement des autorités 
militaires (2). Bref, au moment où allait éclater la guerre 


en 1:69 qu'on prit sur le fonds des casernes pour subvenir à des 
dépenses qu on obligeait la ville à faire pour le logement de certains 
officiers, comme le lieutenant du Roi, etc. Car les finances de la viile 
étaient obôrées et on avait les rues à repaver et d’autres dépenses 
urgentes. Le subdélégué reconnut que la ville, pendant ia guerre, 
n'avait pu payer l'intérêt de ses emprunts, ce qui en avait fait baisser 
le cours, mais sa situation s'était améliorée et un arrêt du Conseil 
du 10 octobre 1770 avait réduit au denier 20 l'intérêt de ses dettes. 

(1) Une ordonnance du Roi, du 1° mars 1768, fixait l'étendue des 
logements. Le lieutenant-général avait droit à quatre grandes 
chambres ou cabinets pour lui et ses deux aides-de-camp, plus uae 
chambre pour son secrétaire, une cuisine, des chambres de domes- 
tiques, et une écurie. Le maréchal-de-camp n'avait que trois cham- 
bres et un cabinet, etc. Les colonels un cabinet en moins, un major 
encore une chambre en moins. Les capitaines avaient droit à une 
chambre pour eux et une pour leur ordonnance. Les lieutenants et 
sous-lieutenants avaient une chambre pour deux et un cabinet pour 
leur ordonnance (Voir de Cardevacque. Le logement des gens de 
guerre). 

(2) Déjà, en 1710, le ministre de la guerre, sur la plainte du Magis- 
trat d'Arras, avait écrit qu'on donnait trop facilement des billets de 
logement ; un autre ministre, le marquis de Ségur, fit quitter à 
M. de Salaberry, inspecteur des casernes, le pavillon de St: Maurice où 
on l'avait laissé s'établir. Pourtant, en 1780, à St-Venant, un fonc- 
tionnaire du même grade s'installa, non seulement sans réclamations 
dans un pavillon militaire, mais la ville donna 150 livres d'indemnité 
à l'officier auquel il était destiné et la même somme pour lui payer 


0 


de sept ans, tous ces problèmes n'étaient pas résolus. Le Roi 
voulant se rendre compte de ce qu’on pouvait loger de lroupes 
en Artois, envoya aux intendants militaires et aux com- 
missaires des guerres l’ordre de lui présenter un travail 
indiquant : 

1° Le nombre des casernes avec les chiffres de ce que 
chacune d'elles pouvait contenir en hommes el en chevaux ; 

2° Les pavillons destinés aux officiers ; 

3° Les hôpitaux, soit militaires, soit civils, avec le nombre 
de lits pour les soldats malades (1). 

4° Les arsenaux ; 


9° Les magasins pour les vivres, et les locaux ou couvents 
où l’on pourrait en mettre supplémentairement (2) ; 


un logement l'année suivante. Le gouverneur de cette ville avait 
950 livres par an pour son chauftage et son logement et les officiers 
de l'état-major 1,307 livres plus 24 bouteilles de vin à 6 livres pour 
étrennes. 

Le 24 décembre 1776, l'Intendant écrivit au Magistrat d'Arras qu'il 
devait loger les chefs de bataillons d'infanterie ou leur donner 
20 livres par mois. Mais en 1732, les Etats refusèrent de loger les 
officiers du génie employés au canal, sous prétexte qu'ils n'avaient 
pas fait de demande officielle. 

(1) En général on ne fournissait pas le logement aux employés des 
hôpitaux militaires. Pourtant le chirurgien-major et le contrôleur 
de l'hôpital de Béthune et le chirurgien-major de celui d'Hesdin 
obtinrent de résider à l'hôpital, sous la condition de quitter leur 
logement à la première réquisition. 

(2) Au départ des Jésuites de Béthune, on avait employé les gre- 
niers du collège pour placer les vivres militaires; les Oratoriens, de 
concert avec le Magistrat, voulurent les reprendre quand ils furent 
rentrés dans cet établissement ; le ministre de la guerre s'y opposa, 
lee Etats intervinrent et le 24 novembre 17377 écrivirent que le génie 
avait bien assez de locaux sans ceux-là ; le ministre répondit Île 
6 février 1778 que son administration en jouissait depuis près de 
20 ans, qu'ils étaient commodes, près du marché et on y acbetait 


O1 


6° Les fours pour faire le pain et les moulins pour moudre 
le blé situés dans l’enceinte des places fortes ; 

7° Les corps de garde. 

A l’aide de ce document officiel il est permis de reconstituer 
d'une manière à peu près complète ainsi qu'il suit les divers 
bâtiments militaires existant alors à Arras et dans les prin- 
cipales villes de la province. 

Dans ce travail on trouve, à Arras: le quartier St-Aubert, 
la caserne des Archers, les quartiers Neuf et du Rivage (1), 


beaucoup de grains et que les 8 ou 9 Oratoriens du collège pouvaient 
bien s'en passer. La ville résista et fit, dit-on, enfoncer les portes de 
deux couvents de relisieuses pour placer les grains. Elle en manitesta 
ses regrets mais ils ne parurent pas assez sincères puisqu'on destitua 
le Magistrat et on en nomma un nouveau. L'administration de la 
guerre avait demandé à la ville d'Arras, en 1778, de lui fournir des 
locaux pour ommagasiner 3,000 sacs de blé ; elle fit un travail pour 
les reporter dans les différents couvents, le prince de Moutbarey 
objecta, le 17 avril, que ce serait peu commode et qu'il vaudrait 
mieux les mettre dans les salles de l'hôpital royal qui n'étaient pas 
occupées et dans celles des effets du Roi. 

On conserve aux archives du Ministère de la guerre un mémoire 
fait le 15 juin 1371 par le comte de Mouy, à la suite d'une inspection, 
sur les bâtiments militaires de l'Artois ; il fait surtout remarquer le 
manque de fours. La maison où était celui d'Arras était mal située, 
bien que sur l'esplana le et près de l'abreuvoir St-Fiacre. Il y avait 
8 fours dont 2 seulement en état de servir, de plus la maison appar- 
tenait à un particulier qui la louait ; il serait préférable de les mettre 
dans une maison neuve. À la citadelle il y avait 6 fours et 2? autres 
dans le souterrain du bastion du Roi, ils étaient en mauvais état, 
on pourrait les placer dans un bâtiment situé près du fossé des 
hautes fontaines, ils seraient prôs de l'eau et de l'esplanade, 

(1) La caserne du Rivage, construite du temps des Espagnols, était 
fort humide, aussi l'abandonna-t-on et elle servit en 1777 à remplacer 
la prison du Conseil d'Artois; sous la Révolution elle devint une prison 
militaire, 


— 22— 


le quartier Héronval (1) et le quartier du Gouverneur destiné 
à la cavalerie. Pour les officiers il y avait les pavillons de 
Saint-Aubert, du Petit-Louvre (2}, de Saint-Maurice, du 
Point du Jour, de l'hôtel d'Epinoy, du Gouverneur et de 
Sainte-Barbe. Il n’y avait de logements que pour les capi- 
taines de 3 bataillons sur 8 et les lieutenants de 7 bataillons. 
Les autres officiers devaient loger chez l'habitant. Les écuries 
élaient suffisantes même en temps de guerre et en y compre- 
nant les chevaux de l'artillerie et ceux du transport des 
vivres. Ce qui faisait le logement de 2,988 fantassins et de 
2,374 cavaliers avec 1,565 chevaux, et de 167 officiers avec 
264 chevaux. Plus, dans la citadelle (3), 1,000 hommes avec 
43 officiers et 130 chevaux (4). 


(1) La ville avait cédé la caserne des Arbalétriers à l'Etat. Celui-ci 
construisit à la place la caserne Héronval. Commencée en 1747 elle 
n'était pas finie en 1789. Ce quartier servait surtout au logement 
des troupes de passage. 

(2) Construit en 1724. 

(3) D'après M. Lecesne, /istoire d'Arras, elle servit quelques fois 
de prison d'Etat. La garnison en fut souvent réduite à 2 ou 3 com- 
pagnies d'invalides. 

(4) Voici un résumé de ce travail. À Arras : Quartier Saint- 
Aubert, 64 chambres à 5 lits pour loger 960 hommes, 31 écuries pour 

72 chevaux. Cette caserne destinée à la cavalerie est en bon état, les 
greniers servaient pour les vivres militaires. une écurie sert de corps 
de garde. Quartier du Gouverneur, 6: chambres à 5 lits pour 960 
hommes, 32 écuries pour 384 chevaux, greniers occupés par les 
vivres, sert pour la cavalerie, en bon état. Caserne des Archers, 
30 chambres à 7 lite pouvant loger 630 hommes, 11 écuries pour 
198 chevaux. Cette caserne, destinée à l'infanterie, est en bon état, 
les greniers servent pour les vivres et les fournitures militaires, 
ainsi que 6 chambres, une écurie sert de magasin pour le génie et 
une autre pour 20 chevaux de la maréchaussée. Quartier Neuf, 
45 chambres à ‘1 lits pouvant loger 945 hommes, 15 écuries pour 
270 chevaux ; les écuries étaient voûtées, elles n'avaient que 22 pieds 


= 909 = 


À Saint-Omer, pour l'infanterie : les quartiers du Château, 
de l’Enceinte, le quartier derrière les Récollets. Pour la 


de large il en aurait fallu 29, elles étaient trop étroites, pour les 
2 rangs de chevaux que l'on y mettait, cette caserne est neuve, les 
greniers sont mansardés, elle sert pour l'infanterie. Quartier du 
Rivage, les chambres à 4 lits pour loger 492 hommes, écuries pour 
50 chevaux, en plus une grande écurie sert de magasin pour l'entre- 
preneur du chauffage et une autre pour dépôt au génie. Cette caserne 
sert pour 41 troupes de passage, elle est vieille mais en bon état. 
Quartier Héronval,94 chambres à 7 lits pouvant loger 1,974 hommes. 
Les greniers sont mansardés ; cette caserne est neuve, il y a encore 
33 chambres à achever, elle sert pour l'infanterie. Quartier du 
Grand Turc, en ruines et inhabité. Le terrain est vaste on pourrait y 
construire des logements pour les officiers supérieurs et les capitai- 
nes ; leurs logements actuels sont insuffisants. — Vivres. Fours pour 
confectionner le pain de munition : 8 fours neufs à la Maison Blanche, 
dont 2? en mauvais état, À la caserne du Grand Turc on pourrait 
cuire 1,420 rations par jour, le magasin contient 13,000 rations. 
CanTiNEs. Pas de cantines ni de droits pour l'Etat-major, sauf à la 
citadelle. CiTaAoELce : Pavwrllon de l'Arsenal, en bon état avec 2 
greniers, l'un servant au Gouverneur et l'autre à l'Artillerie. Une 
partie de ce pavillon servait au logement du Gouverneur. Le quartier 
de l'Equerre, en bon état, destiné aux soldats, contient 31 chambres 
à 4 lits pour loger 374 hommes, plus 4 chambres pour le garde 
d'artillerie, 5 pour l'entrepreneur des fourrages, les greniers servent 
pour les vivres Le quartier de la Cantine, destiné aux officiers, 
savoir : 3 chambres pour 2 officiers supérieurs, plus une chambre 
à 3 lits pour les domestiques et ? écuries pour 12 chevaux. Les 
cantines occupent en plus 6 chambres, le vivandier 4, le boulanger 8. 
Les greniers servent à ceux qui occupent les logements. 1] y a 6 
fours dont 3 hors de service, auprès est une ancienne brasserie, une 
remise et l'emplacement d'un moulin qui n'avait jamais été achevé; 
ces bâtiments servent de dépôt pour l'entretien des fortifications. 
Le quartier Veuf sert pour les officiers et les soldats, il y a 1 cham- 
bre à 2 lits et 1 cabinet pour 1 officier supérieur, 18 chambres de 
capitaines avec 10 chambres à 2 lits pour loger 40 domestiques, 
9 chambres de soldats à 4 lits pouvant loger 108 hommes. Il est en 


oi — 


cavalerie : le quartier du Château ; les corps doubles : 


bon état, avec cuisine, grand grenier servant au brasseur de l'Etat- 
major. Quartier du lieutenant de Rot, en bon état, 2 chambres à 
8 lits pour lieutenants, 27 chambres à 4 lits pour loger 324 soldats, 
plus 5 chambres en supplément pour le lieutenant de Roi et 1 pour 
le casernier. Les greniers servent au lieutenant de Roi et au service 
des vivres. Quartier du Major, en bon état, 6 chambres à 2 lits pour 
12 lieutenants et 6 chambres à 3 lits pour 24 domestiques, 27 chambres 
à 4 lits pour loger 324 soldats, plus 12 chambres pour le major et 
une en supplément pour son domestique, 6 chambres pour l'aide- 
major, 8 pour le capitaine des portes dont une servant de prison, 
5 pour le cantinier, 3 pour un perruquier. Les greniers servent 
pour les vivres. Chapelle en bon état, c'était autrefois les Récollets 
qui la desservaient ; depuis 1713, ce tut un prêtre séculier. Quartier 
da Curé, en bon état, 10 chambres à 2 lits pour 20 lieutenants et 
6 à 2 lits pour 24 domestiques, 8 chambres à 4 lits pour 96 soldats, 
5 chambres occupées par le curé, 3 par le commis des fournitures et 
2 servant de prison pour les officiers. Les greniers servent pour les 
vivres. Batiment de la Porte Royale, 2 corps de garde, dont un sert 
de magasin pour le bois de chauffage. Au-dessus, 2 autres corps de 
garde, grenier pour les fournitures. Porte de secours avec 2 corps 
de garde et 1 grenier pour les vivres. On peut loger 900 hommes à 
la citadelle et dans les greniers emmagasiner 500 sacs de grains de 
200 livres. PaviLLons. Pavillon Saint-Aubert, en bon état, 34 cham- 
bres à 2 lits pour lieutenants, 8 chambres à 4 lits pour 6# domestiques. 
le grenier est en chambres mansardées, 1 chambre sert au easernier, 
1 de dépôt. Pavillon du Petit Louvre, en bon état, 25 chambres 
pour capitaines, dont 6 avec cabinets, 12 chambres à 1 lit pour 
lieutenants, 33 chambres à 1 lit pour 66 domestiques, 6 chambres 
pour officiers supérieurs, 7 écuries pour 84 chevaux, 2 magasins 
pour les fournitures, 2 cuisines, #4 remises, dont À pour pompes à 
incendie, 4 belles caves. Quoique destiné À l'infanterie, ce pavillon 
est parfois occupé par la cavalerie à cause de la proximité de leur 
caserne Pavillon Saint-Maurice, en bon état, destiné à l'infanterie, 
6 chambres à 4 lits pour officiers supérieurs, 25 chambres à 1 lit 
pour capitaines, 46 chambres pour lieutenants avec 80 lits, 41 cham- 
bres pour 130 domestiques avec 65 lits. En plus, 6 chambres à 1 lit 


— 95 — 


l'enceinte de Piennes, et l'enceinte contre le pavillon du Roi. 


pour capitaines, 2 chambres à 2 lits pour domestiques, 6 chambres à 
1 lit pour lieutenant, #4 chambres pour domestiques. Cuisine, 2 caves, 
chambres dans le grenier. Pavillon du Pornt du Jour, vieux bâtiment 
en assez bon état, 27 chambres à 1 lit pour capitaines, 2 chambres 
à 4 lits pour 16 domestiques, 64 chambres de soldats couchés 3 par 
lit, 3 écuries pour 14 chevaux, greniers occcupés en partie par les 
vivres, 3 magasins pour l'entrepreneur des fournitures, 1 cuisine. 
Destiné à l'infanterie, sert en général pour les troupes de passage et 
les miliciens lors de leurs assemblées. Panrllon de l'Epinoy, destiné 
à l'infanterie, vieux et en assez bon état. 6 chambres avec 4 lits 
pour 2 officiers supérieurs, 25 chambres dont 12 avec cabinet pour 
les capitaines, 2% chambres pour les lisutenants, 36 chambres à 
1 ht pour 32 domestiques, 17 écuries pour 308 chevaux, grenier 
mansardé, plus 6 chambres qui servent pour loger 2 officiers supé- 
rieurs retraités, 1 cuisine. Pavillon du Gouverneur, en bon état, 
destiné à la cavalerie, 2 chambres à deux lits pour officiers supé- 
rieurs, 9 chambres de capitaines, 2? chambres à 2 lits pour lieutenants, 
24 chambres à 1 lit pour 48 domestiques, À cuisine, greniers pour 
les vivres. Parnillon Saiïnte-Barbe, vieux, en assez bon état, destiné 
à l'infanterie, 14 chambres avec 10 lits pour 5 officiers supérieurs, 59 
chambres de capitaines, 103 chambres avec 137 lits pour lieutenants, 
93 chambres avec 137 lits pour 27# domestiques, 16 chambres avec 
6# lits pour 192 soldats, 27 écuries pour 40 chevaux, cuisine, greniers 
sans emploi dont un où on arrive par unetranpe. Moulins. 3 à l'eau 
dans la ville : Saint-Fiacre, Saint-Aubert, Poterne; 3 moulins à vent 
sur les remparts: aux 11,000 V'icrues, à la Brèche, au Rivage. Hors la 
ville 3 moulins à l’eau : Sainte-Catherine, Saint-Nicolas, Blangy ; 
11 moulins à vent, Magasins, au Point du Jour, au pavillon du 
Gouverneur, à la caserne des Archers et à celle de Saint-Aubert, 
On peut emmagasiner 6,900 sacs de 200 livres. Magasins à fourrages, 
sur l'esplanade de la Citadelle, il peut contenir 300,000 rations de 
foin et paille. On a de plus construit sur ce terrain 2? granges où 
on peut mettre à couvert 100,000 rations de foin et paille. L'entre- 
preneur des fourrages paie 150 livres par an aux officiers de 
l'Etat-major pour la location du terrain, Æ/6pital militaire de Saint- 
Jean et du Roy (à l'Etat), construit en 1711, sur un terrain apparte- 


= 96 = 


Pour les officiers: les pavillons du Cygne, de Saint-Sébastien 
du Château, du Roi, de Piennes, du refuge de Clairmarais, 
du quartier des Maréchaux-de-Logis et du Faucon (peut- 
être une auberge). On pouvait loger 2,820 fantassins, 
732 cavaliers, 360 chevaux, 202 officiers avec 289 chevaux{1). 


nantaux religieuses de l'hôpital Saint-Jean ; on leur donna en échange 
le terrain de la caserne de l’Arbalète qui était contiguë ; les maté- 
riaux en furent abandonnés par la ville pour les premiers frais de 
la construction de l'hôpital, ils étaient estimés 8,441 livres. Le Rai 
donna, en plus du prix ancien, 5 sols par journée de malade jusqu'en 
1738 pour augmenter ces fonds ; on payait 14 sols aux religieuses par 
journée de malades, compris la nourriture et les gages des infirmiers, 
chirurgiens et apothicaire. 

(1) Voici plus de détails. INFANTERIE: Quartier du Dauphin, 
90 chambres à 4 lits pour 1,090 hommes. Quartier du Roy, 
42 chambres à 4 lits pour 504 hommes. Æncernte tenant au corps de 
garde, 20 chambres à 4 lits pour 240 h9mmes. Quartier derrière 
les Récollets, 28 chambres à 4 lits pour 336 hommes. Quartier du 
Chäteau, 13 chambres à 4 lits pour 156 hommes ; total, 235 chambre, 
pour 2,820 hommes. Cavazerie, Quartier du corps double, 40 cham- 
bres à 4 lits et 8 à 3 lits pour 368 hommes, 20 écuries à 10 chevaux, 
pour 200 chevaux, Enceinte de Piennes, # chambres à 4 lits pour 33 
hommes, 3 écuries à 10 chevaux pour 30 chevaux. Enceinte adossée 
contre le pavillon du Ror, 20 chambres à 4 lits, 20 à 3 lits pour 172 
hommes, 12 écuries à 10 chevaux pour 120 chevaux; total : 94 cham- 
bres pour 732 hommes, 46 écuries pour 460 chevaux. Pavillon du 
Cygne, 53 chambres pour 68 officiers, 11 écuries pour 52 chevaux. 
Pavillon de Saint-Sébastien, 2% chambres pour 24 officiers. Pavillon 
du Chateau, 2% chambres pour 2#officiers. Pavillon du Roï, 32 cham- 
bres pour 40 officiers, 16 écuries pour 117 chevaux. Refuge de Pien- 
nes, 6 chambres pour 6 officiers. Partllon de Clairmarais, 6 chambres 
pour 10 officiers. Quartier des Maréchau.r-des-logis, 13 chambres 
pour 26 officiers, en tuut 162 chambres pour 202 officiers, 34 écuries 
pour 289 chevaux. La ville procure à ses frais les fournitures, mais les 
bâtiments sont au Roi. Le chauffage et l'éclairage sont à la charge 
de la ville. Il y a 10 fours à pain dont 4 en mauvais état. On met les 


— 97 — 


À Aire, pour l'infanterie: les quartiers de l’Arbalète et 
de Notre-Dame. Pour la cavalerie : le quartier Saint-Pierre, 
et pour les officiers : les pavillons du Canon, de l’Arbalète, 
de Notre-Dame et de Saint-Pierre. On pouvait loger 2,143 
fantassins, 400 cavaliers, 200 chevaux, 79 officiers. Plus 
dans le fort Saint-François, 252 soldats et dans les pavillons 
28 officiers (1). 


grains dans les greniers des pavillons de Saint-Sébastien et de 
Piennes et des casernes neuves, à la rigueur dans les couvents des 
Jésuites, des Dominicains, des Conceptionnistes, des Ursulines, des 
Urbanistes, du Jardin Notre-Dame, des Dames du Soleil, de Sainte- 
Catherine et de l’hôpital Saint-Jean. On peut emmagasiner5,783 sacs 
de farine. Il y a en ville 2 moulins à l'eau. Le grenier à fourrages 
appartient à l'Etat-major. L'hôpital militaire, dit de Saint-Louis, 
avpartient au Roi, il contient 3 salles (Saint-Julien, Saint-Sauveur, 
Saint-Roch), il y a 46 lits. Les religieuses ont en outre 3 salles 
qu'on peut leur louer (Saint-François, Saint-Charles, Saint-Louis). 
L'hôpital de Blessy contient 93 lits. En tout 139 lits. La ville régit 
l'hôpital et procure les fournitures, Les cantines militaires sont 
approvisionnées par les fermiers des Etats. L'Etat-major leur loue 
des locaux. Les balandres (voitures) sont fournies par un maitre 
des balandriers. 

(1) Voici plus de détails. INFANTERIE. Quartier de l'Arbalète, 
57 chambres avec 379 lits pour 1,137 hommes, plus un corps de garde 
avec ? chambres pour le concierge. Quartier Notre-Dame, 81 cham- 
bres avec 336 lits pour 1,008 hommes, plus un corps de garde avec 
une chambre pour le greffier militaire et 2 chambres pour le 
concierge. CavaLERig, Quartier Saint-Pierre (on le reconstruit), 
71 chambres avec 200 lits pour #00 hommes, 36 écuries pour 
232 chevaux. Un bâtiment destiné aux officiers est inhabité à cause 
de sa caducité, Il y a un vutre bâtiment avec corps de garde et un 
autre servant aux troupes de passage où on peut mettre 2 bataillons 
et 80 chevaux. La ville paie le chauffage et l'éclairage Pour les 
officiers : Pavillon du Canon, 4 logements pour les officiers supé- 
rieurs, #0 chambres de capitaines, 40 chambres de domestiques. 
Pavillon de l’Arbalète, 12 chambres de capitaines, 12 chambres 


— 928 — 


À Béthune, pour l'infanterie : les quartiers Saint-Vaast, 
de Margrave, Dane. Pour la cavalerie : les quartiers Saint- 
Yor et Saint Pry. Pour les officiers : les pavillons de Mar- 
grave,Neuf, du pré Hermand, de l'Espérance ou de Boufflers, 
de Saint-Yor, de Saint Pry et le Gouvernement. On pouvait 
loger 1,434 fantassins, 598 cavaliers, 426 chevaux, 99 offi- 
ciers et {4 maréchaux des-logis (1), 


de domestiques. Panillon Votre-Dame, 12 chambres de lieutenants 
et 7 chambres de domestiques. Pavillon de Saint-Pierre, 2 loge- 
ments d'officiers supérieurs, 11 chambres de capitaines, 4 chambres 
de domestiques. Un bâtiment est destiné au logement de l'ingénieur. 
ll y a en plus un logement de concierge. //6pital tenu par les sœurs 
avec 32 lits, pas de cantines. Fort Saint-François, a 2 corps de 
casernes avec 16 chambres et 84 lits pour 252 soldats. Point d'écuries; 
il y a une chapelle, restaurée en 1750. L’aumônier touchait alors 
par an 360 livres plus 90 livres pour vin, linge d'autel, etc., 2 pavil- 
lons d'officiers avec 16 chambres pour 16 officiers, une autre pour 
l'aumônier, une pour le garde d'artillerie, une pour le cantinier, 
une pour le commandant du fort, une pour le major. Chauffage, 
éclairage, fournitures à la charge du Roi. Pas de moulin. Une 
cantine concédée au fermier des Etats. 

(1) Voici plus de détails : Tous les bâtiments appartiennent au Roi. 
Pavillon de Margrave, 22 chambres pour 6 capitaines et 10 lieute- 
nants. Pavillon Neuf, 1 chambres pour 8 capitaines. Le pavillon 
du Pré Hermand, 12% chambres pour lieutenants. Le pavillon de 
l’Espérance où de Boufflers, 13 chambres pour 2 officiers supérieurs 
et 3 capitaines. Pavillon Saint-Yor, 3 chambres pour ? officiers 
supérieurs, chambres pour 8 capitaines et lieutenants. Pavillon 
de Saint-Pry, 37 chambres pour 9 capitaines, 12 lieutenants, et 
14 maréchaux-des-Logis. Au (Gouvernement, 28 chambres pour 
2 officiers supérieurs, 10 capitaines, 1 lieutenant. Caserne Saint- 
Vaast, 56 chambres avec 256 lits pour 761 hommes. Quartier de 
Margrave, 26 chambres avec 156 lits pour 468 hommes. Quartier 
Dane, 11 chambres avec 66 lits pour 198 hommes, Quartier 
Saint-Yor, 29 chambres avec 154 lits pour 308 hommes. 12 écuries 
pour 181 chevaux. Quartier Suint-Pry, 39 chambres avec 125 lits 


— 99 — 


À Hesdin, le Grand Quartier et le quartier Royal et Îles 
pavillons du Grand Quartier, de Richelieu, Dore, et Suisse. 
Le tout pouvant loger 1,944 hommes, 318 chevaux, 86 offi- 
ciers avec 72 chevaux (1). 
pour 250 hommes et 24 écuries pour 184 chevaux. Le quartier du 
Moulin, 20 lits pour 40 hommes, écurie pour 61 chevaux. Pour les 
troupes de passage on se sert des greniers du quartier Saint-Pry 
et de l'auberge du Canon d'Or. On peut loger en plus 1 bataillon 
chez les bourgeois et 1 escadron dans les faubourgs, la ville donne 
120 fournitures pour les officiers 900 pour les soldats Vivres. Les 
greniers du quartier Saint-Vaast, au-dessus des fours, à la prison, 
à la gouvernance, chez les Récollets, les Jésuites, les Dames de la 
Paix, les Conceptionnistes, et à l'hôpital Saint-Jean. 8 moulins à 
l'eau, 4 à vent, 2 fours au château (en mauvais état), 6 au refuge, 
24 chez les bourgeois. Æôpital Saint-Jean tenu par les religieuses, 
144 lits pour 288 malades, Les religieuses, sous prétexte qu'elles 
avaient peu de place et parce qu'on voulait envoyer les vénériens, 
en 1769, refusèrent de recevoir les malades, le Ministre menaça de 
prendre une partie des bâtiments pour en faire un hôpital militaire. 
Les administrateurs firent valoir leur droit de propriété, et on finit 
par louer pour 600 livres le refuge de l’abbaye de Gosnay, avec 
11 chambres, 66 lits pour 198 malades. Un arsenal, une salle d'armes, 
un magasin à poudre. 

(1) Voici plus de détails. 

Grand quartier, 72 chambres à 6 lits, desservies par 6 escaliers, 
pour 1.296 hommes, 26 écuries et demie pour 318 chevaux. Quartier 
Royal, 36 chambres avec 6 lits pour 6#8 hommes, écurie pour 
150 chevaux de passage. Ces casernes sont placées contre le mur 
d'une grande cour carrée, fermée par une porte-cochère, au-dessus 
de laquelle est une chambre. 4 chambres pareilles placées aux quatre 
angles de la cour, servent à loger les cavaliers gardant les chevaux 
la auit Le Magistrat fournit le chauffage et l'éclairage, sauf pour 
le corps de garde, on n'y met pas d’officier. L'hiver, par économie, 
on donne de la tourbe pour le chauffage Il y a en général un effeetit 
de 2 escadrons, 1 bataillon et 1 compagnie de 140 hommes de bas 
officiers invalides. Les bâtiments sont au Roi. PAYILLON D'OFFICIERS. 
Pavillon du grand quartier, 42 chambres pour #2 officiers. Pavillon 


— 30 — 


À Bapaume, pour l'infanterie : le quartier Neuf et de 
Péronne. Pour la cavalerie : les quartiers Sainte-Anne, de 
l’Aluette et de la place d'Armes. Pour les officiers : le Grand 
Pavillon et les pavillons Neuf, Carré et de Saint-Arnould. 
On pouvait loger 1,032 fantassins,288 cavaliers, 344 chevaux, 
47 officiers avec 60 chevaux et 2 maréchaux-de-logis (1). 

À Saint-Venant, le Grand et le Petit Quartier et le pavillon 
d'officiers. Le tout pouvant loger 1.086 hommes, 36 chevaux 
et 28 officiers (2). 


Richelieu, 16 chambres pour 16 officiers. Pavillon Sutrsse, 16 cham- 
bres pour 16 officiers, plus 7 chambres pour l'ingénieur. Pavillon 
Dore, 12 chambres pour 12 officiers. La ville procure 502 fournitu- 
res pour les soldats, 108 pour 61 officiers. 6 fours dans le bastion 
dit le Marquis On se sert pour les grains des greniers des casernes, 
de ceux au-dessus des fours, et en cas de nécessité de ceux des 
Jésuites, des Récollets et de l'hôpital, L'hdpital appartient à la 
communauté des pauvres, est administré par la ville et tenu par des 
sœurs de Charité. Il v a 3 salles avec 33 lits, il est en mauvais état. 
Le magasin à fourrages est sur les glacis de la porte Neuve. Pas 
de cantine. 

(1) Voici plus de détails. 

Pavillon Neuf, 26 chambres pour 1 colonel, 8 capitaines, 4 lieu- 
tenants, #4 maréchaux-des-logis, 6 écuries pour 60 chevaux. Grand 
Pavillon 60 chambres pour 1 colonel, 11 capitaines, 13 lieutenants, 
& maréchaux-des-logis. Pavillon Carré, 12 chambres pour 3 capi- 
taines, 6 lieutenants Pavillon Saint-Arnould destiné à l’ingénieur 
en chef Casernes. Quartier Sainte-Anne, # chambres à 6 lits pour 
72 ou 48 hommes (couchés 2 ou 3), 4 écuries pour 40 chevaux. 
Quartier de Péronne destiné aux troupes de passage, 64 chambres 
à 5 lits pour 960 hommes, Quartier de la Place d'Armes, 20 cham- 
bres avec 120 lits pour 240 soldats, écuries pour 68 chevaux. 
Quartier de l'Aluette, écuries pour 54 chevaux. Les pavillons et les 
casernes sont au Roi. La ville procure 70 fournitures pour les 
officiers et 250 pour les soldats, 

(2) Voici plus de détails, 

Grand corps des Casernes, 36 chambres avec 248 lits pour 744 
hommes Petit Quartier, 21 chambres avec 114 lits pour 342 hommes, 


Telle était la situation en 1754. On ne pouvait pas dire 
qu'elle fut définitive. Bien des choses restaient à faire. A 
Arras on se plaignail de ce que les pavillons Sainte-Barbe, 
d'Epinoy et du Point-du-Jour fussent en mauvais état, trop 
éloignés des casernes el insuffisants. Souvent encore les habi- 
tants étaient obligés de loger les ofliciers et d’autres person- 
nages qui s'assimilaient à ceux-ci sans en avoir le droit. 
À Aire, en 1765 une discussion vive s’éleva au sujet de la 
consiruction d’une nouvelle caserne. M. Noizet de Saint- 
Paul, directeur des fortifications, avait envoyé des plans, 
pour l'établir dans la maison des Jésuites qu’on venait de 
supprimer, mais les députés ordinaires s’y opposèrent, armés 
de la promesse formelle que le Roi avait faite de conserver 
ce collège à l'instruction de la jeunesse, et le projet dut être 
abandonné. 

On comprend tout l'intérêt que, dès son arrivée, le marquis 
de Lévis porta à celle question des casernes. Nul mieux 
que lui n'était apte à en apprécier l'importance. Car les 
mutations de garnison si fréquentesen cetemps-làexigeaient, 
disait-il, une prompte décision dans l'aménagement des locaux 
destinés à recevoir des troupes. S’élant donc fait présenter 
les divers projets mis depuis longtemps à l'étude pour 
l'aménagement des casernes et des pavillons d'ofliciers, il 
résolut de dresser, à l'usage de la garnison d'Arras, un plan 
de logement qui fût incaruable par la suite. Ce plan discuté, 
concerlé entre le Gouverneur, MM. du Magistrat de la 


3 écuries pour 36 chevaux. Point de caserne de cavalerie. Il n'y a 
qu’un pavillon d'officiers contenant 24# chambres dont 1 occupée 
par l'inspecteur des casernes et 4 chambres de domestiques, Vrvres, 
un four appartenant au Roi. Grenters au-dessus du pavillon et 
des casernes pour 1,727 sacs de 200 livres, 1 Moulin à vent. Pas 
de magasin à fourrages, Hôpital. Celui des Bons fils ; 2 salles 
(Saint-Louis et Saint-Roch) pour 40 lits. Pas de cantine. Lors de la 
construction du canal d'Aire à Saint-Omer on logea à 8aint-Venant 
19 compagnies, 


— 39 — 


ville, M. de la Combe. lieutenant de Roi, et M. de Champ- 
morin, chef du génie militaire, tous appelés à contribuer à 
son exécution, fut remis au duc de Guines, lieutenant général 
de la province, pour être envoyé à l’Intendant et soumis à 
son examen {1}. Celui-ci répondit avec courtoisie « qu'il 


(1) En voici un extrait : 

INFANTERIE, Le régiment arrivé le premier a droit, d’après l'ordon- 
nance de 1768, de choisir le logement, On lui attribuera le quartier 
Saint-Aubert, composé de 8 escaliers ayant 12 chambres à 5 lits 
chacun. Chaque escalier aura une compagnie de 119 hommes:, y 
compris les bas-officiers. Les deux dernières compagnies seront, 
selon l'usage, logées à la Citadelle. Si elles n'y étaient pas détachées, 
‘elles prendraient dans le Quartier-neuf le logement destiné aux deux 
compaguies de l'autre régiment qui y seront détachées. Les compa- 
gnies de grenadiers et de chasseurs étant moins nombreuses que 
celles de fusiliers, les régiments seront tenus d'assigner une chambre 
dans chacune de ces compagnies pour le logement de 2 adjudants,. 
LOGEMENT D&S oFFiciers : Pavillon Saint-Aubert, 12 logements de 
capitaines et 21 de lieutenants et sous-lieutenants. Au Petit Louvre, 
& capitaines et 1 quartier-maitre, 2 porte-drapeaux, 1 chirurgien- 
major. Pavillon Saint-Maurice, 5 lieutenants et sous-licu*enants, 
1 aumônier. Pavillon Héronval, 6 lieutenants et sous-lieutenants. 
A la Citadelle, 12 autres officiers, en tout 65 officiers. 2° régiment 
Quartier du Gouverneur, mème distribution que le quartier Saint- 
Aubert. Chaque escalier à 6 chambres à 9 lits. Les grenadiers et 
chasseurs occuperont les 6° et 7° escaliers. Comme ils n'ont que 
96 hommes, dans le 7° escalier qui a 3 chambres de plus on logera 
les 2 adjudants Orriciers. Pavillon Saint-Nicaise, en face du 
Quartier du Gouverneur, 5 capitaines, 19 lieutenants et sous-lieute- 
nants. Au Petit Louvre, 15 capitaines, 1 quartier-maitre, 1 chirurgien- 
major, 13 lieutenants et sous-lieutenants, 2 porte-drapeaux, 1 aumô- 
nier. Quartier Héronval, 8 lieutenants et sous-lieutenants, en tout 
20 capitaines, 20 licutenants, 20 sous-lieutenants, 1 quartier-maitre, 
2 porte-drapeaux, 1 sumônier, 1 chirurgien, 65 officiers CavVALERIE. 
Troupes : Le Quartier Neuf, primitivement construit pour le loge- 
ment des troupes à cheval, lui sera particulièrement affacté comme 


nor — 


était disposé à l’approuver, puisque on le disait favorable au 
service du Roi, au bien des troupes, aux intérêts de la ville, 
et à la situation de ses finances ». I] ajouta que, appelé 
prochainement à Arras pour la tenue des Etats, il étudierait 
la question sur place. Le résultat de cette étude fut l'appro- 
bation donnée au plan susdit qui fut publié sous le titre de 
Assiette de la garnison d'Arras. Celle-ci devait désormais se 
composer de deux régiments d'infanterie, formant 4 batail- 
lons, et d’un régiment de cavalerie, ou de dragons formant 
4 escadrons, conformément aux ordonnances du Roi concer- 
nant la formation des troupes (1). Cette dernière solution 


le plus convenable à raison d'un escalier par escadron. Le 5° escalier 
lui sera laissé pour lui donner la même aisance qu'à l'infanterie pour 
lui servir de magasin et loger les 2 adjudants. Comme ces régi- 
ments ont beaucoup plus d'ouvriers à leur suite que l'infanterie, on 
lui accordera le 1er et 2° escaliers du Quartier des Archers pour les 
maitres-tailleurs, selliers, bottiers, armuriers et quelques cavaliers 
mariés. Grâce à cette augmentation, les 5 escaliers du Quärtier Neuf 
ont chacun 6 chambres à 9 lits de 40 pouces OFrIGIERS. 1* pavillon, 
8 capitaines, 16 lieutenants et sous-lieutenants, 1 quartier-maitre, 
# porte-étendarts, 1 chirurgien-major, 4 aumônier ; seront logés au 
Pavillon du Gouverneur, # capitaines ; au Pavillon Saint-N'icaise, 
& capitaines, 1 quartier-maitre, 1 chirurgien-major, 16 lieutenants 
et sous-lieutenants, 4 porte-étendarts, 1 aumônier, total 31 officiers. 
OFFICIERS SUPERIEURS. Pavillon du Petit Louvre comme avant et 
comme à celui du Gouverneur, quand il sera réparé. TRroUP£s DE 
PASSAGE cavalerie et infanterie, Quartier Héronval. Si on avait à 
loger un 2° régiment de cavalerie on le mettrait dans le Quartier 
Neuf en resserrant. Les chevaux occuperaient toutes les écuries du 
Quartier Saint-Aubert et de celui des Archers. On devait mettre 
d'après le pavillon une des lettres A B C sur les chambres et les 
portes des escaliers, le numéro de chaque chambre et le grade de 
l'officier sur chaque porte. 

(1) Pour les travaux de gros entretien on passait en général des 
marchés pour trois ans et pour le petit pour six ans. En 1775, la ville 
de Béthune, ayant construit un manège, demanda d'être déchargée de 

3 


qui, selon les prévisions du Gouverneur devait être décisive, 
ne se produisit que bien plus tard, en 1787. Dans l'intervalle, 
bien d’autres travaux avaient été exécutés dans les villes et 
les provinces pour améliorer les logements militaires. A Arras, 
les 5 et 6 octobre 1765, un ouragan occasionna des dégâts 
importants aux toits des casernes (1) ; on se plaignait aussi 
que les pavillons Sainte-Barbe, d’Epinoy et du Point-du-Jour 
laissaient fort à désirer (2). Le prince de Montbarret, ministre 


son entretien. À Arras, l'entretien des casernes et pavillons coûtait 
2,307 livres par an. L’entrepreneur fournissait ordinairement les 
pelles, fourches et civières pour le fumier, 

(1) En 1765 la ferme des casernes produisit à Arras 14,019 livres. 
Il restait disponible de 1764 1,034 livres. On avait vendu, de plus, 
pour 1,300 livres de vieux bois. Les ressources s'élevaient à 16,256 I. 
On proposa d'employer 12,544 livres pour supprimer le moulin de 
de Saint-Fiacre (on le vendit 410 livres), reconstruire une arche au 
pont du même nom, restaurer une écluse sur l'emplacement du 
moulin, faire un batardeau et un canal de décharge pour les eaux 
étrangères, En 1768, on construisit à Arras, moyennant 8,265 livres, 
un aqueduc pour amener l'eau des Hautes-Kontaines à un bassin 
existant à la caserne, En 1769 on fit de même pour les eaux de la 
fontaine Saint-Fiacre et en 1775 ce furent deux autres bassins et un 
aqueduc qui coûtèrent 15,853 Jivres. En 1769 on répara le pavillon 
du Gouverneur ; plus tard on proposa un travail analogue pour 
celui du Point-du-Jour et la reconstruction du Petit Louvre. Les 
devis montaient à 40,842 livres, On dépensa, en outre, en autres 
travaux aux casernes d'Arras, en 1764, 33,530 livres, en 1767, 
15,094 livres, en 1768, 20,982 livres, en 1769, 41,694 livres, en 
1770, 10,404 livres, en 1771, 7,804 livres, en 1772, 12,741 livres, 
en 1773, 6,404 livres. En 1783, un devis pour les travaux pressés 
montait à 70,115 livres et pour ceux non pressés à 8,192 livres. Il 
y avait de plus un pavillon à construire. 

(2) I n'y avait au Point-du-Jour qu'un rez-de-chaussée inhabi- 
table et au-dessus un étage dont les chambres étaient sombres et 
peu aérées. La maréchaussée occupait une partie de cette caserne 
et on avait rendu logeable le pavillon qui se trouvait à côté pour y 
mettre l'ingénieur en chef du génie. 


"3 = 


de la guerre avant le 40 mars 1776, ordonna à M. Larcher, 
directeur du génie à Arras, de construire deux pavillons 
d'officiers pour suppléer les anciens qui élaient insuffisants 
et quelques-uns vieux et trop éloignés des casernes ; on fit 
plusieurs projets (1}. Le génie proposait encore d’autres 
travaux (2). A Bapaume on construisit lout à la fois, un abri 
pour les troupes de passage sur l’Esplanade même et une 
série de petits bâliments pour les portiers-consignes de la 


(1) Un devis montant à 225,576 livres. En y joignant les répara- 
tions à faire aux pavillons conservéset la construction d'un aqueduc, 
la dépense montait à 283,129 livres, On proposait pour se procurer 
cette somme de vendre les pavillons Sainte-Barbe et d'Epinoy ; celui 
du Grand-Turc avait été aliéné en 1764 pour 1,100 livres. Il resterait 
à prendre sur la ferme des fortifications 245,129 livres. Les nouveaux 
pavillons devaient coûter 152,000 livres, la dépense serait répartie 
en quatre ans, ci: 38,000 livres par an. On hésitait à mettre ces 
pavillons dans la cour des casernes. La somme parut trop considé- 
rable et en 1779 ce travail fut ajourné. Plus tard M. de Champmorin, 
directeur des fortifications à Arras, proposa de les mettre sur 
l'Esplanade. Son devis montait à 163,860 livres (on peut le voir, 
archives du génie à Arras). Îl est probable qu’on fit peu de choses, 
puisque le Magistrat, en 1785, se plaignit que le manque de pavil- 
lons obligeait une partie des officiers à loger en ville. 

(2) Sans compter les réparations urgentes et celles qui l'étaient 
moins, il fallait dépenser 30,000 livres pour des chambres au Pavillon 
du Gouverneur, 10,400 livres pour agrandir la cour des casernes, 
28,000 livres pour reconstruire des écuries, 50,000 pour acheter du 
terrain à effet de bâtir un pavillon d'officiers à la caserne Héronval. 
En 1780, on échangea le pavillon d'Épinoy avec la ville contre un 
terrain qu'elle avait acquis en 1749 et où on construisit un manège, 
Elle s'engagea de plus à bâtir à la place du pavillon, des prisons, 
civiles, l'emplacement de celles actuelles situées place du Marché-au- 
Poisson, devant servir à construire un théâtre (celui actuel). On 
démolit bien le Pavillon d'Epinoy qui, avec ses tours. était une 


construction féodale des plus curieuses, mais la Révolution empêcha 
de bâtir la prison. 


= 06 — 


ville. Cela donna lieu à de vives discussions avec les Etats. 
A Montreuil il fut question de construire deux casernes. 
A Saint-Omer, d'acheter des maisons pour bâtir à la place 
un arsenal. À Hesdin, le génie militaire, d'accord avec le 
Magistrat, fit démolir un corps de logis servant aux chevaux 
de la garnison et aux troupes de passage pour y substituer 
une caserne neuve. Celle d’Ardres reçut aussi de sérieuses 
amélioralions à la suite des plaintes exprimées par le colonel 
des dragons de Schomberg sur l’humidité des chambres des 
soldats. Enfin, à Calais, le Magistrat s'étant plaint d’être 
écrasé par l’envoi de cinq escadrons de cavalerie en garnison 
dans la ville, l’aulorité militaire apaisa ses doléances par 
l'établissement d’un manège et la promesse d'améliorations 
importantes aux casernes. 

La question des hôpitaux militaires fut aussi mise à l’ordre 
du jour. Arras et Saint-Omer en furent pourvus (1). Dans 
les autres villes ce futaux hôpitaux civils qu’il fallut recourir, 


(1) Autrefois, à Arras, les militaires et bourgeois étaient soignés à 
l'hôpital Saint-Jean. Pour les soldats il y avait une grande salle 
avec 72 lits, dont 32 pour un malade seul, Plus tard une ordonnance 
du Roi défendit d'en mettre plus d’un. On aurait pu en rétrécissant 
les lits en mettre un sixième de plus. En 1710 on commença un 
hôpital militaire à côté de celui de Saint-Jean, et sur des terrains 
provenant d'une ancienne caserne. Il devait se composer d'un grand 
corps de logis à deux étages contenant trois salles, et en plus de 
deux ailes dont une ne fut pas achevée. Les trois salles pouvaient 
contenir 100 lits. 

Les travaux de l'hôpital militaire furent interrompus de 1751 à 
1761. L'Etat comptait dépenser pour sa construction 150,000 livres. 
En 1780 on fit pour l'améliorer un devis montant à 13,236 livres. 
L'hôpital Saint-Jean avait 4 salles appelées Saint-Jean, Saint- 
Augustin, Saint-Côme et Saint-Louis, avec 300 lits pour 700 malades. 
Mais en général il y en avait peu, aussi 2 salles avec 5 lits servaient 
de magasin pour les effets du Roi et ceux de la milice. On se louait 
beaucoup des religieuses, elles avaient un certain nombre de cham- 


917. — 


et des arrangements furent pris avec les religieuses qui les 
desservaient pour le payement des journées de malades. Les 
fournitures, c’est-à-dire le mobilier et la literie, laissées à la 
charge des municipalités, furent maintes fois empruntées 
aux casernes {1}, sous la condilion expresse d'être désin- 
fectées avant d’être remises en place. Mais il y avait là une 
foule de questions subsidiaires peu définies et mal réglées 
qui donnaient lieu depuis longtemps à des confits entre Île 
gouvernement et les inlérèts locaux. En principe, l’aménage- 


bres propres et convenables pour les officiers. Car ces malheureux, 
disait-on, éloignés la plupart du temps de leurs parents, et souvent 
privés de domestiques sont à plaindre quand ils sont malades dans 
une mauvaise chambre de pavillon militaire, les garde-malades 
sont rares et les religieuses ne sont pas autorisées à aller soigner 
les officiers chez eux. Cet hôpital Saint-Jean était mal situé ; on 
parlait de le rebâtir en face du Petit-Louvre et sur une partie de 
l'ancien rempart entre la ville et la cité. Il serait là mieux aéré, 
longé par le Grinchon, on pourrait y avoir un jardin pour les soldats 
convalescents, Quand on était trop gêué, on mettait les malades dans 
un hôpital fondé dans la Cité par le Chapitre, mais il n'y avait que 
deux petites salles et quelques chambres. IL était tenu par des 
Franciscaines, 

(1) Les lits garnis se payaient en général 26 livres de location par 
au, pour les officiers, et 8 livres 5 sols pour les soldats. Un colonel 
avait droit à un lit bien garni avec draps de toile (on les changeait 
tous les 15 jours en été et toutes les 6 semaines en hiver), à une table 
avec tapis, à 8 chaises de paille, à dela vaisselle d'étain,à une armoire, 
à une petite batterie de cuisine, à du linge de table, ete. Les autres 
officiers avaient de moins en moins de mobilier d'après leur grade. 
La ville d'Arras attribuait 197 fournitures aux officiers, 1,500 aux 
soldats. Elles se composaient d'un bois de lit, d'une paillasse, d'un 
matelas de laine, d'un traversin de laine, d'une couverture et de 
deux paires de draps. En général on s'adressait pour la location à 
un entrepreneur. En 1769, un sieur Magnier, de Lille, s'engagea à 
procurer à la citadelle d'Arras 257 lits, au fort Saint-François à 
Aire 9#, à l'hôpital d'Arras 84, à celui de Saint-Venant 20, etc. 


— 38 — 


ment intérieur des casernes était à la charge des villes, qui 
traitaient par voie d’adjudication avec des entrepreneurs, el 
ceux-ci étaient responsables de loute avarie survenue par 
suite de déplacement ou de prêts faits aux hôpilaux. Une 
ordonnance du Roi du 4 février 1707 avait même décidé que, 
en pareil cas, les entrepreneurs seraient tenus de payer le 
double de la valeur de la détérioration, plus 300 livres 
d'amende. Mais, en application, comme ces prêts de matériel 
se faisaient la plupart du temps à la requête des officiers, 
les commissaires des guerres fermaient les yeux et, comme 
dans les citadelles, les fournitures de mobilier passaient au 
compte du Roi. 

De mème en était-il pour le chauffage et l'éclairage. Les 
villes devaient les fournir. Seuls les citadelles et les corps 
de garde puisaient de ce <hef au trésor royal. Si tous ces 
bâliments eussent été occupés, la charge eût été considérable, 
mais en temps de paix, un grand nombre d’entr'eux demeu- 
raient sans emploi (1). 


(1) À Arras il y avait des corps de garde : à la Place, au Marché 
au poisson, à la porte de la Cité, à l’hôpital, 5 à la porte Ronville, 
à la porte Saint-Michel, à la Brèche, au Rivage, 2 à la porte 
Méaulens, à l'Union, 2 à la porte Baudimont, au Boulevard, au 
bastion de Marles, 2 à la porte d'Amiens, aux Ecluses, au Canal, au 
Claquedent, au Quartier ; ils nécessitaient en temps de guerre 10 offi- 
ciers, 13 sergents, 24 caporaux, 261 hommes. A la citadelle il y avait 
des corps de garde à la porte Royale, 2 à la porte de Secours, au 
Réduit, ce qui nécessitait 2 officiers, 5 sergents, 5 caporaux et 261 
hommes, A Saint-Omer : à la Place, au Griffon, à Saint-Venant, 
à la Croix, 2 à la porte du Haut-Pont, 3 à la Porte Neuve, au Sépulcre, 
à la Maison Bleue, au Rosendael, au quartier d'infanterie, à la porte 
de Lyzel, au quartier de cavalerie, à l'Ecole, au Lion Blanc, au 
Cygne, à Saint-Bertin, 3 à la Lunette, 3 à la porte Saint-Michel, 
au Séminaire, au Faubourg, au Château, au fort aux Vaches: en 
temps de guerre il fallait 2 capitaines, 3 lieutenants, 363 hommes. 
À Aire (avec officier), à la Place, 2 la Porte d'Arras, au Château, 


= 10e 


En cette année 1770, le marquis de Bouffiers fit l’inspec- 
tien des troupes d'Artois et M. Brindeau devint commissaire 
des guerres à Aire. 


au bastion de Beaulieu, à la porte d'Eau, à la Tour Blanche. Fort 
Saint-François: 2 corps de garde. A Béthune, 18 corps de garde dont 
8 avec officiers : aux portes, sur la Place, au Chäteau, aux remparts, 
à l'arsenal, à la salle d'armes, au magasin à poudre. A Hesdin : à la 
Place, 2 à la porte Vieille, 2 à la porte Neuve, au moulin Mariette 
(sur le rempart), 1 piquet de cavaliers à la caserne du Grand quartier; 
il fallait 5 officiers et 8 hommes (sr). À Bapaume, un corps de garde 
à la Place, ? à chaque porte, 3 sur les remparts, en tout 13 dont 5 
avec officiers. Saint-Venant: à la Place, 2 à la porte d'Aire, 2 à la 
porte de Flandre, il fallait 5 officiers et 5 hommes. 


—— 24 — —— 


= 40 = 


1771 


L'année 1771 s’ouvrit pour l’Artois sur des difficultés d’un 
genre nouveau qui, menaçant l'indépendance et l'autonomie 
de la province, devaient y produire une grande et légitime 
émotion. Bien que, se tenant surtout dans son rôle de Gou- 
verneur militaire, le marquis de Lévis n’eût que peu de part 
à prendre dans des débats qui n'étaient pas de sa compétence, 
il est nécessaire de donner à ces débats une certaine place 
dans l'histoire du temps où il exerçait des fonctions impor- 
tantes en Artois. 

Depuis plusieurs années, on le sait, la lutte était engagée 
dans les provinces régies par des assemblées de leur choix, 
entre ces assemblées et l’autorité royale. Sans parler des 
questions de finances et d'impôts, longuement traitées aux 
chapitres précédents ; on avait vu en, 1764, les Etats d'Artois 
protester contre un ordre du duc de Choiseul intimant au 
Conseil d'Artois d’avoir à enregistrer, au nom du Roi, un édit 
contre les vagabonds. Un mémoire rédigé par eux avait 
dénoncé là une mesure contraire à leurs privilèges et atien- 
tatoire à leur existence. Ailleurs des dissentiments plus 
graves s'élaient élevés. En Bretagne, le duc d'Aiguillon, 
Gouverneur de la province, homme dur et hautain, bien 
différent du Gouverneur d'Artois, avait soulevé la plus vive 
irritation par ses exactions, ses persécutions, et par la passion 
qu'il avait apportée à la condamnation de la Chalotais, pro- 
cureur général au Parlement de Rennes. Un procès intenté 
contre lui devant ce Parlement avait élé cassé par le Roi à 
l'instigalion de Maupeou, et l'affaire avait été évoquée au 
Parlement de Paris. Mais celui-ci n’était pas mieux disposé 
à l'égard d'un homme qui n'avait pour sa défense que les 
faveurs de la Cour. Le Duc, déclaré prévenu de faits qui 
entachaient son honneur, avait été provisoirement déchu de 
ses litres et dignités de Pair de France et autres, jusqu'au 


D 


jugement définitif. À celte déclaration, le Roi de plus en plus 
mécontent et, s'inspirant encore des conseils de son ministre, 
répondit par la lenue d'un lit de justice (1). Mais c'était là 
une institution surannée dont la Révolution allait bientôt 
avoir raison. Le Parlement résista. 1] fut cassé, exilé, dis- 
persé (2). Maupeou triomphait. Le Parlement d'où il était 
sorti, mais auquel il avait voué une haine acharnée, n'existait 
plus. Choiseul, son rival et son ennemi, était relégué dans sa 
terre de Chanteloup. Cependant, dans un Etat bien constitué, 
les institutions ne se suppriment pas aussi facilement que 
les hommes. Maupeou devait l’apprendre à ses dépens. La 
nouvelle Cour de justice qu'il voulut constituer pour rem- 
placer l’autre en modifiant ses attributions et supprimant les 
anciens abus, tels que les frais de judicature et la vénalité 
des charges, reçut du dénigrement de ses contemporains le 
nom ridicule de Parlement Maupeou qui lui est resté dans 
l'histoire. Quatre ans après, Louis XV mourait ; Louis XVI, 
dévoué au bien de ses sujets, et possédé du désir d'effacer 
les fautes de son prédécesseur, rappella le parlement, et 
Maupeou disgracié, dut aller finir ses jours, exilé dans sa 
terre près des Andelvs. 

L'affaire du Parlement de Rennes n'avait pas été un fait 
isolé. Les doctrines du philosophisme portaient déjà leurs 
fruits, et de tous cûtés en France s’élevaient l'agitation et 
la Révolte contre l’ordre de choses établi. La juridiction du 


(1) On désignait sous ce nom les séances où le Roi, suivant la 
maxime : « Adventente principe, cessal magistratus » substituant son 
autorité à celle du Parlement, exigeait l'enregistrement ou la 
suppression de certains actes malgré la volonté de ce corps. 

(2) Le Roi, en son édit, se plaignait de la désobéissance du Parle- 
ment de Paris qui avait la prétention de suspendre l'autorité royale. 
Après avoir fait ressortir l'inconvénient de la vénalité des charges 
et de la trop grande étendue de juridiction du Parlement de Paris, 
il annonçait la création de six conseils supérieurs jugeant en dernier 
ressort en matière civile et criminelle. 


Parlement de Paris, qui s'étendait sur notre province, ne 
laissait pas d'y provoquer des murmures. Le Conseil d'Artois 
se plaignait de recevoir les lois et édits par l'intermédiaire 
du procureur général de Paris et non pas directement des 
ministres.et de voir juger en appel ses arrêts en matières 
criminelles comme en matières financières : codes, octrois, 
impôts. C'étaient là autant d’empittements sur les privilèges 
de la province ; le sieur Mabille, président au Conseil 
d'Artois, avait rédigé un mémoire pour les exposer et les 
combattre. Pour cette fois le duc de Choiïseul s’élait trouvé 
d'accord avec lui, et avail donné à ce travail un assentiment, 
présage de celui du Gouvernement. On en était là quand tout- 
à-coup la chute du ministère fit changer la face des choses. 
Bientôt ce ne fut plus dans ses privilèges que le Conseil 
d'Artois fut menacé. mais dans son existence même. À la 
suite des graves dissentiments mentionnés plus haut entre 
l'autorité royale et le parlement, on résolut de restreindre 
l'étendue de leurs ressorts. Celle du parlement de Paris, 
notamment, soulevait depuis longtemps des réclamations à 
cause des frais qu’elle occasionnait aux plaideurs. Alors 
parut un édit royal en date du mois de février 1771, créant, 
sous le nom de conseils supérieurs,six nouvelles cours sou- 
veraines à Arras, Blois, Chälons-sur-Marne, Lyon, Poi- 
tiers et Clermont-Ferrand. Pour Arras, c'était la supression 
du Conseil d'Artois. Le texte était formel : « De notre 
autorité royale, disait-il, nous avons par le présent édit 
perpéluel éteint et supprimé, éteignons et supprimons le 
Conseil établi en notre province d'Artois par l’'empergur 
Charles-Quint en 1530, et pourvu au remboursement des 
officiers dudit Conseil ». A cet édit en succédèrent rapide- 
ment d’autres pour règler la composition (1) du nouveau 


(1) Ces officiers ne pouvaient être traduits en toutes matières 
civiles et personnelles, devant d'autres juges que ceux du bailliage 
de la Sénéchaussée établie dans le lieu de leur résidence, 


19 


Conseil supérieur (1), déterminer ses attributions, accorder 
à ses officiers lous les droits, privilèges et exemptions de 
ceux qu'ils remplaçaient (2), prélever leurs appointements sur 
l'abonnement de 100,000 livres fourni par l’Artois pour les 
droits de contrôle des actes de notaires, augmenter la juri- 
diction des bailliages auxquels serait dévolu gratuitement le 
jugement des procès en matière civile et criminelle portés 
jusqu'alors au parlement de Paris. Enfin un édit de 1771 
supprimail le parlement de Douai (3), et transférait provisoi- 
rement sesatiribulions au nouveau Conseil supérieurd'Arras, 
en altendant qu'une mesure analogue à celle qu’on venait 
de prendre pour l’Artois fût prise pour les Flandres. 

Mais lout cela n'était pas de nature à faire accepter au 
pays la suppression de l’ancien Conseil d'Artois. Composé 
exclusivement d’Artésiens, il leur offrait parmi beaucoup 
d'autres avantages celui de donner par ses offices accès à la 
Noblesse dans une province où les charges de judicature 
élaient peu multipliées. Ce que le prestige de l'autorité royale 
d’une part, l'importance des bailiiages de l’autre, gagnaïient, 
la province le perdait en indépendance. A cause de cela, 
la nouvelle organisation devait rencontrer de la part des 
Etats, d'abord assez favorables, une vive opposition. L’émo- 


(1) Il devait se composer : d'un premier président, de deux prési- 
dents, de vingt conseillers, d'un avocat et d'un procureur du Roi, 
de deux substituts, d'un greffier civil, d'un greffier criminel, de 24 
procureurs, de 12 huissiers; c'était une composition plus nombreuse 
que dans l'ancien Conseil d'Artois, le Roi fixait les gages de ces 
magistrats. Enfin ce Conseil jugeait en dernier ressort toutes les 
affaires civiles et criminelles de 13 bailliages d'Artois et de la 
Flandre. 

(2) La Chancellerie d'Artois fut conservée par édit du 22 février 
1771. 

(3) La Flandre relevait autrefois du parlement de Gand, puis, après 
la conquête française, le Roi avait créé un Conseil supérieur à 
Tournay, transféré à Cambrai en 1709, puis à Douai en 1713. 


Are 


tion fut si grande que le nouveau Conseil lui-même, alarmé de 
voir porter atteinte à des privilèges si unanimement respectés, 
crut devoir adresser des remontrances au chef de la justice, 
au chancelier Maupeou lui: mème. La réponse ne se fit pas 
attendre. Elle arriva le 12 mai 1771, toute pleine de promesses 
et d’apaisement. « La création du nouveau Conseil, disait le 
ministre, élait un bienfait et l’Artois en était redevable à la 
bienveillance du Roi. Celui ci, loin de vouloir porter atteinte 
aux franchises de la province, n’avait rien tant à cœur que 
de les conserver.» Trois mois après, un édit venait corroborer 
ces déclarations et les appliquer. Voulant, disait-il, donner 
aux Etats de la province de nouvelles marques de son 
affection et de sa confiance, et ajouter un lustre à la consi- 
dération que méritait le Conseil supérieur, le Roi créait, par 
édit d’aoùt 1771, deux offices de conseillers d'honneur nes. 
en faveur des évêques d'Arras et de Saint-Omer et leur 
assignait la place après celle du premier président, plus 
deux offices de conseillers Chevaliers d'honneur, en faveur 
du marquis de Trazeignies, et du marquis de Crény, tous 
deux membres des Etats. On altribuait aux bailliages 
d'Arras et du Saint-Omer tous les cas majeurs réservés au 
Conseil d'Artois, mais d’un autre côté on donnait à ce tribu- 
nal des attributions plus étendues et les appels de ses juge- 
ments devenaient plus rares. Enfin le Roi maintenait et 
conservait tous les privilèges et franchises accordés par les 
rois ses prédécesseurs aux peuples de la province d’Artois, 
ainsi que les lois particulières pour lesquelles il avai! déclaré 
qu'il ne serait rien innové. 

Cut édit, bien et dûment enregistré, ne suffit pas plus 
que les belles paroles qui l'avaient précédé à rassurer les 
Etats. Décidés à ne laisser porter atteinte à aucun des 
droits, privilèges et intérêts dont ils partageaient auparavant 
la garde avec le Conseil d'Artois, ils constituèrent une com- 
mission prise dans leur sein, formée de 3 membres de chaque 
ordre, chargée d'examiner de concert avec les députés 
ordinaires toutes les questions qui pouvaient intéresser la 


15 — 


province et de préparer un rapport qui serait adressé au 
Roi par l'intermédiaire des députés à la Cour. Le premier 
point sur lequel ils portèrent leur altention fut l'affaire de 
l’adresse des lettres et décrets, laissée pendante par la dispa: 
rition du Conseil d'Artois. Cette question ne visait pas une 
simple formalité, comme on pourrait le croire, mais elle 
portait atteinte aux privilèges de la province dans ses rapports 
avec le gouvernement et elle s’appliquait, aussi bien aux 
affaires extérieures, telles que les bulles, indults et autres 
communications de la Cour de Rome ou des puissances 
étrangères, qu'aux affaires particulières: leltres de provision, 
de légitimation, d'anoblissement, acquisitions ou transmis- 
sions de charges publiques et privées, ventes, achats, 
échanges de biens. Dès lors on comprend l'importance pour 
la province de ne pas les voir soumeltre au contrôle du 
Parlement de Paris et de les faire adresser directement au 
procureur général du Conseil d'Artois pour y être enregistrés, 
et les réclamations, pendant trois années consécutives, se 
produisirent à ce sujet. Maïs un autre litige plus sérieux et 
plus difficile à trancher s'imposait à la sollicitude des Etats. 
L'avantage que le Gouvernement faisait valoir si baut en 
faveur de la nouvelle organisation, la gratuité dans l’admi- 
nistration de la justice, était plus apparent que réel, puisque 
dès la création du Conseil supérieur, il avait élé décidé que 
les gages des nouveaux officiers (et ces gages s'élevaient à 
66,000 (1) livres par an) seraient prélevés sur l'abonnement 


(1) Une déclaration du Roi du 15 mars 1774 (elle se trouve fonds 
de l'Intendance, dossier 552) rappelle que par un édit de février 1771 
le Roi a créé des conseils supérieurs dont un. à Arras, fixe le nombre 
et les gages des officiers, que par deux édits du même mois, il avait 
supprimé le Conseil d'Artois et attribué au Conseil supérieur plusieurs 
objets et de plus ordonné aux officiers du Conseil d'Artois de 
remettre au controleur général des finances les pièces nécessaires 
pour la liquidation de leurs offices. Le premier président reçut 
78 000 livres, il touchait 6,000 livres par an, les conseillers eurent 
de 17 à 24,050 livres, ils touchaient 2,000 livres par an. 


10 —- 


de 100,000 livres pour le contrôle, fourni par la province. Ce 
n'élait pas tout. Les charges de l’ancien Conseil étaient la 
propriété des tilulaires. Elles constituaient pour eux un 
patrimoine héréditaire qu'ils pouvaient transmettre et vendre 
à leur gré avec l'agrément du Roi. On ne pouvait les en 
dépouiller sans les leur rembourser. Où trouver les sommes 
nécessaires à l'acquit de cette dette ? Le Roi avait d’abord 
décidé que seraient appelés à les fournir les pays intéressés, 
c'est-à-dire soumis à la juridiction du nouveau Conseil. Mais 
les Etals n’élaient pas disposés à entrer dans cette voie. 
D'abord ils refusaient de prendre des engagements dont ils 
ne connaissaient pas l'importance, puis ils réclamaient qu’on 
appelât à y contribuer les pays de Montreuil, d’Ardres et de 
Calais qui relevaient précédemment du Conseil d’Arlois, bien 
qu’ils ne fissent pas partie de la province. On discuta lon- 
guement. L’affaire dura plusieurs années pendant lesquelles 
on vit se reproduire tous les détails et ce qu’on peut appeler 
la tactique des luttes précédentes. Exigences et pénurie du 
Gouvernement d'une part, lamentations et récriminations 
des Etats de l’autre, tout cela pour aboutir à un compromis 
dont chacune des parties paraissait loin d'être satisfaite. 
Aussi l'Intendant, rendant compte au Contrôleur général de 
l'assemblée des Etats, disait qu’elle avait été orageuse. Mis 
en demeure de préciser les chiffres le Gouvernement avait 
déclaré qu’il lui fallait 547,292 livres pour le remboursement 
des offices. Comme ses coffres étaient vides, il avait délivré 
aux intéressés des bons rapportant 5 °/, et il proposait 
d’éteindre le remboursement du capital par annuités de 
60,000 livres, dont 40,000 fournies par lui et 20,009 par la 
province(1).Les adminisiralions de Gravelines, de Dunkerque 


(1) Pour le remboursement des offices, les Etats d'Artois payaient 
15,000 livres, l'Ardrésis 250 livres, le Boulonnais 220 livres, le Calaisis 
1,000 livres, le Montreuillois 800 livres, Dunkerque 900 livres, 
Gravelines 50 livres, Bourbourg 400 livres. Pour les gages du 


7 — 


et de Bourbourg, quiressortissaient autrefois du Conseil d’Ar- 
lois, furent sommées de prendre part à la dépense, bien qu’elles 
supporlassent déjà les tailles et les vingtièmes. L'Intendant 
avait annoncéaux États, pour se les rendre favorables, que le 
Roi accordait une remise de 200,000 livres sur le don gratuit. 
Mais c'était précisément sur cette remise que les Etals comp- 
laient préleverla nouvelle chargequileur incombait. Ils décla- 
rérent que cette remise, qui était autrefois un acte bénévole | 
de la part de sa Majesté, était devenu nécessaire et insuff- 
sante même à parer aux besoins de la misère et au poids 
des impôts. Enfin la bienveillance d’une part, la reconnais- 
sance de l’autre avaient disparu des rapports réciproques du 
Roi et de la province. L'Intendant constatait avec amertume 
le changement survenu depuis dix ans sur ce point dans la 
lettre par laquelle il chargeail le Contrôleur général d’annon- 
cer aux Etats le maintien de la remise en 1771. Les choses. 
devaient durer ainsi jusqu’à la fin du règne de Louis XV,en 
1774. Louis XVI, son successeur, comme on l’a vu, se hâta 
de renvoyer le ministère Maupeou et de rappeler les parle- 
ments. Cela entraîna la suppression des nouveaux Conseils 
supérieurs. Un instant on fit courir le bruit qu’Arras, défa- 
vorisé, deviendrait le siège d’un présidial relevant du parle- 
ment de Douai. II n’en fut rien. Le Conseil d'Artois fut 
réintégré par un édit de novembre 1774 dans tous les droits 
et privilèges (1) qu'il devait conserver jusqu’à la Révolu- 


Conseil supérieur, les Etats d'Artois payaient 45,000 livres, l'Ardrésis 
1,200 livres, le Boulonnais 8,100 livres, le Calaisis 4,000 livres, le 
Montreuillois 800 livres, Dunkerque 4,000livres, Gravelines 200livres, 
Bourbourg 2,000 livres. 

(1) Un édit du Roi de mai 1775 dit que s'il n’a pas été possible, en 
rétablissant le Conseil d'Artois, de conserver à ce tribunal la même 
étendue de pouvoir en matière civile qu'en matière criminelle, de 
noblesse, d'aides et d'impositions, ( notre intention n'a pas été de 
diminuer les avantages et les prérogatives accordés à ses officiers. 


— 48 — 


tion (1). Plusieurs membres du Conseil supérieur y furent 
admis, d’autres se retirèrent avec une pension (2) et l'assu- 


Leur zèle et leur attachement à notre personne nous détermineraient 
plutôt, non seulement, à leur conserver leurs anciens privilèges, mais 
à leur en donner de nouveaux. » Les présidents, conseillers,avocat et 
procureur généraux, le greffier en chef, devaient jouir de la noblesse 
au premier degré, transmissible à leur postérité dans le cas où ils 
exerceraient ledit office pendant 20 ans au moins ou seraient morts 
dans l'exercice de leurs fonctions. Les substituts n'obtenaient que 
la noblesse personnelle. 

(1) Dans les considérants de l'édit on lit : « La résolution que nous 
avons prise de rappeler à leurs fonctions les anciens officiers de 
notre Parlement de Paris et de rendre à cette première Cour de 
notre royaume, l'intégrité de son ressort ne nous permet pas de 
laisser subsister l'ancien Conseil supérieur d'arras, mais nous 
croyons en même temps qu'il est de uotre sagesse de rétablir le 
Conseil provincial d'Artois tel qu'il a été créé par l'empereur 
Charles-Quint en 1530. Nous conserverons par là un des principaux 
privilèges des habitants de notre province d'Artois et en augmentant 
les pouvoirs dont il jouissait avant sa suppression nous donnerons 
une nouvelle preuve de notre bienveillance. » Puis il décidait que ces 
magistrats reprendraient leurs anciens gages, honneurs, droits et 
privileges. Ceux qui avaient été remboursés de leurs offices devaient 
rendre au trésor royal ce qu'ils avaient reçu. Ceux qui avsient 
obtenu des lettres de vétérance les conserveraient. Les procureurs, 
huissiers et autres suppôts près dudit Conseil jouiraient du même état 
qu'autrefois. Les chancelleries continueraient de subsister. Le Conseil 
connaîtrait de toutes les causes et matières qui lui étaient attribuées 
avant sa suppression. On révoquait les attributions faites à quelques 
baillages et on les rendait au Conseil principal, tous les sièges qui 
en ressortaient en ressortiraient encore. Puis on indiquait certains 
accroissements de juridictions. Le parlement de Paris reprenait son 
droit d'appel dans la plupart des anciens cas. Enfin on confirmait 
de nouveau les privilèges et franchises de l'Artois comme les lois 
particulières audit pays, car le Roi ne voulait que rien ne fut innové. 

(2) Le président le Vasseur de la Thieulloy eut 1,000 livres de 
pension, le président de la Haye 500 livres, les conseillers Dumetz, 


Le: 40 


rance de recevoir des lettres de noblesse (1). Les Etats dans 
une adresse au Garde des Sceaux exprimèrent leur satisfac- 
tion, et l'on put croire que lapaisement allait se faire sur la 
question financière. Mais le Gouvernement ne l'entendait 
pas ainsi, Le nouveau Contrôleur général des finances, 
Turgot, constata que, pendant la période de trois ans neuf 
mois et 14 jours qu’avait duré la suspension, une somme de 
342,621 livres était sortie des coffres royaux pour le paiement 
des deux Conseils. Les pays intéressés n'avaient point 
remboursé la part qu'ils devaient sur ces avances et, bien 
que l’ensemble du système nouveau eût réalisé sur l’ancien, 
disait-on, une notable économie de 10,806 livres par an, ce 
qui faisait pour la durée de la suspension une somme de 
40,828 livres, il restait à la charge des intéressés une dette 
à acquitter de 183,600 livres que le Gouvernement réduisit 
à 118,198 livres, dont 78,000 livres pour la province d'Artois. 
On conçoit que cette réclamation refroidil singulièrement 
l'enthousiasme des Etais. Autrefois disaient-ils, les frais du 
Conseil d’Artois étaient prélevés par le Roi sur les droits 
de greffe et d’amendes versés au Trésor. Ces droits, il en 
jouissait encore, pourquoi donc refusait-il d'en supporter les 
charges ? Et comment faire accepter en pleine paix cette 


Crespiœul, Demaretz, Marteau, les abbés Chrétien et Hulot de 600 
à 2,000 livres. 

(1) Le gouvernement avait pourtant été mécontent de ce que le 
Conseil supérieur n'avait pas été complimenter les commissaires du 
Roi et le ministre les en avait blamés. Ce Conseil eut aussi une 
discussion avec l'échevinage d'Arras en 1771 et 1772 pour savoir 
qui devait entrer le premier dans le chœur de la cathédrale, et sur 
la place qu'il devait occuper dans les distributions de prix. Le 
ministre écrivit aux officiers de la gouvernance que le Roi avait 
décidé, en 1771, que les jours de cérémonie le Conseil entrerait par 
la porte principale de la cathédrale, mais que les jours de représen- 
tation au collège, ce serait la municipalité et le gouverneur qui 
entreraient d'abord, mais à condition d’arriver ies premiers. 


— 50 — 


exigence au pays déjà surchargé d'impôts ? Et toutes les 
discussions recommencérent. L’Intendant, comme toujours, 
se montrait inflexible. On eut recours aux députés à la Cour 
auxquels on adjoignit d’autres membres nommés dans une 
assemblée à la main. Le Gouvernement repoussa ces nomi- 
nations comme illégales. Le marquis de Lévis contribua à 
arranger cette difficulté et présenta la députation ; les 
députés l'en remercièrent (1). Les Etats alors produisirent 
un long mémoire (2) qui n'apprit rien à personne el où ils 
disaient qu’il était bien dur pour eux d’avoir toujours à 
annoncer aux Artésiens de nouveaux impôts, et cela en temps 


(1) Dans leurs lettres ils disaient : « La province a toujours été 
convaincue de votre zèle pour tout ce qui peut l'intéresser, et la 
preuve que vous venez de nous donner ajoute aux bienfaits qu'elle en 
a reçus dans toutes les occasions, et augmente notre reconnaissance, 
etc.» En terminant, onsuppliait le marquis de Lévis de faire connaître, 
aux deux ministres, l'usage constant des Etats à cet égard et les 
raisons qui ont déterminé l’Assemblée à la main d'envoyer cette 
députation. « Ce sera un nouveau bienfait de votre part, etc.» Le 
marquis de Lévis, en 1771, avait aidé les Etats dans une affaire 
relative à une saisie de tabac. 

(2) Le mémoire commençait ainsi : « l'administration des Etats 
d'Artois est également avantageuse au Roi et aux peuples, les 
sommes qui se lèvent se portent directement au trésor royal 
puisque les habitants paient autant et même plus que ceux de 
l'intérieur du royaume. Cependant, dans les temps heureux, cette 
perception se fait plus facilement dans cette province que dans les 
autres, par l'habitude qu'ont les intéressés de payer volontairement 
et sans frais, ce qu'on leur demande. Par ce moyen, le service tant 
civil que militaire se fait promptement et avec exactitude. Les 
souverains ont tellement recommandé l'utilité et l'avantage de cette 
administration qn'ils l'ont approuvée et confirmée dans toutes les 
occasions. Il est encore reconnu qu'elle ne pouvait se soutenir 
qu'autant qu'il y aurait des juges dans la province pour décider 
souverainement et sur le champ les contestations ». Suivent les 
autres avantages du Conseil d'Artois. 


CT 


de paix, et quand la province était accablée de charges et 
réduite à la misère. En fin de compte il fallut se soumettre, 
et la somme répartie en onze annuités fut prélevée sur tous 
les pays autrefois soumis au Conseil d’Artois. C'est ce qu’on 
avait fait précédemment et ce que demandaient les Etats (1). 

Pour en finir avec celte affaire de la suppression du Conseil, 
il a fallu anticiper de quelques années sur l’histoire de la 
province et de son Gouverneur. Si celui-ci s’élait tenu à 
l’écart de ces discussions qu’il déplorait sans pouvoir y 
remédier, il n’en avait pas moins continué à garder vis-à-vis 
de ses administrés la ligne de conduite bienveillante et 
courtoise qu’il avait toujours suivie. Quand le moment fut 
venu de présenter les cahiers, les députés le trouvèrent 
encore prêt à les accompagner à la Cour, comme à l'ordinaire. 
En cette année 1771, les cahiers et leur supplément ne 
différérent guère de ceux de l’année précédente (2). Pour la 
troisième fois, par suite des désordres de la température, et 
des inondations, la récolte avait été mauvaise en grains et 
en fourrages, et la cherté toujours croissante devenait une 
véritable ruine. Les bestiaux maigrement pourvus d’une 
nourriture insuffisante et avariée ne rendaient pas aux culti- 
vateurs le produit normal. Dans plusieurs cantons, l’épizootie 
signalée l’année précédente sévissait encore, et les vétéri- 
naires, entretenus à grands frais par les Etats pour y veiller, 


(1) Voir sur le Conseil d'Artois, les simanachs d'Artois de 1768 
p. 69 et 1769 p. 73, les Rues d'Arras par MM. Godin et d'Héricourt, 
l'Etat de la province d'Artois par Bultel, un mémoire couronné par 
l'académie d'Arras, etc. Sur le Conseil supérieur on peut voir 
l'histoire d'Arras par M. Lecesne, tome 11, p. 644. 

(2) Les députés, après l'audience qui eut lieu le 26 mai, escortés 
du marquis de Lévis, allèrent faire leur Cour aux princes et prin- 
cesses et dinèrent chez son ami, le ministre de Monteynard, avec 
le gouverneur et les gentilshommes de l'Artois, présents à Paris, 
l'intendant, l'évêque de lréguier, etc. Le marquis de Lévis accom- 


pagna les députés à la Cour, à Versailles, Fontainebleau et Com- 
piôgne. 


avaient cru devoir maintenir les cordons sanitaires, préser- 
vatif nécessaire mais préjudiciable à la liberté du commerce 
des bêles à cornes. Bien que les chevaux et les moutons 
n’eussent pas diminué, la culture était en souffrance. Les 
journaliers eux-mêmes, dont le salaire n’avait pas augmenté 
en proportion du prix des denrées, se voyaient obligés de 
vendre successivement les arbres de leurs manoirs, leurs 
animaux de basse-cour, principale source d’aisance pour 
les pelites gens, voire même leurs meubles et leurs effets 
personnels. D’après les cahiers, le mécontentement régnait 
partout. Comment, dans de telles conditions, ne pas faire 
appel à la générosité du Roï ? La remise de 1770 avait été 
insuffisante. Elle avait êté de 200,000 livres. On en deman- 
dait 500,000 cette année, plus la continuation de l’abonne- 
ment des villes au don graluit sur l’ancien pied, c'est-à-dire 
de 50,000 livres. Les prétentions du Gouvernement étaient 
bien différentes. Jamais disait-il, ses ressources n'avaient 
été aussi limitées ; le déficit laissé dans ses finances par les 
dernières guerres était loin d’être comblé. On aurait pu 
ajouter à cette cause les folles prodigalités de la cour. 
L’Inlendant consulté, ne put que constater la véracité du 
sombre tableau tracé par les Etats. Il trouva cependant un 
point à signaler, sur lequel l’indigence ne se faisait pas sentir. 
C'était l'accroissement de la population. Avantage incontes- 
table assurément et gage de prospérité pour l'avenir de la 
province. Mais on ne pouvait pas y trouver un motif pour 
la surcharger d'impôts dans le présent. Après d’intermina- 
bles discussions, la remise du don gratuit, sur la proposition 
de l’Intendant, füt fixée au même chiffre que l’année précé- 
dente, 200,000 livres, réparties dansles mêmes termes, sans 
omettre les 26,866 livres appliquées à l'amortissement de la 
fameuse dette des fourrages qui depuis 1759 (1) durait encore. 


(1) 100,000 livres devaient être employées en secours imposés pour 
les cultivateurs malheureux, 7,400 livres pour les subdélégués et 
65,734 pour les laboureurs les plus nécessiteux. 


= pa 


Elle menaçait même de s’aggraver de nouveau en ce temps 
de disette. Car précisément, au cours de la session de cette 
année 1771, les Etats firent opposition à ce que l’on envoyât 
un régiment de carabiniers en subsistance à Arras, de peur, 
disaient-ils, de voir de ce chef augmenter le chiffre de leurs 
dépenses. 

Cette session des Etats s’ouvrit le 18 novembre. Comme 
toujours, la plus grande part en fut employée à discuter les 
questions de finances, d'impôts, et d'octrois. Questions 
brülantes et passionnantes en ce temps-là, pour les repré- 
sentants du Gouvernement, d’une part, qui cherchaient 
toujours àaugmenter ses revenus, pour les députés, de l’autre, 
qui n'avaient rien tant à cœur que de défendre les intérêts 
de leurs concitoyens (1). Dès l’ouverture des Etats, les 
commissaires du Roi, en annonçant la remise ordinaire et 
la répartition qui devait en être faite, conformément aux 
années précédentes, prévinrent l’Assemblée que sa Majesté 
avait depuis le {er juin dénoncé la résiliation des abonne- 
ments pour les impôts et que, si Elle était disposée à en 
accepter d’autres, ce serait sur de nouvelles conditions (2). 


(1) Les commissaires du Roi annoncèrent qu’il demandait 125,000 I, 
pour le canal d'Aire à Saint-Omer. 

(2) I offrait la prolongation pour six ans de celui de 2 sols 
par livre sur le produit des fermes et octrois, la continuation 
de ceux du premier vingtième et des #4 sols par livre jusqu'au 
1er janvier 1781, puis pour un an de celui du deuxième vingtième; 
l'abonnement de ces deux vingtièmes devait être augmenté d'un 
cinquième. Les Etats nommèrent une commission pour examiner 
ces demandes. Celle qui souleva le plus de protestations fut l'aug- 
mentation du cinquième. Ils proposaient 500,000 livres par vingtième 
et 100,000 livres pour les 4 sols par livre, plus ils demandaient l'auto- 
risation d'emprunter pour payer ces suppléments de charges. Pour 
les droits des villes, ils demandaient qu'il n'y eüt plus de régie royale, 
mais que les Etats en restassent chargés et de faire un abonnement 
définitif en prenant pour base le produit des impôts. Le ministre y 


Quelles seraient ces conditions ? et à quelles discussions 
leur établissement allait:il donner lieu ? (1). 

En dehors de ces matières, à signaler, dans cette session 
de 1771, une protestation des Etats contre un édit royal 
supprimant les offices de jurés-priseurs ou vendeurs de 
meubles(2),et transférant provisoirement leurs fonctions aux 


consentit, mais non sans peine, car l'inspecteur nommé par le Gouver- 
nement pour la surveillance des droits sur la bière et le vin préten- 
dait que l'on avait exempté trop de monde, que les commis man- 
quaient de capacité, que leurs registres étaient mal tenus, etc. Les 
Etats répondirent qu'ils n'avaient exempté que les Etats-Majors des 
places, que les adjudicataires des fermes étaient intéressés à ce que 
les employés remplissent leurs devoirs, enfin qu'on ne pouvait trouver 
de commis parfaits. Pour celui des 8 sols par livre ajouté à tous 
les droits et impôts indirects, l'abonnement serait de 202,000 livres 
par an, celui du contrôle serait de 100,000 livres auquel on ajou- 
terait 40,000 livres pour les 8 sols par livre, celui du don gratuit 
des villes resterait fixé à 50,000 livres. Un édit de novembre 1772 
ayant réduit les 8 sols pour livre à 2 sols, le Gouvernement ne 
demanda plus que 5,000 livres de ce chef. 

Quant aux droits de contrôle, d'insinuation, centième denier et 
petit sol, pour lesquels les Etats avaient obtenu un abonnement de 
six ans, un arrêt du Conseil d'Etat du 15 septembre 1771 avait 
décidé que le Roi les administrerait par son fermier général. Pour- 
tant on consentit à un nouvel abonnement. 

(1) Les Etats offrirent pour les nouveaux abonnements : 160,000 1. 
pour celui des 8 sols pour livre, ils consentirent pour celui du 
contrôle au chiffre demandé par le Gouvernement ainsi que pour 
celui du don gratuit des villes, mais pour le premier ils demandèrent 
que pour les 8 sols pour livre ils n'eussent à donner que 20 000 I. 

(2: Les jurés-priseurs avaient été créés en 1556 et 1576 et leurs 
fonctions remplies par les huissiers et sergents-royaux. Un édit de 1696 
sépara ces deux fonctions et créa des offices particuliers qui perce- 
vaient 4 deniers par livre sur les ventes de meubles. Louis XV, 
par lettres patentes, supprima les commissaires aux prisées ‘et 
ventes de meubles créés par un édit de 1712 comme faisant double 
emploi avec les jurés-priseurs et ne servant qu'à augmenter les frais, 


= 5 


notaires et aux huissiers. Les Elats protestèrent, car ces 
offices étant la propriété des villes où ils étaient érigés, elles 
seules avaient le droit d'en disposer. L'affaire fut mise en 
délibéré et la question fut ajournée. 

Enfin furent trailées quelques affaires purement locales 
pour la capitale de la province. Une école d'accouchement, 
à laquelle devait bientôt s'ajouter un cours de chirurgie, 
compléta l’ensemble des mesures déjà prises dans l'intérêt de 
la santé publique. La mort de M. de Mouy, survenue cette 
même année, laissant vacante la maison qu'il occupait 
contiguë au palais des Etats, ceux-ci demandèrent au Roi 
l'autorisation d'acheter cet immeuble,en même temps qu’un 
autre qui y tenait également, pour agrandir leur palais et y 
loger le député ordinaire de la Noblesse. Après les énormes 
sacrifices qu’on leur demandait, on n’osa leur refuser cette 
satisfaction bien que l’Intendant ne s’y montrât pas favorable. 
Après le député de la Noblesse, disait-il, il faudra sans doute 
loger celui du Clergé. M.de Mouy({{})avait toujours vécu dans 


C'est un édit de février 1771 qui supprima lesjurés-priseurs vu la modi- 
cité de la finance et en créa d'autres. Les anciens titulaires étaient 
«privilégiés pour acquérir les nouvelles charges, mais pour connaître 
l'importance de leur produit, avant de fixer le prix de vente, le Roi 
avait sursis à la vente de ces offices de jurés-priseurs et chargé les 
notaires et huissiers de les suppléer par des lettres patentes de 
juillet 1771, puis, par d'autres lettres patentes du 17 août de cette 
même année, le Roi autorisa ces jurés à continuer leurs fonctions. Des 
lettres patentes du 7 août 1772 sont relatives aux notaires, greffiers, 
huissiers et sergents-royaux, requis de faire les prisées et ventes de 
biens meubles. Plus tard le Roi chargea un receveur de percevoir 
le produit des droits sur les ventes de meubles revenant à l'Etat et 
cela pendant 6 ans à partir du 1° octobre 1777. 

En 1772, on supprima les payeurs de gages des différentes cours 
et en 1774, les contrôleurs aux dépens et vérificateurs aux saisies 
réelles, 

* (1) On peut voir son éloge en vers dans l'Almanach d'Artois de 
1772, page 206. 


= 66 


les meilleurs termes avec eux. Retiré là depuis de longues 
années, il y exerçait les fonctions d'inspecteur général de 
l’Artillerie. Il était membre de l’Académie d'Arras et y 
jouissait d’un grande considération. Son successeur fut 
M. de Gribeauval, comme lui lieutenant-général et comman- 
deur de Saint-Louis (1). 


(1) C’est encore en 1771 que les Etats d'Artois modifièrent le 
mode de remise des fonds qu'ils devaient à l'Etat ; il fut question de 
créer une conservation des hypothèques et d'établir une diligence 
d'Arras à Péronne, où on rencontrerait la diligence de Paris. 

C'est aussi en 1771, que M. de la Sablonnière, imprimeur des 
Etats à Arras et M. Fertel, imprimeur de la ville de Saint- 
Omer demandèrent qu'on retirât son brevet au sieur Nicolas, impri- 
meur à Arras. Les Etats s'occupèrent de ces différentes questions. 
Enfin, c'est en 1771, que le Roi créa une école militaire pour 500 
jeunes gentilhommes. 


— 9 D 104 — 


ue 


mi 


1772 


L'année 1772 s'ouvrait sous de fâcheux auspices. Les 
rapports des représentants de la province avec le Gouverne- 
ment, devaient se ressentir longlemps des discussions 
soulevées l’année précédente. On peut juger de l’état des 
esprits par une lettre dé l'évêque d'Arras, député à la Cour, 
adressée aux députés ordinaires dès le 4 janvier. Dans cette 
lettre, Mgr de Conzié, après avoir exprimé la volonté de 
s'associer à eux pour la défense des intérèts du pays, ne 
craignait pas d'ajouter : { Notre tâche est d'autant plus 
« difficile que nous sommes à chaque instant exposés à des 
« invasions d’un ennemi redoutable, puisqu'il prend la 
« chose publique pour motif de la guerre qu’il nous fait, 
« ainsi qu'aux autres provinces du royaume, même les plus 
« privilégiées ». Cet ennemi redoutable, évidemment c'était 
le contrôleur général ; et les attaques auxquelles il se livrait, 
c'étaient les tentatives sans cesse renouvelées pour créer de 
nouveaux impôts ou aggraver les anciens. 

Une assemblée à la main fut tenue par les Etats le 4 mai. 
C'était, comme on sait, le premier acheminement à la rédac- 
tion des cahiers. Toutes les questions locales y étaient 
traitées et discutées. On s’occupa d'abord du don gratuit des 
villes, de la création et de la réfection des chemins, de la 
ferme des bêtes vives, de la suppression de l'impôt sur la 
petite bière, et puis, vinrent les doléances... plus nombreuses 
que jamais. Chaque année en apportait de nouvelles (1). La 


(1) Pourtant les épizooties avaient plutôt diminué puisqu'un arrêt 
du conseil d'Artois du 3 juin 1772, rétablissait les foires et marchés 
aux bêtes à cornes, vu la cessation de l'épizootie en Artois et dans 
les provinces voisines; il avait suspendu ces marchés par un règle- 
ment du 20 octobre 1770, Les maladies ayant reparu dans certains 
districts de l'Artois, le Conseil supérieur, par arrêt du 28 mai 1773, 
suspendit de nouveau ces foires et marchés à Lillers, et le 30 sep- 


L 


"58 


fameuse question des édits à présenter aux Etats avant de 
les faire enregistrer au Conseil d’Arlois se raviva à propos 
de la création des jurés-priseurs et des droits sur la poudre, 
l'amidon et le carton, pour lesquels cette formalité avait été 
omise{1). Les protestations se renouvelèrent contre la préten- 
tion de mettre à la charge de la province, le traitement des 
subdélégués (2) fonctionnaires également inutiles, disait-on, 
à l'administration générale et à l'administration municipale, 
car ils faisaient double emploi avec les commissaires 
répartis créés par les édits de 1764 et 1765, pour remplir 


tembre dans les pays de Langle et de Laleu et le canton de Saint- 
Venant. On mit des gardes pour empêcher les communications entre 
ces pays et les pays voisins; ces mesures gênaient l'approvisionne- 
ment en bestiaux destinés à la consommation et diminuaient le 
produit de l'octroi sur les bêtes vives. Le 24 mars 1774, tous les 
marchés furent rétablis dans les endroits où ils avaient été interdits, 
mais en exceptant les pays ci-dessus indiqués. 

(1) C'est un édit de février 1748 qui, pour subvenir aux charges 
de la guerre, avait ordonné la perception de différents droits. dont 
ceux sur le papier et le carton; la perception devait avoir lieu 
pendant 12 ans et à la paix un édit de février 1749 les suspendit ; 
mais sous prétexte de nécessité pour les finances, ces droits furent 
rétablis par une déclaration du Roi du 1 mars 1771. Les papiers 
payaient de 4 à 25 livres la rame selon la grandeur et la qualité, 
les cartes et cartons quatre fois plus. Le droit sur l'amidon était de 
2 sols par livre, on donnait comme une des raisons de cet impôt 
que cette fabrication amenait la cherté des grains, etc. Ce droit et 
celui sur la poudre à poudrer furent établis par un édit de février 1771. 

(2) Voici comment on répartissait les 7,400 livres que le Roi 
faisait payer pour les sub iélégués . 1,000 livres à celui d'Arras et 
à celui de Saint-Omer ; 800 livres à ceux de Bapaume, Béthune, 
Aire, Hesdin et Saint-Pol ; 400 livres à celui de Saint-Venant ; celui 
de Lens ne recevait rien, aussi ce poste était généralement géré par 
le subdélégué d'Arras, 


— 0 


près des Hôtels-de-Ville, le rôle d'officiers permanents. C'est 
là, du reste, un reproche qu'on fait aussi de nos jours aux 
sous-préfets. Sur ce point, et c'était un des seuls, le Contr- 
leur général paraissait disposé à se ranger du même avis. 
Il écrivit même à l’Intendant pour lui proposer de réduire 
le nombre de ces subdélégués. Mais Caumartin se montra, 
comme toujours, intransigeant. L'autorité souveraine,répon- 
dit-il, aurait à perdre, à la suppression de ces fonctionnaires, 
ce que perd tout pouvoir éloigné à se voir privé des moyens 
de communications réciproques du centre aux extrémités. 
Les subdélégués furent donc maintenus, et leur trailement 
fut prélevé sur la remise de 200,000 livres que le Roi accorda 
commeles années précédentes sur ledon gratuit de 500,000 I. 
que lui fournissait la province. Les Etats, lors de la présen- 
tation des cahiers, cherchèrent vainement à obtenir des 
concessions plus larges. Vainement firent ils valoir dans le 
discours d'usage la promptitude et l'unanimité qui avaient 
mérité à l’Artois d'être proposé en modéle aux autres pro- 
vinces. L'Intendant Caumartin, qui venait, par suite de la 
démission du duc d’Aiguillon. d'être nommé chancelier 
garde des sceaux de l'Ordre de Saint-Louis, parut un instant 
puiser dans ce surcroît d’honneurs des dispositions à la 
bienveillance. Il reconnut que, vu la médiocrité du rende- 
ment des grains au battage, le Roi devait se montrer géné- 
reux. Mais quant à supprimer les nouveaux droits, cela lui 
paraissait impossible, puisqu'on les appliquait dans les autres 
provinces ; aussi, quand on en vint à leur discussion détaillée, 
aucun de ceux-ci ne fut adouci ni supprimé. A l'ouverture 
des Etats, le 23 novembre, le Roi demanda 44,444 livres 
pour le canal d’Aire à la Bassée et 63,000 livres tant pour 
les gages des ofliciers du nouveau conseil supérieur d'Artois 
que pour le remboursement de ceux de l'ancien. Ces 
demandes étaient contraires aux promesses formelles faites 
l'année précédente. Les Etats protestèrent énergiquement. 

Tout ce qu’ils obtinrent à la suite de longs débats fut une 


= 060 = 


réduction de 3,000 livres sur le dernier chiffre (1). Pour les 
abonnements, l'écart avait été bien plus grand encore entre 
les chiffres exagérés présentés par le Gouvernement et les 
chiffres réduits assignés par les Etats au rendement des 
impôts. Cet écart, il faut le reconnaitre, n'avait pas pour 
cause unique la malveillance réciproque des deux parties 
intéressées ; mais il était dù aussi au grand nombre de privi- 
lèges el d’exemptions dont on jouissait sous l’ancien régime. 
Les plus importants s’appliquaient à ce que l’on appelait 
les biens de main-morte, autrement dit les biens des églises, 
des abbayes, des maladreries, des chapitres, des commu- 
nautés et établissements d'instruction, etc., dotés généreu- 
sement par nos pères pour assurer la magnificence du culte 
ou subvenir aux besoins des pauvres. Affranchis tout à la 
. fois des exigences du fisc, et des vicissitudes par lesquelles 
s’effondrent trop souvent les fortunes particulières, ces biens 
admirablement administrés étaient parvenus à un degré de 
prospérité inouïe. Le sol de l’Artois en était couvert, et les 
quelques monuments qui restent debout permettent de juger 
de l’efflorescnce artistique qui résulta de cette opulence. 
Cependant les sentiments de foi auxquels toutes ces fonda- 
tions devaient leur origine avaient disparu. Les doctrines 
philosophiques d’une part, la licence des mœurs de l’autre 
avaient envahi les classes élevées de la Société française. 
Le nombre de vocations diminuait sensiblement. Dans cer- 
tains monastères, le relâchement de la règle et l'abus des 
richesses offraient une proie trop facile aux convoitises d’un 
gouvernement aux abois. Réduire le nombre des couvents et 


(1) Les villes et pays ressortissant au Conseil d'Artois avaient à 
payer en sus de ces 60,000 livres: l'Ardrésis 1,489 livres, le Boulon- 
nais 10,075 livres, le Calaisis 4,750 livres, Bourbourg et sa chatel- 
lenie 2,879 livres, le Montreuillois 898 livres, Dunkerque et son 
territoire 3,638 livres, Gravelines 104 livres. Ces sommes, jointes à 
celle de 40,167 livres dont l'Etat restait chargé, faisait 124,000 livres. 


ol 


mettre Ja main sur leurs biens, tel fut donc l’objectif qu'on se 
proposa. Les Etats, il faut le reconnaître, firent une vaillante 
résistance. Quelques-uns de leurs membres, à la vérité, 
s'élaient laissé gagner par les idées nouvelles, mais la grande 
majorité devait rester jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la 
Révolution, attachée à la foi de ses pères ; el s’ils étaient d'avis 
de faire supporter aux gens de main morte une part impor- 
tante du fardeau des impôts et des charges dont on écrasait 
la province, jamais ils n'entrèrent dans les complots du 
ministère pour réduire ou exploiter les couvents dont l'exis- 
tence était pour le pays une source de richesses et de bien- 
faits (U;. Ainsi les avait-on vus dès l’année 1764, prendre en 
main la cause du chapitre des filles nobles de Denain qui 
avait reçu l’ordre de se transférer et de se réunir à 
celui de Valenciennes. Les députés et la Cour firent à ce 
sujet les plus vives représentations au cardinal de Luynes 
et aux autres prélats qui composaient le bureau chargé des 
affaires ecclésiastiques (2). Le Gouvernement émettant dès 


(1) Les couvents, disaient les Etats, ne sont une charge ni pour 
la France, ni pour le public; les supprimer ou diminuer leurs 
ressources, c'était faire tort à la province, car ils participaient en 
partie aux charges, soulageaient les malheureux et instruisaient les 
jeunes filles. 

(2) Les Etats protestèrent aussi quand le gouvernement voulut 
imposer de nouvelles formalités aux chapitres de filles nobles 
établis dans la province. Ainsi, en 1781, le gouvernement voulut 
assimiler le chapitre de Maubeuge aux maisons nobles de Lorraine 
où il fallait seulement 4 quartiers de noblesse du côté paternel et 
maternel pour être admis, tandis qu'en Flandre il en fallait 8. Les 
religieuses, appuyées par le parlement de Flandre, avaient protesté, 
car elles voulaient, disaient-elles, repousser les anoblies ou celles 
dont les parents avaient fait leur fortune dans les finances. Il y avait 
40 prébendes à Maubeuge, 17 à Denain. Toutes ensemble représen- 
taient 100,000 livres de revenu. On fit plusieurs mémoires à ce sujet. 
Dans l’un, l'on disait, que la noblesse de Belgique pouvait s'appliquer 


— 62 — 


lors la prétention de supprimer toute communauté qui ne 
pouvait justifier d’une conventualité de 20 membres, et de 
lui interdire de recevoir des novices (1). Une mesure analo- 
gue s’étendait non seulement aux ordres religieux mais 
encore aux écoles et aux corporations qu'on prétendait deve- 
nues inutiles. Ainsi, précisément en l'année 1772, celle 
où nous en sommes, on contestait l’existence de l'école 
Sainte-Croix de Béthune, et celle des trois compagnies de 
canonniers et d’arquebusiers de cette ville pour employer, 
disait-on, leurs biens à des œuvres plus utiles. Nouvelle 
protestation de la part des Etats. L'année suivante, en 1773 
un édit désastreux aux réguliers devait faire le sujet d’un 
mémoire rédigé par les dépulés ordinaires. 1] ne s'agissait 
de rien moins que de soustraire les moines à l’obédience de 
leurs supérieurs ordinaires pour les mettre directement sous 
la main des évêques (2). C'était la division de l'autorité, 


les mots de Tacite : « A/ieni nulla gens obstinentior sua fortiter 
defendens », aucune nation n'est moins ambitieuse ; mais elle défend 
fortement ce qui lui appartient. On rappelait que Louis XIV passant 
à Maubeuge et étant entré au couvent, après avoir embrassé les 
religieuses, promit de maintenir leurs constitutions. Les Etats 
d'Artois s'occupaient de ces chapitres nobles parce que les jeunes 
filles des Seigneurs de la province pouvaient y entrer. 

(1) Les Etats protestèrent quand en 1364 on défendit aux religieuses 
d'Annay et du Vivier à Arras de recevoir des novices. 

(2) Cet édit chargeait les évêques de l'examen des novices, des 
réceptions, des professions, de donner les permissions d'absence, de 
la confirmation des prieurs, etc. Les Etats protestèrent contre cet 
édit comme contraire aux principes ecclésiastiques, car si les 
évèques ont sur les réguliers une autorité d'inspection supérieure à 
celle des abbés, ils ne peuvent l'exercer que quand ils visitent en 
personne les maisons, dans les causes d'appel et dans les cas 
indiqués par les canons. Mettre deux autorités c'est fournir aux 
sujets réfractaires le moyen de se soustraire à toutes les deux. On 
peut voir à ce sujet un mémoire rédigé par les députés ordinaires. 


"69 — 


partant sa ruine (1). En 1773 également, les Etats, par leurs 
remontrances encore, firent lever la défense signifiée par 
l'évêque de Saint-Omer au prieur de Saint André-au-Bois, 
de recevoir des novices. À ce premier moyen de dépouiller 
les couvents en en diminuant le nombre, s’en ajoutait un 
autre, qui n'élait pas nouveau. C'était de différer longtemps 
les nominations des abbés pour jouir des bénéfices pendant 
la vacance du poste ou d'imposer de lourdes charges aux 
titulaires comme condition de leur entrée en possession. 
C'était ainsi que Dom Bernard, abbé de Clairmarais en 1784 
devait se voir obligé de payer quatre pensions attribuées à 
des laïques, s’élevant ensemble à 10,000 livres. A sa mort, 
arrivée trois ans après, les Etats représentèrent au Gouver- 
nement que si pareille redevance était imposée à son succes- 
seur, il fallait renoncer aux travaux projelés pour la recons- 
truction du monastère qui menaçail ruine. Maintes autres 


(1) Des édits de mars 1768 et février 1373 qui s'occupaient des 
Réguliers, sur la demande des Etats de Flandre et d'Artois, furent 
un peu modifiés par une déclaration du Roi du 7 décembre 1774 
pour les Couvents de ces deux provinces. Il y a 34 articles; an 
s'occupe des noviciats : on ne pouvait admettre à la profession que 
ceux qui avaient fait leur noviciat dans la maison, un religieux ne 
pouvait quitter un monastère pour aller dans un autre où la règle 
était moins sévère. Les couvents étaient obligés d'entretenir leurs 
bâtiments, de reconstruire ceux en mauvais état; c'est sans doute ce 
qui fit travailler à tant de monastères à cette époque. Mais on ne 
pouvait faire de nouvelles constructions sans une délibération de la 
communauté. Les religieux ne pouvaient rien posséder en propre, 
ni prêcher sans l'autorisation de l'ordinaire. Celui-ci devait donner 
son autorisation pour les fondations et faire des visites dans les 
maisons. D'autres articles s’appliquaient aux ordres mendiants, aux 
bénéfices, etc. 

Un arrêt du Parlement du 18 août 1760 avait défendu d'établir 
des associations, congrégations et confréries sans l'autorisation du 
Roi. Une déclaration de S. M., du 16 mars 1772, était relative aux 
brefs, bulles, etc., de la Cour de Rome, 


pi 


fois le même cas se présenta. A Eaucourt, une des abbayes 
les moins riches de la province, Dom Bultel dut s'engager à 
payer une forte pension pour faire agréer sa nomination. 
A Auchy,il en fut de même, et aussi à Saint-Eloy lors de 
l'avènement de Dom Doresmieulx de Fouquières. Nulle 
part les protestations ne furent plus vives qu’à Dammartin. 
En 1785, Dom Oblin, pour être nommé coadjuteur de l'Abbé, 
dut consentir à payer 12,000 livres de pension à la princesse 
de Condé, abbesse de Remiremont, et 600 à l’Abbé Faure, 
supérieur du grand séminaire, puis évêque d'Amiens. Les 
religieux, exaspérés, prétendirent que c'était prendre le tiers 
de leurs revenus. Cependant il est permis de croire l'éva- 
luation exagérée. Les députés à la Cour appelés en témoi- 
gnage la soutinrent mollement, et les Etats, se plaçant au 
point de vue plutôt des intérêts de la province que de ceux 
des intérêts des religieux, portérent leurs griefs spicialement 
sur l'attribution des pensions à des étrangers et sur la dimi- 
nution des charités faites aux pauvres du pays qui en était 
la conséquence. 

Bien plus grand et plus injuste fut le tort fait à l'Abbaye 
de Blangy-sur Ternoise. Celle-ci n’était pas riche. Sur un 
revenu de 17 à 18,000 livres, elle était obligée de fournir la 
portion congrue aux curés, aux vicaires et de pourvoir à 
l'entretien et à la réparation des églises dans les paroisses 
dont elle avait la dime. Ces charges, elle s’en acquittait 
noblement, comme on peut s’en convaincre encore aujour- 
d'hui (1). 

Pour ce monastère, les nouvelles exigences du fisc étaient 
la ruine. Trois abbés s’y succédérent en peu de temps. Ce 
fut d'abord l'abbé de Ghistelles à qui l’on imposa 1,200 1. de 
pensions à fournir, puis Dom Postel qui dut en promettre 


(1) À cinq kilomètres de Blangy, la petite église de Bermicourt, 
dont le chœur était dans ce cas, conserve dans sa jolie voûte en 
pierre sculptée du gothique le plus pur, la trace de la manificence 
et du sens artistique des religieux. 


0 -- 


4,800 livres. Celui-ci était d'humeur douce et de complexion 
délicate. Les difficultés inextricables auxquelles il avait à 
faire faceentre les besoins de ses religieux,auxquels restaient 
à peine 200 livres par tête, et les autres charges qui crois- 
saient d'autant plus qu'on les négligeait, le firent tomber 
en langueur et il mournt bientôt. A son successeur, Dom 
Denis, on voulut ajouter un surcroît de 600 livres de pensions 
à servir. Du coup c'était mettre les moines, dans l’impossi- 
bilité de vivre. Ils s’adressèrent aux Etats d'Artois et, par 
ceux-ci, à l’Evêque d'Orléans, chargé de régler les finances 
d'église en ce temps-là, pour se faire dégrever de ce nouveau 
tribut. Leur cause était intéressante. Le marquis de Lévis 
intervint puissamment en leur faveur, et la gagna. A un 
siècle de distance, il eût pu voir l’un des fils de sa race 
recueillir dans ce pays de Blangy le souvenir et le mérite de 
ses bienfaits (1). 

Cependant il était un troisième fléau plus redoutable 
encore que les deux précédents aux ordres religieux en ce 
temps-là. C’était la Commende. On sait que, pris dans son 
sens primitif, ce mot ne signifiait autre chose que le dépôt 
d’un bénéfice entre les mains de celui qui, ne pouvant cano- 
niquement le posséder, n’en avait que l’administralion pen- 
dant la vacance, à la charge de rendre compte des fruits 
qu'il en tirait à celui qui en serait pourvu plus tard. Ilen avait 
‘été ainsi aux premiers siècles de notre histoire. Mais des 
abus ne tardèrent pas à s'introduire. On vit les églises et 
les monastères être la proie des officiers de la maison du Roi 
et des hommes de guerre, qui devenaient abbés sans être 
moines, et qui tiraient des revenus des bénéfices, une 
solde et des appointements. Charlemagne mit fin à ces 


(1) Le château de Monchy, situé à quelques kilomètres en amont 
de Blangy, dans cette même vallée de la Ternoise, est actuellement 
possédé et habité par le marquis de Lévis, à qui sa femme, Mlle d Hin- 
aisdal, l’a apporté. : 


06 — 


désordres en rendant aux moines le gouvernement des monas- 
tères. Mais les réformes qu’il fit ne durèrent pas longtemps. 
Les commendes redevinrent la proie des grands, et ceux-ci 
les considérant comme leurs biens propres, se mirent à en 
disposer par ventes, échanges, partages, laissant sans scru- 
pule les bâtiments en ruines et les moines dans la misère. 
Sous la troisième race, le désordre devint plus scandaleux 
encore. Les Rois et les seigneurs firent donner la tonsure et 
le voile à ceux de leurs enfants qu’ils voulaient enrichir sans 
amoindrirleurs domaines, etleur firent concéder des commen- 
des opulentes. Des abbés possédant le litre d'un monastère, 
s’attribuërent la commende de plusieurs autres. On vit les 
gens d'église mener la vie des seigneurs les plus fastueux et 
les plus dissolus, avoir comme eux des tables somptueuses, 
des équipages de chasse, et traîner à leur suite des femmes 
de mauvaise vie. Tels étaient les abus que, de siècle en 
siècle, l'Eglise, les conciles, les papes et, à l’instigation de 
ceux-ci, les rois eux-mêmes avaient cherché à réprimer. En 
1574, Henri 111, sans se dépouiller de la faculté de disposer 
des bénéfices réguliers, promit de n’y nommer à l'avenir que 
des religieux. En 1617, Louis XIII, prince pieux et craignant 
Dieu, prit à l'Assemblée des notables de Rouen un arrêté 
supprimant les commendes elles mêmes, mais cela resta 
sans effet, et l’état de choses que tant d'hommes puissants 
avaient intérêt à maintenir devait durer jusqu’à la Révo- 
lution. 

Jusqu’à l’époque où nous en sommes arrivés, la province 
d'Artois s'était vue à l'abri de la commende, en vertu des 
privilèges que. lors de son annexion à la France, on avait 
promis de lui conserver. Pourtant des atteintes y furent 
portées, et le cardinal d’York fut nommé abbé commendataire 
d'Anchin. En cette année 1772, lorsque le cardinal de la 
Roche-Aymon s'étant désisté de l’abbaye de Cercamps, Île 
Roi voulut y mettre un économat, les Etats protestérent. 
Alors un nouvel abbé commendataire fut nommé. Les reli- 


==. 67 — 


gieux lui offrirent de se charger de recevoir sa part de 
revenus, prévoyantqueles débiteurs seraient mains molestés 
que par un receveur mercenaire, mais il ne voulut pas entrer 
dans cette voie. Les Etats eux-mêmes conseillèrent aux 
religieux de céder, en présence des difficultés nouvelles qui 
se préparaient et des luttes qu'ils avaient à soutenir pour 
empêcher les empiètements sans cesse renouvelés sur les 
immunités de la province. C’était d’abord les nominations 
d'étrangers aux divers bénefices. Telle celle de Guilhem de 
Saint-Marc, diacre du diocèse de Condom, au prieuré de 
Saint-Georges-lès-Hesdin, d’un autre au prieuré d'Aymerie 
dépendance d’Anchin. Celle ci donna même lieu à un débat 
des plus vifs. L'affaire avait été portée au Parlement de Paris 
et l’avocat général Séguier, s’était permis une virulente 
invective contre les prétentions de la province d'Artois à se 
regarder comme étrangère au milieu des Etats du Roi, pré- 
tentions que la Cour en diverses circonslances, disait-il, 
avait rejetées. Cela s'était passé en 1770. Depuis lors la situa- 
tion avait toujours été en s’aggravant. Les deux abbayes de 
Saint-Vaastet de Saint-Bertin qui, avant la réunion del’Artois 
à la France, formaient avec deux autres monastères de Bel- 
gique ce qu'on appelait la congrégation des Bénédictins de 
Flandre, furent mises en demeure de rompre ces liens et de 
se rattacher à l’abbaye de Cluny (1). La majorité des reli- 
gieux était d'avis de se soumettre à ce changement, qui 
n'avait rien de contraire à leurs constitutions ni à leur règle, 
mais un certain nombre protestèrent et furent soutenus par 
les Evêques d'Arras et de Saint-Omer, mécontents de voir 
amoindrir par là leur juridiction. Ce qui porta l'agitation 
à son comble, ce fut lorsque se manifesta de la part du 


(1) Voir à ce sujet un mémoire sur la Congrégation de Flandre 
composé par l’abbé Rembert et couronné par l'Académie d'Arras, et 
l'Histoire d'Arras par M. Lecesne, tome I], page 636, 


— 68 — 


Gouvernement l'intention d'étendre la commende à la riche 
abbaye de Saint-Vaast, qui en avaittoujours été affranchie(1)}. 
L'affaire resta er suspens. Le premier pas dans l'accomplis- 
sement de ce projet fut l’'apposition des scellés par ordre du 
Roi, aussitôt la mort de l'abbé Dom Vigor de Briois en 1780, 
sous prétexte de vérifier les comptes des receveurs. Tout 
avait été mis en œuvre pour préserver l'Abbaye de la com- 
mende et des calamités qu’elle entrainait. C'était la plus 
grave atteinte à la régularité de la discipline monastique et 
aux privilèges de la province. De nombreux mémoires 
avaient été rédigés (2). Aux proteslalions indignées des 


(1) Le 3 mai 1775, les députés à la Cour écrivirent aux députés 
ordinaires : « Lorsque nous avons communiqué à M. le Garde des 
Sceaux le bruit qui s'était répandu par rapport au Conseil d'Artois, 
il a dit que nous devions regarder ce propos comme l'effet de la 
fermentation qui règne dans la province et dont le Gouvernement 
s'occupe d'arrêter le cours. Nous lui avons représenté que cette 
fermentation nous était inconnue et qu'on s’y occupait uniquement 
du bien général, On ne doit faire aucune application de ce discours 
à M. Desruelles et imaginer que sa situation soit une suite de mesures 
prises par le Gouvernement. » 

(2) Les députés à la Cour écrivaient le 9 mai 1775 cette lettre aux 
députés ordinaires : « Depuis quelque temps lebruitestrépandu à Paris 
qu'on avait le projet d'étendre dès à présent la commende à l'abbaye 
de Saint- Vaast, nous n'avons pas cru devoir y donner confiance. Le 
projet, en effet, paraissait dénué de vraisemblance, cependant nous 
ne pouvons plus douter qu'il n'ait de la réalité. Nous avons cru 
devoir en parler à M. de Maurepas, nous lui avons représenté qu'un 
des privilèges de notre province était que les abbés devaient être 
nommés par voie d'élection, et que cette fonction ne pouvait être 
conférée en commende ; que si dans quelques circonstances le Roi 
s'était écarté de cette règle, ce n'avait jamais été qu'en faveur des 
cardinaux, qui jouissaient du privilège de pouvoir posséder des 
bénéfices en règle. Il nous a cité l’abbaye d'Anchin laquelle a été 
conférée à M, le duc d'York. Nous n'étions pas assez instruits de 
l'exactitude des faits pour pouvoir les contester, mais nous lui avons 


— 69 — 


religieux se joignirent celles des autres monastères de 
la région. Les Evèques eux-mêmes, qui ne s’élaient pas 
toujours montrés soucieux de l'intérêt des réguliers, se 
prononcérent cette fois en leur faveur et, lors de la présen- 
tation des cahiers, ce fut l’évêque de Saint-Omer qui porta 
la parole & avec autant de puissance que d’éloquence » à ce 
sujet. Parmi les députés, le plus grand nombre se rangeait 
à cel avis, et le Gouverneur de la province les secondait de 
toutes ses forces dans leurs remontrances au gouvernement. 
Un seul député à la Cour, et c'était le marquis d'Aoust, fit 
défection (1}. Après, à la mort de Dom Vigor de Briois, 


représenté que le duc d'York, fils de Roi, était dans le cas d'une 
exception qui ne pouvait servir de titre à aucun autre. Au reste, le 
ministre nous a assuré qu'il n'était plus question de ce projet et que 
M. le maréchal de Muy pourrait calmer nos inquiétudes. En effet, 
nous l'avons vu, et il nous a manifesté sa surprise qu'un pareil 
dessein ait pu être conçu et favorisé par quelques-uns de nos conci- 
toyens. Il nous a dit que le Roi l'ayant consulté sur cet objet, il a 
remis à S. M. un mémoire dans lequel il a établi que la commende 
était aussi préjudiciable à la régularité des maisons religieuses que 
contraire aux privilèges des provinces belges. Enfin, M. le Maréchal 
nous a parlé de manière à dissiper nos alarmes et à exciter toute 
notre reconnaissance. Nous lui en avons offert l'hommage et lui 
assurons que nous ne laisserions pas ignorer à la province qu'elle 
lui était redevable de la conservation d'un de ses plus précieux 
privilèges, puisque sans son appui ce privilège aurait été anéanti 
avant même qu’il eût été possible d’être instruit qu'on se proposait 
d'y porter atteinte. » 

P. S. — M. le Maréchal a ajouté qu'il ne souffrirait pas que la 
commende fut introduite dans les abbaves de la province. Il avait 
dit la même chose à M. le marquis d'Aoust, il y a trois mois, il l’a 
redite à l'archevêque de Tours et à M. Brunet et il remit, à ce sujet 
un mémoire au Roi. 

(1) Les députés à la Cour écrivirent aux députés ordinaires le 
4 juillet 1775 : « M. le marquis de Lévis nous a fait prier de passer 
chez lui pour nous entretenir d'un projet qui intéresse la province. . 


7) — 


suivie de plusieurs années de discussions et d’attermoiements, 
le cardinal de Rohan fut nommé abbé commendataire de 
Saint-Vaast. Ce fut le premier et le dernier. L'histoire de son 
administration devait être lamentable. Elle débuta par un 
procès qu'il eut à soutenir contre les religieux qu'il avait 
mission de protéger et se termina par la sotle et coupable 
affaire du Collier, dont il fut le triste héros. L’'effervescence 
qui régnait alors dans les couvents était portée à son comble. 
Il s’y passa des scènes qu’il n'entre pas dans notre cadre de 
rapporter. À Saint-Vaast, un religieux, Dom Desruelles, fut 
mis en prison, puis relâché. Les communautés de femmes 
elles-mêmes ne vivaient pas en paix, et le marquis de Lévis 
dut plus d’une fois intervenir dans leurs affaires. Telle par 
exemple l'élection de l’Abbesse du Vivier en 1776, à l’occa- 
sion de laquelle s’éleva un conflit entre l’abbé deSaint-Bertin, 
qui était le supérieur normal, et l’Abbé de Saint-André, pro- 


Il nous a fait lecture d’une lettre écrite le 5 juin, par M. de Muy, 
parlant en substance du compte-rendu fait au Roi par le ministre, 
des interrogations subies par deux particuliers, ainsi que des propos 
saisis, 11 y avait vu les preuves d’une intrigue qui avait pour but 
d'acquérir des protecteurs à prix d'argent et aux dépens des abbayes 
de la province pour une affaire dans laquelle on devait tout attendre 
de sa justice, que l'intention du Roi était que M. de Lévis lui indi- 
quât les moyens les plus prompts de rétablir dans la province le 
calme troublé par quelques esprits inquiets et ardents, et d'étouffer 
jusqu'au germe les divisions qui y ont existé, et c'est pourquoi elle 
l'a chargé d'employer l’autorité qu'elle lui a confiée, et de lui faire 
connaître ceux en qui il trouverait des dispositions contraires à ses 
vues. M. de Lévis nous a chargés de faire connaitre aux Etats l'objet 
de cette lettre. Nous lui avons dit quel esprit de sagesse et de justice 
avait toujours animé les trois corps, que les Etats n'avaient aucune 
part aux mémoires, que leurs délibérations et leurs intentions en 
font toi et que nous désavouons et improuvons tout ce qui aurait pu 
être fait et dit contre ces intentions et délibérations. » 


1 — 


posé par les Etats pour la présider. Le Gouverneur d'Artois, 
appelé à trancher le débat, décida en faveur du premier. 

La large place que nous avons dù donner aux questions 
monastiques en celte année 1772 n'a pas sufli à épuiser tous 
les sujets de discussions qui étaient à l'ordre du jour entre 
la province et le gouvernement. Il y avait encore la question 
d'organisation des municipalités. Pour celle ci, comme pour 
la précédente, il serait nécessaire de remonter bien avant et 
de s'étendre bien après les limites de la présente année, afin 
d'exposer les fluctuations continuelles auxquelles elle fut 
soumise. Sans remonter plus loin que la domination fran- 
çaise, Louis XIV, soi disant pour éviter les intrigues et les 
cabales auxquelles donnaient lieu les élections, nomma les 
échevinages ; puis, par besoin d'argent, rendit ces charges 
perpétuelles et héréditaires moyennant finances, par des 
édits de 1692, 1693 et 1695. En 1706, on créa dans chaque 
municipalité des maires perpétuels alternatifs et triennaires. 
En 1716 on supprima la vénalité avec indemnité aux titu- 
laires et retour à l'élection ; en 1727 on revint à la véna- 
lité (1). Quant aux échevins, une commission désignée par 
le Roi nommait d’abord quatre, puis huit échevins aux 
mains desquels était confiée la direction des affaires muni- 
cipales. Au moment de l'arrivée du marquis de Lévis, 
un édit daté du mois d'avril 1764, motivé sur les avantages 
pour les différents corps et communautés de pouvoir 
s’adminisirer eux-mêmes et choisir ceux qui régissaient 


(1) Voir pour l'histoire des échevinages : l’Hrstoire de l'admints- 
tration municipale d'Arras, par M. de Cardevacque. Arras 1879, 
Notice sur l'échevinage d'Arras, par M Lecesne (Annuaire Parenty, 
année 1866). L'Organisation municipale de la vilte d'Arras par le 
baron de Hauteclocque, ancien maire de cette ville (Congres scten- 
tifique de Franre, xx° session, tome 1er p. 134). Recherches hislori- 
ques sur l’anrien érhevinage d'Arras, manuscrit du même auteur. 
Archives de la ville s registres aux nominations des échevins et 
officiers municipaux, tome 1v, 1723-1791, 


— 7 — 


leurs finances et prenaient soin de leurs intérêts avec faculté 
de les changer à leur gré, supprima les officiers municipaux 
dans les villes et les bourgs au-dessus de 4,500 âmes (1). 
Ces fonctionnaires devaient désormais être remplacés par 
voie d'élection, sous la présidence des lieutenants de baiJliage 
qui devaient en fixer le nombre en se basant sur le chiffre 
de la population. 

En mai 1765, un nouvel édit étendit ce droit d'élection à 
toutes les communautés. La nomination des maires seule 
était réservée au Roi, sur présentation de trois candidats, et 
pour trois ans seulement. Ce système ne dura pas longtemps. 
1] ne réalisa pas les espérances qu'on en avait conçues. Les 
élections se montrèrent dès ce temps-là ce qu'elles sont 
encore, une source d’inimitiés et de divisions. Elles ouvraient 
la porte à toutes les brigues, intrigues et cabales suscitées 
par l'ambition. En novembre 1771, un nouvel édit supprima 
les deux précédents (2). Non moins fortement motivé que 


(1) Voici le préambule de cet édit : Il est nécessaire de donner aux 
différents corps et communautés la liberté d'élire leurs officiers 
municipaux et de pouvoir les changer et également de faire délibérer 
les notables dans les cas qui intéressent les communautés, et sur les 
comptes que les receveurs ont à rendre, c’est le moyen de diminuer 
les dépenses et de ramener l'ordre dans les finances, etc. 

(2) Voici son préambule : Les édits de 1764 et1765 avaient décidé 
* qu'il serait pourvu par voie d'élection à la nomination des officiers 
municipaux, nous espérions qu'en rendant aux villes et communautés 
la liberté de se nommer elles-mêmes leurs officiers et d'après les 
mesures que nous avions prises dans nos édits, les citoyens des trois 
ordres, se réunissant pour l'avantage commun, ne profiteraient de cette 
liberté que pour concourir unanimement au bien de la communauté, 
et dépouilleraient tout autre intérêt dans le choix des sujets chargés 
d'y veiller. Nous avons reconnu depuis, qu'au lieu des avantages 
que nous nous étions promis de l'exécution desdits édits, elle deve- 
nait, dans toutes les villes, une source d'inimitiés et de divisions par 
le désir que des gens souvent incapables avaient de participer à 


79 — 


ne l'avaient été ceux-ci, mais sur des raisons diamétrale: 
ment opposées, il rétablissait les officiers municipaux créés 
en litre avec l'agrément du Roi ; faisant valoir les avan- 
tages de l'expérience acquise, et de l'indépendance qui leur 
permettraient de maintenir l'égalité entre leurs concitoyens 
auxquels ils n’élaient point redevables de leur élévation. 
C'était un retour à l’ancien système de charges permanentes 
héréditaires approuvées par le Roi, moyennant finance. De 
là à la vénalité il n’y avait qu’un pas. Ce pas fut bientôt 
franchi, et l’on vit arriver à la tête des municipalités des 
hommes qui, portés là par la faveur, la fortune ou l’hérédité, 
ne se montrèrent pas à la hauteur de leur situation. Cet 
abus ne pouvait échapper à la vigilante censure des Etats. 
Poussés par quelques esprits remuants et amis de la nou- 
veauté, ils avaient tout d’abord accordé leur approbation à 
l'édit de 1771, mais ils n'avaient pas tardé à revenir sur celte 


l'administration, et par les cabales et les brigues qui s'introduisaient 
dans les élections et qui donnaient souvent lieu à des procès ruineux 
pour lesdites villes, retardaient l'expédition des affaires communes, 
etjetaient le trouble et lacontusion dansleur administration, en sorte 
que le bien que nous nous étions proposé d’opérer devenait chaque 
jour le principe d'un mal réel, nous n'avons pas trouvé de moyen 
plus expédient que de créer et rétablir en titre les officiers municipaux 
qui, après avoir obtenu notre agrément, n'étant point redevables 
de leurs charges aux suffrages des particuliers, et n'ayant plus rien à 
appréhender de leurs successeurs, en exerceraient les fonctions sans 
passion et avec toute la liberté qui leur est nécessaire pour conserver 
l'égalité dans la distribution des charges publiques et qui, étant 
perpétuels, seraient en état d'acquérir une connaissance plus intime 
des affaires concernant notre service et celui des villes, et pourraient 
se rendre capables, par une longue expérience, de satisfaire à tous 
les devoirs et aux autres obligations qui sont attribuées à leur 
ministère, etc. 

Le Roi, en conséquence, créait un conseiller maire, un conseiller 
lieutenant du maire, un conseiller-greffier, des conseillers échevins, 
à charge de payer finance. 


= UE 


opinion, à dénoncer le danger de la vénalité des charges, el 
à revendiquer pour les habitants de la province le droit 
d'être gouvernés par leurs concitoyens, par des hommes au 
courant des coutumes de l’Artois et respectueux de ses privi- 
lèges, faisant valoir que les échevinages rendant la justice, il 
fallait les composer de gens instruits des lois, capables et 
intègres, et choisis avec soin. Aussi, tout ec reconnaissant 
les abus d'une administration populaire, ils demandérent le 
retour à la liberté des élections, tempérée par des règlements 
sages et propres à prévenir les abus. 

Au bout de deux ans, ces réclamations furent écoutées 
mais ce fut sans leur donner complète satisfaction. Par un 
édit, en date du mois de novembre 1773, le Roi supprimait 
la vénalité et l’hérédité des charges, mais il prétendait 
obliger les Etats à rembourser le prix payé par ceux qui 
avaient, depuis 1771, acheté et rempli des fonctions munici- 
pales (1). Sous prétexte d'établir l’uniformité dans l’adminis- 
tration des villes de la province, il fut stipulé que le Roi se 
réservait la nomination des maires sur une liste de trois 
candidats présentée par les Etats. Le choix des échevins et 
autres officiers municipaux était dévolu aux députés géné- 


(1) Voici le préambule de l'édit : Nous étant fait rendre compte 
de la forme des élections avant les édits de 1764 et 1765, et ayant 
reconnu qu'elles étaient différentes en chaque ville, et qu'elles pou- 
vaient reproduire les inconvénients que nous avions voulu éviter et 
pour assurer la constitution des villes d'une manière stable et 
permanente et pour que la conformité si nécessaire dans Îles élec- 
tions des officiers d'une même province soit observée, nous avons jugé 
à propos de nous réserver la nomination des places de maire sur la 
présentation qui nous sera faite de trois sujets par nos Etats, et 
d'accorder à leurs députés généraux et ordinaires celle des échevins 
et autres officiers, et de faire observer dans chaque ville les mêmes 
règles qui ont déjà eu lieu dans l'administration de leurs biens et 
revenus. 


RS = 


nn 


raux et ordinaires (1). Les corps municipaux d'Arras et de 
Saint-Omer continuaient à être composés d’un mayeur, el 
de dix échevins dont deux nobles, quatre gradués en droit, 
et quatre bourgeois, négociants ou gens vivant noblement. 
Les maires étaient nommés pour trois ans, les échevins pour 
deux ans. Les premiers ne pouvaient reprendre les mêmes 
fonctions qu'après une interruption de trois années. 

Cette organisation nouvelle et inusitée fut loin de provo- 
quer l'assentiment général (2). Au mécontentement des 
Etats, qui ne trouvaient pas dans les prérogatives qui leur 
étaient laissées une compensation suffisante à la dépense 
qu’on leur imposait, s’ajoutèrent les protestations des offi- 
ciers de bailliage qui par l'interdiction d'assister à la reddition 
des comptes voyaient amoindri l’importance de leur gestion. 
Dans plusieurs localités le nouveau système ramena au 
pouvoir l’ancienne administration contre le gré des habitants, 
et cela suffit à la décrier près des populations. 

Les Etats s’occupèrent des autres questions traitées dans 
leurs cahiers : s’il ne serait pas avantageux de joindre la 
régie des droits sur la bière et le vin (3) et celle des 4 sols 
par livre à la régie du droit gratuit des villes (4, des 
bourses à créer aux écoles vétérinaires de Lyon et d'Alfort, 
(la fréquence des épizooties les rendait très utiles) ; l'établis- 
sement d’une école de dessin à Arras vint aussi en discus- 
sion (5). Enfin il ne faut pas clore le bilan de cette année 1772 


(1) On peut voir dans les registres aux délibérations des Etats 
d'Artois de 1774 la liste des présentations qu'ils firent. 

(2) L'Intendant prétendit que dans cette affaire les Etats avaient 
plusieurs fois changé d'avis. 

(3) La partie afférente aux Etats rapportait 434,000 livres, celle 
afférente aux villes, 216,000 livres. 

(4) Ce droit rapportait 128,000 livres. 

(5) Un sieur Tourselle, entrepreneur des illuminations à Paris, 
offrit aux Etats de se charger de celles d'Arras. 


= 10. 


sans y inscrire deux conflits dont elle fut encore témoin. 
L'un s’éleva à Arras entre l’administration municipale et 
l’autorité militaire, au sujet de la réfection de la porte de la 
Cité. La voûte de cette porte menaçait ruine et l’échevinage 
en porta plainte aux Etats. Ceux ci, par l'intermédiaire de 
leurs députés à la Cour, se bornèrent à demander la permis- 
sion de la démolir au ministre de la Guerre. C'était alors, 
comme on sait, le marquis de Monteynard, mais il était 
malade. La question fut renvoyée au comte d'Aumale, ingé- 
nieur en chef du génie à Arras, qui fut invité à l’examiner 
sur place. D’enquête en délibération, la nécessité de la démo- 
lition fut reconnue et décidée. Mais sans attendre les ordres 
du roi et sans avertir l'ingénieur, l’échevinage avait fait 
barrer la porte et afficher « Défense de passer ». C'était faire 
acte de propriété. Aussitôt le génie de chercher à se 
décharger des frais de reconstruction. De là, protestation de 
la municipalité. Au fait, la prétendue imprudence qu'on lui 
reprochait n'était qu’un acte de prudence accompli dans 
l’intérèt de la sécurité publique. Le débat fut vifet dura 
longtemps. Mais le travail fut exécuté. 

Le second débat fut plus sérieux, et la part directe qu'y 
prit le gouverneur militaire de la province d'Artois lui 
assigne ici une place importante. Ce fut au sujet des char- 
rois militaires. La question n'élait pas nouvelle, et depuis 
longtemps les Etats d'Artois s'étaient fait l'écho des plaintes 
qu'elle soulevait. Une partie notable des transports militaires 
se faisait autrefois par eau, grâce au canal d'Arras à Douai. 
En 1765 et 1766, on avait ainsi envoyé à l’arsenal de Douai 
de l’artilerie, des munitions et des boulets de canon. Le trajet, 
à cause du grand nombre des écluses, durait quatre jours. 
La voie de terre était beaucoup plus rapide et répondait 
mieux aux aspirations des chefs. Les Elats, à qui incombait 
la charge de fournir chevaux et équipages pour effectuer 
ces transports, se montraient récalcitrants, et cela donnait 
matière à de fréquentes discussions. En 1716 et en 1730 les 


=, 71-E 


exigences mililaires avaient été limitées à trois chariots 
par bataillon et un par escadron, et le prix à 29 sols par 
journée de cheval. Mais c'était devenu insuffisant. Outre 
les bagages et les munitions, il y avait à transporter les 
malades. On se plaignait même de ce que les officiers ajou- 
taient des denrées et autres objets élrangers au service mili- 
taire. Le nombre des chariots fut porté à six à quatre che- 
vaux par balaillon, et trois par escadron. Les réquisitions 
devaient être signées du gouverneur. En 1766, on admit en 
principe que les régiments, dispensés de payer en route 
leurs voitures, délivreraient seulement des mandats à faire 
solder par l'extraordinaire des guerres. Deux ans après, 
en 1768, on élargit encore ces conditions par une nouvelle 
ordonnance qui admettait des prix variables de 2 à 10 livres 
par voiture et par jour. C'était ouvrir la porte à bien des 
abus. Et ceux-ci ne tardèrent pas à se produire. Les fermiers 
se plaignirent de la détérioration de leur matériel. La charge 
de chaque chariot, fixée par les anciens règlements à un 
maximum de 1,500 à 2,00 livres, s'élevait parfois à 5,000 I, 
Les chevaux, réquisitionnés en nombre exagéré, servaient 
parfois à trainer les chaises de poste des officiers (1), et 
cela dans la saison où ils étaient le plus nécessaires à la 
culture. De pareils faits ne pouvaient manquer de provoquer 
les réclamations des Etats. Inspirés par eux, les députés à 
la Cour représentèrent au ministre qu’il était étrange, en ce 
temps où la corvée était supprimée, de la voir maintenir 
pour les charrois militaires. Car, disaient-ils, le prix déri- 
soire auquel ces charrois élaient fixés, n'était même pas 
toujours payé. On discuta ainsi plusieurs années, jusqu'à 
ce que, enfin, en 1777, les transports furent faits à l'entre- 
prise. Restèrent seulement à la charge des municipalités 


(4) C'était un sieur de Montainneville, commissaire des guerres 
à Béthune, dont il était question, 


no 


les chevaux de selle à fournir aux officiers de passage dans 
la province ({}, et ceux-là étaient payés 30 sols par jour {2}. 

D'autres questions militaires analogues, sinon sembla- 
bles, à celles qui avaient figuré les années précédentes aux 
cahiers des Elals, se produisirent encore, celle de la com- 
position des garnisons par exemple. A Arras on demandait 
qu'une compagnie d'invalides vint suppléer à l'insuffisance 
des troupes affectées au service de la place, et relever les 
bourgeois du concours personnel qu'ils étaient obligés d’y 
apporter. Puis, c'était toujours de la part des Etats le mème 
vœu exprimé de voir remplacer les régiments de cavalerie 
par l'infanterie, moins exigeante et moins onéreuse à sus- 
tenter, En 1772, c'était au régiment de Berry qu'on s’en 
prenait particulièrement. 11 élait à Arras depuis 1769, et 
l’échevinage se plaignait de ce que ce séjour (qu'on trouvait 
prolongé alors !) eùt permis aux hommes de prendre des 
habitudes contraires à l'intérêt des bonnes mœurs. Il est 
permis de croire que ces plaintes étaient intéressées, à en 
juger par les réclamations dont on ne craignit pas d’obséder 
le gouverneur, à propos de trois régiments suisses qui avaient 
séjourné successivement à Arras, y jouissant de l’exemption 
des droits d'octroi (3). On se demande de quel œil le marquis 
de Lévis devait considérer de si mesquines préoccupations 
auxquelles néanmoins, en grand seigneur qu'il était, ilne 
manquait jamais d'accorder son concours. La remonte des 


(1) En 1777, le Magistrat d'Hesdin refusa de transporter à Douai, 
des arbres abattus sur les remparts, prétendant qu’il fournissait des 
chevaux de selle pour le passage des troupes. Le prince de Montbarret 
chargea l'Intendant de l'obliger à ce transport. 

(2) Voir pour plus de détails sur les charrois militaires: Fonds de 
l’'intendance dossier, no 547. 

(3) Le régiment de Diesbach était resté à Arras de décembre 1763 
à août 1765. Le régiment de \Valdener, du 22 mai 1769 au 
11 juin 1771, le régiment de Boccard, du 3 août au 1 octobre 1771. 


— 79 — 


chevaux de guerre figura aussi cette année parmi les 
doléances des Etats. Ils trouvaient mauvais que cette 
remonte portât de l’argent à l'étranger plutôt que de faire 
ses acquisitions dans la province où la race boulonnaise 
jouissait déjà d’une légitime notoriélé (1). 

En somme, l’année 1772 n'avait pas été bonne au point de 
vue des relations de la province avec le Gouvernement, et 
l'Intendaat, écrivant au Contrôleur général pour lui rendre 
compte de ses impressions, ne lui dissimula pas que jamais la 


(1) La cavalerie avait, en 1772, 29,000 chevaux ; elle en achetait 
2,900 par an; on les payait : pour les gendarmes, 770 livres ; pour les 
carabiniers, 550 livres; pour la cavalerie légère, 450 livres ; pour 
les dragons et les chasseurs, 360 livres; pour les hussards, 
330 livres. Une partie de ces achats se faisait en Allemagne. D'un 
autre côté la Prusse se procurait des chevaux en France. En 1779, 
le Gouvernement en avait fait acheter 2 à 3,000, il en eut trop et 
proposa au Roi de France de lui en céder ; le ministre de la guerre 
accepta et chargea un lieutenant-colonel de traiter l'affaire, en lui 
disant que c'était un marché entre deux grands monarques et non 
entre maquignons. En 1784, les Etats d'Artois renouvelèrent leurs 
plaintes. M. de Coupiguy, ancien député à la Cour (il avait donné 
sa démission), chevalier de Saint-Louis envoya un rapport au 
ministre pour lui indiquer le moyen d'avoir de bons chevaux sans 
être obligé de recourir à l'étranger, et en même temps encourager 
l'agriculture. Selon lui, il fallait que la remonte n'achetât que des 
juments, les fit saillir et donnât les poulains aux cultivateurs qui 
les éléveraient et les revendraientà l'Etat. Il fallait aussi se procurer 
de bons étalons et mettre la cavalerie dans des pays de pâturages et 
d'élevage. En 1785, on donna, à titre d’essai, des chevaux d'arullerie 
aux fermiers de l'Artois à charge de les rendre quand on les récla- 
merait ou de les remplacer par d'autres semblables, mais, comme à 
ce moment la nourriture était chère, les cultivateurs ne se soucièrent 
pas d'en prendre (On peut voir aux archives du ministère de la 
guerre un grand nombre de documents concernant le service de la 
remonte à cette époque). 


00 — 


session des Etats n’avait révélé chez eux autant de méfance 
et d'agitation. Les demandes du Gouvernement avaient 
cependant toutes été satisfaites. L'abbé Terray, répondant à 
l’Intendant Caumartin, crut devoir joindre à l'expression de 
sa reconnaissance pour ce fonctionnaire, une note commi- 
natoire à l’adresse des Elats qui, disail-il, avaient grand 
intérêt à ne pas priver la province des effets de la bienveil- 
lance du Roi en s’opposant à l'établissement des impôts 
réclamés d'elle. 


Dee 


1773 


L'année 1773 ne devait guère apporter de modifications à 
la situation de la province d’Arlois, ni à ses rapporls avec 
le Gouvernement. Les plaintes d'un côté, les exigences de 
l’autre ne permettaient pas d’entrevoir la possibilité d'une 
entente. Dès le mois de mars 1773, un édit fut publié, qui 
annonçait une nouvelle prétention, celle de mettre à la charge 
des villes l'entretien des bâtiments servant à l'exercice de la 
justice et leur ameublement, et la protestation qu'il provoqua 
vint s'ajouter à toutes celles dont les causes ont déjà été 
indiquées dans les chapitres précédents. Sur l'invitation du 
Gouverneur, les cahiers furent prêts pour les fêtes de la 
Pentecôte (1). Les doléances étaient toujours les mêmes : 
épidémies, épizooties, maturité défectueuse des grains entre- 
tenaient la cherté (2) et entravaient les transaclions. À Saint- 
Omer un fermier des Etats, le sieur Detœuf, avait fait une 
faillite retentissante. Il avait fallu l’expulser et mettre ses 
affaires aux mains d’un sieur Milon qui lui avait servi de 
caulion. L'augmentation annoncée l’année précédente sur le 
taux des abonnements avait été effectuée, et cela n'avait pas 
empêché le Gouvernement de demander les fonds nécessaires 
à la continuation du canal d’Aire à la Bassée. « Enfin, 
concluaient les cahiers, jamais la province n’a été aussi mal- 
heureuse, el l’on n'a de secours à espérer que dans le cœur 
de sa Majesté », On reconnait là le ton sentimental qui 
régnait dans les mots à celte époque où les convictions 
s’effaçaient des esprits. Et le résultat fut aussi creux que les 
paroles auxquelles il répondait. Cela se borna aux 200,000 1, 
de réduction ordinaire accordée par le Roi, pour être répar- 


(1) En 1772, on avait été en retard. 
(2) La razière de blé, pesant 120 à 125 livres, valait 9 à 10 livres, 


6 


— g — 


ties en : 100,000 aux moins imposés, 7,400 aux subdélégués 
et 92,600 aux dettes de la province. 

C'était loin de suffire, et un des premiers actes des Etats en 
s’ouvrant, le 29 novembre, fut la demande d’être autorisés à 
emprunter 200,000 livres, dont une moitié pour les travaux 
du canal d’Aire à la Bassée, l’autre pour achever de payer 
les vingtièmes. L'emprunt fut émis à 4 1/2 °/o, et le projel 
comportait une retenue destinée au remboursement. Les 
préteurs se trouvèrent peu nombreux. Dès l’année suivante, 
il fallut supprimer la retenue et proroger le. délai de rem- 
boursement. 

Cet emprunt n’était d'ailleurs pas le premier ni le seul 
dont les Etats fussent obérés. Peu auparavant, ils en avaient 
contracté un autre de 600,000 livres pour faire face aux 
frais des grands chemins de la province, voire même à 
l'entretien des routes royales, que le Gouvernement mettait 
de plus en.plus à leur charge. Précisément, en cette année 
1773, les députés ordinaires eurent à présenter un rapport à 
l'Assemblée sur l'emploi de ladite somme. Tant qu'on en fut 
à constater l'utililé, la nécessité même d'ouvrir à l’agricul- 
ture, au commerce, aux besoins des populations, de grandes 
voies pavées ou gravelées, d’en améliorer l'agencement, 
d'en augmenter le nombre, ce qu’on faisait presque chaque 
année, tout le monde fut d'accord. Mais, entrant dans le 
détail, on fut moins satisfait, quand les députés durent 
avouer que les fonds votés avaient été dépensés sans que les 
résultats eussent égalé les sacrifices. Dans l'Artois propre- 
ment dit, on avait eu affaire à des entrepreneurs de mauvaise 
foi, qui, déjouant toute surveillance, avaient fourni de 
mauvais matériaux, exécuté les travaux d’une manière 
insuffisan!e et retenu à leur profit plus d’un tiers des sommes 
perçues par eux. 11 n'en était pas de même dans le Boulon- 
nais et le Calaisis. Là, les chemins avaient été confiés à des 
entrepreneurs consciencieux et expérimentés. Parfois même 
l'administration avait adopté le système de la régie, et fait 


— 93 — 


exécuter les travaux elle-même. Le résultat avait été bon. 
Dans cette région les routes étaient solidement établies sur 
de bons matériaux, bien nivelées et plus larges de trois pieds, 
ce qui offrait un très grand avantage pour empêcher la 
détérioration des bordures. 

Les Etats, on le comprend, n’eccueillirent pas favorable- 
ment les révélations du rapport, et la conclusion qui pouvait 
se résumer ainsi : Une longueur totale de 99,598 toises (1) 
de grands chemins et la nécessité de dépenser pour leur 
entretien annuel une somme de 50,430 livres, à laquelle il 
était urgent d’ajouter 83,032 livres pour les améliorations 
pressantes. Cela donna lieu à de longues délibérations, dont 
il n’était pas permis d'entrevoir la fin. L'année suivante, en 
1774, on émit la proposition de paver toutes les routes, mais 
ce qu’elles devaient y gagner en solidité, elles le perdraient en 
agrément et un grand préjudice en résulterait pour la durée 
des roues des voitures et des fers des chevaux.On s'en tint donc 
à continuer de réparer et d'entretenir les routes gravelées, 
Mais là encore se dressait une difficulté, celle de se procurer 
des cailloux. A la vérité, un arrêt du Conseil d’Artois remon- 
tant à 1705 permettait d'extraire les grès et le sable pour la 
confection des chemins, sur les propriétés particulières 
«car, disait-on, ce sont choses publiques, comme l'air et 
l'eau » (2). Seulement tout le monde sait que dans certaines 
parties de nos bonnes et fertiles plaines de l’Artois, le sol, 
prodigue en toutes sortes de biens, ne l’est pas en cailloux. 
On peut même attribuer à cette rareté des cailloux la négli- 
gence où avait été laissée la viabilité dans ce pays jusqu’à 
l’époque dont nous parlons. Après les routes royales et les 


(1) On sait que la toise était l'équivalent de 6 pieds, autrement 
dit 2 môtres. 

(2) On fit un règlement à ce sujet, en 1784. — Les députés ordi- 
naires demandèrent cette même année un règlement pour la planta- 
tion des chemins. 


— 84 — 


grands chemins dont les Etats se chargeaient, il y avait 
encore les voies secondaires, ce qu’on appelle de nos jours 
les chemins vicinaux, destinés à relier les paroisses entre 
elles et à les ratlacher aux autres, qui attiraient avec juste 
raison l'attention des représentants de la province. En prin- 
cipe, le soin en était dévolu aux intéressés. Par un vieux 
règlement du Conseil d'Artois, les fermiers étaient obligés 
de travailler un jour par an aux chemins longeant leurs 
terres ou les traversant. Mais c'était là un moyen dérisoire, 
quand il s'agissait de travaux importants. En 1772, les Etats 
jugèrent nécessaire de voter un quart de centième pour 
subvenir aux frais de terrassements et ramassage de cail- 
loux, et on demanda aux fermiers de faire les charrois. En 
1773, une faible somme de 3,000 livres fut affectée par les 
Etats à accorder des primes à celles des communautés qui 
se distingueraient par leur zèle à se rattacher aux chaussées 
royales, sur l'indication des députés ordinaires. Mais tout 
cela n’amena pas de grands résultats. Ce fnt seulement en 
1784 que le Roi ayant accordé 4 millions pour les routes du 
royaume, l'Artois en obtint à lui seul pour sa part la quaran- 
tième partie, soit 100,000 livres. La province se prit d'émula- 
tion et en ajouta 100,000 autres en 1785. Cela donna l’essor 
aux travaux, et plus encore aux prejets. On parla d'adoucir 
les rampes escarpées, de terminer les chemins commencés, 
d'ouvrir ceux dont la création était décidée depuis longtemps. 
Mais pour faire tout cela, c'était 6 millions qu’il fallait. Les 
Etats demandèrent l'autorisation d'emprunter 800,000 livres 
pour les cinq routes les plus importantes, dont les plans furent 
envoyés au ministre (1). Les difficultés devenaient de plus 
en plus grandes. La rareté des cailloux et la cherté de la 


(1) La direction à donner aux chemins donna lieu à des discus- 
sions ; c'est ce qui eut lieu en 1781 pour les chemins de Boulogne 
à St-Omer et de cette ville à Pernes (en Boulonnais), de St-Venant 
à Lillers et à Béthune. 


— #5 = 


main-d'œuvre pour les ramasser firent revenir à l'idée de 
paver les routes. L'autorisation d'emprunter se fit attendre. 
Elle n’arriva qu’en 1787. Les Etats se mirent alors seulement 
en mesure de faire extraire les grès et préparer les matériaux. 
Rien n’était fait quand survint le tourbillon révolutionnaire 
qui les emporta, eux et leurs projets. 

Le Gouverneur de la province n’avail guère à intervenir, 
on le conçoil, dans toutes ces discussions et opérations des 
Etats, qui n'offraient d'autre intérêt que de mettre en équi- 
libre les ressources financières de la province avec les 
besoins et le bien-être des populations, Un autre sujet qui 
tenait plus directement au service du Roi appelait son atten- 
tion et réclamait son concours. C'était l'organisation des 
milices provinciales. L'idée de ces milices remontait presque 
à l’origine de l'infanterie française. On sait que celle-ci, 
constituée en régiments permanents sous les Valois, n’avail 
reçu sa forme complète et régulière que sous Louis XIV (1). 
Louis XV, et Louis XVI surtout, s’occupérent beaucoup 
de l’amélioration de l’armée, et ils furent aidés par leurs 
ministres de la guerre : de Choiseul, de Ségur, de Saint- 
Germain, de Castries (2), etc. À cette époque on modifia les 
effectifs (3) et la solde des officiers. On y ajouta certains 


(1) A cette époque on créa un régiment d'infanterie et un de 
cavalerie (dragons) qui prirent le nom d'Artots. 

(2) Il commanda la province de Flandre en 1774. On conserve au 
ministère de la guerre un grand nombre de rapports, mémoires et 
travaux de cet officier général, pour l'amélioration de l'armée ; ils 
dénotent une profonde connaissance des questions militaires 

(3) Pour ne nous occuper que de la période 1760 à 1787 : en 1761, 
à la fin de la guerre, il y avait 85 régiments d'infanterie (Voir le 
Dictionnaire d'E:rpilly, tome 111, page 240). Ils furent réduits à 
57 régiments dont 29 à 4 bataillons, 22 à 2 bataillons et 6 à 1 batail- 
lon. En 1769, il y avait 66 régiments formant 165 bataillons composés 
en général d'une compagnie de grenadiers et de 8 compagnies de 
fusiliers. C'était un effectif de 93,492 hommes. La solde coùtait 


— 86 — 


avantages ; on donna aussi une meilleure organisation au 


16,898,490 1. La masse pour l'habillement 1,883,946 1. Les répara- 
tions d'armes, etc., 470,335 1., les autres dépenses 1,464,918 1. 
en tout 20,787,691 |. Il y avait en plus 8 régiments allemauds et 
5 régiments Irlandais ; par économie, en 1771 et 1772, on réduisit 
l'effectif des compagnies à 60 bommes, puis à 54 et on avait proposé 
40, car on avait fixé le budget de l'année à 58 millions, et comme on 
en avait dépensé 62 il fallait faire 4 millions d'économie, mais on 
renonça à cette dernière réduction comme devant être désastreuse 
en cas de guerre. Pour combler le déficit il fut question d'augmenter 
le prix des brevets d'officiers (Archives du ministère de la querre). 
Vers 1780, l’infanterie comprenait 72 régiments et 210 bataillons 
formant 118,602 hommes, et coùtait 29,676,350 1., les régiments 
allemands comprenaient 8,876 hommes et coûtaient 2,556,691 1., les 
régiments irlandais comprenaient 2,780 hommes et coûtaient 
835,805 1., les régiments suisses comprenaient 12,232 hommes et 
coûtaient 5,243,258 1. La cavalerie se composait de 30 régiments, 
savoir : { régiment de carabiniers, 4 de hussards, 17 de dragons, 
6 de troupes légères et 2 de troupes diverses. Voici ce que coûtait 
un régiment de cavalerie à & escadrons de 54 hommes, dont 50 
montés. 8 capitaines à 2,0001 — 16,000 1. + 8 lieutenants à 900 1. — 
7,200 1. + 8 sous-lieutenants à 600 1. — 4,800 1. + 8 fourriers à 
292 1. = 2,016 1. + 16 maréchaux-de-logis à 234 1. — 3,744 |. + 
32 brigadiers à 1441. — 4,608 1. + 32 carabiniers à 135 1. — 4,320 1. 
—+ 336 cavaliers à 126 1 — 42,376 |. + 8 trompettes à 360 1. — 
2880 |. Autrefois les trompettes ne coûtaient, déduction faite d'une 
retenue de 4 0/0, que 191 38.6 d. par mois, et un timbalier 171 14s., 
mais On avait dû les augmenter. Un régiment de cavalerie coûtait donc 
87,904 1. Il fallait y ajouter pour l'état-major 16,980 I. et des supplé- 
ments, un de 1,2001 pour le capitaine commandant une compagnie,un 
de 9,000 I. pour le maître de camp, le lieutenunt-colonel, les capi- 
taines en 1°" et en 2° et les lieutenants ; plus 66,649 1. pour les 
différentes masses et 159,905 1. pour les fourrages. Le coût d’un 
régiment était donc de 333,136 1. Sans le régiment des carabiniers, 
qui coûtait plus cher, la cavalerie comprenait 9,216 chevaux et 
coûtait 3,665,000 I. ; réglementairement, il devait y avoir 54 chevaux 
par escadron, on devait en fournir chaque année en moyenne et à 
tous les régiments 1,623, ce qui, à 400 1. l'un faisait une dépense 
de 649,000 I.; on calculait une usure d'un huitième par an. À la 
suite de la guerre de sept ans on dut réformer beaucoup de chevaux, 
cette réforme se continua les 4 années qui suivirent, mais en dimi- 


07 
corps des aumôniers, aux hôpitaux (1). On créa des méde- 


nuant (Voir pour les remontes 1772). Le recrutement occupa beau- 
coup à cette époque l'administration de la guerre; en estimant 
l'armée à 150,000 hommes et le service de 7 ans, sur une classe de 
520,100, il aurait fallu, en tenant compte des morts et des désertions, 
prendre le 8°, c'est-à-dire 21,000 hommes par an, mais par suite de 
nombreux réengagements 10,500 hommes suffisaient. Autrefois le 
recrutement se faisait dans les villes et les campagnes, mais au 
temps du gouvernement du maréchal de Lévis, il ne se faisait plus 
guère que dans les villes et on le regrettait surtout pour la cavalerie, 
car daus les campagnes on a plus l'habitude des chevaux, aussi 
proposa-t-on de prendre les cavaliers dans la milice, composée 
surtout de paysans. En 1770, le comte de Muy, à la suite d'une 
inspection dans les Flandres, se plaignait de l'insuffisance des 
recrues ; 1l était encore d'avis de charger du recrutement les 
capitaines, comme autrefois, car en cas de guerre, il faudrait dou- 
bler les compagnies et les porter à 80 hommes ; selon lui, la qualité 
de la cavalerie baissait, il se plaint encore de l'esprit de nouveauté, 
1] le remarque dans la manière de tenir le fusil et de poser le chapeau. 
Cette même année on fit des règlements pour les exercices militaires; 
on les avait modifiés et pour les appliquer plus facilement on 
proposa de changer moins souvent les régiments de garnison. En 
1775, il fut question de donner l'administration des compagnies à 
trois officiers supérieurs à la place des capitaines et de former avec 
les orphelins élevés par l'assistance publique trois bataillons d'enfants 
de troupes. 


(1) Voici la différence de la solde des officiers, en 1739 et 1770: 

En 1739 : colonel, 11,300 1. ; lieutenant-colonel, 3,610 1. ; major, 
2,850 L. ; aumônier, 720 1. 

En 1770 : colonel, 12,000 1. ; lieutenant-colonel, 3,500 1. ; major, 
2,880 1. ; aumônier, 500 1. 

En 1739, compagnies de grenadiers : capitaine, 1,449 |. ; lieute- 
nant, 627 1. ; sous-lieutenant, 360 1. ; sergent, 2161.; caporal, 150 1. ; 
grenadier, 117 |. 

En 1750, compagnies de grenadiers : capitaine, 2,000 1. ; lieute- 
nant, 900 1. ; sous-lieutenant, 600 1. ; sergent, 222 1. ; caporal. 156 ; 
grenadier, 120 1. 

En 1739, compagnies de fusiliers : capitaine, 1,200 1. ; lieutenant, 
411 l ; (pas de sous-lieutenants); sergent, 198 1. ; caporal, 135 I. ; 
fusilier, 90 1, 

En 1770, compagnies de fusiliers : capitaine, 1,500 |, ; lieutenant, 


== A — 
cihs attachés aux régiments (1), on s’occupa aussi de l’uni- 


600 1. ; sous-lieutenant, 510 1 ; sergent, 204 1, : caporal, 138 1. ; 
fusilier, 102 1. | 

On trouvait que le traitement des officiers inférieurs était trop 
peu élevé; ainsi M. de Gribeauval, inspecteur de l'artillerie, se 
plaint de ce que, dans ce corps, on fait quelques fois des mariages 
honnêtes quant à la naissance et aux qualités, mais la plupart désa- 
vantageux quant à la fortune. On voit des officiers réduits à un 
tel état de gêne qu'ils ne peuvent tenir leur position comme ils le 
devraient. Il concluait en demandant une augmentation de traite- 
ment. En 1768, on augmenta la saide des vieux sous-officiers et on 
proposa pour les hommes une paie progressant avec les années de 
service. En 1775 on accorda de hautes puies sous certaines condi- 
tions. Les officiers avaient droit, en géneral, dans les théâtres, à 
deux banquettes à l'orchestre ; parfois un factionnaire empéchait 
de prendre ces places. On expulsa M. de Galametz qui était entré à 
l'orchestre, De là, protestation du Magistrat. l'autorité militaire 
trouva sa réclamation juste. A Arras, M. de la Combe, lieutenant du 
Roi, ayant voulu empêcher les officiers de police de monter sur le 
théâtre, comme ils y avaient été autorisés par l'autorité municipale, 
celle-ci protesta et on lui donna raison, le lieutenant dn Roi devait 
se borner à maintenir l'ordre. 

Ï y avait un aumônier par régiment, Une circulaire minis- 
térielle recommande de les choisir avec soin, car ils sont, dit le 
ministre, en général sans fortune, ignorants et inconstants (Archives 
du Ministère de la guerre). C'est en 1775 qu’un bref du Pape 
dispensa du maigre, sous certaines conditions, les officiers et soldats ; 
on en donna lecture aux régiments (id). 

(1) Longtemps il n'y eut pas de médecins attachés aux régiments, 
on n'en donnait qu'aux troupes en campagne et pourtant les malades 
ne manquaient pas. Pendant la Guerre de sept ans, en 1762 et 1763, 
il y eut dans les hôpitaux 1,100,000 journées de malades et de 
blessés, dont 107,000 de vénériens. Le ministre de la guerre, alors 
le maréchal de Ségur, écrivit aux députés ordinaires des Etats, le 
14 février 1785, de faire traiter les soldats atteints de cette maladie, 
aux frais de la province dans les hôpitaux de Flandre Cette maladie, 
qui s'était manifestée dans les troupes pour la première fois sous 
l'administration du cardinal d'Amboise, sous le ministère du duc de 
Choiseul, fut l'objet de soins qui eurent peu de succès. En 1774, à 
Arras, les régiments de Royal Lorraine et de la Reine, fournirent 
pour diverses maladies, 1,915 journées ; à Bapaume, les invalides, 


0 = 


forme, des invalides, etc. (1). L'armée recrutée d'abord au 


86 journées; à Hesdin, le régiment de Roussillon (cavalerie), 
798 journées ; à Béthune, le régiment de Périgord, 1,106 journées ; 
à Aire, le régiment d'Enghien, 2.786 journées ; à Saint-Omer, le 
régiment de Flandre, 7,568 journées. A Bapaume, en 1768, on fit 
une enquête sur un chirurgien militaire notoirement ivrogne. 
M. Jolly, aide-major à Lille, proposa de former des hospitaliers, on 
en mettrait un par compagnie avec un caporal par bataillon et un 
sergent par régiment, ce serait une dépense annuelle de 24,000 I. 
Les soldats n'étaient pas toujours bien soignés, ainsi, un bataillon 
du régiment d'Artois, en garnison à Gravelines, en septembre 1780, 
était dans le plus pitoyable état; 130 hommes étaient à l'hôpital, et 
plus de 50 malodes dans les chambrées, mal soignés, mal nourris, 
mal couchés, 12 soldats et le commandant moururent ; malgré cela 
on ne diminua pas le service; comme ces hommes appartenaient à 
l'Artois, les Etats s'en émurent et demandèrent qu’on changeât le 
bataillon de garnison car la province était alarmée et l'année 
suivante onu ne trouverait plus facilement de volontaires. Le marquis 
de Lévis appuya la demande de faire joindre ce bataillon à celui 
qui était à Aire; le prince de Alontbaret refusa, et l'envoya à 
Philippeville. 

Le maréchal de Castries était d'avis de s'occuper des chirurgiens 
militaires. C’est dans les armées que la célérité des opérations est 
nécessaire, disait-il, c’est là qu'on devrait placer les meilleurs opéra- 
teurs et souvent on y envoie les moins capables, si on excepte Île 
chirurgien-major, le consultant et cinq ou six aides-majors tirés 
des hôpitaux, la plupart de ceux qui se rendent à une grande armée 
sont de la plus effrayante ineptie. Ils sont quelquefois 2 à 300, 
presque sans titre et sans expérience, et souvent dépourvus de toute 
disposition médicale. Surtout dans les sièges on envoie à chaque 
dépôt de tranchée 8 à 10 jeunes chirurgiens sans un aide-major; 
ils y restent 24 heures et les nombreux blessés faits par les mines 
au cours des sorties sont mal soignés. ll concluait en demandant une 
école de santé militaire 

(1) C'est alors que les officiers furent tenus à un uniforme spécial. 
Sous le ministère du duc de Choiseul, l'uniforme blanc fut réservé 
à l'infanterie, le bleu à la cavalerie et le vert aux dragons. En 1776 
et 1777, des ordonnances classent, au point de vue de l'uniforme, 
les régiments en six cetégories, qui se distinguent par la couleur des 
parements et des revers. En 1772, on supprima le carton dans le col 


00 = 


moyen d'engagements volontaires, avait été parfois com- 
plétée par des enrôlements forcés, et il n'est personne qui 
n'ait présent à la mémoire le récit des scènes de désordre 
et de violence auxquelles ces enrdlements avaient donné 
lieu. Richelieu et Mazarin, forcés de recourir à ce système, 
avaient décidé en principe la levée, par le tirage au sort, de 
troupes auxiliaires qui, réunies à titre temporaire, devaient 
être prêtes à se joindre aux armées régulières en cas de 


et la colle qui servait à maintenir les cheveux. Ils gônaient pour se 
peigner. 

L'hôtel des Invalides était une grande ressource pour les soldats 
amputés ou hors d’état de servir. Quand l'économie fut à l’ordre du 
jour, il fut question de les retirer de cet hôtel, sous prétexte qu'il 
coûtait 1,350,000 livres, et d'en faire un hôtel-dieu. On enverrait 
les plus valides, organisés en compagnies, dans les villes de province ; 
quant aux autres, on leur donnerait une pension ou des secours avec 
un habillement composé : d'un habit, d'une culotte, d'un chapeau, 
d'une paire de bas, plus 40 sols pour s'acheter une camisole. Ils ne 
devaient donner aucun sujet de plaintes et la maréchaussée devait y 
veiller. On faisait une retenue de 6 deniers par livre sur le revenu 
de certains couvents, cette somme était destinée aux invalides. 

Voici encore quelques documents existant au ministère de la guerre 
et concernant l'armée de 1766 à 1787. 

Vers 1766. Mémoire pour rendre les dépenses fixes en temps de 
guerre et pour entretenir l'économie dans le traitement des troupes. 

1766. Ordonnance du Roy établissant l'uniformité dans le chauffage 
et l'éclairage des casernes et corps de garde. 

1766. Ordonnance ordonnant de poser des poteaux fixant la limite 
des promenades des soldats, | 

1775. Observations des inspecteurs de la cavalerie et des dragons 
(fourrages, recrues, remonte). 

1776. Défense de s'engager dans l'armée prussienne. La raison 
était que 30 engagés ayant déserté, 9 furent tués dans leur fuite et 
21 rompus vifs par ordre du Gouvernement. 

1777. Ordonnance du Roy décidant que le corps du génie sera 
composé de 21 brigades; Arras faisait partie de la brigade de Lille, 


= 0 — 


guerre ou de défense du territwire. Louvois fut le premier 
à en tenter l'application, mais l’essai ne fut pas sérieux. La 
première levée de milice faite ainsi en 1688, fut de 25,050 hom- 
mes. On la congédia dix ans après, en 1698, à la conclusion 
de la paix de Ryswick (1). Le XVIIIe siècle devait être le 
siècle des milices et préluder ainsi au XIX° siècle, celui de 
la garde nationale. Mais par combien de transformations 
devaient-elles passer pendant leur existence éphémère ! Les 
idées de Louvois, reprises et développées, il s'agissait de 
faire des milices provinciales non plus une improvisation 
de troupes en temps de guerre, mais une armée nalionale 
d'infanterie, conservant en tout temps ses cadres, astreinte 


1777. Défense d'engager trop de musiciens allemands dans les 
régiments. 

1780. Ordonnance pour la vente des chevaux impropres'au service. 

1780. On nomme des inspecteurs pour vérifier si on renouvelle 
l'habillement ; si les tentes restent toujours au corps, même celles 
des officiers ; si on ne consomme pas inutilement les fourrages. 

1781. Lettre du ministre signalant les erreurs commises par 
M. Neville dans son Histoire des régiments. 

1781. Ordonnance sur la régie des vivres et leur transport, et 
sur les hôpitaux militaires. 

1782. Ordonnance sur le génie militsire. 

1783. Décision au sujet des changements de garnison, ils n'auraient 
plus lieu que tous les trois ans, ete, etc, 

(1) Lors de la guerre d'Espagne on leva 23,000 miliciens ; d'après 
une ordonnance du Roi, de 1726, la levée fut de 60,000 hommes 
répartis en 100 bataillons de 12 compagnies de 50 hommes chacune, 
mais on ne leva que 93 bataillons; en 1733 on en ajouta 30 de 
684 hommes chacun et on donna le même effectif aux anciens 
bataillons. L'Artois fournissant 2 bataillons formait 1,368 hommes. 
À la paix de Ryswick, on réduisit les bataillons à 100 et l’Artois 
fournit encore 2 bataillons mais de 600 hommes. Lors de la guerre 
de 1741, on leva 113 bataillons, puis en 1766 c'est 66,000 hommes, 
puis les levées varient, on trouve 30,000 et même 5,000 hommes, 


== 09 


à des exercices périodiques annuels, soumise à une disci- 
pline régulière, et appelée au service actif quand le besoin 
s’en ferait sentir. En général on renvoyait chaque année la 
moitié du contingent. On fit deux levées la même année, en 
1743 et 1758. Des officiers réformés ou ayant servi, nobles 
ou vivant noblement (plus tard rnème on devait exiger d'eux 
quatre quartiers de noblesse), devaient les commander (1). 
Les officiers supérieurs étaient chargés de l’administration 
et de la direction de l'instruction militaire. Les sergents et 
les caporaux devaient être, autant que possible, d'anciens 
soldats. Lors des convocations (2), ils recevaient à titre 
d’indemnité de route, 2 sols par lieue et les soldats 1 sol (3). 

D’après les deux premiers règlements de 1701 etde 1726 (4), 


(1) C'est ce qu'on exigeait pour l'école militaire nouvellement 
créée, 

(2) L'ordonnance de 1726 décidait qu'on rassemblerait la milice 
et qu'on la passerait en revue une fois par an. 

(3) Quelquefois on leur donna 2 sols ; les communautés furent 
parfois obligées de voter 3 livres par chaque milicien pour subvenir 
aux besoins de sa famille pendant les exercices. 

(4) Voici le préambule de cette ordonnance : S. M. ayant ordonné 
une augmentation de son armée proportionnée au grand nombre de 
ses places, à l'étendue de ses frontières, aux alliances qu'eile a 
contractées et pour maintenir la paix de l'Europe, a jugé devoir 
ajouter à ses troupes un corps de milice s'exerçant pendant la paix 
au maniement des armes, sans déranger les travaux de l'agriculture 
ni sortir des provinces, étant prêt à marcher à la frontière pour en 
augmenter les forces dans les besoins les plus pressants et assurer 
d'autant plus la paix dont elle a fait jouir jusqu'à présent ses peuples, 
qu'elle sera plus en état de s'opposer aux entreprises de ceux qui 
voudraient la troubler, c'est dans cette vue, qu'après avoir concilié 
les différents moyens qui pouvaient faciliter cette levée, sans fati- 
guer les peuples par un service aussi onéreux que l'était celui 
auquel ils étaient assujettis dans les précédentes levées de la milice, 
elle a ordonné, etc. 


— 93 — 


"le tirage au sort se faisait par paroisses ou par groupes de 
paroisses, entre tous les célibataires et les veufs sans 
enfants, de seize à quarante ans. Au début, de nombreuses 
exemptions furent accordées, à tous les habitants des 
villes d’abord (1) et aussi aux paroisses du littoral, 
celles du Boulonnais, par exemple, parce qu’elles étaient 
astreintes à fournir des corps spéciaux pour la défense 
des côtes. Le remplacement, d’abord interdit, fut ensuite 
toléré entre gens de même paroisse. On en vint même 
à y suppléer en s’acquittant d'une redevance de 75 1., mais 
cela amena des abus, et alors ce furent des alternatives 
continuelles entre l’interdiction et la tolérance. Le chiffre 
du contingent était fixé d’après le nombre de feux, c’est-à- 
dire de familles de chaque paroisse. Quant à la durée du 
service, elle fut également variable. De deux ans qu'elle était 
au début, elle avait passé à quatre ans en 1726, à cinq ans 
en 1733, à six ans en 1736, pour retomber à cinq ans en 1748, 

Telle avait été la première organisation. Elle dura plus 
d’un demi-siècle, modifiée sans cesse par de nouvelles ordon- 
pances et de nombreux réglements. Au pays d'Artois 
c'étaient les Etats (2) et les Intendants qui se chargeaient 
de l’appliquer. La province fournit longlemps pour sa part 
deux bataillons, et elle avait dû contribuer comme les autres 
à la formation de sept régiments de grenadiers royaux 
composés de 50 hommes prélevés sur chaque bataillon de 
milice (3) lors de la guerre de la succession d'Autriche en 


(1) Plus tard on leur retira cette exemption pour ne pas trop sur- 
charger les campagnes. 

(2) Ils firent à ce sujet un règlement en 1729. 

(3) En 1765, dans les bataillons de milice, la première compagnie 
était désignée sous le nom de grenadiers royaux, la seconde sous le 
nom de grenadiers provinciaux. Elles se composaient d'un capitaine, 
d'un lieutenant, de 4 sergents, de 8 caporaux, de 80 appointés, de 
80 hommes et d'un tambour. L'Etat-major du bataillon de grena- 


= — 


1744 (1) et complétés deux ans après par une seconde levée, 
Après 1758, le Gouvernement parut renoncer à l’ancienne 
organisation. En 1763, une ordonnance du {cr février créa 
31 régiments de recrues provinciales composés d'un batail- 
lon ; la Flandre et l’Artois fournirent un bataillon. Le mode 
de recrutement fut complètement modifis, le système du 
tirage au sort fut abandonné pour faire place à celui des 
engagés volontaires. Cela consistait à faire fournir par Îles 
paroisses un certain nombre de miliciens enrèlés sous la 


diers royaux comprenait un major; un aide-major, un sous-aide- 
major, deux porte-drapeaux. Ces bataillons portaient le nom d’une 
province, celui d'Artois avait le n° 19. Les 105 compagnies de 
grenadiers royaux fournirent 11 régiments commandés par un 
colonel, un lieutenant-colonel, un major, un sous-aide-major ; plus 
un armurier et un chirurgien en temps de campagne. Les grenadiers 
de la généralité de Rouen avec ceux de la Flandre et de l’Artois 
fournirent un régiment (voir pour la dépense de cette milice une 
ordonnance royale du 27 novembre 1765) (Fonds de l'Intendance, 
dossier 770). 

(1) Après cette guerre, où ces grenadiers prirent part, on diminua 
beaucoup l'armée, et une ordonnance du 15 février 1749 dit : 
S. M. syant résolu de former un corps des différentes compagnies 
de grenadiers qu'elle a fait extraire des réformés de quelques régi- 
ments et bataillons de son infanterie pour continuer à attribuer À 
son service des troupes d'une espèce si précieuse À conserver, 
ordonne que les 48 compagnies des grenadiers qui ont été réserves 
dans les réformes, forment un corps rassemblé dans une même 
place pour former un corps sous le nom de grenadiers de France, 
composé de 4 brigades de 12 compagnies chacune, formant en tout 
2,160 hommes, L'uniforme était blanc. Ce fut à Arras qu'on les 
rassembla, et la ville vota 10,000 livres pour les fournitures et 
divers frais de cette orgamisation. Ces troupes, ajoutées à la garnison, 
donnèrent à la ville une grande animation ; il y eut des fêtes 
brillantes, mais aussi des rixes et des duels. On peut voir dans le 
P. Ignace des détails sur le séjour à Arras de ces grenadiers, 


9% = 


surveillance de l’Intendant, et engagés pour six ans. Chacun 
recevait 350 livres, plus 5 livres de pourboïre,-et celte solde 
élait fournie par tous les hommes aptes à être appelés à la 
milice. C'était en somme le remplacement en grand. Lors 
de l'arrivée du marquis de Lévis en Artois, ce système com- 
mençait à fonctionner {1}, mais il était loin d'avoir reçu sa 
forme complète, et de nouveaux règlements venaient sans 
cesse apporter des modifications à la milice. Ainsi, dès 
1765, une ordonnance porta la limite inférieure d'âge à 
dix-huit ans, le minimum de la taille à 5 pieds. Les gens 
mariés au-dessous de vingt ans ne jouirent plus du bénéfice 
de la dispense (2). On devait passer la révision devant 
l'Intendant, qui jugeait sans contrôle des capacités physiques 
et des causes d'exemption qu’une ordonnance de 1774 fixa. 

Le changement opéré dans le mode de recrutement des 
milices provinciales présentait certains inconvénients qui 
n'échappaient pas à la vigilance des Etats et de la Commis- 
soin chargée par eux de l’examiner (3j. La somme prélevée 
sur tous ceux qui élaient soumis à la milice était parfois 
importante, car il fallait donner aux engagés jusqu’à 500 1., 
prix exorbitant, alors que les hommes engagés directement 
au service du Roi ne recevaient d'ordinaire que 100 livres, 
plus {0 écus. D'autre part, le bataillon de 1,440 hommes (4) que 


(1) A partir de 1773, on prit les veufs sans enfants, mais on exclut 
les gens mariés. On admit le remplacement sous certaines conditions. 

(2) Une ordonnance du Roi, du 7 novembre 1765, fixa les bataillons 
de milice à 105, composés de 700 hommes chacun, pour fournir un 
corps de 75,550 hommes. En 1767, la milice fut fixée à 37,274 hom- 
mes, en 1768 à 55,911, en 1775 à 74,550, 

(3) Les Etats étaient d'avis d’exempter les pauvres de participer 
à la dépense. Ils trouvaient que ces réquisitions causaient la cons- 
ternation des campagnes et la ruine des habitants. On chargea les 
députés à la Cour de présenter des observations au ministre, si les 
autres provinces étaient plus privilégiées. 

(4) Autrefois la Flandre et l'Artois fournissaient trois bataillons, 


— 96 — 


la province devait organiser, divisé en quatre levées, donnait 
360 hommes à fournir chaque année, tandis qu'auparavant 
elle n’en devait que 300 (1). Enfin le délai assigné par le 
Gouvernement pour la formation des nouvelles milices était 
insuffisant (2). À cette dernière objection l'intendant put 
faire une réponse viclorieuse et ce fut le marquis de Lévis 
qui la lui fournit. Il avait, dès son arrivée, apporté une telle 
activité à l'instruction, à la préparation des recrues, que dès 
le 20 avril 1766, Caumartin écrivait que la nouvelle milice 
était formée. Les hommes suffisamment exercés au manie- 
ment des armes, soumis à la discipline (3), pourvus de 
l'uniforme en drap blanc réglementaire, étaient prêts à être 
versés dans l'armée régulière où l’on s’en servait pour combler 


(1) Aussi on pensa à avoir recours aux racoleurs. 

(2) I n'y avait plus que 3 officiers par compagnie ; on disait que 
c'était trop peu ; dans la ligne, il y en avait 6; 2 sergents et 4 capo- 
raux étaient insuffisants, on devrait de plus prendre les sergents 
parmi les hommes les plus instruits des régiments. Les officiers 
étaient montés. 

(3) Le duc de Choiseul, le 16 août 1766, donna des instructions 
relatives aux soldats qui ne regagnaient pas leur corps à l'expiration 
de leur congé, et des recrues qui ne rejoignaient pas leurs régiments. 
La maréchaussée devait les arrêter. Le 26 janvier 1773, une ordon- 
nance du Roy obligeait les recrues à présenter, dans les 24 heures, 
leur engagement au commissaire des guerres qui le vérifiait et 
le visait. Une autre ordonnance, du 12 septembre 1776, condamnait 
aux galères et même à mort les embaucheurs ou fauteurs de désertion. 
Il y avait des traités d'extradition entre la France et quelques pays 
au sujet des déserteurs. Le 12 juin 1785, on prolongea le délai 
accordé aux déserteurs pour regagner leur corps. On peut voir, 
Fonds de l’Intendance, dossier n°9 770, des instructions relatives aux 
soldats et aux recrues qui ne regagnaient pas leur corps. En 1763, 
l'Intendant de Caumartin rappella les ordonnances défendant aux 
soldats de vendre leurs habillements et leurs armes, sous peine de 
galères et même de mort. 


_— 97 — 


les vides. Cependant les Etats ne se tinrent pas pour satis- 
faits. [ls ne le furent pas davantage quand,en 1771,on fit droit 
à leurs protestations pour revenir au lirage au sort, parce que 
cela n’apportail pas de soulagement à leurs charges pécu- 
niaires. Le Roiï annonçait à la vérité, le 4 août 1771, que pour 
éviter les abus et donner à la milice une constitution plus 
solide, il supprimait les recrues provinciales et (1) créait 
48 régiments provinciaux, mais les 11,600,000 livres que lui 
coùtait la milice et dont l’Artois devait pour sa part rem- 
bourser 68,000 livres par an, furent encore réclamées et les 
Etats durent continuer à les fournir (2). ls essayèrent en 
vain de résister. Pour toute satisfaction le ministre de 
Monteynard, écrivit aux Intendants du royaume, une lettre 
fort bien documentée et raisonnée, dans laquelle étaient 
résumés tous les arguments en faveur de la créalion de ces 
régiments et du maintien des milices provinciales. Cette 
lettre était datée du 24 décembre 1773 et c’est pourquoi nous 
avons rapporté à cette année tout ce qui concerne cette 
question. Ce nouveau corps, y est-il dit en substance, sera 
une seconde armée prête à marcher au premier ordre sans 
portier préjudice à l’agriculture, au commerce. Ces 80,000 
soldats pris parmi les hommes de peine les plus robustes, 
les plus attachés au sol où ils sont destinés à vivre, ne le 
cèdent à personne en valeur quand ils sont réunis. Restée 
sans organisation depuis 1726, cette milice n’était qu’üne 
réunion de paysans armés conduits par des officiers qui leur 


(1) On conserva les grenadiers royaux, puisque M. de Caumartin 
écrivit aux députés ordinaires que le Roï, voulant assembler au 
printemps et mettre sur pied les régiments de grenadiers royaux, 
les hommes devaient être passés en revue à Arras par le comte de 
Guines pour constater les présents et les absents. 

(2) Ils avaient donné jusqu'à 136,944 livres. on le leur demanda 
encore lors de la guerre avec l'Angleterre, mais en 1785 on revint 
au chiffre de 68,000 livres. 

1 


= 09 

étaient inconnus. Leur vêtement, leur équipement, leur 
solde, leur armement, rien de tout cela n'était militaire, et 
leur indiscipline leur avait aliéné l'opinion publique à tel 
point qu'ils étaient dévenus l’effroi des campagnes. Aujour- 
d’hui ce sont de vrais soldats. Ils obtiennent des exemptions 
d'impôts (1), et reçoivent des récompenses comme les autres 
troupes. Quand il a fini son temps, le soldat provincial peut 
continuer son service comme remplaçant. Dans sa vieillesse, 
il est soigné par l'Etat. On le convoque à des époques fixes. 
Désigné par le sort, il reçoit le produit des cotisations que 
ses camarades font en sa faveur. Les communautés fournis- 
sent son équipement d'après des règles déterminées (2), 
Enfin, le nombre des hommes levés dans ces conditions est 
réparli d’après les populations. On devra les prendre de 
préférence parmi ceux dont l'existence est plutôt une charge 
qu’un produit au pays, tels ceux qui, restés célibataires, 
à 25 ans n’exercent pas de profession. L’Intendant fixera 
les exemptions. Le nombre en sera limité. Elles seront 
accordées aux soutiens de famille, à certains états, au com- 


(1) Ils n'étaient soumis à la taille que deux ans après leur mariage. 

(2) Pour diminuer les dépenses des communautés, l'Intendant engagea 
les Etats à secharger du petit équipement. lls y consentirent et deman- 
dèrent s'il fallait mettre aux chapeaux une bordure de fil comme aux 
troupes de ligne. M. de Caumartin écrivit le 26 novembre 1768 aux 
députés ordinaires qu'on avait déposé dans les magasins des effets 
du Roy: 1,440 vestes, 1,440 chapeaux, 1,440 paires de souliers, 
2,880 chemises, 1,440 havresacs et autant de cols, il demandait 
encore 1,440 paires de guêtres. C'est à l'hôpital Saint-Jean, à Arras, 
qu'on conservait, dans deux salles, le petit équipement, le garde 
magasin recevait des Etats 1,140 livres par an, plus des gratifi- 
cations. En 1773, on voulut mettre aussi à la charge des Etats la 
petite masse et les autres frais, l'Etat disait que cela coûterait moitié 
moins cher ; cette mesure ne devait s’appliquer qu'au plat pays et 
nou aux villes, 


= 00 = 


merce, à l'industrie, à l'agriculture (1). On le voit, ce pro- 
gramme élait à peu près celui qui régit de nos jours le service 
militaire, et ces levées périodiques de milice devaient singu- 
liérement ressembler aux appels de 28 jours et de 13 jours, 
qui sont pour tous les hommes occupés et pour ceux qui 
les emploient une si fastidieuse servitude. Mais la grande 
différence est que dans ce temps-là lous n’en étaient pas 
atteints et les exemptions s’accordaient dans une plus large 
mesure. Les domestiques, par exemple, pouvaient être 
dispensés à la requête de leurs maitres, et au moyen d’une 
somme d'argent fournie par ceux-ci. 

Le Ministre de la guerre, de Saint-Germain, était peu 
partisan des corps auxiliaires ; il supprima les {1 régiments 
de grenadiers royaux créés en 1765 avec les grenadiers 
des régiments provinciaux. On autorisa les hommes qui en 
faisaient partie à entrer dans l'armée régulière ; peu profitèrent 
de cette offre. Quant aux régiments provinciaux, on modifia 
leur organisation (2), on revint aux engagements volontaires 


(1) Voici quelques-unes des exemptions : le fils unique d'un culti- 
vateurs ayant plus de 65 ans, ou l'aîné d'’orphelins, les chefs de 
culture, les maréchaux, charrons, collecteurs de taille, médecins, 
chirurgiens, monnayeurs, changeurs, ajusteurs, orfèvres, imprimeurs, 
horlogers, bateliers, marins classés, maire, échevin, assesseur et 
procureur de S. M., les fils aînés des avocats, procureurs, notaires, 
greffiers en chef des justices royales et ducales et leurs maîtresclercs, 
les fils aînés de bourgeois payant 35 livres de capitation, des direc- 
teurs de fermes et receveurs généraux, les domestiques des maisons 
royales, princes, princesses, et seigneurs s'ils demeuraient dans 
leur maison et portaient leur livrée au moins depuis trois mois, les 
fils des officiers de justice et de finance, les valets à gages des 
ecclésiastiques, communautés, maisons religieuses, gentilhommeos, 
gouverneurs de province et autres officiers supérieurs, les desser- 
vants, maitres d'écoles, étudiants et gardes, etc. 

(2) Régulièrement on aurait dû lever, en 1775, le 6° des bataillons 
provinciaux, et il était question de les porter à 750 hommos. Au lieu 
de cela l'Intendant prévint les Etats qu'on n'aurait pas besoin de 


— 100 — 


payés par les communautés, et aux exercices comme autre- 
fois (1). La milice donna souvent matière aux plaintes des 
Etats. Ces levées annuelles, disaient-ils, obligeaient les 
hommes à des marches fatigantes pour rejoindre leurs corps, 
et pour se rapatrier ensuite. Les Intendants usaient d’injus- 
tice et de partialité dans l'application des règlements. Les 
exemplions elles-mêmes n'étaient pas Sans inconvénients. 
Nombre d'habitants des campagnes, pour en jouir, allaient 
habiter les villes ou se mettaient en service. Les officiers 
ne donnaient pas tous la mesure de zèle et de capacité 
qu'on était en droit d'attendre d'eux. Enfin les engagés 
volontaires ne valaient pas les hommes désignés par le sort, 
C'étaient souvent des étrangers, et comme on levait et on 
licenciait souvent ces régiments, il était difficile de leur faire 
regagner leur corps. De la justesse de ces diverses récrimi- 
nalions, il est difficile de juger à distance. Elles se renou- 
velèrent et durèrent autant que les milices provinciales, 
c'est-à-dire jusqu’en 1789, époque où celles-ci furent suppri- 
mées (2). Quelques faits sont encore à meltre au compte de 


faire des engagements pour l'hiver prochain ; en effet, le régiment 
d'Artois, après avoir été passé en revue par l'Intendant, le 25 mars 
1375, fut supprimé par ordonnance du Roy du 15 décembre, son 
petit équipement fut vendu en octobre 1778. Les Etats d’Artois 
avaient demandé qu'on le conservât en partie, mais on objecta qu'il 
était de mauvaise qualité et que l'expérience avait prouvé que les 
uniformes se détérioraient quand on ne s'en servait pas. 

(1) En 1781, M. de Caumont, qui commandait les deux bataillons 
d'Artois, demanda qu'ils fussent réunis en un seul. En 1782, on 
demanda dans les compagnies de fusiliers des hommes de bonne 
volonté pour servir dans la marine. En 1784, le Roi fit une ordon- 
nance sur les troupes légères, les Etats craignaient qu'on nel'appliquât 
aux troupes provinciales. En 1788 on incorpora plusieurs compagnies 
de milice dans les troupe: de ligne. 

(2) Voir sur les milices, les grenadiers de France et les régiments 
provinciaux le Dictionnaire des Gaules et de la France, par 
d'Expilly, tome IV, page 736 ; le dictionnaire de Bécherelle, article 


— 101 — 


l’Artois et de son gouverneur en cette année 1773. Le mariage 
du comte d'Artois, qui eut lieu le 16 novembre, avec Marie- 
Thérèse de Sardaigne, princesse dont l'histoire a conservé 
un souvenir insignifiant, bien que ce füt à elle que dût 
revenir l'honneur de prolonger d’un siècle après la Révolu- 
tion la descendance directe de la maison d3 Bourbon. Mais 
à ce moment-là, rien ne faisait prévoir encore que celui 
qu'elle épousait dût arriver au trône. Cependant, la province 
dont il portait le nom el dont il s'était gracieusement déclaré 
le protecteur, ne laissa pas de complimenter la nouvelle 
comtesse par l'organe des députés, prôsentés à celle-ci par 
le marquis de Lévis (1). Les Etats firent chanter une messe 
suivie d'un Te Deum dans l’église des Récellets d'Arras. 
Ils y assistèrent et ce fut l’évèque, Mgr de Conzié, qui 
officia (2). C'était un prélat de grand air et de grande allure, 


milice ; V'Etat militaire de la France, année 1764, page 306 ; même 
ouvrage, année 1766 : notice sur les grenadiers de France ; même 
ouvrage, année 1772 : notice sur les régiments provinciaux ; 
M. Lesueur de Moriamé : //rstoire de l’abbaye d'Etrun. Histoire des 
milices provinciales, par Gébelin, Hachette, 1882. Hilices et troupes 
provinciales, par Hennet. Paris, Beauduin, éditeur. 

(1) Voir sur le mariage du comte d'Artois : Æistoire d'Arras, 
par M. Lecesne, tome 11, p. 6417. 

(?) Les députés ordinaires avaient écrit que ce inariage était un 
évènement trop important pour la province pour qu'elle ne témoignât 
pas, par quelques marques extérieures, sa joie etsa satisfaction; et si 
la naissance de ce prince avait été célébrée par des fêtes publiques, 
son illustre alliance ne devait pas l'être moins dans une province 
dont il vient tout récemment de se déclarer le protecteur et l'appui, 
et qui a le plus grand intérêt à voir perpétuer sa race et son nom, 
Mais les mœurs et les goüts étaient différents de ce qu'ils étaient à 
la naissance de ce prince. Les députés n'ont pas cru devoir répéter 
à cette occasion les fêtes qui ont êté données alors, suns une autori- 
sation expresse de l'assemblée, et pour la mettre plus en état de 
décider, ils ont l'honneur de lui représenter que la ville de Paris 
(que l’on peut prendre pour modéle de ce qu'il faut faire aujourd'hui), 


— 102 — 


irréprochable au point de vue de la doctrine et des mœurs, 
qui jouissait dans la province d’une situation prépondérante. 
Le Roi l'avait remarqué lors de la présentation des cahiers 
et, bien qu’il eût d'avance quelques préjugés contre lui, parce 
que l'élévation des deux frères de Conzié avait été générale- 
ment altribuée au duc de Choiseul, il l'avait, de son propre 
mouvement, nommé à l’archevéché de Tours. Mais l'évêque 
d'Arras avait refusé Il tenait à son diocèse. On peut 
croire que, au nombre des avantages qu’il y trouvail, figurait 
la somptueuse demeure dont il jouissait, car c'est celle qui 
forme maintenant la préfecture (1). Du reste son attachement 


n’a témoigné la part qu'elle a prise à l'alliance de ce prince que par 
des illuminations et des aumônes publiques, et en donnant des dots 
à un certain nombre de jeunes filles. La dépense ne peut que tourner 
au bien et au soulagement des malheureux, et à favoriser la popula- 
tion sans s'exposer à aucune profusion, ni à aucun accident. C'est 
ce qui semble le plus convenable dans un temps où la misère publique 
est à son comble La province a tout lieu de croire qu'elle sera 
approuvée et surement appréciée d'un prince compatissant, et dont la 
bienfaisance fait le caractère, et pour intéresser le ciel à sa conser- 
vation et à celle de l’auguste princesse à laquelle il vient d'unir son 
sort, on peut, en actions de grâces, faire chanter un 7e Deum auquel 
le corps des Etats assistera, avec les rérémonies ordinaires. 

(1) Mgr de Conzié avait l'abord et le caractère impérieux. Une 
taille haute, les épaules carrées, la voix forte, une figure sévère, 
tout annonçait en lui un homme que la nature a destiné au comman- 
dement, avec des manières plutôt brusques que nobles, un ton plus 
tranchant que paternel, convenant moins à un évêque qu'à un capi- 
taine de grenadiers, son esprit était plus solide qu'étendu, et il avait 
plus de prudence que d'adresse. Cependant il se servait habilement 
de son air d'autorité pour se faire obéir sans réplique et imprimer 
plus de crainte que de respect. Il établit à Arras les Sœurs de 
Charité, fut député à la Cour pour les Etats d'Artois en 1767, 1774, 
1776, et présida plusieurs fois cette assemblée où il exerçait une 
grande autorité, surtout sur l'ordre du clergé. Îl mourut en émigra- 
tion, laissant aux pauvres d'Arras les revenus de son évéché qu'il 


— 103 — 


pour ses diocésains était réciproque, et les députés à la Cour 
se firent les interprètes de la satisfaction qu'on éprouvait de 
le conserver (1). Alors le Roi, pour lui accorder une faveur 
lui donna le litre d'aumônier de la nouvelle comtesse d'Artois, 
qui trouvait en lui un compatriote, car la famille de Conzié 
appartenait à la noblesse de Savoie. La distinction qui 
lui avait été destinée fut reportée l'année suivante sur la 
tête de son frère, l’Evèque de St-Omer, prélat d’un physique 
et d’un caractère tout différent, aussi doux, souple, et affable 
que celui d'Arras l'était peu, et l'abbé de Puységur, grand 
vicaire de Rouen, fut désigné pour l'évêché de St-:Omer. 

Le marquis de Lévis eut, cette année-là, une mission 
pénible à remplir: il fut appelé à faire partie d’un conseil de 
guerre présidé par le duc de Gontaut-Biron pour juger des 
officiers d'artillerie accusés d’avoir fait réformer des armes 
de guerre pour les vendre au dessous de leur valeur (2). 

Enfin, un évènement qu’il ne nous est pas permis de 
passer sous silence ici, c'est l'érection de la Société littéraire 
d'Arras, par lettres patentes du Roi, datées de juillet 1773 en 


n'avait pas touchés et ceux de l’abbaye du Gard dont il était com- 
mendataire, mais la Révolution s'en étant emparée, les pauvres n'en 
eurent rien (Voir sur les Conzié les mémoires relatifs à l'histoire 
de France pendant les XVIIIe et XIX° siècles, article de M. Barrière). 

(1) Le Magistrat d'Arres, de son côté, pour lui exprimer sa 
satisfaction de le conserver, lui offrit 24 bouteilles de vin. L'Almanach 
d'Artois de 1775, page 211, reproduit le compliment que lui fit le 
26 décembre 1774, M Denis, avocat, parlant au nom de l'Académie 
dont il était directeur, pour le féliciter de rester à Arras. Certains 
auteurs prétendent que ce fut par ambition que Mgr de Conzié voulut 
rester à Arras, où, comme président des Etats d’Artois, il avait 
de fréquentes communications avec la Cour et espérait être ministre, 
car il était ambitieux, dit-on. 

(2) En terminant ce chapitre, signalons encore quelques détails. 

En 1773, le marquis de Maurepas devint gouverneur de Béthune 
à la place du duc de Broglie. M. Van den Dresche remplaça à Saint- 


— 104 — 


Académie d'Arras, titre dont elle s’honore encore aujour- 
d'hui. 


Omer, comme lieutenant de la maréchaussée, M Hardy, décédé. 
La terre de Lillers avait été saisie sur le marquis de Carnin 
à la requête de M. de Breville, gentilhomme ordinaire du Roi, 
qui lui avait prêté 600,000 livres. Elle lui fut adjugée en 1773 pour 
433,000 livres. Le duc de Montmorency l'avait poussée jusqu'a 
425,000 livres L'acquéreur voulut entrer aux Etats, mais ceux-ci 
lui contestérent l'ancienneté de sa noblesse. 


— 105 — 


1774 


Cette année 1774 fut celle de la mort de Louis XV (1). 
L'occasion en fut, dit-on, la petite vérole, maladie fort 
meurtrière en ce temps-là On prétendit que le vieux roi 
l'avait gagnée en rencontrant, au retour de la chasse, le 
convoi d'une femme qui en était morte. mais on peut croire 
que l’âge et la débauche contribuërent grandement à amener 
l'issue falale. Plus heureux que ne devaient l'être bien 
d'autres princes de sa race, il ne vit pas le résultat de ses 
fautes, et de tous les points de la France, habituée à aimer 
ses rois,s’élevérent dèsle début de sa maladie des prières pour 
la conservation de ses jours. En Artois elles prirent le carac- 
tère d'une manifestation publique. Mgr de Conzié, alors 


évèque d'Arras, fit faire dans sa cathédrale, les 5,6 et7 mai, 


des prières de quarante heures auxquelles succéda, le 8, une 
grand'messe solennelle en présence de toutes les autorités. 
Le 9, il alla lui-même officier en la chapelle du Conseil 
d'Artois. Le 10, ce fut dans la chapelle de l’hôtel commun, 
c'est-à-dire, de l’hôtlel de ville (2), que le Magistrat convia 
les troupes à venir assister à la messe dite à la mème inten- 
tion, et le 11, ce mème Magistrat, accompagné des députés 
ordinaires, se rendit à l'invitation de la garnison qui faisait 
célébrer la messe en l'église de Saint-Géry. La cérémonie 
devait se renouveler le lendemain en la chapelle des Récol- 
lets, quand soudain la nouvelle de la mort du Roi vint 
mettre fin aux supplicalions adressées au Ciel pour sa 
guérison. Le deuil fut général et profond dans toutes les 
classes de la population. Le glas funèbre retentit dans toutes 


(1) Voir sur la mort de Louis XV, l’Æéstoire d'Arras de M. Lecesne, 
tome 11, page 656 ; 

(2) On mit à la tribune de l'hôtel de ville, un tableau funébre 
garni de trois bandes de drap noir et une de velours. Il coûta 
40 livres. 


— 106 — 


les églises et chapelles de la ville. A la communication 
officielle reçue sous forme d’une lettre écrite le 13 mai par 
le roi Louis XVI, appelé à succéder à son grand’père, le 
Magistrat répondit par l'intermédiaire de l’Intendant, en 
exprimant la plus vive douleur. L’évêque adressa aux fidèles 
un mandement sur le même ton. Le 20, à la Cathédrale, fut 
célébré un service solennel, pendant lequel les boutiques 
furent fermées, et toutes les affaires interrompues. 

On peut croire que le Gouverneur de l’Artois n'était pas 
à ce moment-là dans la province. C'était d’ailleurs l’époque 
où il avait coutume d'aller présenter au Roi les députés à la 
Cour, et de ceux-ci on peut constater la présence à Paris 
par les nouvelles qu'ils transmettaient chaque jour au cours 
de la maladie du Roi (1). Pour le marquis de Lévis, du reste, 
le changement de pouvoir ne devait pas avoir de grandes 


(1) Les députés à la Cour écrivirent aux députés ordinaires : Le 
Roi a été ramené à Versailles avec un grand mal de tête qui a été suivi 
de vomissements ; les uns disent de Trianon, les autres de Versail- 
les ; les uns disent mardi, les autres mercredi dernier. Il fut saigné 
depuis, deux ou trois fois. La petite vérole parut avant-hier, on 
lui appliqua des vésicatoires, les spectacles furent interrompus hier. 
Mais on ne sut que le soir que l'éruption se faisait et que S M 
était autant bien que sa situation pouvait le permettre. La maladie 
de S. M. nous inquiète et nous afflige infiniment. Nouvelle lettre : 
le 1° mai, 10 heures du soir. Les nouvelles d'aujourd'hui sont que 
le Roi est mieux, du moins, aussi bien qu'on pouvait l'espérer dans 
les premiers jours d'une telle maladie ; les vésicatoires ont produit 
l'effet qu'on en attendait, l’éruption continue à se faire bien, le Roi 
a reposé, et l'assoupissement dont il était accablé auparavant parait 
diminuer. Mesdames ne le quittent pas, Monseigneur l'archevôque 
de Paris sur ce qu’on lui avait mandé, et malgré le mauvais état de 
sa santé, est allé ce matin voir le Roi. Il est mieux ce soir. On a 
commencé aujourd'hui les prières. 2 mai : nous sommes revenus 
de Versailles où nous avons appris que le Roi avait reposé la nuit 
dernière, qu'il avait encore un peu reposé le matin, qu’il avait la 
tête dégagée et qu'il n'avait presque plus de fièvre, que l'éruption 


— 107 — 


conséquences, et la juste disgrâce où devaient tomber les 
favoriles avec tous les protégés que, pour le malheur de la 
France, elles avaient portés au pouvoir, ne devait pas 
l’atteindre. Quant à lui, le ministre auquel il avait le plus 
affaire était le Ministre de la Guerre. Que ce ministre fût le 
marquis de Monteynard jusqu'au mois de janvier 1774, où 
le comte de Muy succédant à celui-ci quelques mois après, 
toujours le marquis de Lévis trouvait en lui un compagnon 
d'armes, un administrateur, un ami, avec lequel il entrete- 
nait les meilleures relations. D'ailleurs, cn l’a déjà vu, pour 
ce vaillant homme de guerre les questions de finances étaient 
celles qui présentaient le moins d'intérêt. Or c'étaient les 


s'achevait et qu'elle produisait beaucoup de boutons, enfin que S. M. 
était aussi bien qu'on pouvait l'espérer dans les premiers jours d'une 
maladie de cette espèce, mais on n'est pas encore sans inquiétude 
parce que le cinquième et le septième jours ne sont pas passés ; les 
médecins ont dit qu'ils répondaient du rétablissement de S. M. s'il 
ne survenait pas de changement dangereux dans ces jours de crise 
3 mai, il heures du matin. On a parlé différemment depuis hier au 
soir jusqu'à ce moment, de l'état de S. M. Nous ne pourrons savoir 
quelque chose de positif que mardi au plus tard. # mai, 11 heures 
du matin. Les nouvelles publiques et celles que nous avons apprises 
de plusieurs personnes qui sont retournées hier au soir de Versailles, 
sont que le Roi a continué d'être jusque hier à 4 heures de la nuit, 
aussi bien que le cours de la maladie pouvait le permettre. #4 mai, 
10 heures du soir. Le Roi a eu la nuit dernière un redoublement 
qui a duré depuis minuit jusquà # heures. L'agitation qu'il 
occasionna ne fut Cependant pas considérable. 

Les vésicatoires fonttoujours bon effet, et les urines sont louables. 
La suppuration a commencé au menton. Le Roi de Prusse a été 
blessé gravement à la tête d'un coup de la tête de son cheval, on 
disait qu'il était mort, cela mérite confirmation, 4 heures du soir. 
La suppuration qui avait paru languir pendant quelques heures a 
repris son Cours et a fait un progrès sensible ce soir. S. M. a été 
fort tranquille et a un peu dormi cette apres-midi. Les évacuations 
du veutre, les urines sont complètes, le pouls continue d'être bon 


— 108 — 


plus instantes, les plus brülantes à ce moment-là. Le règne 
qui finissait avait été désastreux. Quinze contrôleurs géné- 
raux s’élaient succédé, apportant chacun son système, se 
heurtant à l’insoluble problème de satisfaire aux exigences. 
aux prodigalités de la Cour, avec des coffres vides et une 
dette toujours croissante. Cette dette, qui avait été de 
2 milliards à la conclusion de la paix de 1763, se trouvait 
actuellement portée à 4 milliards 70,000 livres. Les intérêts 
qui en avaient été réduits par le système de Law de 80 mil- 
lions à 37 millions, se trouvaient, depuis six ans que l'abbé 
Terray était aux affaires, augmentés de 155 millions. Natu- 
rellement les impôts avaient suivi la même progression. 
Partis de 137 millions, chiffre auquel ils s’élevaient à la 
mort de Louis XIV, ils alteignuient maintenant celui de 
871 millions, qui, mis en balance avec la dépense qui, de 


et il n‘y a pas encore d'apparence de redoublement, 6 mai, 11 heures 

du matin. Nous sommes allés hier à Versailles. Le Roi allait entrer 
dans son septième jour. Nous ne savons pas comment il a passé la 
nuit et son état actuel. La blessure du Roi de Prusse ne se vérifie 
pas. 7 mai Le Roi de Prusse est rétabli. Nous vous envoyons les 
bulletins concernant la maladie du Roi (ils manquent). Paris 10 mai 
10 heures du soir. Nous avons l’honneur de vous apprendre la plus 
triste, la plus effrayante nouvelle. Le Roi est mort aujourd'hui, à 
deux heures de l'après-midi, On dit de toute part que la famille 
royale est allée, les uns disent à Choisy, les autres à Marly, et qu'on 
a vu les Princes revenir à Paris. Si nous avons quelque chose à 
faire dans cette conjoncture fàcheuse, veuillez nous en informer, 
nous n’avons pas manqué d'aller fréquemment à Versailles pour 
donner des preuves de l'amour de la province. 11 mai. C'est à 
Choisy que la famille royale est allée, on dit qu'elle y restera quarante 
jours, et que pendant ce temps, ceux qui ont approché le feu roi 
pendant sa maladie, ne verront pas le Roi régnant, la Reine et la 
famille royale, On va rendie un arrêt pour tocsiner la cloche du 
palais selon l'usage. 31 mai. On croit Mesdames toutes trois hors de 
danger, on fait remise du droit de joyeux avènement. M. de Cau- 
martin a eu aussi la petite vérole, il guérit. 


— 109 — 


221 millions était passée à 399, établissail un déficit annuel 
de 28 millions. Menace de banqueroute, disait-on, alors que 
les systèmes d'emprunts el d'opérations de bourse n'étaient 
pes pratiqués comme ils le sontaujourd'hui. Devant l’impos- 
sibilité de créer de nouvelles taxes, l'abbé Terray en était 
venu à l'idée de faire acheter tous les grains par l'Etat, pour 
en monopoliser le commerce. Il esl aisé de se figurer quelle 
opposition devait rencontrer un tel projel dans les pays 
d'agriculture comme les nôtres. Ce fut donc un soulagement 
général, quand on vit le nouveau Roi prendre une ligne de 
conduite opposée à celle qu'avait suivie son prédécesseur. 
Louis XVI, en effet, arrivait au trône, animé des intentions 
les plus droites, disposé à opérer toutes les réformes que 
réclamaient l'honneur de sa couronne et le bien de ses 
peuples. La preuve en fut dans les deux premières manifes- 
tations de sa volonté personnelle, qui furent de renoncer aux 
41 millions du droit de joyeux avènement, et d'abolir certains 
droits de servage attachés aux terres de la Couronne, restes 
surannés d'anciens usages féodaux. Mais hélas ! la France 
en était arrivée à ce point malheureux où, comme dit Joseph 
de Maistre, il ne suflit pas à une nation d’avoir un honnète 
homme pour la gouverner, Louis XVI n'était que cela. 
Dépourvu de perspicacité pour juger les hommes, de supé- 
riorité pour les dominer, d'expérience pour les conduire, il 
se trouvait aux prises avec la situation politique et finan- 
cière Ja plus redoutable qui fut jamais, et tous les remèdes 
qu'il voulut y apporter ne firent que l'aggraver. À peine 
monté sur le trüne, son premier soin fut de renvoyer Île 
ministère Maupeou-d'Aiguillon, créatures de Mme du Barry. 
Mais il appela à en former un nouveau le comte de Maurepas, 
vieux courlisan frivole, retiré des affaires depuis vingt-cinq 
ans. Par le conseil de celui ci, il rappela tout d'abord les 
parlements, exilés sous le règne précédent. Ceux-ci, tout 
disgrâciés qu’ils élaient, n'avaient pas désarmé. Leur ran- 
cune contre la royauté ne demandait qu'à se transformer 


— 110 — 


en révolte nouvelle. Ils devaient faire cruellement subir au 
petit-fils les conséquences des fautes de l'aïeul, et précipiter 
le mouvement révolutionnaire qui les emporlerail avec lui. 

En matière financière, le programme imposé au nouveau 
ministère par le Roi élail celui-ci : Pas de banqueroute, 
pas d’aggravation d'impôts, point d'emprunt, réduction des 
dépenses. Principes admirables, qu'il ferait bon d'inscrire 
encore aujourd'hui, dans la salle de nos assemblées délibé- 
rantes, mais il fallait un homme pour les mettre en pratique. 
L'abbé Terray avait, en mème temps que les ministres, 
quitté le poste qu'il devait à la faveur de Mme de Pompadour, 
et à sa complicité dans l’expulsion des Jésuites. Celui qu'on 
appela à le remplacer fut Turgot, intendant de Limoges, où 
il s'était acquis une certaine popularilé par la suppression 
de la corvée, remplacée par une taxe pécuniaire, payée par 
tous, sans exception, ni privilèges. C'était un homme encore 
dans la force de l’âge. Lui aussi avait quitté l'Eglise, à 
laquelle sa famille le destinait, pour entrer au parlement, 
dans la société des encyclopédistes, et se faire leur collabo- 
rateur. Il arrivait au poste dangereux où tant d'autres 
avaient échoué, la tête pleine d’utopies et de projets de 
réformes auxquels il devait rencontrer autant d'obstacles 
que se trouvaient des gens intéressés à la conservation des 
abus. Ces abus étaient nombreux, à la vérité; on lui reprocha 
d'avoir voulu les supprimer sans transition, et sans ménager 
les intérêts privés ; on a dit de lui qu'il avait fait fort mal ls 
bien, comme son prédécesseur avait fait fort bien le mal. 
Mais l’ère de la bureaucratie moderne, dont Turgot peut être 
considéré comme le père, s'est-elle montrée plus salutaire 
au pays ? Dès ses premiers actes, on put voir quele nouveau 
contrôleur général était décidé à rompre avec les traditions 
laissées par ses prédécesseurs. La liberté rendue au com- 
merce des grains, la suppression de la solidarité entre les 
habitants de la même paroisse pour le paiement des impôts, 
l'abolition des 6 sols par livre que l'abbé Terray s'était vu 


— Ait — 


obligé d'ajouter aux impôts, l’évaluation du produit des 
offices du royaume et de leur prix d'acquisition, pour les 
soumettre aux centiëmes, élaient des mesures jusles en 
elles-mèmes, mais elles mécontentèrent les traitants et les 
courlisans, qui dans ces transactions faisaient leur fortune. 
Le mal jusque-là n’était pas grand, mais Turgot ne s'en 
tint pas là. Imbu des idées philanthropiques et humanitaires 
qu'il avait puisées au commerce des philosophes de l'époque, 
il rêvait un systéme d'économie politique, rationaliste et 
athée qui, sous prétexte d'affranchir la Société des vieux 
préjugès et des anciens privilèges, devait la précipiter sans 
frein dans les aventures de la Htévolution. Jamais contrôleur 
des finances n’avait étendu si loin les limites de son action. 
Pour lui, tout était matière à renseignements et à enquête (1) 
el la province d'Artois fut des premières à être l’objet de ses 
investigations. Ce fut à l'occasion de la rédaction des 
Cahiers. Les Elats avaient été convoqués en assemblée à la 
main, le 15 juin 1774, et là, comme toujours, après s'être 
occupés de diverses questions d'intérêt local, telles que les 
inondations, les chemins, la représentation dans les succes- 
sions, on en vint à parler impôts. L'année, au point de vue 
de la récolte, avail été moins mauvaise que les précédentes, 
mais la plupart des villes et les principaux villages de la 
province avaient élé éprouvés par des maladies. Beaucoup 
de fabriques, par suite de la pénurie des années précédentes, 
avaient fermé, el les ouvriers renvoyés, manquant des choses 
les plus nécessaires à la vie, en élaient réduits à boire de 
l'eau. De là était résultée une baisse notable sur le produit 


(1) 11 tenait à être instruit de tout. Il demanda des renseignements 
non seulement sur ce qui avait rapport à l'administration, mais aussi 
sur ce qui regardait le service militaire: casernes, campernent, 
chauffage, éclairage, fourrage, ustensiles, réparations des bâtiments, 
loyers, magasins, transports, etc, 


— 112 — 


des draits sur les boissons. Le gouvernement avait dû créer 
de nouvelles taxes sur les huiles, les cuirs, l’amidon, le 
papier, le carton, les ventes de meubles. Celles ci, perçues 
par les fermiers royaux qui inondaïient les villes et les cam- 
pagnes, provoquaient un grand mécontentement ; en outre, 
les Etats avaient dù, pour satisfaire aux abonnements 
contractés avec le gouvernement, aggraver encore les droits 
sur la bière et le vin, dont la perception leur élail réservée. 
En conséquence, le Roi devait, disait-on, oublier les besoins 
de l’Etat pour s'occuper de ceux de la province plus urgents 
encore. On avait espéré que la paix amënerait un soulage- 
ment, et chaque année on reconnaissail que c'était une 
illusion {1). L’Intendant entrait dans les vues de l'assemblée. 
1l écrivit lui-même au contrôleur général que les Artésiens 
supportaient depuis plusieurs années une surcharge écra- 
sante par suite de la continuation du don gratuit et des 
vingtièmes qui ne devaient durer que pendant la guerre. 
(« Une seule classe d'habitants, disait-il, se soutiennent dans 
cet étal de choses, ce sont les gros cultivateurs, le haut prix 
des denrées les met en mesure de faire face aux impositions, 
mais si la cherté du blé fait leur fortune, elle accroît la 


(!) Autrefois, ajoutait-on, on n'avait que deux sortes d'imposition, 
l'une sur les fonds, l'autre sur les boissons, c était la province qui 
les percevait, on y était habitué, on n'était pas obligé d'emplover 
la contrainte et la saisie ; avec les nouveaux droits sur les huiles, 
les crins, les cuirs tannés, l'amidon, le papier, le carton, les ventes 
de meubles, etc, perçus par les fermiers royaux, la situation a 
changé de face et l'aisance disparaît, on a continué à payer les dons 
gratuits, les vingtièmes, qui ne devaient durer que pendant la guerre, 
les sous pour livre sur les octrois, etc, Pour acquitter toutes ces 
charges, les Etats ont dû faire avec le gouvernement des abonnements 
coûteux et mettre des droits élevés sur la bière et le vin; sion 
ajoute que depuis 5 à 6 ane, la province est ravagée par des épidé- 
mies et des épizooties, on reconnaitra qu'il est nécessaire de dimi- 
nuer les impôts, 


— 113 — 


misère du peuple, qui est hors d'état de pourvoir par le 
produit de son travail à sa subsistance, ce qui le réduit à 
la dure nécessité de prendre une nourriture malsaine et peu 
onéreuse » (1). 

La conclusion à tirer devait être, ce semble, d'obtenir du 
Roi, une remise plus importante du don gratuit. Mais la 
pénurie des finances ne le permettait pas. La remise fut 
de 200,000 livres comme l'année précédente. La moitié en 
fut affectée au soulagement des cullivateurs malheureux (2), 
le reste fut partagé inégalement entre l’acquitlement des 
dettes de la province, et le traitement des subdélégués. 

Cependant Turgot ns se montrait pas indifférent aux 
doléances trop fondées qui lui parvenaient. Ce fut sur l'agri- 
culture qu'il porta d'abord toute son attention. Il avait, dans 
sa jeunesse, appartenu à l'école des physiocrates, philosophes 
économistes qui fondaient la richesse publique uniquement 


(1) Lettre de l'Intendant au Contrôleur général datée de Lille, le 
8 octobre 1774. Fille commençait ainsi : Les Artésiens supporteut 
depuis plusieurs années, une charge écrasante, le Gouvernement 
demande plus que pendant la dernière guerre. On a supprimé le 
3° vingtième, ce qui est une économie de 250,000 livres pour la pro- 
vince ; mais depuis cette suppression on a augmenté l'abonnement du 
contrôle et celui de la capitation. Le don des villes a été prolongé, 
on a dù racheter les offices municipaux, la province est menacée 
du même rachat pour les offices de police. Il a été établi de nouveaux 
droits sur la poudre, l'amidon, le papier. Les Etats sont chargés de 
payer le Conseil supérieur d'Arras et de rembourser les charges de 
l’ancien Conseil d'Artois. Toutes ces dépenses nouvelles se trou- 
vaient encore augmentées par l'imposition de 8 sols par livre. Il 
est certain que la province n'avait pas besoin de la mortalité des 
bestiaux qui l'a dévastée pour justifier l'accablement dont elle se 
plaint. 

(2) Sur la remise de 1774, on prit 100,000 livres pour secourir 
non seulement ceux de la troisième classe, mais encore une partie 
de ceux de la deuxième qui avaientété exclus de tout secuurs en 1773, 


8 


— 114 — 


sur l’agricullure ; et il avait exposé leurs doctrines dans un 
grand nombre d'articles de l'Encyclopédie. Pour remédier 
aux souffrances de l’Artois, il voulut connaître les besoins 
des cullivateurs et inaugura un genre d’étude dont on a bien 
usé et abusé de nos jours. Il fit de la statistique. 11 demanda 
un état détaillé du produit des récoltes dans les différentes 
paroisses, la contenance des terrains en culture, le nombre 
des charrues, la manière d'exploiter les terres, en indiquant 
celles qu’on cultivait à la main, la quantité de grains néces- 
saire pour ensemencer une mesure, le nombre de bestiaux 
de chaque localité. L'amélioration de la culture devint à 
celle époque la question mise à l'ordre du jour {1}. Des 
sociétés d'agriculture se formérent de tous côtés. On chercha 
à en créer une en Artois, et l’Académie d'Arras assigna 
dans ses concours des prix à divers sujets relatifs à l’exploi- 
tation rurale. Toutefois, en fait de culture, tout le monde sait 
qu’il y a loin de la théorie à la pratique, et ce n'étaient pas 
les discours et les enquêtes faites à son sujet, qui pouvaient 
donner des espérances immédiates pour le rétablissement de 
l'équilibre dans les finances. Le nouveau contrôleur le com- 
prenait bien. Quand s'ouvrit la session annuelle des Etats, 
le 21 novembre, ceux-ci votèrent sans difficultés les subsides 
ordinaires pour le service du Roi. Turgot les en remercia. 
Mais quand le gouvernement, toujours en quête de nouvelles 
ressources, revint à la charge pour revendre les offices de 
police après avoir vendu les charges municipales, les Etats 
opposèrent de nouveau la plus vive résistance à une mesure 
qui devait relomber sur la classe des citoyens la plus inté- 
ressante, ceux qui vivent du produit de leur travail. Ces 
offices, disaienl-ils, étaient inhérents à la constitution muni- 
cipale des villes, et faisaient partie de leur patrimoine. Ils 


(1) Des lettres-patentes de 1767, dans l'intérêt de la culture, accor- 
daient des encouragements à ceux qui entreprendraient des dessè- 
chements ou défrichements. 


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élaient d'un produit modique et à peine suffisant à la subsis- 
tance de ceux qui les avaient achetés. Les remettre en 
vente, c'élait réduire à la misère plus de 2,000 familles dont 
ils constituaient toute la fortune, el ruiner avec elles les 
créanciers qui leur avaient prèté de l'argent sur le seul gage 
de ces offices. En admettant que les municipalités en fissent 
elles-mèmes l'acquisition, c'était grièvement obérer leurs 
finances, et, dans une province frontière comme la nôtre, 
priver en cas de guerre le Roi des précieuses ressources qui 
ne luiavaient jamais été réfusées. L'intendant de Caumartin, 
qui paraissait prendre à cœur les intérêts de l’Artois, fit les 
mêmes observations, et il les transmit au pouvoir {1}. Mais 


(1) L’Intendaut écrivait au controleur général des finances, le 
8 octobre 17374 : « Le gouvernement, forcé de multiplier ses ressources, 
a imaginé de vendre à un certain nombre de ritovens le droit 
exclusif de faire certains ouvrages. On a érigé ce droit en offices 
de police et on a engagé les villes à racheter ces offices avec 
pouvoir de les revendre. Îls ant usé de ce droit en rendant ces offices 
héréditaires à certaines conditions, de sorte qu'ils forment actuel- 
lement l'unique fortune des particuliers qui en sont pourvus. Le 
plus grand nombre d'entre eux doit en constitutions de rentes le 
prix de ces offices; on ne pourrait par conséquent les remettre en 
vente sans réduire ces malheureux, qui composent plus de 2000 
familles, à l'état de la plus grande indigence, et ruiner les créanciers 
qui leur ont prêté de l'argent sur le seul gage de ces offices, Le 
produit de cette revente serait un dédommagement bien faible du 
produit qu'ils donnent. Charger les caisses municipales de ces 
rachats est impraticable, tant elles sont obérées. Les revenus des 
villes sont presque entièrement affectés au service du Roi, ils 
doivent donc être considérés moins comme deniers de la commune 
que comme une partie du trésor du souverain. En épuisant leurs 
finances, le Roi se prive de ressources destinées à son service, et 
dans les provinces frontières où il est de la plus grande importance 
de ménager les administrations au lieu d'amener leur ruine, afin 
qu'en temps de guerre, elles se trouvent en état de se procurer les 
sommes dont on ne connaît l'utilité que dans ces malheureuses 
circonstances », 


— 116 — 


rien n’y fit, les Etats durent s’incliner devant la volonté 
royale. Cependant, comme en pratique il fallait du temps 
pour réunir les documents nécessaires à l'exécution de la 
mesure, Turgot fit comprendre au Roi que ces offices, sous 
prétexte de maintenir la police, entravaient les transactions 
et surchargeaient de droits les choses les plus nécessaires 
à la vie, telles par exemple que le blé, car les charges de 
mesureur aux grains étaient les plus productives. Alors, au 
lieu de les revendre, le Roi prit le parti de les supprimer et 
de renoncer aux sommes que devaient lui verser par voie 
d'abonnement les Etats ou les villes qui toucheraient les 
droits afférents à ces charges. Par là se trouvaient suspendus 
l'édit de 1768 et la déclaration royale du 25 sept. 1770. Mais 
Turgot devait quitter le ministère avant que la mesure n’eùt 
reçu complèle exécution, et bon nombre de charges muni- 
cipales subsistèrent jusqu’à la Révolution. 

Une autre question, moins grave, mais qui durait depuis 
plusieurs années et menaçail de se prolonger encore, attira 
l'attention des Etats en celte année 1774. C'était celle du 
logement à Paris de leurs députés à la Cour. On sait que 
ces députés étaient au nombre de trois, chargés de repré- 
senter chacun des trois ordres. Longtemps ils s'étaient 
contentés de loger à l'hôtel, se servant de voitures de louage, 
et ils recevaient à cet effet de la province 6,000 livres par 
an, Mais à celte époque le goùt du luxe et de la magnifi- 
cence dont la Cour donnait l’exemple, gagnait les classes 
élevées de la Société, et les Etats eux-mêmes, nonobstant 
leurs austères remontrances en matière d'impôts, nen 
étaient pas exempls. En 1764, donc, à la requête des trois 
députés, ils décidèrent de leur assigner dans la capitale une 
résidence fixe qui, prétendaient-ils, sans être plus onéreuse, 
serait plus confortable et plus en rapport avec leur dignité. 
La rive gauche à celte époque s’imposait. C'était là qu’étaient 
tous les ministères, et la noblesse fixée au Marais du temps 
de Louis XIV, était venue sous Louis XV se construire au 


— 117 — 


faubourg Saint-Germain et au faubourg Saint-Honoré les 
somptueux hôtels qui ne sont pas encore tous disparus 
aujourd'hui. En 1765, on prit à bail une maison, sise rue 
Jacob, entre le couvent des Augustins et la rue de Hambourg. 
Ce premier essai ne fut pas heureux. Le local était insalubre 
et incommode, et il donnait sur un carrefour attenant par 
devant à un cimetière, par derrière à une maison de charité. 

Les députés n'étaient pas contents. Sans doute qu'ils 
firent part de leur déception au Gouverneur de l’Artois. Le 
marquis de Lévis résidait à deux pas de là, rue des Saint- 
Pères, dans un hôtel qu’il louait aux petits Augustins. 
Comme il venait précisément de perdre son beau-père, il 
désirait aller s'installer au faubourg Saïint-Honoré, dans 
le bel hôtel de celui-ci, et il proposa aux Etats de leur céder 
celui qu’il allait quitter. Là, l'installation eùût été beaucoup 
meilleure. A l'avantage d'être mieux situé, se joignait 
celui de la vue sur le vaste jardin des religieux. Mais 
l'affaire ne put pas s'arranger. Le bail de la rue Jacob 
était fait pour quatre ans. Ce fut donc seulement en 1768 
qu'on put changer. L'affaire fut bonne cette fois. Pour 
4,000 livres par an, on loua, rue de Grenelle, à côté de 
l'hôtel de la Marche, une maison appartenant au duc 
d'Olonne. Les trois députés y avaient chacun leur apparte- 
ment, avec cuisines et dépendances séparées. [ls purent y 
avoir suisse et carosse. Un sieur Obry, tapissier, chargé 
de former un mobilier conforme à la dignité de chacun, en 
mit pour 7,925 livres au représentant du clergé, pour 7.641 1. 
à celui de la noblesse, puis seulement pour 4,837 livres à 
celui du liers. Le suisse coùta 1,200 livres de gages, 300 I. 
de loyer, plus un habit et une culotte de cérémonie qu'on 
devait lui fournir tous les deux ans. On ne dit pas à combien 
montèrent les frais du carosse. Mais il est permis de croire 
que la modeste allocation primitive élait largement dépassée. 
Cependant, comme en matière de luxe, il faut toujours monter 
sans jamais atteindre l'idéal, quand le bail eut pris fin, et 


— 118 — 


c'élait précisément en l’année 1774, où nous en sommes, les 
députés oflicieusement avertis par le curateur du duc d'Olonne 
que l'immeuble était convoité par le marquis de Ségur qui 
voulait l'acheter, jetèrent les yeux sur un autre hôtel, admi- 
rablement situé près de la Seine, rue de Bourbon (actuelle- 
ment rue de Lille) et qui appartenait aux Théatins. L'entrée 
était belle, la cour suffisamment grande. Il y avait écurie 
pour 6 à 7 chevaux, remise pour plusieurs voitures, une 
place pour le suisse, un bel escalier, deux vastes apparte- 
ments au premier, un plus modeste au dessus (1), une 
tribune donnant sur l’église des Théatins, et au deuxième et 
troisième élages, des dépendances suffisantes à loger les 
secrétaires et les domestiques. Mais on en demandait 
5,500 livres. Etles Etats, sans doute effrayés des prétentions 
toujours croissantes de leurs députés, refusèrent. Ce fut 
peut-être une faute. On se rabattit alors sur le petit hôtel de 
Mesgrigny, rue des Poitevins, occupé par M. d'Oultremont, 
et appartenant à M. de Bouthillier, marquis de Chavigny, 
officier au régiment du Roi (2). Là, les députés n'étaient 
pas établis d’un an qu'ils demandaient à résilier le bail à 
cause des exhalaisons méphitiques d’un puisart qui rendait 
l'habitation insupportable (3) Le propriétaire n’y voulait 
consentir que s’il trouvait amateur pour acheter la maison. 
Mais au prix du capital que représentait le loyer de 4,500 I. 
qu'il touchait, l'amateur ne devait pas se trouver, et il ne se 


(1) L'escalier était commode, il y avait un entresol avec deux 
appartements composés de deux à trois pièces avec des cabinets. Le 
premier était magnifique, l'appartement se composait d'une anti- 
chambre, d’un beau salon de compagnie, servant en même temps 
de chambre à coucher, de plusieurs cabinets avec glaces et boiseries 
dorées. Sur le même palier se trouvait un second appartement 
semblable. 

(2) Les Etats eurent à y dépenser 2,711 livres pour la menuiserie, 
1,348 livres pour la serrurerie et 442 livres pour la vitrerie. 

(3) Le loyer du mobilier coûta 1,800 livres par an, 


— 119 — 


trouva pas. Force fut donc de rester là jusqu’en 1784. Les 
loyers à Paris étant très augmentés avec la richesse publi- 
que, les députés pensèrent revenir à l'hôtel garni, mais ils 
reconnurent que c'élait aussi cher et moins commode; et, 
après avoir visité plus de cinquante appartements, ils finirent 
par prendre une installation plus coùteuse et moins bien 
située que ne l'ent été celle des Théatins. C'était un hôtel 
rue du Cherche-Midi, près de la Croix-Rouge, appartenant 
à François de Montaillé, secrétaire honoraire des comman- 
dements de la Reine (1) et devenu vacant par la mort du 
vicomte de Saulx-Tavannes qui l’occupait. On dut payer 
7.000 livres de lover et v faire des frais de réparation. Là 
résiderent les députés jusqu'à la Révolution. La vie qu'ils y 
menaient ne manquait pas d'une certaine magnificence, à en 
juger par le catalogue de leur bibliothèque, dressé en 1778, 
el conservé au fonds des Etats d'Artois. La plupart des 
livres trailaient de droit civil et international, [ls recevaient 
nombre de journaux, ce qui était un grandluxe en ce temps- 
là, entr'autres la Gatette de France, le Courrier de l'Europe, 
la Gaïette de Leyde, le Journal de Paris. IIS mettaient 
leurs papiers dans des cartons recouverts en veau doré et 
frappés aux armes de la province. 

Entin, pour compléter l’histoire de cette année 1774, c'est 
encore à Ja question de la canalisation et de Ja navigation qu'il 
faut revenir, C'était du reste, de toutes les branches de son 
administration, celle à laquelle le marquis de Lévis s’inté- 
ressait davantage, à cause de la double importance qu'il y 
voyait pour la prospérité du pays et pour la défense de la 
frontière. Le nouveau Ministre de la Guerre, le comte de 
Muy, n'élait pas arrivé d'un mois au pouvoir qu'il recevait 
du Gouverneur de l’Artois un mémoire destiné à être 


(1) Il y avait 7 remises et 3 écuries. Il fallait dépenser 3,000 livres 
pour les appropriations eton demandait 1,000 livres pour la location 
du mobilier, 


— 120 — 


présenté au Roi, demandant que, pour favoriser le commerce 
et prévenir les inondations, on prolongeât de 4 à 5 lieues, 
jusqu’à Merville le canal à peine terminé de Saint Omer à 
Aire. On sait ce que ce dernier travail avait coûté de temps 
et d'argent Sur 4 millions qui s’y étaient engloutis, la pro- 
vince d’Arloisenavait fourniplusdedeux. Etencore neparais- 
sait-il pas avoirétéexécuté avec toute la perfection désirable, 
puisque le général Dumouriez. chargé l’année suivante par 
le ministre d'aller étudier sur le terrain le redressement de 
la Lys, devait exprimer son opinion sommairement en 
disant que le canal était à refaire (1). On ne le refit pas, 
mais le projet du canal suggéré par le marquis de Lévis 
fut mis à l'étude en 1775, et on proposa même de le prolonger 
jusqu’à Douai. C'était d’un intérêt plus grand encore pour 
les Flandres maritime et wallonne que pour notre province. 
Néanmoins le Conseil d'Etat y donna son consentement et 
le sieur Bouillard, qui avait fait l’autre, fut encore chargé 
d'exécuter celui-là avec le concours de M. Delisles, ingénieur 
en chef du génie à Saiïint-Venant, qu’on mit sous ses ordres. 
La nécessité de redresser les sinuosités de la Lys, nom- 
breuses d’Aire à Merville, devait rendre l’entreprise fort 
coûteuse. Les frais, fixés d’abord à 800,000 livres, payables 
en cinq ans, devaient être supportés, dans des proportions 
déterminées d’avanre, par le Roi (2), l’Artois, les Flandres 
wallonne et maritime, le Haynaut, les châtellenies de Bou- 
chain, d'Orchies, de Saint-Amand. C’est ainsi qu'on avait 
payé le canal de la Lys à l’Aa. La part de l’Artois était à 
elle seule de 266,666 francs, que les Etats payèrent fort 
exactement, bien que ce second canal soulevât de leur part 
la même opposition que le premier, et pour les mêmes raisons. 
Dans l'intérêt spécial de la province, ils eussent été plus 


(1) Voir à ce sujet Filon, /istoire des Etats d'Artois, page 98. 
(2) Le Roi devait donner 200,000 livres. Il ne se pressa pas de 
les verser, ce qui ralentit les travaux. 


— 121 — 


disposés a reprendre leur ancienne idée d’un canal se diri- 
geant sur Dunkerque, ou encore à se rattacher à un nouveau 
projet présenté en cette même année 1774 par le sieur Bouil- 
lard, lui-même, pour améliorer la navigation de Saint-Omer 
à la mer (1). On passa outre à leur opposition, et lecommen- 
cement des travaux fut décidé pour l’année suivante {2). 
Cette fois on ne devait plus se servir des soldats ; mais des 
ouvriers furent embauchés en nombre variant de 200 à 600. 
Comme c'était à prévoir, l’allocation de fonds fut insuffisante. 
On dut y ajouter 309,000 livres (3). Les Etats se montrérent 
récalcitrants, et les travaux furent momentanément inter- 
rompus. Néanmoins la question de l'amélioration de la navi- 
gation en Flandreeten Artois était à l'ordre du jour. Divers 
projets se produisaient, presque tous d'une utilité plus 
grande pour les provinces voisines que pour la nôtre. Tel 
celui d’un canal de la Haute-Lys à la Deùle, en utilisant 
l’Escaut, qui devait ouvrir au commerce fluvial les villes de 
Douai et de Cambrai. Cela nécessitait d'importantes acqui- 
sitions de terrains. Lens, sommé d'y contribuer, se vit dans 
la nécessité de vendre une partie de ses biens communaux. 
Les Etats opposèrent une résistance passive, el le ministre 
de Muy dut en venir à les menacer de leur retirer l’adminis- 
tration des marais de la province. En 1774 encore, fut repris 
le projet fait en 1755 et arrêté à cause de la guerre, de cana- 
liser la Lawe qui, partant de Béthune, allait se jeter dans la 
Lys, à la Gorgue. C'était une petite rivière dont l’impétuosité 
rendait la navigation ditlicile, et produisait souvent des inon- 
dations préjudiciables aux riverains. La ville de Béthune, se 
considérant comme intéressée à l’entreprise, offritaux Etats 


(1) Il y avait alors pour les transports une barque allant de Saint- 
Omer à Calais. 

(2) Pour élargir la Lys, on acheta, de 1775 à 1780, des terrains 
près de Saint-Venant. 

(3) L'Artois fut taxé à 133,333 livres, payables en trois ans. 


— 122 — 


de participer à la dépense. Et en effet, quelques années après, 
en 1785, quand les travaux furent achevés, elle n’hésita pas 
à s’endetter, pour les payer, d’un emprunt de 24,009 livres. 
Là ne s’arrêtaient pas ses prétentions. De nouveaux projets 
lui faisaient entrevoir la possibilité de se relier par eau à 
Saint-Venant (1) et à la Bassée (2). En même temps, on 
parlait de relier la Scarpe à la Deüle par un canal qui 
permettrait de dessécher 10,009 mesures de terre. Les Etats 
d'Artois n’en étaient pas partisans, parce qu'on voulait l’exé- 
culer dans d’autres conditions que celles qu'ils avaient pro- 
posées. Un autre projet de l'ingénieur Deschelles devait 
améliorer conjointement ces deux rivières pour établir la 
communication entre Arras et Lille. Un autre encore consis- 
tait à canaliser la Scarpe sous les murs d’Arras pour la 
mener du Vivier à la Cité, en contournant la porte Méaulens, 
enfin M. de Cessart, inspecteur des ponts et chaussées, 
devait dresser des plans et établir des devis pour relier la 
Scarpe à l’Escaut. Mais la volonté collective des Etats, si 
elle était une sauvegarde pour les intérêts financiers du 
pays, mettait parfois des entraves à des entreprises qui 
eussent apporté de sérieuses améliorations et de réels pro- 
grès. Ainsi avait échoué, en 1770, la lenlative confiée à 
l'examen du directeur du génie d'Arras, M. de Saint-Paul, 
d'utiliser la Scarpe, et la Canche, en créant une voie navi- 
gable d'Arras à Etaples. À quelques années de distance, la 


(1) Au Pont de la Bassée on trouvait un canal. 

(2) M. Bouillard, devenu maréchal de camp, proposa, en 1776, un 
canal d'Aire à la Bassée, Il serait très utile, disait-il, pour oviter 
les inondations. Le gouvernement avant objecté qu'il fallait Île 
concours des Etats de Flandre, M. Bouillard y vit des difficultés et 
le projet n'aboutit pas, bien que le gouvernement füt disposé à 
l’adopter ainsi que les Etats d'Artois. Ceux-ci avaient même demandé 
d'en faire évaluer la dépense par les agents du domaine (Voir 
Histoire des Elats d'Artois, par Filon, page 100). 


— 123 — 


même résistance devait se rencontrer pour refuser aux Etats 
du Cambrésis de participer aux travaux d’un canal qui, 
reliant l'Escaut à la Sensée, devait ouvrir ure communica- 
tion entre Bouchain et Douai (1). On comprend cependant 
l'importance que présentait pour la prospérité malérielle de 
la région, en ce temps où les chemins de fer n’existaient 
pas, ce système de voies navigables. Une fois ouvertes, 
elles permettaient d'opérer les transports de marchandises 
en temps de paix ; de vivres, d'hommes el de munitions en 
temps de guerre, sans nécessiler, comme les routes, aucuns 
frais d'usure ni d'entretien. Malgré toutes les oppositions, 
ce système s’achevait (2)}. Les archives du Pas-de-Calais 
conservent à ce sujet de curieux et précieux documents (3) 
qui permettent de constater que, arrivé au point où nous en 
sommes, on pouvait se rendre d'Arras à Berg-op-Zoom, par 
les canaux. 

Disons, en terminant le compte de cette année 1774, que 
le sujet des travaux à faire n’élait pas le seul qui fournit 
matière aux discussions avec les Etats. Il y avait encore la 
discussion des effectifs de garnisons qui se reproduisait 
chaque année. L'infanterie était bien reçue d'ordinaire, 
mais la cavalerie, avec ses chevaux et les charges qu'ils 
entrainaient, provoquait les plaintes et les protestations des 

(1) On trouve aux archives du ministère de la guerre, des mémoires 
plans et devis pour ces projets de canaux, ainsi que pour une meil- 
leure direction à donner à la rivière de Wiette, près St-Omer, et sur 
le creusement de la rivière de Carency, pour faire arriver de l'eau 
dans le canal de Lens. 

(2) L'entretien du canal de la Drake (Pavs de Langle) donna lieu 
à des discussions : qui devait en être chargé ? 

(3) Les archives de l'Académie d'Arras possédaient une description 
des cours des rivières et canaux de l'Artois ainsi qu'un mémoire sur 
l'Aa, œuvres de M. Des Lvons et un travail sur les écluses de la 
Lawe, par M. de Miribel, ingénieur du génie, tous deux membres 
de cette Société. Ces documents ont disparu, 


— 124 — 


villes. Aux réclamalions des députés à la Cour, en cette 
année 1774, le Gouvernement répondit que les effectifs des 
régiments de cavalerie élant augmentés, il fallait bien les 
caser dans les villes où se trouvaient des casernes sufli- 
santes (1). Hesdin était du nombre. Et précisément cette 
année là surgit un conflit entre la municipalité de la ville 
et les officiers du régiment de Roussillon à propos de droits 
sur les vins que ceux-ci refusaient d'acquitter. Les députés 
prirent l'affaire en mains et la portérent devant le Ministre 
de la Guerre. Le comte de Muy fit droit à leurs plaintes. 1] 
donna l'ordre au major du régiment de verser à la caisse 
municipale la somme de 324 livres ärelenir sur la solde des 
officiers qui les devaient. Mais l'affaire ne dut pas avoir 
pour effet de mettre la bonne harmonie entre la garnison et 
les habitants (2). 


(1) Arras évita un régiment suisse. 
(2) M. Manchon fils, succéda à son père en 1774 comme commis- 
saire des guerres à Arras. 


— 195 — 


1775 


Les deux derniers règnes avaient été les plus longs que 
l'Histoire de France eùt jamais enregistrés. La cérémonie 
du sacre empruntait donc un double éclat à la rareté du 
spectacle et aux splendeurs dont elle devait être entourée. 
Elle eut lieu à Reims du 11 au 15 juin. Ce fut sur tous les 
points du royaume une explosion de joie à laquelle l'Artois 
ne fut pas des derniers à s'associer. Toutes les autorités y 
prêétèrent leur concours. L'’évèque d'Arras, prévenu par 
une lettre personnelle du Roi, du 12 juin, l'annonça dans 
un Mandement plein d'espérances, autant que d'illusions. 
Par son ordre, un L'e Deum solennel fut chanté à la cathé- 
drale, le Ÿ juillet, en présence du Conseil d'Artois et de 
toutes les autorités civiles et militaires. Parmi celles ci, à 
Arras, la présidence revenait de droit au Gouverneur 
de la province. Un prie-Dieu, garni de tapis et de deux 
carreaux, l’attendail au milieu du chœur. Le même jour, 
par les soins du Magistrat, avait été organisée une fèle avec 
illuminations et feux d'artifice. Une pyramide garnie de 
Jlampions s'élevait au milieu de la Petite Place. Le soir, le 
marquis et la marquise de Lévis, se rendant à l'invitation 
qui leur en avait été faite, vinrent assister à la fèle. Le 
gouverneur mil le feu à la première fusée, et le mayeur à la 
seconde. On en tira deux cents. La marquise se tint en la 
chambre commune avec les officiers municipaux qui l’allè- 
rent chercher à son carrosse et l'y reconduisirent. Ainsi 
s effaçaient devant la bonne grâce et la courtoisie du repré- 
sentant de l'autorité royale, les questions de préséance qui, 
dans d’autres villes, faisaient ombre au tableau de la joie 
générale. À Aire, par exemple, la contestalion entre les 
officiers du bailliage et ceux de la municipalité prit des 
proportions telles que le garde des sceaux dut intervenir 


— 126 — 


pour rejeler les prétentions des premiers et reconnaitre aux 
autres le droit d'allumer les feux de joie. Le 6 août suivant, 
une nouvelle occasion se présenta pour la province de 
témoigner son attachement à la famille royale en la personne 
du prince auquel avait été donné son nom. Ce fut la nais- 
sance du premier fils du romte d’Artois, qui reçut le titre de 
duc d’Angoulème. Prince malheureux qui, né sur les mar- 
ches du lrône, devait, 75 ans après, s’éteindre dans l'exil 
sans avoir réalisé les vœux et les espérances exprimés alors 
par les députés chargés d'offrir à son père les félicitations 
particulières de la province. 

Cependant les événements qui se passaient à Paris et 
autour du trône, ne détournaient pas les États de ce qui 
faisait leur constante et unique préoccupation . la défense 
de leurs privilèges et le soin des intérèts du pays. Dans 
leurs délibérations de cette année 1773, on ne trouve trace 
d'aucune émotion que leur aient causée les changements 
nombreux survenus dans le personnel du Gouvernement. 
De l’ancien ministère, à l’exceplion du secrétaire d'Etat 
Bertin et du duc de la Vrillière, pas un membre ne restait. 
Aux nouveaux ministres, nommés au chapitre précédent, 
étaient venus s'ajouter M. de Vergennes, chargé des Affaires 
étrangères, le comte de Muy, de la Guerre, le marquis Hue 
de Miromesnil, Garde des sceaux de la Justice. Turgot, lui- 
même, nommé d’abord à la Marine, y avait été remplacé par 
M. de Sartiges et s'était réservé la direction des Finances. 
C'était donc à lui qu'appartenait de régler les questions 
d'impôts sans cesse renaissantes. À la faveur du nouveau 
règne, el en considéralion du zèle qu'on avait mis au 
service du Roi, les Etats avaient espéré voir dégrever 
la province des charges exigées avec rigueur et dont on 
l'écrasait sans les consulter, au mépris de ses privilèges et 
des leurs ; souvent ils n'en étaient informés que lorsque 
leur assemblée était terminée et qu'il leur était impossible 
de présenter leurs observations. De ces charges, une des 


Ar = 


principales était le don gratuit qui, établi au moment de la 
guerre, aurait dù disparaitre en même temps qu'elle (1). 1] 
n'en fut rien. On dut celte année, comme les précédentes, 
se contenter de la remise de 200,000 livres à employer dans 
les mèmes formes (2). On avait demandé 300,000 livres. Ce 
fut l'Evèque de Saint-Omer, Mgr de Conzié, frère de 
l'évèque d'Arras, qui présenta les Cahiers et fit au Roi le 
discours d'usage. C'était un homme fort éloquent, et comme 
il allait quitter la province pour monter sur le siège de 
Tours, il sembla mettre plus d'ardeur que jamais à plaider 
sa cause. Le jeune Roi, plein de droituré et de bienveillance, 
promit de se faire rendre un compile exact des choses, afin 
de statuer en connaissance de cause. À la vérité, le tableau 
que présentaient les Cahiers et leur supplément était bien 
fait pour émouvoir un prince qui n'avail rien lant à cœur 
que de se montrer le père de ses sujets. L’Arlois, dévasté 
par une épizoolie qui avait fait perir des multitudes de 
bestiaux ; la grèle et les mulots produisant de graves dom- 
mages dans les récoltes ; de nombreuses familles réduites à 
la misère, à la mendicité par des incendies qui les avaient 


(1) En 1701, disaient les Cahiers, au moment où les besoins de 
l'Etat étaient les plus pressants, on s'était contenté d'un don gratuit 
de 500,000 livres ; depuis 1713, où la paix fut signée on n'8 cessé 
de le donner et on n'a obtenu que rarement quelques diminutions. 
Le centième établi pour la guerre a continué et on a ajouté plusieurs 
vingtièmes. Autrefois, pour subvenir aux demandes du gouvernement, 
il suffisait d'imposer les fonds de 5 centièmes et demi, aujourd'hui 
il faut voter 9 centièmes trois quarts, et en sus on a à payer le rem- 
boursement des emprunts. La province a à parer 3,854,300 I, 
d’impots. 

(2) C'est-à-dire 50,000 livres pour les cultivateurs malheureux, 
7,400 livres pour les subdélégués, et 142,600 livres, pour aider la 
province à payer ses dettes, mais elle devait justifier cet emploi des 
200,000 livres. 


— 128 — 


laissées sans asile (1). N'étaient-ce pas là des motifs suffi- 
sants à obtenir pour la province d’être soulagée de ses 
charges ? Mais en face de ces maux se dressaient les besoins 
de l’Etat. Que faire pour établir une balance équitable entre 
les uns et les autres ? Un rapport fut demandé par le Gou- 
vernement à l'Intendant de la province. Celui-ci, aidé des 
renseignements de son subdélégué, le sieur Galhaut (2), 
constala le bien-fondé des réclamations. La provinced'Artois, 
disait-il, avait déjà peine à suffire à ses charges, quand 
l'année était normale et la récolte abondante, mais cela lui 
était impossible dès qu'un évènement imprévu la privait de 
ses ressources ordinaires. Faire une exception en sa faveur 
n'était que justice puisque, récemment annexée à la France, 
elle se considérait encore avec la Flandre comme une étran- 
gère, à tel point que, l’une et l'autre payaient des droits 
de sorlie pour les marchandises qui leur venaient du reste 
du Royaume. La politique était, dans le cas présent, d'accord 
avec la justice pour engager le Roi à ménager la fortune de 
l'Artois où il avait appris par expérience à puiser les plus 
précieuses ressources en temps de guerre. Parmi les nou- 
veaux impôts, plusieurs étaient plus nuisibles qu'utiles ; 
tels ceux qu'on avait mis sur le cuir, le carton, le papier, 
et les vantes de meubles, qui produisaient peu, entravaient 
le commerce et donnaient lieu à une foule de vexations. 


(1) Trente-deux maisons sur trente-six brülèrent à Coupigny ; 
quarante-neuf maisons furent incendiées à Epinoy, dix-huit à 
Noyelettes-sous-Lens. 

(2) Le sieur Galhaut disait : les nouveaux droits établis sur le 
crin, le papier, le carton, l'amidon, les ventes de meubles produisent 
peu, bannissent le commerce, sont des entraves auxquelles les 
Artésiens ne sont pas habitués. La tannerie, qui faisait vivre bien 
des familles, languit, le commerce de l'amidon, important dans une 
province qui produit surtout du blé, a diminué par suite de la guerre 
qui a amené l'obligation de faire des déclarations, le droit sur les 
ventes de meubles est une suite de vexations, etc. 


— 129 — 


Celui de l’amidon était particulièrement impopulaire, parce 
qu'il frappait la production du blé qui était déjà en baisse. 
L'Intendant proposait donc de les supprimer, et de com- 
penser la perle qu’en subirait le Trésor en augmentant 
l'abonnement des impôts conservés. 

L'ouverture des Etats se fit le 13 novembre. La session 
se passa sans incidents, toute employée à l'étude des ques- 
tions locales à la répression de la mendicité, l'organisation 
des divers collèges de la province, la recherche de ses 
vieilles chartes, des monts de piété, de l'administration des 
marais, les encouragements à donner à l’industrie naissante, 
Mais, sur ce chapitre, il est à croire qu'ils ne se montrèrent 
pas suffisamment généreux. À ce moment-là, la garance 
commençait à faire parler d'elle, et il était permis d'entrevoir 
une source de richesse pour le pays dans la création et 
l'utilisation de ce produit considéré jusqu'alors comme 
exotique. Depuis quelques années, un sieur Wallet en avait 
tenté J'essai aux portes mème d'Arras, à Boves, hameau 
dépendant du faubourg St-Nicolas. La garance cultivée et 
récoltée par lui, avait été présentée à l'Académie et reconnus 
par elle comme supérieure à celle de la Hollande et des 
colonies. Encouragé d'un prix de 6,009 livres qui lui avait 
élé allouë en 1769, il avait donné plus d'importance à cette 
culture et élevé des bâtiments. Mais son sort fut celui de 
tous les inventeurs, il ne trouva pas les subsides nécessaires 
pour mener l'affaire à bonne fin, el se ruina. Poursuivi par 
ses créanciers, il n’eut d'autre ressource que de leur aban- 
donner ses constructions inachevées, et de reprendre un 
métier voisin de celui de sa jeunesse. 11 avait commencé 
comme plafonneur, il finit par être peintre en bâtiment. 

Au demeurant, pouvait-on faire reproche aux Etats de 
n'avoir pas, pour se lancer à la poursuite d’un succès dou: 
teux, risqué d’aggraver la situation financière déjà si inquié- 
tante, qu'ils défendaient à coups d'incessantes protestations ? 


9 


… 


— 130 — 


A celles-ci, les sujets ne manquaient pas. En cette année 
1775, le gouvernement renouvelait les prétentions émises 
les années précédentes, de faire payer par la province les 
78,000 livres qu'avait coùtées le rétablissement du Conseil 
d'Artois, et de mettre à sa charge l’entretien des prisons et 
des bâtiments servant à l’exercice de la justice. De plus, un 
édit en date de cette même année obligeait de préciser dans 
les emprunts l’époque de leur remboursement. C’élait forcer 
les députés à fournir un nouvel état de l'importance et des 
conditions de ces emprunts. Quoi qu’il en fùt de toutes ces 
difficultés, la courtoisie des rapports ne fut point troublée, et 
la session se termina par le vote des sommes demandées 
par le Roi. Turgot adressa ses remerciments aux Etats le 
30 novembre, et le 11 décembre ils reçurent l'autorisation 
de lever les centièmes nécessaires à l'acquittement de leurs 
charges. 

Restait toujours insoluble le problème de la cherté des 
subsistances. La France traversait alors une crise inouïe 
dans son histoire. Les mauvaises récoltes, qui s'étaient 
succédé sans interruption pendant les dernières années du 
règne de Louis XV et les premières du règne de Louis XVI 
créaient une situation des plus difficiles qui devait servir 
d'ouverture et de prétexte aux premières scènes de la Révo- 
lution. Turgot pressentait bien toute l'importance de la 
question. Ce fut par un plan de réforme financière basé 
sur l'égalité de l'impôt entre tous les propriétaires qu'il 
entreprit de la résoudre. Un premier arrêt du Conseil, en 
date du 13 septembre 1774, établissait la liberté du commerce 
des grains et des farines dans l’intérieur, et mème, quand les 
circonslances le permettaient, donnait au gouvernement le 
droit d'étendre cette liberté à l'étranger. N'était ce pas là 
l'aurore de la question du libre échange, tant discutée de 
nos jours ? Quelques mois après, le 21 mars 1775, un nouvel 
arrêt du Conseil suspendait jusqu’au 1+7 octobre tous les 
droils perçus sur les grains, soit au profit des villes, soit au 


— 131 — 


profit de l'Etat {1}, bientôt suivi d’un autre, le 3 juin, 
prorogeant cette suspension jusqu'à nouvel ordre; ce ne fut 
qu’en 1778 que le prix des grains ayantdiminué, on rétablit 
ces droits. On juge difficilement de la perturbation apportée 
par ces mesures dans les finances municipales non seulement 
au point de vue du déficit qu'elles constituaient, mais encore 
à cause des intérèts lésés chez ceux qui s'étaient rendus 
adjudicataires de la perception de ces impôts et demandaient 
des indemnités. La misère, pour s'étendre à ceux qu'elle 
n'alteigaait pas d'ordinaire, ne diminua pas pour cela d'inten- 
sité. Ce fut un désordre général. Des émeutes éclatèrent de 
tous côtés, d'abord dans les grands centres de populations. 
À Versailles, en cette année 1775, elles prirent un caractère 
tout particulier de gravité. Des bandes d'affamés se présen- 
tèrent au palais, réclamant ls pain à 2 sous la livre. C'était 
grever de 10 millions un budget déjà en déficit. Louis XVI 
commença par céder, révélant déjà le caractère de faiblesse 
qui devait l'accompagner et le conduire à l’échafaud. Vaine- 
ment ses ministres, Turgot, le maréchal de Muy, lui con- 
seillent-ils la résistance. Deux des mutins furent pendus,. 
Mais le mouvement imprimé ne s’arrèla pas là. On soup- 
çonna qu'il était suscilé par les possesseurs des privilèges 
que Turgot s'appliquait à détruire. | 
Comme on le pense bien, les scènes qui se passaient autour 
du trône ne pouvaient manquer d'avoir leur contre-coup dans 
les provinces. Et l’Artois, préparé par tant d'années de souf- 
frances ne devait pas être épargné. Il faut pourtant rendre 
aux États cette justice qu'ils ne négligèrent rien pour adoucir 
les maux du pays. En 1788, ils s’imposèrent d’un centième 
trois quarts qui produisit 400,000 livres à distribuer en 
secours aux plus nécessiteux. Le 1e juillet de la même 
année, d'importantes primes furent affectées par eux à 
l'importation des grains étrangers. Eux-mèmes, par l'inter- 


(1) Des lettres patentes de novembre 1764 fixaient les droits pour 
l'entrée et la sortie des grains et en permettaient la circulation, 


— 132 — 


médiaire de leur receveur, M® Lallart de Lebucquière, un 
nom parvenu jusqu'à nos jours lié à toutes les œuvres de 
bienfaisance, firent de nouveau venir des quantités considé- 
rables de blé de Gand, de seigle de Douai, et des grains des 
pays plus éloignés par Dunkerque et Abbeville (1). l'sappro- 
visionnèrent ainsi les marchés soumis par eux à une règle- 
mentation sévère, livrérent à prix réduits les matières pre- 
mières au x populations, et les mirenten mesure de se procurer 
du pain aux conditions les plus économiques. Vains efforts ! 
La source du mal était dans les doctrines bien plus que dans 
les faits, et rien ne pouvait conjurer les effets de la haine 
irréconciliable allumée dès icrs au cœur des pauvres. Loin 
d'être touchés des sacrifices qu'on faisait pour eux, ceux-ci 
prétendirent que les riches s’approvisionnaient à bon marché 
en chargeant certains pauvres d'acheter comme pour eux 
des grains qu’on vendait à prix réduit, vu leur indigence. Sur 
plusieurs points, des scènes de violence se produisirent (2). 
À Frévent, les magasins des Etats furent pillés le 12 juillet 
1789. À Aire et à Arras, ils faillirent l'être (3}. Il fallut fournir 


(1) M. Lallart fit arriver 2,677 rasières de blé et autant de seigle. 
Deux tiers furent offerts aux villes pour les vendre à leur compte ; 
quelques-unes refusèrent, un tiers fut donné pour rien aux campa- 
gnards malheureux. 

(2) A St-Pol, en 1789, on convoqua une asssemblée à la main pour 
aviser sur la situation, 

(3) Le Conseil d'Artois, le 30 juillet 1789, prit un arrêté contre les 
séditions, attroupements et émotions populaires : « vu les alarmes 
qui ont agité la ville d'Arras, y disait-on, et se répandent dans les 
campagnes, et les bruits qui annoncent l'arrivée de troupes de bri- 
gands armés pour porter le ravage dans les habitations et couper les 
récoites.., Ces bruits se sont dissipés aussi tôt que formés, mais des 
attroupements locaux, des menaces qui se multiplient, tant contre 
les propriétaires que contre les maisons religieuses, et une inquiétude 
que les délibérations de l'Assemblée nationale auraient dû faire 


évanouir, nécessitent les précautions les plus promptes et les plus 
etficaces, etc, ». 


— 133 — 


une escorte de cavalerie aux convois de grains, protéger les 
blattiers contre la populace (1) et empècher les mendiants 
d'envahir l’Artois ; leurs bandes menaçantes parcouraient 
les campagnes, armées et toutes prètes aux excès de la 
Révolution. 

Dans ces circonstances difficiles, le marquis de Lévis 
n'avait qu’un rôle à prendre, celui de maintenir l’ordre au 
moyen des troupes dont il avait le commandement. Mais 
pour lui, qui avait versé son sang et dépensé sa jeunesse à 
des luttes plus intéressantes pour la gloire de sa patrie, une 
autre question qui rentrait dans ses attributions absorbait 
ses préoccupations. C'était celle de la fortification des villes 
de l’Artois. Malheureusement, là encore se rencontraient des 
difficultés financières. Autrefois, du temps des Espagnols, 
l'entretien des murailles et de l'artillerie des places fortes 
incombait aux municipalités, qui nommaïient pour cela des 
commissaires. On levait à cet usage une contribution 
spéciale sur les habitants des villes et des environs (2), 
c'est-à-dire sur ceux qui avaient part à la protection de la 
place (3). Cet impôt était régi par le Magistrat. A celui-ci 
on soumettait les projets, on rendait compte des travaux, 
et c'était sur le mandat délivré par l’autorité municipale que 
l’argentier de la ville payait. Elle le faisait assez magnifi- 
quement, car on trouve, au Fonds de l’Intendance, trace 
d’un emprunt de 120,000 livres contracté par la ville et cité 
d'Arras, pour finir plus vite les fortifications ; il fut réduit à 


(1) La ville d'Arras demanda au Roi de veiller sur les magasins 
où on mettait les grains venus de l’étranger. 

(2) Voir Fonds de l'Intendance à Arras (dossier n° 548) des lettres- 
patentes imprimées, données par Philippe IT pour l'établissement 
d'un octroi de 6 sols 3 deniers au pot de vin et 2 sols au tonneau 
de bière. 

(3) C'est le motif que fit valoir Maximilien de Melun, gouverneur 
d'Arras, en 1567, pour proposer cet octroi aux Etats de Ia ville et 
cité d'Arras et aux président et gens du Conseil d'Artois. 


— 134 — 


83,000 livres. Plus tard, quand le Roi voulut mettre sur un 
pied plus respectable de défense toutes les places de la fron- 
tière du Nord, les dépenses devinrent trop considérables 
pour les ressources des villes. Le Roi dut s’en charger, 
mais ce fut au moyen des anciens octrois, qui prirent le nom 
de ferme des fortifications, avec un lrésorier spécial nommé 
par le Roi, auquel avait affaire l’argentier de la ville ; celui- 
ci continua dé faire la recette moyennant une retenue de 
2 sols par livre, et les mandats furent délivrés au nom de 
l'Intendant. Cela était une première main mise sur les 
finances municipales. Plusieurs villes essayèrent de pro- 
tester, mais ce fut sans succès. 

Cet octroi fut au début perçu d’une manière arbitraire, 
variant ainsi que son produit selon les villes, les époques (1), 


(1) À Arras, il y avait deux fermes, une de 5 sols au pot d'eau- 
de-vie et une de 5 sols à la livre de tabac. Dans les cantons ruraux 
dépendant de cette ville, elle était de 5 sols par tonneau de double 
bière et de 2 sols par pot de vin. La première rapportait, en 1787, 
12,000 1., la seconde 9,533 1. Dans les cantons, le produit fut à 
Vitry de 660 1. ; à Oisv, Croisilles de 2,693 1.; à Pas, Bucquoy de 
1,835 1.; à Houdain, Avesnes-le-Comte de 1,603 1.; à Aubigny, 
Pont-du-Gy de 2,763 1. 

À Saint-Omer et son canton, l'octroi était de 15 sols au tonneau 
de bière, plus, pour la ville, d'ua sol et demi à la razière de charbon, 
et de 15 sols au tonneau de savon, plus un droit sur le sel. En 1785, 
le produit de la ferme sur la bière fut de 8,883 1., sur le charbon de 
3,718 1., sur le savon de 80 1., sur le sel de 2,308 1. A Tournehem, 
la ferme produisit 471 1., à Fauquembergue 300 I. 

À Aire, on payait 22 sols 6 deniers par rondelle de bière, et 15 sols 
par pot de vin, plus un droit sur les grains sortant par les portes 
de Saint-Omer et d'Eau. En 1787, la première de ces fermes pro- 
duisit 7,100 L., celle sur les grains 3,075 1. 

A Béthune, il y avait trois fermes : celle du cinquième, avec celle 
de 8 sols au tonneau de forte bière, celle sur le vin vendu par les 
habitants, et celle sur l'eau-de-vie. Mais la caisse des fortifications 
n'avait qu'une partie de cette dernière. Le produit, en 1787, de la 


— 135 — 


et selon que les circonstances étaient plus ou moins pros- 
pères (1). Mis d’abord sur la bière, le vin et l’eau-de-vie, il 
s'étendit bientôt dans certaines localités au tabac, dont le 
commerce était libre jusqu'alors dans la province, puis sur 
le sel, le charbon, le savon, même sur les grains. De nom- 
breuses exemptions furent accordées, qui diminuérent le 
produit et créèrent des mécontentements. A Saint-Omer, par 
exemple, les prêtres et les nobles payaient des prix réduits. 
À Arras, c'étaient les militaires qui étaient exempts, les 
régiments suisses en particulier. À Lelle enseigne que le 
suisse de la cathédrale prétendit avoir part à l’exemption 
parce que, lui aussi, était enfant de l’Helvétie. Les adjudica- 
taires de cette ferme des fortifications étaient nommés pour 
3 ans et on exigeait d'eux 2 sols par livre en sus du prix 
principal. Un régisseur et des commis nommés par le Roi 
assuraient la perception et étaient chargés de poursuivre la 
fraude. Mais cette fraude était insaisissable à cause même 
de la latitude laissée aux contribuables. Pour n'en citer 
qu'un exemple : le tabac, qui, dès ce temps-là, était la plus 


ferme sur la bière, fut de 2,683 1., de celle sur le vin, de 1,536 1., de 
celle sur l'eau-de-vie. de 50,666 1. dont les Etats prirent 30,880 I., la 
ville 9,893 I. et la caisse des fortifications 9,893 1. 

À Hesdin, il y avait une ferme de 12 sols à la rondelle de bière 
et de 8 sols au lot de vin. Produit des deux fermes en 1772, 5,265 L. 

À Bapaume, on payait 10 sols par tonneau de double bière et 1 sol 
par lot de vin vendu par les habitants, 5 sols par pot d'eau-de-vie 
et 5 sols par livre de tabac. Voici les produits en 1787 : la bière 
1,076 1 , le vin 596 I. ; dans le bailliage de cette ville, la bière 
2,273 1. ; dans la ville et le bailliage, le tabac 6,457 L., l'eau-de-vie 
2,666 1. 

En résumé cet impôt produisait en Artois, vers cette époque, 
65,211 1., savoir : à Arras 13,8#5 1., à Béthune 6,328 1., à Hesdin 
5,967 |,, à Saint-Omer, 33,858 1., à Aire 5,613 1. 

(1) Ainsi à Arras, le produit moyen, qui était jusqu'en 1745 de 
18,000 L., était tombé à 2,100 1. en 1765, à cause de la fraude. 


— 136 — 


fréquente matière à contrebande, comme il l'est encore 
aujourd'hui. Un règlement de 1768 autorisait les habitants 
d'Arras à s’en approvisionner pour une année, voire même à 
en faire venir du dehors sans déclaration, ni imposition. On 
comprend avec quelle facilité cela ouvrait la voie aux abus. 
Aussi les Intendants multipliérent ils les règlements (1). La 
répression était sévère, et les Etats durent, en présence des 
plaintes qui s’élevaient de tous côtés sur les brutalités et les 
tracasseries des commis, demander à transformer cet impôt 
en abonnement. Cela leur fut accordé. Pour Arras seul, le 
chiffre en monta la première année, en 1769, à 6,195 livres. 

Avant que le budget des fortifications n’eût été ainsi cons- 
titué sous une forme régulière, l'entretien en avait été plus 
ou moins négligé, suivant le régime auquel la province était 
soumise (2). Arras avait toujours été muni de remparts, 
extérieurs el mêmeintérieurs, et le souvenir en est conservé 
dans la distinction qui existe encore entre la vulle et la cité; 
mais ces remparls s'étaient modifiés à mesure que chan- 
geaient les dimensions de son enceinte. {l est permis de croire 
qu'ils n’avaient rien de commun avecles constructions cyclo- 
péennes, car à l’arrivée de Charles-Quint, il n’est encore 
question que d’une muraille garnie d’un large fossé. On était 
alors au temps de la Renaissance. Le roi Philippe If, 
son fils, et les archiducs Albert et Isabelle, confièrent à des 
ingénieurs italiens le soin d’ajouler quelques joyaux à lacein- 
ture de la capitale de l’Artois, déjà enrichie de monuments 
précieux par la munificence de la maison de Bourgcgne. Ce 


(1) Celui fait par l'Intendant de Caumartin, le 29 juillet 1768 au 
sujet du tabac, réglemente l'exercice et le droit de visite ; il est très 
sévère pour les fraudeurs, aussi le nombre en diminua (Voir ce 
règlement Fonds de l’Intendance, dossier 548. Voir également le 
Tabac, par M. de Cardevacque). 

(2) Une ordonnance du Roi, du 5 aout 1772, ordonnait des travaux 
assez importants aux places de Béthune et d'Hesdin (où on s'occupa 
des portes) et à Bapaume, 


— 137 — 


fut à la domination espagnole qu'’Arras fut redevable de 
ce joliouvrage appeléla Porte d'Eau. La réunion dela province 
à la France mit fin à ces travaux. La place était jugée diffi- 
cile à défendre, on proposa de démolir les remparts (1). 
L'intervention personnelle de Louis XIV les fit con- 
server. Il fit plus. Il appela Vauban à les refaire et à les 
compléter d’une importante citadelle. De là est sorti cet 
ensemble de travaux que notre génération aura été la 
dernière à connaitre. Ce fut terminé en 1672. Les évène- 
ments ne tardërent pas à en montrer l'utilité. Des guerres 
incessantes désolèrent ies provinces du Nord, pendant les 
dernières années du règne de Louis XIV et les premières 
de son successeur. Lille fut assiégé, l'ennemi se montra à 
nos portes. Il ne fût venu alors à l'esprit d'aucun habitant 
d'Arras de traiter la citadelle de belle inutile, comme l’a fail 
naguère un des lauréats de notre Académie (2). On trouva, en 
1734, que les fortifications étaient insuffisantes et l’on prépara 
de nombreux projets et mémoires pour les perfectionner (3). 
A l’arrivée du marquis de Lévis, toutes sortes de plans 
étaient à l’étude pour renforcer et étendre les fortifica- 
tions d'Arras, et il s’employa de toutes ses forces à favo- 
riser ce mouvement. En 1765, le génie militaire fit un 


(1) Voir sur les fortifications d'Arras : Arras fortifié par M. de 
Cardevacque ; Wémotres de l’Académie d'Arras, ?° série, tome 22, 
p. 123. 

(2) Mémoire sur la citadelle d'Arras, par M. de Cardevacque. Déjà 
M. de Miribel, ingénieur du génie à Arras et membre de l'Académie 
de cette ville, avait donné lecture à cette Société, vers 1750, d'un 
mémoire sur la citadelle d'Arras ; il est malheureusement perdu 
comme celui qu'il fit sur les levées de milice en Artois. 

(3) Ils sont conservés aux archives du génie à Arras. Cette ville, 
d'aprés ces documents, n'avait alors, en plusieurs endroits, qu'une 
simple muraille flanquée de tours et défendue par des ouvrages déta- 
chés qui n'étaient que de terre et, la plupart, trop petits et faits à la 
hâte. Il était nécessaire de les murailler, 


— 138 — 


rapport sur les travaux les plus pressants à exécuter (1). 
En 1771, M. de Saint Paul, directeur des fortifications, 
rédigea une dissertation abrégée sur les plans de la place, 
pour les comparer les uns aux autres, en balancer le mérite 
et les difficultés. On fit en 1773 un projet général des 
ouorages à faire pour mettre la place en état de défense et 
pouvoir résister après la prise de Douai et de Lille. En 1778, 
le Gouverneur lui-même se fit présenter un rapport pour 
faire passer le Crinchon dans les fossés, de la Citadelle. 
Moins agréable lui fut la proposition faite, en 1782, celle 
d'ouvrir trois fois par semaine la porte de service de la 
Citadelle pour faciliter l’accès des populations suburbaines 
au marché d’Arras (2). 

La faveur dont jouissait alors le système de défense d'Arras 
ne s’étendait pas à toutes les villes de la province. Par raison 
d'économie, et afin de pouvoir supprimer l'entretien et l’état- 
major des places, le conseil de guerre proposa au gouver- 
nement de démanteler Hesdin et Ardres (3), comme on l'avait 
fait quelques années auparavant à Lens, où l’on avait même 


(1) En 1766, on dépensa, 18,951 1. pour les fortifications d'Arras, 
on travailla surtout à la porte Ronville. En 1767, on fit pour 
19,005 1. de travaux, en 1768, pour 22,544 1 , en 1769, pour 16,935 1. 
en 1770, pour 11,399 |,, en 1771, pour 23,727 1., en 1772, pour 
29,300 I., en 1773, pour 43,773 L., etc. 

(2) Cela servirait aussi si on interdisait pour travaux les portes 
Ronville ou d'Amiens. La demande, d'abord accueillie, fut ensuite 
rejetée à cause des travaux à faire et du supplément de surveillance 
pour l'octroi. | 

(3) Pour l'empêcher on conseilla au magistrat d'Ardres d'offrir 
au gouvernement d'entretenir des bâtiments militaires et de faire les 
constructions nécessaires pour avoir un régiment de dragons ; le 
comte de Rochambeau, lieutenant-général de la province d'Artois, 
fut chargé de traiter l'affaire avec la ville. Ce fut lui qui voulut 
décider le Magistrat d'Hesdin à laisser démolir les fortifications. 
Celui-ci répondit que cela regardait les Etats, 


vendu l'emplacement des fortifications (1). Ces villes protes- 
tèrent, s’adressérent aux Etats d'Artois qui,toujours méfiants, 
pressentant là un piège el une ruse pour appliquer aux 
casernes el aux autres établissements militaires l'octroi des 
fortifications, regimbèrent.Ils prouvèrent que les fortifications 
élaient la propriété des villes qui les avaient construites et 
entretenues, et l'affaire n’eut pas de suite (2). Ce fut en vertu 
de ce droit que les Etats rentrèrent, cette année-là même, en 


(1) En 1738 (Voir à ce sujet un dossier avec plans conservé au 
Fonds de l’Intendance, no 298). 

(2) I existe au Ministère de la guerre un curieux et important 
travail sur les places fortes de France depuis Huningue jusqu'à 
Dunkerque, avec des notices sur leur commerce, leur industrie, etc. 
On y voit aussi l'armement des villes d'Artois au XVIIl° siècle. 
A St-Omer, il y avait 47 pièces d'artillerie et il en faudrait 80, à 
Aire 54 et il en faudrait 60, au Fort St-Françoïs 12 et il en faudrait 
20, à Saint-Venant il en faudrait 16, à Béthune, il y en a 17 
dont 7 sont à réformer et il en faudrait 27, à Arras, ville et 
Citadelle, il y en a 74 dont 9 sont à réparer et il en faudrait 108. 

Il existe au même dépôt (archives anciennes) : 19 Un mémoire daté 
de 173%, sur le Haynault, la Flandre etl'Artois, contenant des détails 
sur l'origine, les fortifications, le magistrat, les bâtiments civils et 
militaires, le commerce, le dénombrement des arts et métiers de 
chaque place, avec plans. On y voit qu’en Artois on peut tormer une 
inondation de 12 lieues environ de longueur sur 3 lieucs de largeur, 
depuis les dunes jusqu'aux montagnes d'Ardres et de St-Omer. 
Cette ville peut aussi s’inonder facilement; 20 un mémoire du lieute- 
nant-colonel Dayme, directeur du génie à St-Omer, sur les fortifica- 
tions de cette ville en 1771; 3° un mémoire de M. Noizet de St-Paul, 
directeur des fortifications des places de l'Artois et de M de Foucault, 
ingénieur en chef à Aire. sur les fortifications de cette ville et du 
fort St-François, en 1771; 40 un mémoire de M. Rost, ingénieur en 
chef à St-Omer, sur les fortifications de St-Venant:; 50 un mémoire 
du comte d'Aumale, ingénieur en chef à Arras, sur les fortifications 
de cette ville et sa citadelle ; 6° un mémoire de M. Désandrouins, 
ingénieur en chef à Bapaume, sur les fortifications de cette ville ; 
7° un mémoire de M. Varlet, ingénieur en chef à Hesdin, sur les 
fortifications de cette ville; 8° un mémoire du comte de Muy sur les 
places de l'Artois, 


— 140 — 


possession des terrains de la caserne inoccupée dite du Grand 
Ture. Celle-ci était destinée à abriter un autre genre de 
milice. Quatre ans après, on les cédait à Mgr de Conzié 
pour y élablir les sœurs de Charité qui l’occupent encore 
aujourd'hui (1). 

M. de St Paul, directeur des fortifications des places dela 
province, un des principaux auxiliaires du Gouverneur dans 
l'étude de toutes ces questions, fut promu au commandement 
du fort St Sauveur, à Lille, devenu vacant par la mort de 
M. Larchez. Peu après mourait aussi, des suites de l’opéra- 
tion de la pierre, le ministre de la guerre de Muy, créé maré- 
chal deux mois et demi avant la cérémonie du sacre. C'était 
un honnète homme qui avait joui de l'estime et del’amitié du 
Daujhin, père de Louis XVI. Spécialement chargé des 
intérêts de l’Artois il les avait maintes fois chaleureusement 
défendus au sein du Conseil, Sa succession fut attribuée au 
comte de Saint-Germain (2), qui, demeuré longtemps au ser- 


(1) Ces terrains, appelés aussi la Bourse, de leur ancienne desti- 
nation, avaient été acquis par les Etats d'Artois en 1677, puis ils 
étaients devenus vagues et le génie s'en était emparé malgré les 
Etats pour en faire une caserne, Comme elle était malsaine, l'autorité 
militaire les revendit aux Etats à charge de fournir un emplacement 
équivalent quaud le service de la place l'exigerait. Ces terrains 
étaient estimés 5,699 I. et situés entre la rue des Teinturiers et la 
place Quincaille. 

(2) Voici les vers qu'on lui adressa : 

Miromesnil, Turgot, Lamoignon, Maurepas, 

De Vergennes, Surtine, avaient déjà l'hommage 
D'un peuple heureux dont le suffrage 
Constamment mérité pour eux ne change pas. 

Il manquait le septième sage 

Auprès d'un Monarque adoré 

Pour faire le nombre sacré 
Dont la Grèce jadis eut seule l'avantage. 

Le plus judicieux des rois 

A ce cercle auguste t'appelle 
Saint-Germain viens répondre à l'éclat de ce choix 
Parais et rends sa gloire et la tienne immortelle. 


— 141 — 


vice des princes allemands, cherchait à introduire la taclique 
et la discipline qu'il avait étudiées chez eux. Lui aussi fut, 
grâce à l'intervention des Etats et à l'éloquente plaidoirie 
de l'évêque d'Arras, chargé des intérèls de la province 
malgré Turgot, qui, en vue des réformes qu'il rêvait, préten- 
dait concentrer l'administration du pays dans les mains de 
M. de Lamoignon, ministre de la maison du Roi. L'année 
1775 se termina sur une conteslalion des Etats au sujet du 
tribunal dela connétablie qui, depuisla création de la maré:- 
chaussée en 1720, était chargé de juger les méfaits des 
gens de guerre (1). Les Etals d'Artois. en 1775, lui contes- 
térent sa juridiction et, dans un mémoire, prélendirent faire 
remonter aux coutumes des Germains, rapportées par Tacite, 
le droit des Atrébates et des Morins à se faire juger par 
leurs compatriotes. L'affaire fut portée devant le Garde des 
Sceaux, M. de Miromesnil. 

Celte même année, le Magistrat d'Arras se plaignit de ce 
que l'autorité militaire avait dressé sans le prévenir des 
procès-verbaux contre des soldats du régiment de la Reine 
qui avaient commis des délits sur la voie publique. 


(1) Ce tribunal jugeait aussi les causes relatives aux fournitures 
faites à l'armée. En Artois, ilétait présidé par le prévût ou le lieute- 
nant de la maréchaussée. Ils prêtaient serment devant le Conseil 
d'Artois (Voir, sur la connétablie, Dictionnaire d'Ecrpilly, tome 1°, 
page #49). | 


— 149 — 


1776 


L'histoire de l'année 1776 ne sera pas longue à faire en 
ce qui concerne l’Artois. Comme toutes les autres, elle 
s’ouvrit par les visites officielles des députés à la Cour sous 
la conduite du Gouverneur de la province. Cette fois ils 
eurent enfin la mission de présenter au comte d’Arlois la 
gravure de son portrait, dont j’achèvement avait donné tant 
de soucis aux Etats. Introduits auprès du prince à Ver- 
sailles, ils reçurent de lui l’accueil le plus flatteur, avec la 
nouvelle assurance de sa sollicitude pour la province. 

Le 2 février suivant, le Roi tint un chapitre de l’ordre du 
Saint-Esprit, et nomma le marquis de Lévis chevalier de 
ses ordres, en même temps que le duc d’Uzès, le baron de 
Breteuil et le duc de Civrac. Au mois de mai suivant, il 
accorda l'entrée du Louvre et le titre de duc, au comte de 
Gufnes, lieutenant général au département d'Arras, en 
récompense des services rendus dans les ambassades, 
notamment en Angleterre. 

Ces dislinclions, qui mettaient au premier rang de la 
Noblesse du Royaume les dignitaires de la province, provo- 
quaient chez elle une légitime fierté. Aux compliments que 
les députés à la Cour adressèrent au Gouverneur, s'ajoutè- 
rent ceux du corps municipal d'Arras, et ceux-ci furent les 
plus enthousiastes. Le marquis de Lévis avait su gagner 
le cœur de ces magistrats, fiers et jaloux de leurs vieilles 
libertés, et pas une occasion ne se présentait sans que les 
témoignages d’un mutuel attachement ne s’échangeassent 
entre eux et lui. Les archives de la ville d'Arras conservent 
encore des lettres qu’il reçut du Magistrat le 7 janvier de la 
même année 1776, la réponse qu'il y fil, et une lettre du 
13 septembre, au sujet d'une assez sérieuse indisposition, 
qui l'avait forcé d'aller chercher l’air et le repos de la cam- 


— 143 — 


pagne (1). Dans une autre lettre, également conservée aux 
archives et datée du 29 janvier 1779, le Magistrat d'Arras, 
à propos de sa promotion au titre de chevalier des ordres du 
Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, s'exprime 
en ces termes : « S'il est heureux pour vous d’avoir su 
mériler cette distinction, il est bien satisfaisant pour nous 
de voir un prince objet de notre amour et de notre admira- 
tion, se plaire à répandre ses bienfaits sur celui sous l'admi- 
nistration duquel nous avons le bonheur de vivre et que 
nous regardons comme notre père. » Qui eùt dit alors que, 
à quelques années de là, un écha’aud se dresserait pour le 
Roi et qu’on y verrait monter aussi la femme et la fille du 
Gouverneur, objet de tant d’adulalions. Mais, comme l’a dit 
M. Guizot : Ni la vertu, ni la bonté, ne dispensent le pou- 
voir de l’habileté et de la fermeté. Louis XVI devait en faire 
la triste expérience. 


L'évènement capital de cette année 1776 fut la chute de 


(1) Voici un extrait de la lettre du 7 janvier : « Cette situation 
qui, sous un prince seulement bienfaisant, aurait pu n'être qu'une 
simple marque de considération due à votre nom, est d'autant plus 
glorieuse pour vous que sous un Roi juste et éclairé elle devient en 
même temps la récompense de vos vertus militaires et des services 
que vous avez rendus à l'Etat. Nous ne saurions mieux exprimer 
la joie que cet évènement répand dans toute ls ville, qu'en vous 
assurant qu'elle égale notre attachement, etc. » Le marquis de Lévis 
répondit pour remercier de cette lettre, et le Magistrat lui ayant 
écrit pour témoigner l'intérêt qu'il prenait à sa santé, il lui répondit 
de Champs, le 13 septembre, que sa santé allait de mieux en mieux 
tous les jours, qu'il se trouvait bien de l'air de la campagne et du 
lait qu'il y prenait pour toute nourriture, enfin qu’il remerciait des 
marques d'intérêt qu'on lui avait prodiguées à Arras pendant sa 
maladie. Le Magistrat lui répondit le 16, qu'il avait appris avec 
une satisfaction inexprimable que sa santé se fortifiait chaque jour : 
« Nous vous félicitons de ce que votre rétablissement nous conserve 
le plus chéri de nos gouverneurs. Les expressions nous manquent 
pour exprimer la joie que cette nouvelle nous inspire, » etc. 


— 144 — 


Turgot. Les vains efforts qu’il avait faits pour diminuer la 
cherté des subsistances et remettre l’ordre dans les finances : 
suppression de la corvée (1), conversion des droits féodaux 
en une subvention en argent, remplacement de l'impôt du 
vingtième, créé pendant la guerre et contre lequel les Etats 
protestèrent chaque année par une contribution territoriale 
payée par tous sans privilégiés, réduction de 4% millions 
sur Ja maison civile et Ja maison mitilaire du foi, tous ces 
plans de réformes n'avaient abouli qu’à exciter contre lui 
l'animosité de ceux qu’elles devaient atteindre. Détesté de 
la Reine et de la Noblesse, à cause des économies qu'il 
voulait leur imposer ; tepu en suspicion nar le Clergé, à 
cause des idées philosophiques qu'il professail ; objet de la 
rancune du Parlement, dont il avait cherché à empêcher le 
retour, il n'avait mème pas avec lui l'élément populaire, et 
la verve des prolétaires s’exerçait à le tourner, lui et ses 
projets, en chansons. Des six édits qu'il présenta pour 
l'application de ses réformes, un seul fut admis par le Parle- 
ment. Le Roi dut tenir à Versailles un lil de justice pour 
faire enregistrer les cinq autres. Cependant tant d'oppositions 
réunies eurent bientôt raison de la faiblesse de Louis XVI. 
Il sacrifia son ministre et s'en sépara le 12 mai. Alors on 
tomba dans les ambitieux, les intrigants et les incapables. 
Ils accélérérent la ruine de la monarchie que cet homme 
avail cherché à enrayer. Louis X VE, avant de succomber lui- 
mème, devait encore user quatorze contrôleurs généraux 
et ministres des finances. Turgot avait dit, en le quittant : 
Les monarques qui cèdent aux coalitions n’ont qu'à choisir 
entre la destinée de Henri 111 et celle de Charles Ier d'Angle- 
terre. C'était une prédiction ; elle se réalisa. Turgot fut 
remplacé, le 12 mai 17765, par une créature de Maurepas, 
M. de Clagny, intendant de Bordeaux, homme nul et sans 


(1) Il proposa aussi de supprimer la corvée militaire, qui faisait 
tant crier, par une contribution de 1,200,000 livres. 


— 145 — 


moralité, qui ne trouva rien de mieux à faire que de rétablir 
la corvée, les jurandes, les maïitrises, les droits sur les 
grains (1). 1l créa la loterie royale, la plus démoralisante 
des institutions financières qu'on ait à reprocher à l’ancien 
régime. [| mourut bientôt et eut pour successeur, en octobre 
1776, M. Taboureau des Réaux (2). Celui-ci avait été 
employé dans les intendances. 1] ne connaissait rien à 
l'administration, au recouvrement des fonds publics, et il 
ignorait le mouvement du crédit. Aussi n'eut-il d'autre 
ressource que de mettre celte partie de ses attribulions aux 
mains d'un banquier génevois, nouveau venu, réputé fort 
habile, appelé Necker, qui reçut le titre de Directeur général 
des Finances, sans le titre de ministre, ni le droit d'entrer 
au Conseil, parce qu'il était protestant el ne pouvait prêter 
serment. 

En Artois, où il semblait que le renvoi de Turgot eût dû 
produire la plus fâächeuse impression, puisque c'était aux 
maux qui fournissaient matière aux perpétuelles doléances 
des Etats que ses réformes visaient de porter remëde, l'effet 
n’en fut pas tel qu'on pouvait le croire. Les atteintes qu'il 
avait osé porter à certains privilèges de la province avaient 
suscité la méfiance des Etats, Ceux-ci cependant ne tardèrent 
pas à s'apercevoir qu'ils n'avaient rien gagné au changement 
de ministre. Les privilèges continuèrent à être battus en 
brèche avec plus de violence et moins de profit pour le sou- 
lagement des charges publiques. Rien ne fut épargné pour 
les défendre. Les députés à la Cour, chargés de rechercher 
et de recueillir les titres qui les avaient constitués, remon- 


(1) Hesdin et Lillers, à cette époque, demandaient à mettre un droit 
sur les grains autres que les blés. Le gouvernement y fut peu favo- 
rable. 

(2) 11 n'avait que le titre de contrôleur général des finances; les 
députés à la Cour auraient préléré que le Roi prit pour ce poste 


M. de Boulogne. 
10 


10 — 


tèrent jusqu'à une charte octroyée par le roi Charles VIII, 
en 1489. Tout fut inutile. Les impôts continuëèrent à être 
perçus avec la rigueur ordinaire, même ceux qui, comme 
celui des casernes, avaient été établis à titre provisoire. On 
voulut enlever à l'élection d’Artois certains droits reconnus 
depuis longtemps. Le Conseil d'Artois dut réclamer. En 
celte année 1776 même, il fut question d’apporter des modi- 
fications à la gouvernance d'Arras (1). Les Etats furent 
consultés. Le reste de l’année se passa sans incidents dans 
les conditions ordinaires. Les Cahiers, présentés le 2 juin, 
portaient l'empreinte du ton emphatique et sentimental qui 
devenait de plus en plus à la mode en ce temps-là (2). Ce 
ton contraste singulièrement avec le tableau de la misère 
publique et celui des exigences du souverain auquel on 


(1) En 1664, le Roi Louis XIV enleva aux gouverneurs la charge 
de bailly, leur défendit d’en tenir les fonctions, et réunit cet office 
à son domaine. En 1692, il rendit la charge de grand bailly héré- 
ditaire. C'était un pouvoir judiciaire n'ayant qu'une juridiction 
limitée et ne s'appliquant qu'à certains cas. Il était représenté à 
Arras par un lieutenant général, un lieutenant particulier, un avocat 
du Roi, son substitut, d'un receveur des amendes et épices, de deux 
greffiers, d'un huissier audiencier et de sergents. C'était ce qu'on 
appelait la gouvernance. 

(2) Les cahiers commençaient ainsi : « Sire, les actes qui ont 
signalé le commencement de votre règne sont à jamais mémorables 
et ils sont un sûr garant de votre tendresse pour un peuple digne 
du meilleur des maitres. Toutes vos vues ne tendent qu'à soulager 
le peuple accablé sous le poids des impôts, et sa félicité serait le 
comble de vos désirs. Les sacrifices ne coûtent rien à votre Majesté 
quand ils convergent à ce but si désirable et vous mettez toute votre 
gloire à l'atteindre. Nous avons déjà ressenti l'effet de votre amour 
et de vos soins, et que ne devons-nous pas en attendre $ Nous vou- 
drions écarter loin de votre Majesté le tableau de la misère publique, 
il ne peut qu'affliger votre cœur paternel, mais la vérité est le seul 
hommage qui puisse vous plaire, et quiconque oserait la dissimuler se 
rendrait coupable envers un monarque qui cherche à la connaître, » 


— 147 — 


prodiguait les expressions de tendresse les plus exagérées. 
Le comte de St-Germain, nouvéau ministre de la Guerre, 
usant pour la première fuis de son litre de protecteur de la 
province, fut le premier à recevoir ses doléances. ll remarqua 
que le fléau des épizooties avait cessé ses ravages au bout de 
cinq ans, grâce aux sages mesures prises par l’Intendant (1). 
Mais c'était là précisément une pierre d'achoppement entre 
celui-ci et les Etats loujours jaloux de leurs prérogalives. 
Ils avaient prétendu que l'intendant, en prenant un arrêts 
pour empècher la circulation des bestiaux contaminés avait 
outrepassé ses droits (2). La question s'élait même enve- 
nimée au point que les députés à la Cour avaient élé trouver 
le Gouverneur. C'était justement au moment de sa maladie. 
Néanmoins il avait promis d'en référer au ministre. Mais la 
mesure ayant été couronnée de succès, on eùût eu mauvaise 
gräce à la blâämer et il est à supposer que les réclamations 
tombèrent d'elles-mêmes. 

La Gazette de France, dans son numéro du 7 juin, fit 
mention de l'introduction des députés auprès du Roi qui fut 
faite par M. de Nantouillet, maitre des cérémonies, et M. de 
Watronville, son suppléant, dans les formes prescrites en 
pareil cas. Ce fut l'évèque d'Arras, Mgr de Conzié, qui porta 
la parole. Avec l'aisance et l'éloquence qui lui étaient coutu- 
mières, il plaida la cause des besoins de la province et fit 
voir les mérites de l’administralion des Etats, l'avantage de 
leur médiation entre le souverain et ses sujets. 1] recueillit 
les suffrages de la Cour ; le Roi lui-même déclara que 
jamais l’heureux sort des pays d’Etals ne lui avail été si 
bien présenté, et promit de leur accorder loute la protection 


(1) Pourtant les fièvres putriles dans beaucoup de grandes 
paroisses, surtout dans les pays marécageux, avaient fait de nom- 
breuses victimes depuis trois ans. 

(2) D'un autre côté on reprocha aux [itats de ne pas s'en être 
assez occupés ; ils publiérent un mémoire justificatif. 


do 


qu’ils attendaient de lui. La séance ne se termina pas sans 
que les députés à la Cour allassent présenter leurs hommages 
à la famille royale et faire visite au comte d'Artois. Tout 
cela eût été bien, si le fond de la situation avait emprunté 
quelque chose de la douceur des formes qu'on mettait à 
l’exposer. Mais il n’en était pas ainsi. Les Cahiers témoi- 
gnaient d’une irrilalion toujours croissante au sujet des 
impôts. Kemontant à l'origine du don gratuit de 501),00U 1., 
ils rappelaient que ce don n'avait été offert et consenti par 
les Etats qu’à la condition expresse de voir respecter leurs 
franchises et supprimer l’impôt de la capitation qui était de 
230,000 1. Or, non seulement cet impôt avait été maintenu, 
mais à la suite de guerres subséquentes de nouveaux droits 
avaient élé établis sur des matières qui en étaient exemptes 
jusque-là, et la province se trouvait hors d'état de subvenir 
aux dépenses qu’on lui imposait (1). 

A cela le Gouvernement répondit comme toujours par la 
demande d'un rapport à l’Intendant. Ce fut le subdélégué 
qui en fournit les malériau x et cela ne servit qu’à confirmer 
les appréciations des Cahiers sur la situation alarmante 
des finances de la province. Les emprunts qu'on avait 
faits, et les mesures qu’on avait prises avaient pallié le 
mal en l’aggravant ; car si la cherté des grains rend la vie 
impossible aux pauvres, leur avilissement ruine les gros 
cullivateurs, et les force à réduire le nombre des ouvriers et 
à négliger leur culture. Le nombre des misérables s’en 
trouve augmenté. Les deux excès mènent à la misère, et 
c'est dans un juste équilibre qu’il faut chercher la solution 
du problème (2). Le rapport de l’Intendant concluait à la 


(1) On ajoutait que la récolte avait été mauvaise, que dans le 
pays de Langle les chenilles avaient ravagé 900 mesures de terres 
ensemencées. 

(2) M. Galhaut ajoutait : Vu la surcharge des impôts qui s'accrois- 
sent chaque année, l'assemblée des Etets a dû, comme les années 
précédentes, augmenter le nombre des centièmes, et ils ont moins 


— 149 — 


remise ordinaire de 200,000 1. sur le don gratuit. Elle fut 
accordée par le Roi (1) en même temps que le furent aussi 
par les Etats les sommes qui leur étaient demandées. La 
session annuelle s'ouvrit le 18 novembre. Sur la question 
financière, on ne fit que reproduire les doléances consignées 
aux Cahiers, et constater que par suite du malaise général 
de la culture, du marasme des affaires, la consommation 
des diverses denrées avait notablement baissé, et lus 
octrois aussi. Le fameux canal de la Lys à l’Aa, qui avait 
coûté plus de deux millions à la province se trouvait avoir 
ruiné plusieurs villes et notamment Saint Omer, qui jadis 
servait d'entrepôt aux marchandises dont le transit s’opérait 
désormais directement par eau. Restaient d'énormes travaux 
à faire au canal de Calais et au sas d'Hennuin. Il faudrait 
emprunter car la caisse élait vide (2). Elle était même en 
déficit de 123,900 I. Depuis deux ans les centièmes s’ajou- 
laient aux centièmes. [l y en avait déjà deux de votés par 
anticipation sur la récolte de 1777 (3), sans qu'on eùt l'espoir 
de faire face à l'augmentation de 320,006 |. ajoutée aux 
charges de la province sous forme de nouveaux impôts qui 
donnaient lieu à toutes sortes de vexations de la part des 
employés préposés à les percevoir. Pour mettre fin à ces 
excès, el donner satisfaction aux demandes du Roi, les Etats 
consentirent à faire un abonnement pour la bière et pour Île 


produit. Le mal ne peut qu'augmenter tant qu'il ne sera pas possible 
d'enlever au peuple une partie de ces surcharges. Les emprunts 
ont produit un soulagement momentané, mais les intérêts augmen- 
tent les charges, et les remises faites par l'Etat n'améliorent que 
faiblement le sort du peuple. 

(1) Le Roi refusa de se charger de la régie des nouveaux droits 
sur les crins, et des contestations auxquelles ils donnaient lieu. 

(2) Les dépenses avaient été de 1,018,700 livres. 

(3) On avait en outre voté, en 1775, un demi-centième sur les 
privilégiés. 


— 150 — 


vin, touten exprimant l'espoir que les conditions en seraient 
adoucies, en considération des sacrifices importants qu'on 
leur avait demandés depuis 1763, du paiement des arréra- 
ges et du remboursement des emprunts. Ils demandaient 
encore à ce que la petite bière ne fût pas taxée, et réclamaient 
la suppression d’un nouveau droit, dit du marc d’or, établi 
depuis 17;0 ; mais cette dernière prétention ayant élé rejelée 
lorsqu'elle fut formulée par plusieurs villes du royaume, on 
ne pouvait y donner suite. Une autre proposition fut plus 
favorablement accueillie. Ce fut celle de supprimer. au 
moyen d'échanges, diverses enclaves réciproques entre Île 
territoire de l’Artois ét celui de la Flandre, qui entravaient 
la perception de l'impôt sur les boissons. Dans un autre 
ordre d'idées, l'attention de l’Assemblée fut appeléu à se 
porter sur une demande du Maréchal de camp, comte de 
Béthune. Retiré en sa terre de Penin, il consacrait sa vie 
au soulagement des pauvres des campagnes ; et comme en 
cette année s'était déclarée une épidémie de fièvres putrides 
qui faisait de grands ravages, il priait les Etats de lui 
envoyer une boîte de remèdes, car «il avait, disait il, chez 
lui un chirurgien très capable de les administrer ». Naturel- 
lement on ne se fit pasprier, et l’envoi de la boite lui fut fait 
par l'intermédiaire de l’'Intendant (1). 

Enfin, il y eut encore à signaler, en cette année 1776, 
quelques modifications apportées dans l’organisation mili- 
taire de la France. Par économie, l’armée fut organisée 
par divisions, commandées par des lieutenants généraux 
ayant sous leurs ordres des maréchaux de camp. Toutes les 


(1) Les Etats eurent à s'occuper de la demande faite par Bon- 
Antoine Lallart, receveur général des Etats d'Artois, pour les cen- 
tièmes et vingtièmes, à effet de transmettre sa place à son fils, 
Benoit-Louis-Joseph, âgé de 30 ans. Les Etats, vu les services rendus 
par son père, accueillirent cette deinande. M. Cauwet de Baly, autre 
receveur des Etats, demanda son fils comme adjoint, il était avocat 
et âgé de 25 ans. Sa demande fut ajournée. 


— 151 — 


garnisons d'Arras, d'Aire, de Saint-Omer, de Béthune et 
d’Hesdin, furent concentrées sous les ordres du marquis de 
Lévis et de ses lieutenants, le marquis de Saint-Georges et 
le duc de Guines (1). Mais l'économie, si c'en était une, ne 
devait se produire que dans un avenir plus ou moins éloigné, 
car il élait de toute justice que les officiers généraux, 
dépouillés par là de leurs commandements, conservassent 
leur traitement et la ration de leurs chevaux, jusqu'à ce que 
le Gouvernement eüt trouvé quelque compensation à leur 
offrir. 

La répartition des troupes dans les diverses garnisons 
donna lieu, en cette année-là, à des difficultés plus grandes 
que de coutume L'’effectif de la cavalerie augmentant tou- 
jours, les casernes, dans plusieurs villes, à Béthune, par 
exemple, devenaient insuffisantes, et d'autre part, celles du 
Boulonnaïis élaient inutilisées à cause de l’épizootie qui y 
avait régné. À peine le régiment de Royal Dragons avait-il 
été retiré d'Hesdin (2) pour faire place au régiment de Berry, 
venant de Béthune, que les députés ordinaires intervinrent, 
demandant que, à la place de celui-ci, on envoyât plutôt le 
régiment de Royal Normandie qui était à Arras, et que, à 
Arras, On fil venir deu x bataillons d'infanterie, moins onéreux 
et plus utiles au service dela place. On ne satisfit qu'à moitié 
à la requête parce que la Normandie et la Bretagne en 
voulaient aussi pour compléter les divisions (3). 


(1) La nouvelle organisation devait commencer le 1° juin 1776, 
ct les Etats d'Artois eurent à pourvoir au logement des officiers 
généraux conformément à l'ordonnance de juillet 1765. 

(2) Il avait remplacé à Hesdin les dragons de Monsieur, sur la 
demande du colonel, le marquis de Créquy, qui était originaire des 
environs de cette ville, 

(3) Bien que la place d'Arras füt bien approvisionnée, on y envoya, 
en 1776, 50 charriots de munitions d'artillerie. 


— 152 — 


1777 


Necker n’étail pas arrivé d’un an aux affaires que l'inulile 
Taboureau avait disparu. L'intelligence et le savoir-faire du 
nouveau venu {1} eurent bientôt fait tomber la méfiance que, 
à double titre de protestant et d’étranger, il semblait devoir 
inspirer. Pour combler le déficit, il imagina d'émettre des 
emprunts constitués en rentes viagères. Contre touteattente, 
ces emprunts furent rapidement couverts ; pourtant le Parle- 
ment fit quelques difficultés pour enregistrer les édits, et on 
engagea le Roi à se méfier de cet étranger, mais les esprits 
superficiels purent se faire un instant l'illusion de voir la 
fortune de la France revivre entre ses mains, alors qu’elle 
était à la veille de sombrer. Bien d’autres causes la menaient 
à sa perte. Il semblait que la France eût à ce moment-là 
soif d'aventures et de nouveautés. La fermentation générale 
produite dans les esprits par l’école philosophique ne cher- 
chait que l’occasion de faire explosion. Ce fut précisément, 
en 1777, que cette occasion se présenta par l'arrivée de 
Franklin à Versailles. Au nom du congrès de Philadelphie, 
il venait demander à la France de soutenir l'indépendance des 
Etats-Unis. proclamée l’année précédente par ce congrès (2). 
Tout concourait à soulever l'enthousiasme en sa faveur : le 
souvenir douloureux et récent de la perte du Canada. qui 
nous avait élé arraché par l'Angleterre, et les théories 
nouvelles du droit des peuples qui enflammaient alors les 


(1) !lapporta quelques améliorations dans les finances, entre autres, 
dans la régie et la perception des revenus des domaines du Roi. Le 
Gouvernement demanda le 18 décembre 1777, au Conseil d'Artois, 
d'enregistrer une déclaration du Roi faite à ce sujet. 

(2) L'obligation d'employer du papier timbré, imposée par 
l'Angleterre à ses colonies d'Amérique, fut une des causes de leur 
révolte, 


— 153 — 


esprits. La noblesse, mue par ses instincts généreux, fut la 
première à se mettre à la tête du mouvement. Devant les 
hésitations du Roi, qui aimait la paix, le jeune marquis de 
la Fayette, équipant un navire à ses frais, partit, entraînant 
à son exemple la fine fleur de la Marine et de l’armée fran- 
çaise vers l'Amérique, d’où ces jeunes officiers devaient 
rapporter toutes les idées de la Révolution. On se demande 
quel dut être à ce spectacle l'impression du marquis de Lévis. 
Lui aussi avait dépensé sa vaillance et versé son sang sur 
cette terre nouvelle avec Monlcalm et ses héroïques compa- 
gnons, mais C'était au service de nos vieilles traditions ; et 
l'empreinte qu'ils en avaient laissée au Canada subsiste 
encore, avec l'attachement à la France qu'ils avaient inspiré. 

Telle était la situation quand, le 1°" mars 1777,les députés 
à la Cour présentérent au Roi leurs cahiers. Comme il arrive 
toujours aux institutions qui vont sombrer, jamais le trône 
n'avait été entouré d’un plus grand apparat. Les deux frères 
du Roi, qui étaient Monsieur, comte de Provence et le comte 
d'Artois, se tenaient à ses côtés. L’introducteur fut le mar- 
quis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies de France, 
charge héréditaire concédée à sa famille depuis Louis XIV (1). 
C'était celui-là mème à qui devait s'adresser la célèbre 
réponse de Mirabeau à la séance de l’Assemblée nationale 
le 23 juin 1789. Le discours de présentation fut prononcé 
par le nouvel évêque de Saint-Omer, Mgr de Puységur. 
Comme la récolte avait été meilleure que celles des années 
précédentes (2), les doléances furent moins amères. Elles 
portèrent comme de coutume sur les impôts nouveaux mis 


(1) Il fut aidé de MM. de Nantouillet, de Watronville, aides des 
cérémonies. 

(2) Les centièmes avaient produit 1.287,853 1., et les deux cen- 
tièmes touchés par anticipation 485.000 1, en tout, 1,772,853 1. 
Les anciens impôts rapportèrent 733.328 1., les droits de contrôle 
27,780 |., les sols pour livre de nouveaux impôts 93,336 1 , etc. 


— 154 — 


à la charge de la province au mépris de ses privilèges {t}, et 
aussi sur l’augmentalion des effectifs de cavalerie dans les 
garnisons où, prétendail-on, se trouveraient bientôt plus 
d'hommes à cheval que d'habitants. Ce dernier grief était 
fondé sur ce que la prévision d’une guerre avec l'Angleterre 
avait motivé la création d’un camp de dix escadrons, près 
de Dunkerque. On sait que c'était à la province de fournir 
les fourrage, et la difficulté eùt été grande à se prolonger ; 
mais on renonça bientôt au projet, et le camp fut licencié. 
En quittant le Roi, la députation, conduite par le marquis 
de Lévis se rendit successivement chez la Reine, chez le 
comte et la comtesse d'Artois, voire même chez le duc 
d’Angoulème, nouveau-né, puis chez les tantes du Roi, 
Madame Adélaïde et Madame Victoire. Sa sœur, Madame 
Elisabeth se trouvant indisposée, ne put la recevoir. Partout 
elle fut accueillie avec bonté et avec des expressions de bien- 
veillance à l’égard de la province. De même en fut-il chez 
le comte de St-Germain, qui relint à diner les membres 
de la noblesse et du clergé, qui avaient assisté à la céré- 
monie. C'était la dernière fois. Quelques mois après, il quit- 
lait le ministère de la guerre et était remplacé par le prince 
de Montbarey, maréchal de camp, qui devait conserver ses 
fonctions jusqu’en 1786. Celui-ci se mit aussitôt en relations 
avec le Gouverneur d’Artois. Les intérèts de la province, les 
égards dus à ses privilèges, l’économie de ses finances furent 
reconnus par lui comme devant être l’objet de ses futures 
sollicitudes. On était alors au mois de Septembre. Les Etats 
devaient s'ouvrir le 17 Novembre. Dès le troisième jour, 
le Gouverneur leur transmit les promesses obligeantes du 


(1) On fit remarquer que les vingtièmes créés pour la guerre 
continuaient à se percevoir et on les avait augmentés de 4 sols à la 
livre; ils coûtaient à la province 1,500,000 livres. Le Gouvernement 
devrait consentir à un abonnement et faire une remise importante 
sur le don de 500,000 livres, car jamais l'impôt n'avait été aussi 
élevé. 


— 155 — 


nouveau ministre. Tout se passa au mieux au cours de la 
session. Les commissaires du Roi annoncérent la remise 
accoutumée de 200,000 livres. Les sommes qu'ils deman- 
daient furent volées avec d’aulant plus de facilité que Îles 
bruits de guerre répandus à ce moment-là, ôlaient toute 
possibilité de les réduire. 

En fait de questions particulières à la province, il y en eut 
deux cette année, qui tinrent place aux débats de l’Assem- 
blée. La première fut celle de la mendicité. Aux âges de 
foi, les efforts les plus admirables, et les sacrifices les plus 
considérables avaient été faits pour la soulager ; il s'agissait 
maintenant de la réprimer, car elle devenait de plus en plus 
menaçante. Une commission de treize membres, chargés 
par les Etats de se joindre aux députés ordinaires pour 
l’éludier en 1764, n’avait trouvé rien de mieux que de cen- 
traliser les mendiants et les fous dans un refuge situé à 
Arras, siège principal de la maréchaussée. On avait acheté 
à cet effet, en 1769, la maison des confrères de Saint-Sébas- 
tien, rue du Bloc, qui avait reçu sa destination par lettres- 
patentes, en date de 1771. Mais cela ne dura pas longtemps. 
Dès 1779, le surcroit de dépenses, d’une part, et l’insuffi- 
sance du local, de l’autre, obligèrent à se restreindre aux 
mendiants des villes. Ceux des campagnes furent censés 
rester à la charge de leurs paroisses respectives. {ls se 
transformèrent en vagabonds et, réunis en bandes nom- 
breuses, on a vu de quel danger ils devinrent pour l'ordre 
public et pour la sécurité des habitants paisibles. C'était sur 
cette situation que les Etats portaient leur attention, mais 
il ne parail pas que leurs délibérations à ce sujet aient pro- 
duit grand résultat. 

La seconde question fut celle de la chasse (1), c’est-à-dire 


(1) Autrefois la chasse était protégée, non seulement par la loi 
civile mais par les décrets de l'Eglise. 


— 156 — 


du droit de chasse (1) que les officiers prétendaient exercer 
dans un certain rayon autour de leurs garnisons. Ce droit 
leur avait été concédé à la fin des guerres de 1618 (2): ils 
étaient même autorisés à avoir des gardes avec des bandouil- 
lères à leurs armes et des hallebardss, et à prendre, par voie 
d'affiches, toutes les mesures que bon leur semblait. Natu- 
rellement ces droits étaient vus de mauvais œil par les sei- 
gneurs et les propriétaires des terrains où ils s’étendaient, 
et leurs plaintes arrivaient aux oreilles des Etats, Il était de 
principe autrefois que la chasse appartenait exclusivement 
aux nobles (3}, surtout la chasse à courre et au faucon 
interdites aux gens de vile extraction. D'après la vieille 
coutume d'Artois, la chasse était réservée aux seigneurs 
vicomtiers dans toute l'étendue de leur juridiction. Mais 
comme ces seigneuries étaient mullipliées dans la province, 
cela avait amané des conflits ; et maintes fois on avait 
demandé d'établir des cantonnements entre eux. Les Rois 
s’y élaient toujours refusés en principe, disant qu'il fallait 
s’entendre à l’amiable ; pourtant si ce n'était pas possible, 
l’Intendant pourrait charger les tribunaux de les établir. 
Les souverains n'avaient jamais manqué de protéger la 
chasse et de la régir par les ordonnances les plus sévères. 
En 1575, un règlement du roi d'Espagne, confirmé par les 


(1) En 1553, on chassait encore avec des arbalètes, des arcs à 
main et des arquebuses En 1613, avec les fusils on employait les 
dragées en plomb (chevrotines), les balles fendues en croix, etc. 
La battue s'appelait Auée. 

(2) À l'origine, ce droit n'appartenait qu’au gouverneur et à l'Etat- 
major des villes, mais comme ils n'y résidaient pas souvent, il finit 
par s'étendre aux autres officiers de la garnison. 

(3) Voir les ordonnances du Roi, des 28 juin 1665,29 janvier 1753 
et 18 octobre 1759 et l'ordonnance de la maîtrise des eaux et forêts 
d'août 1669. 


— 157 — 


Archidues en 1613 (1), interdisait « de tuer dans les forèts 
cerfs ou biches, sangliers ou autres bêtes fauves, de vendre 
de la venaison excepté dans les marchés publics, à des 
heures fixées et quand la chasse était ouverte ». 

En 1669, une ordonnance du roi de France défendit de 
louer ou céder son droit de chasse. On ne faisait exception 
que pour les garennes, qui étaient considérées comme pro- 
priétés de rapport ; et les lapins rentrant plutôt dans la caté- 
gorie des animaux domestiques, ceux qui les prenaient 
élaient poursuivis comme voleurs et non comme braconniers. 
Ceux-ci étaient nombreux, bien que les lois portées contre 
eux fussent des plus rigoureuses; et les gouverneurs d'Artois, 
au XVIIe siècle, demandèrent qu'on les fit mieux observer. 
Un arrêté du Conseil d'Artois de 1723 obligeait les munici- 
palités situées dans un rayon de deux lieues autour des forêts 
à les chasser de leur paroisse comme inutiles et vagabonds. 
S'ils reparaissaient, ils avaient à subir un mois de prison, 
défense était faite de leur donner asile, et leurs noms étaient 
affichés (2). Dans la Flandre autrichienne, c'était bien pis 
encore. Par un règlement daté de Bruxelles, en 1753, 
exécuté dans la Flandre autrichienne, en cas de condamna- 
tion le délinquant qui se trouvait hors d'état de payer 
l'amende, pour la première fois était mis pour trois heures 
au carcan, avec Île gibier tué suspendu au cou; la seconde 
fois il était trainé hors du village où le délit avait été com- 
mis, et fustigé comme incorrigible. Les pères et mères, les 
rnaitres et maîtresses élaient responsables pour leurs enfants 


(1) On y voit qu'on punissait les braconniers de fortes amendes, 
du bannissement, de la prison au pain et à l'eau et même de la 
fustigation. 

(2) Les échevins qui n'appliquaient pas les mesures étaient con- 
damnés à 300 livres d'amende, L'échevinage d'Hesdin protesta en ” 
1757 contre la rigueur de cet arrêté, pourtant on l'appliquait encore 
ea 1:69. 


— 158 — 


et subordonnés. On voit par là que dans ce temps-là, la 
chasse élait considérée comme une question d'ordre social 
et les considérants dont s’appuyaient le règlsment ci-dessus 
prouvent l'importance morale qu’elle tenait dans la législa- 
tion. On y lisait en effet : « la licence des gens de la campagne 
qui chassent est intolérable. S'ils s’y exercent, c'est au 
détriment de ceux qui en ont le droit et même de l'agriculture. 
La dissipation qui amène cette licence fait perdre le goût du 
travail, entraine à la débauche et au dérèglement » (1). 
C'était par les mêmes motifs qu’autrelois, il était défendu 
aux paysans d’avoir des chiens de chasse, c’est-à-dire des 
lévriers, sous peine d’une forte amende. Cette interdiction 
ne fut pas toujours observée. Vers 1750, tout laboureur aisé 
affectait même de s’en entourer, el de paraitre dans les 
champs, suivi de trois ou quatre de ces animaux sous 
prétexte qu'ils appartenaient au seigneur. Aussi le duc de 
Chaulnes avait-il éprouvé le besoin de faire revivre en Artois 
les anciennes rigueurs ; il avait obtenu du Roi une décision 
dans ce sens (2). En 1753, il avait donné l'ordre à tous ceux 


(1) On voit de plus dans ce règlement qu’il était défendu de détruire 
le gibier dans les champs, et si on le faisait sans le vouloir, on 
devait le rapporter a l'officier public. Les chiens devaient avoir un 
billot au cou; défense d'avoir des furets, et 10 livres d'amende 
quand on détruisait un terrier ; on ne pouvait avoir de fusil chargé 
autrement quà balles; défense aux agents du Gouvernement de 
chasser sans une autorisation ; la chasse était fermée du 1° mars 
au 1°r août, défense de vendre du gibier pendant cette période. La 
chasse était interdite en temps de gelée et de neige. Les proprié- 
taires de la chasse devaient payer le dommage causé parle gibier. 
On voit aussi qu'à cette époque les locataires d’une chasse détrui- 
saient le gibier à la fin de leur bail, : 

(2) Les gardes devaient se contenter d'une hallebarde. En 1761, 
le duc de Chaulnes ordonna encore le désarmement des paysans et 
la destruction de leurs chiens de chasse, et surtout des lévriers. Ils 
protestèrent plusieurs fois disant que leurs fusils leur étaient utiles 
pour la protection de leurs récoltes et de leurs bestiaux. Voici les 


— 159 — 


qui n’avaient pas le droit de chasser, de déposer leurs armes 
sous peine de confiscation et d'amende. Seuls les gardes des 
couvents et communautés étaient exceplés, parce que ceux ci 
ne pouvaient exercer eux-mêmes leur droil de chasse, et 
aus-i les habilants de la ville d’Aire à cause de la quantité 
d'animaux dangereux qui existaient dans les environs (1). 
En 1759, le Conseil d'Artois fit un règlement confirmant 
le droit de chasse aux seuls gentilshommes, renouvela les 
défenses précédemment failes aux artisans, laboureurs et 
gens mécaniques de se livrer à un exercice qui ne pouvait 


raisons qu'on donna pour ne pas admettre leurs réclamations : 1° Ils 
ne seraient plus tentés de quitter leur travail pour aller braconner. 
2° La force armée requise pour le maintien de l'ordre ne serait plus 
en danger d'être tuée par de misérables perturbateurs, d'autant plus 
intrépides s'ils avaient des armes, et qu'ils savaient que leur perte 
était assurée s'ils étaient appréhendés. 3o Les gentilshommes ne 
seront plus exposés à être obligés de faire le coup de feu avec les 
manans. 4° Enfin le gibier, devenant plus abondant, on ne sera plus 
tenté d'aller en tuer chez son voisin. 

(1) Voici un résumé de la décision qu'il prit : « Sa Majesté, en 
considération du zèle et de l'attachement des seigneurs d'Artois 
pour la personne royale, a fait examiner par son Conseil les plaintes 
que le duc de Chaulnes a transmises, sur les abus qui avaient lieu 
pour la chasse et la pêche. Il reconnaît que les peines sont trop faibles 
pour empêcher le braconnage, qui est nuisible au commerce et à 
l'agriculture, et empêcher le gibier de disparaître. » Après avoir 
déclaré que la chasse appartient à la noblesse, le duc obligea, 
sous peine d'amende tous ceux qui ont armes, filets ou engins de 
chasse et de pêche, de les porter à leur seigneur qui leur en donnera 
un reçu. On ne pourrait être autorisé à conserver des armes que 
pour sa défense. Les seigneurs seuls pourraient avoir des lévriers 
et ne s'en servir que dans l'étendue de leurs seigneuries. On ne 
pourrait louer sa chasse qu’à des gentilshommes; défense était 
faite aux paysans de lever ou de détruire du gibier. Les procès 
des gardes fvisaient toi, ils devaient être affirmés dans la huitaine, 
La contrainte par corps existait, mais les nobles en étaient exceptés. 


— 160 — 


que les enhardir, disait-il, à abandonner leur état, à négliger 
leurs travaux domestiques, le soin de leur famille et la 
culture de leurs terres (1). 

Le marquis de Lévis n'eut garde de laisser tomber ces 
règlements en désuétude. Il prit, en 1775, un arrêté pour 
renouveler l’ordre aux paysans de supprimer non seule- 
ment leurs levriers, mais encore les furets. les filets et 
autres engins de braconnage, sous peine des plus fortes 


(1) Voici le règlement qu'il fit : « Vu par la Cour, le réquisitoire 
du procureur général du Roi concluant que la modicité des amendes 
pour la chasse (elles avaient pourtant été augmentées par un règle- 
ment de la Cour du 13 mai 166#, renouvelé en 1679) cnhardit quantité 
d'artisans, laboureurs et gens mécaniques à abandonner leur état, à 
négliger leurs travaux domestiques, le soin de leur famille, la 
culture des terres pour se livrer à un exercice qui n'appartient 
qu'aux gentilshommes et autres possédant terres et seigneuries ; que 
lorsque les seigneurs des lieux veulent constater les délits, ils sont 
souvent, faute de témoins, dans l'impossibilité de les faire vérifier par 
d'autres que par leurs gardes au témoignage desquels on hésite à 
ajouter foi, que plusieurs personnes ont quelquefois l'indiscrétion 
de chasser dans les terres pendant que le blé tient en tuyaux, qu'’outre 
ces abus, il est encore d'autres inconvénients, qu’il en survient 
chaque jour entre les seigneurs eux-mêmes dont les domaines et 
mouvances dans cette province sont presque toujours mélangés, ce 
qui certainement rend la chasse impraticable entre eux et leur 
occasionne une foule de procès, maisencore les expose à se quereller 
et à des voies de fait dont les suites sont souvent très dangereuses 
et très funestes. Pourquoi il requérait qu'il y füt pourvu selon les 
conclusions par écrit qu'il a laissées sur le bureau. Sur le rapport du 
conseiller Delehelle, tout considéré, les cours, les chambres assem- 
blées par provision et jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné: 
Article 1+, fait défense aux fermiers, luboureurs, artisans et toutes 
autrespersonnes que les seigneurs possédant haute et moyenne jus- 
tice, gentilshommes, ou gens vivant noblement, de chasser sous peine 
de 501. d'amende pour la première fois, applicables par moitié au Roi, 
l’autre moitié au seigneur ; pour la seconde fois de 100 1. et comme 
ci-dessus et de plus grande peine pour la troisième fois. Art. 2. 


— 161 — 
amendes. Sous Louis XVI, la législation s'adoucit (1). 


Fait défense sous les mêmes peines d'entretenir chez eux, aucun 
lévrier et autres chiens de chasse. Art. 3. les seigneurs ne pourront 
avoir de lévriers que dans le lieu de leur résidence. Art 4. Défense 
à toutes personnes autres que les seigneurs haults justiciers et 
vicomtiers de pêcher dans les rivières publiques et avoir chez eux 
des filets à moins qu'ils n'aient le droit de pêcher dans les étengs et 
rivières en propriété ou à ferme, sous peine de confiscation des filets 
et de 50 I. d'amende pour la première fois, 100 |. pour la seconde 
et de plus grave peine pour la t-oisième, Les amendes applicables 
comme ci-dessus Art 5 Les gardes dont les commissions avaient été 
enregistrées au bailliage ou sénéchaussée du district et qui y avaient 
prêté serment seront crus sur leurs rapports en les affirmant véri- 
tables au même siège dans la huitaine. Art. 6 Les condamnations 
d'amende seront exécutées même par corps conformément à l'article 
19 de la coutume de cette province. Art. 7. Défense à toutes personnes 
indistinctement de chasser sur leurs terres ensemencées depuis le 
{er mai jusqu'àprès la dépouille du blé, sous peine de 150 1. d'amende 
applicable un tiers au Roi, un tiers au seigneur, un tiers au pro- 
priétaire et de tous dépens, dommages et intérêts et si la contraven- 
tion est commise par le seigneur lui-même, les 50 1 applicables à 
son profit appartiendront aux pauvres du lieu. Art. 8. Le seigneur 
qui aura la partie la plus étendue en domaines et en mouvances 
dans un territoire, pourvu que sa seigneurie excède d'environ un 
tiers celle de tous les autres seigneurs ensemble, chassera, seul et 
à l'exclusion de tous les autres seigneurs, lesquels seront tenus de 
s'abstenir de chasser jusqu'à ce qu'ils aient fait orduuner un canton- 
nement. Art. 9. Chaque cantonnement sera assigné dans l'endroit 
où sera le plus grand nombre de terres composant le fief de chaque 
seigneur, et il suffirs de constater la quantité de domaines et de 
mouvances par le dénombrement servi aux seigneurs supérieurs, 
20 ans auparavant ou autres titres équivalents, et les frais respec- 
tivement exposés pour lesdits cantonnements seront supportés 
également entre les seigneurs. Art. 10 Les cantonnements ne pour- 
ront ni supprimer, ni apporter aucun changement aux droits de 
justice et seigneurie sur les terres cantonnées, 

(1) En 1788, on se plaignit que les Eaux et Forêts étaient encore 
trop sévères, on pouvait appréhender les braconniers, et ceux qui 


11 


— 162 — 


Mais la difficulté au sujet de la chasse ne s’arrèlait pas à 
empêcher de s’y livrer ceux qui n'en avaient pas le droit. 
Il fallait encore déterminer ce droit et le délimiter entre 
ceux qui le possédaient. D'abord les ofliciers qui, nous 
l'avons vu, revendiquaient la concession qui leur en avait 
élé faite autour de leurs garnisons respectives (1). Bientôt 
ils prétendirent y faire participer ceux de leurs camarades 
des autres villes et deleurs amis qu'ils inviteraient. Cela leur 
fut d'abord interdit, et ils ne purent autoriser à chasser sur 
leurs réserves que des personnes nobles ou vivant noblement, 
el puis il s'agit de les fixer elles-mëmes ces réserves, d'en 
déterminer l'étendue. Cela donna lieu à d’interminables 
discussions. Les cantonnements se faisaient au moyen de 
poteaux, mais la pose de ces poteaux, qui appartenait en 
principe aux Etats (2}, se faisait trop souvent d’une maniere 
arbitraire, et ils étaient déplacés par les intéressés. Parfois 
on n'en plantait pas. De là, des plaintes fréquentes de la 
part des seigneurs et des propriétaires voisins. On ea vint 
mème à demander la diminution et même la suppression du 
privilège des ofliciers. Les Etats s'en émurent, firent des 
mémoires, et de concert avec le Gouverneur de la province, 
il fut décidé, en 1775, qu'ils seraient remis au ministre de la 
Guerre qui était alors le comte de Saint-Germain, et par là 
présentés au Roi. Ce qui fut fait. Le Roi, qui ne voulait pas 
priver les ofliciers d’un droit précieux, parla d'étendre 
leur réserve sur le rayon d’une lieue autour de chaque 
ville de garnison. Les Etats, inspirés par l'intérêt des 


les dénonçaient avaient le quart de l'amende prononcée contre eux. 
(1, On prétendait que ce droit des officiers était contraire aux 
privilèges des seigneurs dans les pays flamands soumis à la domi- 
nation de l'Autriche, et sauf dans quelques endroits, comme à Ypres, 
ce droit était restreint aux glacis des fortifications. 
(2) Ils devaient prendre l'avis des subdélégués, qui eux-mêmes 
consultaient parfois les gens experts et les officiers intéressés, 


— 163 — 


propriétaires, demandaient de la restreindre à une demi-lieue. 
L'Intendant, consulté, prit le milieu, et le Roi fixa la limite 
par une ordonnance du 9 novembre 1776 à 1,800 1oises, 
ce qui étail trois quarts de lieue. Sur la demande des députés 
à la Cour, ce furent les officiers du génie qui furent chargés 
de placer (1) les poteaux sous la garde et la responsabüité 
des habitants des villages, qui devaient, en cas d'enlèvement 
ou de détérioration, les remplacer à leurs frais. Pour assurer 
l'équité de ces cantonnements, on dressa des cartes figu- 
ratives des périmèlres de toutes les places avec légende 
et procès-verbal, et le tout fut déposé aux greffes (2). 
Ardres avait élé omise dans le premier travail, le comman- 
dant de la place réclama en 1776, et l’on fit droit à sa requête 
malgré les protestations des seigneurs. Les officiers, du reste, 
élaient obligés de se conformer aux lois qui régissaient la 
chasse, et elles étaient sévères. Il est à remarquer que 
dans ce lemps-là, si certains privilèges étaient l'apanage 
des nobles et des officiers, les droits des cultivateurs, des 
travailleurs, comme on dit maintenant, n'étaient pas moins 
respectés. Défense de chasser en temps prohibé, de passer 


(1) À Saint-Omer, à Béthune, ils furent posés aux frais des 
seigneurs. Dans cette seconde ville ils firent peindre leurs armes 
sur une feuille de fer blanc avec, d'un côté, ces mots : Réserve et de 
l'autre les armes du Roi avec : Plaisir du gouverneur et des 
officiers. 

(2) Les procès-verbaux de délimitation furent rédigés à Aire, en 
1738 ; à Bapaume, en 1749; à Béthune et à Arras, en 1753; à 
Saint-Omer, en 1756, mais non sans des discussious. Dans cette 
dernière ville elles durèrent jusqu’en 1780. À Bapaume il y eut 
aussi des difficultés, à Aire on avait d'abord posé les poteaux 
à 2,400 toises, on les remit à 1,800 sur la demande des seigneurs, 
aussi On leur fit payer la dépense. À Hesdin, MM. de Scougeat et 
de Fléchin, firent des oppositions; à Saint-Venant on n'en posa 
qu'une partie, 


— 164 — 


dans les récoltes, sous peine de mille livres d'amende, 
plus des dommages-intérêts (1). 

Les délits ressortissaient pour la gouvernance d'Arras au 
Conseil d'Artois, et en appel, à la table de marbre au Palais 
à Paris (2). 

{Il y eut, en 1777, diverses mutations parmi les officiers 
supérieurs de l’Artois. M. de Marsaing, lieutenant-colonel, 
devint chef du génie à Arras et le capitaine Poupion du 
Ménil, vint du Havre remplir à Arras, les fonctions d’ingé- 
nieur ordinaire. M. Cappe arriva dans cette ville comme 
commissaire des guerres, il venait de Maubeuge. 


(1) En 1778, 1779 et 1780, on renouvela cette défense. Les Etats 
se plaignirent que les officiers ne s'y conformaient pas, que de plus 
ils amenaient des invitéx, et donnaient à leurs gardes des fusils, 
L'Intendant appuya les Etats. Mais le marquis de Lévis était d'avis 
de leur laisser des armes et de ne pas soulever toutes ces questions 
de chasse. 

(2) Voir sur les chasses des officiers les ordonnances du Roi de 
1323, 1756, 1777 et 1780, et un règlement de l’Intendant de 1776. 


LE CARTULAIRE 


DE L'ÉVÉCHÉ D'ARRAS 


ANALYSÉ CHRONOLOGIQUEMENT 


PAR 
A. GUESNON 


Depuis le commencement du quinzième siècle jusqu’à 
la Revolution, les archives de l'église d'Arras reposèrent 
dans une des tours de la cathédrale, où le devis des 
nouvelles constructions leur avait ménagé une salle 
isolée entre deux voûtes, telle que l'était la trésorerie des 
chartes d'Artois dans la tour carrée surmontant le grand 
portail de la Cour-le-Comte, place de la Madeleine (1). 


(1)B. N. Moreau. Chartes, t. ST, fol. 4108— 55, fol. 42 — 153, fol. Q7. 

Les titres de l'évêché furent réums de bonne heure à ceux du cha- 
pitre et confiés à sa garde : « Selon la commune renommée du pays, 
« anciennement, au commencement des guerres, avant que ladite Cité 
« feust fortifiée, l'église cathédral, par l'ordonnance du Rov, fu 
« emparée et faite forte, et y furent mis gens d'armes pour la garder 
« contre les ennemis ; et pour plus grant seürté, Févesque qui pour 
« le temps estoit mist ses chartres et lettres en la trésorerie de ladite 
« église, où elles ont demouré jusqu'à présent. » — Ainsi lit-on dans 
des lettres de Charles VE, du 27 fév. 1405 v. st., mandant aux gens 
du parlement de faire donner à l'évêque Jean Canard « provision pour 
« la garde et scürté des chartes et lettres de léveschié, dont plusieurs, 
« enregistrées en son cartulaire ont esté perdues par mauvaise garde 
« desdis du chappitre où autrement ». — Jbrd., 1. 245, fol, 35, 


— 166 — 


Ces précautions, auxquelles vinrent s’ajouter le blin- 
dage en fer de la porte, des fenêtres et de la cheminée (1), 
n'avaient d'autre péril en vue que celui d’incendie. On 
ne songeait pas alors aux destructions volontaires et 
aux dilapidations qui, plus tard, devaient être tout aussi 
funestes à ces « monuments, tables et cartulaires de 
l’église cathédrale d'Arras gardés dans un endroit secret 
et bien voûté ». Le certificat de provenance ainsi formule 
à la fin des copies que Queinsert a extraites de ce dépôt 
pour l’historiographe Moreau, permet aujourd’hui de 
juger combien il y manque de chartes originales (2). 

Parmi ces parchemins, que le religieux de Saint-Maur 
appelle des « tables », mot calque sur le latin {abwulæ 
ecclesiæ Atr'ebalensis, divers écrivains ont mentionné en 
ces termes vagues un document remontant, dit-on, au 
onzième siècle et donnant la succession des premiers 
évêques d'Arras. Souvent invoqué à propos des origines 
de cette eglise,examine par domDevienne qui y découvre 
une interpolation, le manuscrit énigmatique a disparu 
depuis. au grand dommage de la précision du débat sur 
une question controversée (3). 

Disparus également nombre de cartulaires et de regis-. 
tres aux actes du chapitre. La Bibliothèque nationale en 


(1) Bibl. d'Arras, ms. 1036, t. 2, p. 38. 

(2) Le chanoine Robert Caulier fut chargé d’en dresser l'inventaire 
en 1562. Nous ne possédons aucun renseignement sur ce travail. 

(3) Ferry de Locre (Chron. Belg. p. 20, ad ann. 390) dit au sujet 
du grec Diogène, qui aurait précédé saint Vaast sur le siège épiscopal 
d'Arras : De tllo sic in tabulas cathedralis ecclesite relatum. Dom 
Queinsert tire la même preuve er tabulis chronologicis ecclesie Atre- 
batensis (B. N. Coll. de Picard. t. 249, fo 82 ro), L'abbé Robitaille voit 
dans ces {abulæ des « tablettes » (Rech. sur l'égl. d'Arras, p.35, 
1855). Le latin fabula a un sens plus large ; il correspond au français 
«tre, charte », comme {abularium à « chartrier, archives ». Les 


— 167 — 


a recueilli trois : le « Livre blanc », ms. du treizième 
siècle achete en 1898 (1) (F. lat. 9930) ; un cartuülaire du 
quinzième siecle, provenant de la vente de H. Bordier en 
1889 (2), précedemment de celle du marquis Le Ver (3) 
(Nouv. acq. fr. 6270) ; un troisième enfin acquis à cette 
derniere vente en 1866, intitulé Registrum harlarum et 
munimentorum capellaniarum ete, daté de sept. 1282, 
avec additions des quatorzitme et quinzième siècles (4) 
(F. lat. 17737). 

Mais on se demande où sont passés : {° le grand cartu- 
laire du chapitre, Magnimn carlulare capiluli sine 
cathena, contenant plus de 338 feuillets (5) ; 2 le cartu- 
laire rouge appelé « Rouget », Liber capiltulé vocalus 
Rouget (6), 3° un vieux cartulaire, antiquiutm cartulare, 
que les réferences données ne permettent de confondre 


références ci-dessus viseraient donc, sous le mot tabula, un ms. quel 
conque du dépôt ecclésiastique. Ce ne peut être qu'un catalogue ou une 
chronique sommaire des évêques d'Arras ct de Cambrai antérieurs à 
Lambert. Or, d'aprés la notice de Diogène qu'en extrait Ferry de 
Locre, notice interpolée suivant Dom Devienne (//rst. d'Artots, re 
part., p.176), il n'est pas douteux que ce catalogue forme la prenuère 
partie de celui que des copies tenues à jour ont prolongé jusqu'au 
seizième siécle (Bibl. d'Arras, ms. 177). Ces copies ont-elles ajouté 
Diogéne au texte primitif? C'est ce que la perte de loriginal ne 
permet plus de vérifier, 

(4) L. Delisle. Le Cab. des Manuse., tu, pe 289. — Pavé 70 fr. 

(2) Catalogue, n9 1109. — Vendu 95 fr. 

(3) Catalogue, no 130. — Vendu 350 fr. 

(4) Zbéd, no 131. — Vendu 1100 fr. — On peut joindre à ces épaves 
un cucilloir des rentes foncières de l'église d'Arras de 261 (lat. 10972), 
entré à la Bibliothèque en 1832 dans un lot de mss. pavés en bloc 36 fr. 

(5) B. N. lat. 17737, Reyistrum capellantarum, ol. 421 vo. A 
semble résulter du signalement sine calena que tel autre de ces 
cartulaires était enchaîné, catenalum. 


(6) Registr. kartarum de l'évêché, fol. ixxtxvur vo et miexi vo. 


— 168 — 


avec aucun des précédents (1) ; 4 deux petits cartulaires 
de mème format, dont nous possédons des extraits relatifs 
à l’organisation capitulaire aux treizième, quatorzième 
et quinzième siècles (2). 

Il en est de même pour l’évêche, qui, comme le chapi- 
tre, avait ses cartulaires spéciaux. On lui en connaît au 
moins deux. L'un était un ms. sur papier, de 300 feuillets 
et plus, Registrum papyraceum majus (3), celui sans 
doute qui a fourni à Queinsert une lettre de Louis le 
- Gros à l’évêque Alvise, transcrite, dit-il, « sur une autre 
étant au cartulaire ou registre des titres de l’évêché » (4). 
Il a été détruit, ou du moins on en a perdu la trace. 

En revanche l’évêché possede l’autre, heureusement 
recouvré après une éclipse de trente ans pendant 
laquelle il n’était pas sorti d'Arras, bien qu'on le 
supposât « brülé dans l'incendie de l’archevêché de 
Bourges en 1871 » (5). 

C'est un in-folio massif de 445 feuillets de parchenin 
— h. 305% sur 215mm, Sa derniére reliure, du milieu du 
seiziémesiecle, Se compose de deux ais de chéne couverts 
en peau de truie, ornés aux quatre coins et au milieu 
de « bouillons » ou cabochons de cuivre saillants sur 
plaques en forme de croix fleuronnées. Des deux fermoirs, 
il n'existe plus que les clous d'arrêt. 

Le recueil a pour titre : Registrum khartarum et privi- 


(1) Bibl. d'Arras, ms. 1088, fol. 49 ro, — (Ce ms. se compose 
d'extraits des archives du chapitre réunis par André-Louis-Florent 
Galhault, né le 20 nov. 1712, élu chanoine de N.-D. le 15 oct. 1742, 
menmbre de l’Académie d'Arras le 8 février 1749. 

(2) Ibid. fol. 4 ro et fol. 32 ro. 

(3) Registr. kart. de l'évêché, fol. ixtsvir ro, nezx vo, anexur ro. 

(4) B. N. Morcau, Chartes, t. 55, fo 42. — La lettre est dans 
Baluze, Mtiscell., éd. Mansi, t. I, p. 163 B, eprst. 2. 

(5) Cte de Brandt de Galametz, Les Fondateurs du collège de 
Dainville à Partis, p. 8, note 4, — Arras, 1899. 


— 169 — 


legiorum ad episcopalum Attrebatensem pertinentium.… 
La première partie, en dehors de la table des sommaires 
qui la précède f° 3-21, comprend cent quatre-vingt-deux 
feuillets écrits de la même main : très belle calligraphie, 
avec rubriques, grande majuscule de tête à chaque piece, 
peinte à l’outremer ou au vermillon, ornée d’arabesques 
et accompagnée de rinceaux à antennes alternativement 
rouges et bleus formant bordure du haut en bas de la 
marge. 

Ce premier facieule, dont toutes les pièces sont ante- 
rieures à 1280, parait être contemporain du Registrum 
capellaniarum de septembre 1282 ci-dessus mentionné. 
Sa confection correspondrait donc à la vacance du siège, 
1280-1283, qui précéda l’intronisation deGuillaume d’Issy. 

À la suite de plusieurs cahiers en cursive vulgaire du 
quatorzième siècle, un copiste, après l'avènement en 
1391 de l’évêque Jean Canard, chancelier du duc de 
Bourgogne, essaya de reprendre, pour la continuation 
du manuscrit, l’ancienne tradition calligraphique. Son 
travail, imitation du précédent, mais d’une écriture 
beaucoup moins belle et d’une ornementation inférieure, 
occupe cinquante-sept feuillets. Le reste contient des 
additions cursives de diverses mains, dont la dernière 
en date est de 1551. 

La table initiale des rubriques, prolongée au fur et à 
mesure des additions, offre les mêmes variations calligra- 
phiques et ornementales. Elle est inachevée et s'arrête 
au n° 42{, alors que le manuscrit cote 465 pièces, chiffre 
que notre catalogue analytique et chronologique, négli- 
geant les doubles et tenant compte des omissions, 
ramène à 457. 

De ces pièces, cinquanteetune sont antérieures à 1200, 
deux cent vingt à 1300, cent vingt-trois à 1400. On y 
compte quarante et une bulles papales, dont dix-huit 
du douzième siècle et vingt et une du treizième. 


— 170 — 


Les chartes royales sont également assez nombreuses. 
A signaler surtout, en dehors du diplôme de Charles 
le Simple, une lettre missive de Louis VII qui a fait 
récemment l’objet d’un article de M. Léopold Delisle dans 
le Journal des Sarants, un acte inconnu de Philippe 
Auguste, plusieurs autres de saint Louis, de Philippe le 
Bel, de Philippe de Valois. 

Quelle que soit la nature des titres enregistrés, bulles, 
lettres royaux ou autres, ils concernent généralement, 
d’une part,le domaine temporel de l’évêque, tant séculier 
qu’ecclésiastique : la Cité et son faubourg de Bronnes, 
sa châtellenie, sa mairie de Galeurue, Vitry, Marœuil, 
avec les fiefs etechevinages ressortissant à la cour féodale 
de l’évèque ; la mense et ses revenus, y compris la cous- 
trerie ou trésorerie de l’église cathédrale, etc. 

D'autre part, son domaine spirituel : archidiacres, 
officialité, synode, correction des cleres, visite des 
monastères et des collégiales, collation des bénéfices, 
créations de chapellenies, violations du droit d’asyle, — 
et les perpétuels conflits que soulevait l'exercice de cette 
double juridiction. 

Outre ces titres se trouvent insérés au Ré rn cer- 
tains documents statistiques dont l'intérêt n'est pas 
moindre. Quelques-uns seront reproduits plus loin dans 
un appendice, qui suppléera, pour une faible part, à 
l'insuffisance des trop sommaires analyses de cette 
publication. 


pose ee 


REGISTRUM KAaRTARUM ET PRIVILEGIORUM AD EPISCOPATUM 
ATTRIBATENSEM PERTINENTIUM, CORRECTARUM PER MANUS 
DUORUM TABELLIONUM QUIBUS FACTA FUIT FIDFS DE SIGILLIS. 

ET PRIMO PONUNTUR RUBRICE ET NUMERUS, 
UT CICIUS POSSINT INVENIRI, 


(Les pièces en français sont indiquées par un astérisque). 


920 (9167), 22 mai. — X7 kal. junui..….., anno XX VIIT 
(al. XXZITI) regnante Karolo rege.…. Actum oilla An- 
2i0c0 (1). — Charles le Simple, à la prière des comtes Ysaac 
et Sigard, concède à Etienne, évèque de Cambrai, tout son 
pouvoir dans la Cité-lez-Arras et sa banlieue à partir du 
Crinchon, réservant seulement au comte l'exercice de la 
haute justice royale (stipite?} dans les plaids du mallum. Il 
Jui donne en outre le village de Lambres sur Ja « Satis » 
(la Scarpe) y compris le tonlieu, l’aubanité et la monnaie, 
— Fol. 30 r°, Coté 1. 


2 


414145, 2 déc. — Laterani, IV non. decembr., ind. 1X (2), 
pont. a. XVII, « Officii nostri nos » (Jaffé 6480). — Pascal ll 
confirme à l'évèque Robert, avec l'indépendance du siege 
d'Arras, sa juridiction diocésaine et les revenus de la mense 
épiscopale. — Fol. 22 r°. Non coté. 


(1) Le Cartulaire du Chapitre d'Arras, éd. À. de Loisne, p. 1, 
donne la variante Auzraro, autre lecon fausse pour Dustaco. Voir 
plus loin à l'Appendice le texte du diplôme et les notes. 

(2) La méme publication, à la suite du texte de cette bulle, corrige 
à tort le chiffre 1X de l'indiction On sait qu'à la chancellerie pon- 
tificale on la datait alors de septembre ; or la bulle est de décembre : 
le chiffre IX des deux cartulaires est donc parfaitement correct, 


— 172 — 
3 


4119, 22 nov. — Beloaci, X kal. decembr., ind. XIII, 
pont. a. I. « Dominum predecessorem nostrum » (Jaffé 6788). 
— Calixte IT confirme au même évèque les possessions de 
l'église d'Arras, sa juridiction épiscopale, les revenus de sa 
mense, y compris la trésorerie de l’église cathédrale (custodia 
altaris S. Marie Attreb. ecclesie) (1), sa seigneurie de 
Marœuil, ses moulins, ses fours, ses pêcheries, le vivier de 
Bronnes, etc. — Fol. 23 ro. Non coté. 


4 
4435,7 juin. — Pisis, VII id. junii, ind. XIII, pont. a. VI. 
« Cum omnibus ecclesiis » (Jaffé 7670). — Innocent II 
confirme à l’évêque Alvise les droits, privilèges et possessions 
anciennes el nouvelles de l'église d'Arras. — Fol. 24 r°. 


Non coté. 
5 


41436, 2 juin. — Pisis, I V non. januar., ind. XIII, pont. 
a. VI. — « Predecessorum statuta sicut » (Jaffé 7699). — 
Innocent IT, à la demande de labbé Ilenri, confirme les 
privilèges et possessions de l'abbaye de Saint-Vaast. — 
Vidimus non daté de Guillaume, cardinal diacre de Saint- 
Eustache, juge délégué dans le procès relatif à l'église de la 
Madeleine en 1248. — Fol. 77 vo. Coté iv. 


6 


4437. — Remis, archiepisce. a. XII. — Rainold, archevèque 
de Reims, notifie l'accord conclu devant Jui entre Alvise, 
évèque d'Arras, et Hugues, abbé de Blangy, au sujet de 
l'autel de Quiéry. — Fol, 260 vo, Coté cecix. 


7 
4145, 29 mars. — Apud Civitatem Castellanam, IV kal. 


(1) Castoudia, la coustrerie ou trésorerie. Voir Du Cange aux mots 
CUSTOS ALTARIS €t THESAURARIUS. 


— 173 — 


april., ind. VIII, pont. a. I. « Ex injunclo nobis » (Jafté 
8726). — Eugène III confirme à l’évèque Alvise les droits et 
possessions du siège d'Arras, conformément aux bulles 
d’'Urbain II, Pascal IT et Innocent II. — Fol. 25 r°. Non coté. 


8 


4146. — Anno consulatus mei X VIII. Thierri, comte de 
Flandres, à la prière des religieux de Cluni, prend sous sa 
sauvegarde le lieu dit à présent Belham, jadis Hubercinehem, 
près de Marœuil, lequel appartient à leurs églises de Bretigny 
et de Lihons-en-Santerre. Il] aura la moitié des hostises et 
des amendes. — Fol. 38 vo, Coté xxui. 


9 


4154, 20 déc. — Signie, XIII kal. januar, « Quanto reli- 
giosi viri » (Jaffé, 9500). — Eugène III ordonne à Guerri, 
abbé de Saint-Vaast, de supprimer les prébendes des cha- 
noines de l’église Saint-Pierre au fur et à mesure des 
extinctions. — Fol, 81 r°. Coté Lix. 


10 


4153 n. st., 5 févr, — Rome ap. S. Petrum, non. febr., 
ind. À V, inc. a. 1152, pont. a. VIII. (1) « OMicii nostri nos 
hortatur » (Jaffé, 9686). — Eugène 111 renouvelle à l'évèque 
Godescal les confirmations obtenues du saint-siège par ses 
prédécesseurs. — Fol. 26 vo. Non coté. 


11 


4453 n. st., 11 févr. — Rome ap. S. Petrum, III id. febr., 
ind, XV, inc. a. 1152, pont. a VIII. « Quotiens illud a 
nobis » (Jaffé, 9698). — Eugène III, à la demande de l'abbé 


(1) D'après l'année VIIIe du pontificat, et contrairement au calcul 
rectificatif de M. de Loisne dans sa note sur cette bulle (Cartul. du 
chapitre d'Arras, p. 14, n° 19), la vraie date est bien 1153, comme 
la donnent Jafté et Migne. 


— 174 — 


Guerri, confirme les privilèges et possessions de l’abbaye de 
Saint-Vaast. — Fol, 79 r°, Coté Lv. 


12 


4154, 23 déc. — Rome ap. S. Petrum, X kal. janunr., 
ind. ZIT, pont, a. Z. « In eminenti apostolice » (Jaffé, 9957). 
— Adrien IV, à la demande de l’év. Godescal, confirme à 
nouveau les droits et possessions du siège épiscopal d'Arras. 
— Fol. 28 r°. Non coté. 

Vidimus de cette même bulle par les abbés du Mont-St- 
Eloi, d’Arouaise, d’Eaucourt et de Marœuil, auxquels 
l’évêque d'Arras Fursy l’a présentée (1245-1247), — Fol. 
261 vo. Coté cecxi. 

13 


4157-59, 4 janv.— Laterani,II non. januar. « Sicut injusta 
petentibus » (Jaffé 10470). — Adrien IV, à la demande de 
Godescal, confirme à sa mense épiscopale les revenus de la 
trésorerie de l’église Notre-Dame d’Arras. Fol. 29 r°, non 
coté, et fol. 263 vo, coté cecxn. 


14 


[1161]. — Louis VII annonce à l'évèque de Maguelone 
que le concile s’est prononcé en faveur d'Alexandre III, 
contre Oclavien qui lui disputait la tiare. Il l'engage à 
reconnaitre son aulorilé, — Fol. 313 r°. Non coté (1). 


15 


11462 np. st., janvier. — L'évèque Godescal publie et con- 
firme la charte de franchises qu'avec son assentiment 
Bauduin Lebret, sa femme et ses fils accordent aux habitants 
d'Oppi. — Fol. 172 r°. Coté cc. 


(1) M. Léopold Delisie a publié et commenté cette lettre dans le 
Journal des Savants, Janvier 1902. 


— 175 — 


16 
4163, 44 avril. — Parisius, III id. april. « Quanto religiosi 
viri » (Jaffé..…...} — Alexandre III renouvelle à Martin, 


abbé de St Vaast, les injonctions de son prédécesseur 
Eugène III au sujet des chanoines de l’église St Pierre. 
(v. n° 9). — Fol. 81 vo. Coté Lx. 


17 


1164, 13 janv. — Senonis, id. januar. « Congruam officii 
nostri » (Jaffé..…..). — Alexandre 111 mande à Martin, abbé 
de St-Vaast, qu’en cas de vacance, le nouvel abbé doit être 
choisi, de préférence, parmi les religieux de l’abbave. Il 
défend en outre à ceux-ci de promettre obéissance à aucun 
évèque ou archevêque sans autorisation du saïint-siège. — 


Fol. 80 r°. Coté Lvi. 
18 


4164, 44 nov. — Sennnis, X VIII kal. déc., ind. XIII, 
pont. a. VI. « Sicut irrationabilia decessorum » (Jaffé...…), 
Alexandre III confirme à l'abbé Martin les possessions et 
privilèges de l’abbaye de St-Vaast, — Vidimus de Guillaume, 
cardinal diacre de St-Eustache, produit au procès entre 
l'évèque d’Arras et l’abbaye sur la juridiction de l’église de 
la Madeleine en 1248. — Fol. 72 r°. Coté Let Li. 


19 


4170, 44 janv. — Beneventi, III ind, januar. ind. III, pont. 
a. XJ. « Sicut irrationabilia decessorum » (Jaffé 11709). — 
Alexandre III confirme à l'abbé Martin les possessions et 
privilèges de l’abbaye de St-Vaast. Fol. 74 r°. Coté Lu. 


20 
4175 7, 24 juin. — Ferentini, VIII kal. julu. « 1llas per- 
sonas et » (Jaffé..…...)., — Alexandre III, pour récompenser 


Martin, abbé de St-Vaast, de son dévouement au saint-siège, 
lui accorde, à lui et à ses successeurs, l’usage de la tunique 
et de la dalmatique. — Fol. 80 vo. Coté Lvu. 


— 176 — 
21 


4176, 24 sept. — In pratello claustri eccl. nostre, VIII 
kal, oct. — Frumaud, évèque d'Arras, notifie le don fait 
par Jean le Maire à la mense épiscopale d’un muid de terre 
arable en Cité, à charge d'une rente annuelle el perpétuelle 
de vingt mencauds de blé sur le grenier de l'évêque. — 
Fes 94 r° et 310 r°. Cotés LxxxI et cCCx. 


22 


4476, 2 oct. — Jn capitulo nostro, VI non. octob. — 
Frumaud, év. d'Arras, fait savoir que Hugues de Paradis, 
clerc, son ami, lui a donné, à lui et à ses successeurs, qua- 
rante mencaudées de terre arable au terroir de Cité, en 
échange d’un cens viager de deux muids de froment sur 
l'autel d'Arleux-en-Gohelle. — Fol. 94. Coté Lxxx. 


23 


4177.— L'’évèque Frumaud et Philippe, comte de Flandres. 
règlent par un concordat les questions litigieuses relatives à 
leurs droits respectifs en deça et au-delà de la porte de Cité 
(porta Strate).— Fos 33 r° et 267 vo. Coté vus et cecxxi. 


24 


4177, 26 janv. — Philippe, comte de Flandre, donne à 
l’église N.-D. d'Arras, pour le pain et le vin de l'autel, une 
rente de quarante sous sur sa recetle de Bapaume. — Fol. 
92. Coté Lxxvi. |: 

25 


4177, 26 janv. — Sipunti, VIT kal. febr., ind. X, pont. a. 
X VIII. « Quotiens a nobis » (Jaffé 12770). — Alexandre III, 
à la demande de Martin, abbé de St-Vaast, confirme les 
possessions et privilèges de l’abbaye et accorde à l'abbé 
l'usage de la tunique et de la dalmatique aux fêtes principales. 
— Vidimus daté de Lyon, 1247. — Fol. 76 r°. Coté Lui. 


-— 177 — 
26 


4180. — Frumaud, év. d'Arras, donne en arrentement à 
Nevelon de Bellone la terre où est située sa maison avec le 
jardinet, moyennant trois chapons par an. — Fol. 115 vo. 
Coté cix. 

27 


1180. — Nivelon, év. de Soissons, et Robert, doyen de 
Reims, à ce commis par le pape, déterminent la limite des 
évèchés d'Arras et de Tournai au terroir de Coutiches. — 


Fol. 45 r°. Coté xxxvi. 
28 


4181. — Frumaud, év. d'Arras, et Raoul, archid. d'Ostre- 
vant, accordent, en présence des échevins de l'Estrée, que, 
des revenus de l'autel de Raches et autres deniers donnés 
par le chanoine Jean Crespin, il soit fondé une chapellenie 
en l'église N.-D. d'Arras. — Fol, 163 v°. Coté cxc. 


29 
4186. — Ilugues, seigneur d'Oisy, châtelain de Cambrai 
et vicomte de Meaux, renonce au palefroi et à l'anneau d’or 


de l’év. d'Arras, auxquels il prétendait avoir droit à chaque 
nouvel avènement, — Fol, 44 v?, Coté xxxv. 


30 


4487. — L’évèque Pierre et le chapitre d'Arras lerminent 
par voie d'arbitrage leurs différends relatifs au vivier de 
Bronnes et aux limites des paroisses de Beuvry et de Riche- 
bourg. Le chapitre reconnait les droits de l’évêque, qui lui 
donne en retour les autels de Sailly et de Hanescamps. — 
Fol. 43 vo. Coté xxxur. 

31 

4187. — Le chapitre d'Arras lransporte à l’évèque tous 
ses droits sur le moulin de Bronnes, moyennant un cens 
annuel de six muids de froment et une grande livre de cire. 
— Fol. 44 vo. Coté xxxiv. 


1? 


— 178 — 
32 


4487. — Pierre, év. d'Arras, fail savoir qu’une contesta- 
tion s’étant élevée entre un clerc et un laïque au sujet de la 
dime de l’évêque à Bellone, dont chacun d’eux revendiquait 
le charroi, les déchets, les vannures et la paille, l'objet du 
litige a été adjugé à l'évêque, comme appartenant à l'autel 
du lieu (v. n° 26). — Fol. 116 r°. Coté cx. 


33 


4188. — L’év. Pierre fait connaître la sentence rendue par 
son prédécesseur Frumaud et Gautier d’Arras, arbitres 
entre le meunier Jean le Ricque (Dives) et le chapitre, au 
sujet de leurs droits respectifs aux profits et de leur partici- 
pation aux frais d'entretien du moulin de Bronnes. — Fol. 


42 vo, Coté xxxii. 
34 


4188. — Philippe, comte de Flandre donne à l’év. d'Arras 
tout ce qu’il possède dans les limites du domaine épiscopal, 
se réservant toutefois, au quartier de l’Estrée, la haute 
justice et autres droits spécifiés. Si plus tard lui ou son 
héritier direct reviennent sur cet abandon, ils donneront en 
échange à l’évêque le village de Vitry ou celui de Fampoux. 
— Fol. 31 vo. Cotév. 

35 


4488, du 17 avril au 31 oct. — Pontesie, regni a. IX. — 
Ph.-Auguste, reproduisant les termes de l’acte qui précède, 
déclare, à la demande des contractants, qu’il en assurera 
l'exécution, ajoutant que, si la terre du comte vient à lui 
échoir, il entend avoir, comme l’aurait eu l’héritier, le droit 
de faire cet échange. Fol. 35 r°. Coté x. 


36 


4188. — L'év. d'Arras Pierre, et Jean, abbé de St-Vaast, 
mettent fin à leurs contestations par un accord qui traite : 


— 179 — 


1° de l’obédience ou bénédiction de l’abbé par l’évèque ; 2° de 
l'ordination des moines ; 3° du curé et des paroissiens du 
« castrum » ; 4 des « procurations » ou droit de gite. — 
Fol. 46 r°. Coté xxxvui. 


37 
4188, 2 nov. — Laterani, I V non. novemb., pont. a. II. 
« Absque dubio plurimum » (Jaffé.....). — Clément III, à la 


demande de l’év. et du chapitre, confirme l'accord qui pré- 
cède, dont il reproduit la teneur. — Fol. 48 vo. Coté xxxix, 


38 


4188, déc. — Hesdini, m. dec. — Henri, év. d’Albano, 
légat du saint-siège, notifie la donation de l’Estrée faite à 
l'évèque d’Arras par Philippe, comte de Flandre. — Fol, 
32 vo. Coté vu. 

39 


41914, 25 fév. — Laterani, V kal. martii, pont. a. IV. 
« Cum aliqua fuerint » (Jaffé 16672), — Clément III, à la 
demande de l’évéque, confirme l’accord relatif à la porte de 
Cité et à l’Estrée, tel qu'il résulte des lettres du cardinal 
d'Albano, de Philippe, comte de Flandre, et du roi Ph.- 
Auguste. — Fol, xxxiv vo, Coté 1x. 


40 
41491 n. st. (1190 7), 30 mars. — M. C. LXXXX, III kal. 


april. — Le chapitre d'Arras notifie les termes de l'accord 
conclu par son entremise entre l’évèque d'Arras et le chapitre 
de St-Amé de Douai au sujet des « procurations ». — 


Fol. 93 ro. Coté Lxxix. 
41 


4191 n. st. (41907), 30 mars. — Même date. — Pierre, 6v. 
d'Arras, et le chapitre de St-Amé de Douai ratifient les 
décisions du chapitre d'Arras sur le mème sujet. — Fol, 
92 r°. Coté LxxvIr. 


— 180 — 


42 
4193, 4 août. — pridie non. aug. — Pierre, évêque d'Arras, 
fait savoir que Ansel de Sailli lui a fait hommage pour une 


terre située vers Noyelle, aux conditions stipulées dans 
l'acte. — Fol. 117 r°. Coté ci. 


43 


4193. — Jean, chätelain de Lille, déclare que Robert de 
Wavrin acheta naguères de Jean Petillon une dime tenue 
de lui en fief et la donna au curé de Senghin pour entretenir 
un chapelain dans son église. — Fol. 159. Coté cLxxxn. 


44 


4193. — Pierre, év. d'Arras, déclare que le chapitre lui a 
précédemment cédé tous ses droits sur le moulin de Bronnes, 
moyennant un cens annuel de six muids de froment et une 
grande livre de cire (v. n° 31). — Fol. 290 vo. Coté cccxuiv. 


45 
4194, nov. — regnt a. X VI. — Ph.-Auguste fait savoir 
qu'en vertu du droit éventuel par lui réservé de rentrer en 
possession de l’Estrée en l'échangeant contre Vitry, il a fait 
cet échange avec l'évèque Pierre. — Fol. 32. Coté vi. 


46 
4194, nov. — Ph.-Auguste mande à ses baillis d'Arras de 
mettre l'évêque en possession réelle de Vitry, et d'en retenir 
le cens depuis la St-Jean jusqu'à la fin d'octobre. — Fol, 


35 v°. Coté xi. 
47 


4195. — Lambert, abbé d'Eenham, et son couvent déclarent 
que, du consentement de Pierre, év. d'Arras, ils ont acquis 
à Arleux la moitié d’une culture à l'encontre d'un de ses 
hôtes, et qu'ils la tiendront de l’év. à ce mème titre, moyen- 
pant un cens annuel. Fol. 128 vo. Coté cxxvu. 

48 e 

4195. — Le chapitre d'Arras déclare que l'év. Pierre a 

acheté la propriété de Guillaume de le Pierre (de Petra), 


— 181 — 


soumise à sa juridiction, et qu’il l’a convertie en cimetière, 
en s'y réservant la justice. — Fol. 145 r°. Coté cuiv. 


49 


4495, mai. — Paciaci, m. maio. — Ph.-Auguste mande 
aux échevins et jurés d'Arras qu'ayant encouru l’excommu- 
nication pour avoir fait appréhender un criminel dans les 
limites de la juridiction épiscopale, ils aïent à prêter Île 
serment requis par l'évèque, moyennant quoi il se charge 
d'obtenir de lui que l'affaire n'ait pas de suites. — Fol. 92 re, 
182 r°, 267 r°. Cotés LXXVII, CCXXI et CCCXIX. 


oÙ 


41495, juin. — Parisius, m. junio. — Ph.-Auguste se 
plaint aux maire, échevins et jurés d'Arras de ce qu’au lieu 
d'obéir à ses précédentes injonctions, ils ont malicieusement 
interdit aux chanoines de Cité d'acheter du vin en ville. Il 
leur renouvelle ses ordres et les rend responsables des con- 
séquences. — Fol. 182 r° et 266 r°. Cotés ccxxi1 et cCCxvI. 


o1 


4195, nov. — Vernone, m. decembr. — Ph.-Auguste 
mande aux maire, échevins el jurés d'Arras que, par amour 
pour lui, l’évèque Pierre a levé leur excommunica‘ion, sans 
exiger la garantie du serment. 1} leur enjoint de s'abstenir 
désormais de pareilles entreprises contre l'Église et contre 
l'évêque. — Fol. 266 vo. Coté cccxvur. 


02 


4203, du 4er nov. au 24 av. 4204. — Parisius, a. 120%, r. 
XX V. « Ph. Aug. accorde au chapitre d'Arras la jouissance 
de la régale pendant la vacance du siège ; les chanoines 
pourront procéder à l'élection d'un évêque sans en demander 
la permission au roi ; Ph.-Aug. exempte l'évêque du service 
militaire ; il réserve son droit de gile. » (L. Delisle, Catal.) 
— F'ol. 30 vo. Coté ur. 


— 182 — 
53 


4204, mai. — Eustache, seigneur de Neuville, du consen- 
tement d’'Aelis, sa femme, et d’Eustache et Wagon, ses fils, 
fonde pour le service de la chapelle des lépreux de Neuville 
une chapellenie dont il désignera le premier titulaire, la 
collation devant revenir ensuite à l’évêque. — Fol. 100 re. 
Coté LxxxvI. 

54 

1204, août. — Parisius, m. aug. & Ph.-Aug. reconnait 
avoir reçu de Raoul, élu d’Arras, et du chapitre de cette 
église une somme de mille livres pour l'abandon de la régale 
d'Arras. » (L. Delisle, Catal.). — Fol. 31 r°. Coté uni. 


99 


4205, 5 janv. — Rome ap. S. Petrum, non. januar., 
pont. a. VIT (Potthast, 2364.) « Cum ex dispensatione ». — 
Innocent III confirme l'abandon de la régale et autres 
concessions faites à l’église d'Arras par Ph.-Aug., dont il 
reproduit la charte. — Fol. 31 r°. Coté iv. 


56 


1206, n. st. janv. — Le chapitre d'Arras fait connaitre la 
transaction intervenue entre l’év. Raoul et Pierre de Gouy, 
son homme lige, au sujet d’un manoir (mansus) sis à 
Marœuil, où celui-ci voulait faire bâtir, l'évêque s'y opposant 
à cause de ses viviers. — Fol. 87 r°. Coté Lxvi. 


97 


4206, n. st. févr. — Eubert, seigneur de Carency, déclare 
qu’il s’est constitué garant de la vente faite par Pierre de 
Gouy, chevalier, à l’év. Raoul d’un manoir tenu en fief dudit 
évèque à Marœuil. — Fol. 88 vo. Coté Lxvin. 


58 


1206, nov. — Gossuin de St-Aubin fait savoir que Huard 
de Hénin, son homme, a engagé à l’év. Raoul et au chapitre 


— 183 — 


d'Arras, pour 160 liv. paris., toute la portion de dime qu'il 
tient de lui à Brebières. — Fol, 264 r°. Coté cecxu, 
| 59 

4207, n. st. janv. — Jean, seigneur de Hénin, déclare se 
constituer garant de l'obligation susdite. — Fol. 264 vo. 
Coté cecxiv. 

60 : | 

4207, 25 févr. — Rome ap. S. Petrum, V kal. martii, pont. 
a. X. « Quanto religiosi viri » (Potthast 3019).— Innocent IIT 
renouvelle aux religieux de St-Vaast les prescriptions 
d'Eugène III relatives à la suppression des prébendes de 
: l'église St-Pierre. — Fol. 82 r°. Coté Lx. 


61 


1207, 26 févr. — Rome ap. S. Petrum, IV kal. martu, 
pont. a. NX. « Cum super processu » (Potthast 3020). — 
Innocent III refuse aux clercs, en procès avec St-Vaast au 
sujet des prébendes de St-Pierre, de ratifier la sentence pro- 
noncée par les juges, cette sentence étant contraire aux lettres 
d'Eugène III et d'Alexandre III, qu’il approuve et confirme. 
— Fol. 82 vo. Coté Lx. 

62 


4207, juin. — Raoul, év. d'Arras, fait savoir que Jacques, 
seigneur d’Acq, ayant donné en mourant vingt deux muids 
de blé pour fonder une chapellenie dans l’église d’Acq, sa 
veuve Mathilde en a constitué un revenu pour le chapelain 
en sus de la donation. — Fol. 163 ro. Coté cLxxxix. 


63 
4209, 47 déc. — Laterani, XVI kal. januar. pont. a XI. 
« Ex privilegio felicis memorie » (Potthast 3565). — Inno- 


cent 111,renouvelant le privilège d'Alexandre III qui confirme 
l'indépendance de St-Vaast vis-à-vis de la juridiction épis- 
copale, informe l'abbé qu'il a interdit à l’évèque de molester 
l'abbaye, déclarant sa sentence nulle et l’invitant à se pour 


— 184 — 


voir, s’il va lieu, par la voie judiciaire. — Copie authentique 
remise à M+ Adam, procureur de l’évêque, datée de Lvon 
l'an 1247. — Fol. 80 vo. Coté. Lvin. 


64 


#1214. — El X\XX/R an del regne nostre pere. — Traduc- 
tion francaise du treizième siecle de la charte constitution- 
nelle donnée à la ville d'Arras par le prince Louis, fils ainé 
de Ph.-Aug. — Fol. 397 vo, Coté cccc xxxv. 


65 


4242, 44 avril. — X71/77/ kal, april. — Raoul, év. d'Arras 
fait connaître l’arrangement conclu entre Hugues le Gaiï et 
Pierre, maire de Tilloy, au sujet de deux pièces de terreentre 
Tilloy et Ligny, dont une partie doit revenir à l'évèque et à 
l’abbaye d'Eaucourt apres la mort de Hugues. — Fol. 101 
ro et 129 vo. Cotés LXXXX el CXXIX. 


66 


4242, juin. — Le mème Raoul, fait savoir que Guifrov 
Porret, de Gricourt, a donné à l'évêque un manoir (mansus) 
tenu de Hugues Morel, lequel manoir lui a été rendu par 
l'évêque pour être tenu de lui en fief, à charge d'un cens 
annuel en sus du relief. — Fol. 110 vo, Coté cu. 


67 


4243, n. st. janv. — Le même Raoul déclare avoir donné 
à ferme à Bauduin de JIouchain, demeurant à Baullv, 
dix mencaudées de terre entre Bully et Grenay qu'il tenait 
de l’évéque en métavage. — Fol. 111 r° et 133 r°. Cotés cm 
et CXXXV. 

68 

4213, n. st. 14 mars. — Le mème évèque déclare qu'en sa 
présence Flugues, seigneur de Miraumont, a ratifié les con- 
ventions élablies entre feu Gui, son pere, et les habitants 
dudit lieu, conformément à la charte de Pierre, évèque 
d'Arras. — Fol. 411 ro. Coté ceccxun. | 


— 185 — 
69 


1243, avril. — Eudes, abbé de St-Vaast, et le couvent 
prennent à bail perpétuel, pour 20 liv. par an, les cens dus 
aux chanoines et ceux que tenaient en fief de l’évêque Jean 
le Maire. Hugues le Gai et Gilles, maire de Marœuil.— Fol. 
49 r° et 285 r°. Cotés XL et CCC XXXIX. | 


70 


4245, août. — Actum Lehuni. — Symon, prieur de Lihons- 
en-Santerre et Gérard, prieur de Brétigny, font savoir que, 
du consentement de Gerold, abbé de Cluni, ils ont vendu 
pour 300 liv. parisis à Raoul, év. d'Arras, tout ce qu'ils 
possédaient à Belham près de Mareuil. — Fol. 39 ro. Coté 
XXIV. 

71 

4215, 28 août. — 5 kal. sept. — Le chapitre d'Arras. à 
la demande des parties contractantes, certifie la vente ci- 
dessus. — Fol 40 r°, Coté xxvu. 

12 

4245, 4er sept. — a/. sept. — Ponce, archidiacre d'Arras 
et TT... doven de St-Amé attestent qu’en leur présence 
Gillain, fils de feu Adam de Gomiecourt, a renoncé, comme 
l'avait fait son pére, à toute justice sur ses hôtes dudit lieu, 
l'évêque déclarant, de son côté, ne lui en reconnaître aucune. 
— Fol. 174 vo. Coté coiv. 

73 

4245, nov.— G{érold]|, abbé de Cluni, écrit à Simon, prieur 
de Lihons-en-Santerre, que, s’il a différé d'approuver la 
vente de Belham c'est qu'il veut savoir auparavant à quoi 
en sera emplové le produit. Il lui défend de vendre cette 
terre à Hugues de Miraumont, chevalier, sans autorisation 
spéciale. — Fol. 39 r°. Coté xxv. 


74 


4216, 4cr juillet. — in halenda julii. — Le chapitre déclare 
que Névelon de Bellone, sa femme et leurs enfants, déboutés 


par sentence échevina'e de leurs prétentions au sujet de la 
dime de c=tie paroïiss+, ont reconnu les droits de l'évêque et 
juré de ne plus l’inquiiter. — Foi, 119 vo. Coté cxr. 
75 
1216, juillet. — Ponce. archid. d'Arras, Simon, archid. 
d'Ostrevant et Guillaume, prepositus el magister fratrum, 
fixent, comme arbitres, la part respective du personnat et 
du curé dans les revenus de la paroisse de Camblain. Celui- 
ci en réc.amait la moitié, tandis que l'évèque ne lui en 
accordait qu'un tiers. Apres enquète insérée dans l'acte, 
l'arbitraze donne gain de cause à l'évéque. — Fol. 113 vo et 
132 r°. Cotés cvir et cxxXxIV. 
76 
4216, oct. — Daniel, avoué et seigneur de Béthune, atteste 
que Etienne de Saillv, clerc, a donné à sa fiile tout ce qu'il 
posséde dans le domaine de l’avoué, réservé l’usufruit sa vie 
durant, et sauf le droit de l'évèque quant au personnat de 
l'égiise de Sailly. — Fol. 133 vo. Coté cxxxvI. 
77 
S. d. — (12146). — Guillaume, prévôt d'Arras, atteste 
qu'il se trouvait au paiais épiscopal avec d’autres ecclésias- 
tiques qu'il nomme, lorsque Amauri de Courrières, cheva- 
lier, produisit devant l’évêque une bulle d'Alexandre III 
adressée à Etienne. clerc, qu'elle contirmait dans sa possession 
de l’église de Sailly à lui concédée par Raoul, élu d'Arras, 
du consentement des chanoines. — Anagnie, XV kal. april. 
— 18 mars. « Justis petentium desideriis ». (Jaffé.....). — 
F'ol. 134 r°. Coté. cxxxviII. 
TB 
4217, n. st. 5 mars. — Iiaoul, év. d'Arras, en procès 
avec le curé de Méricourt au sujet du personnat, lui en 
accense le revenu pour 48 mencauds de blé par an, plus 
7 liv., retenant pour lui la justice sur ses hôtes, les reliefs, 
les entréus et les issues, etc. — Fol. 131 vo. Coté cxxxui. 


— 187 — 


79 


4247, 26 mai — kal. jun. VII. — Raoul, év. d'Arras, 
ralifie le transport fait par Jean Crespin, chanoine, à M° Jean 
Cosset, son neveu, de son hypothèque sur la dime de Chérisy, 
et il autorise ce dernier à céder son gage. — Fol. 138 vo. 
Coté cxLvi. 

80 

1247, juin. — Le même évèque déclare que M° Jean Cosset 
a transporté à son parent Sagualon Cosset la dime de Ché- 
risy, tenue de Warnier, seigneur de Hamelaïincourt, cheva- 
lier, et engagée pour 60 marcs. — Fol. 137 vo. Coté cxLiv. 


81 


*1217, 2 sept. — Le quarte noune de septembre. — L'év. 
d'Arras donne en arrentement à Mathieu au Capel un « mes » 
(mansus) dans sa terre dile &{ Amont pré », avec l'usage des 
eaux, à condition de ne nuire ni au poisson ni aux fosses. 
— Fol. 191: vo, Coté ccxL. 

82 


4247, oct. — Rasse, seigneur de Gavre, bouteiller de 
Flandre, pour racheter ses deux fils Arnoul et Philippe, 
prisonniers du roi de France, vend à l’év. Raoul lout ce qu’il 
possède à titre d’avouerie dans Arras, Marœuil et tout 
l'évêché, sauf l'Estrée. — Fol. 41 r°. Coté. xxix. 


83 


4247, nov. — Le chapitre, après avoir confirmé la vente 
ci-dessus, constate que Arnoul et Philippe, rendus à la 
liberté, la ratifiérent à leur tour par serment prèté au grand 
autel de N.-D. L'acte ajoute qu’en sus du principal, montant 
à 366 liv. paris., l'év. donna 10 liv. aux deux fils, 40 s. à 
leurs deux domestiques et 10 s. au clerc du vendeur. — 
Fol. 41 vo, Coté xxx. 

84 

1218, mai. — Les deux archidiacres Ponce et Simon et 

Guillaume, prévôt du chapitre, déclarent la vente faite par 


— 188 — 


Revel de Novelles à l’év. Raoul d’un tiers de dime à Bully, 
tenu en fief de Aleaume de Sains. — Fol. 112 r°. Coté civ. 


85 


4219, août. — Le chapitre atteste que Gillain de Goumer- 
court a reconnu n'avoir aucune justice à Goumercourt 
(Gomiecourt}sur les hôtesde l’évêque, et que, s'ils ne payaient 
les revenus qu'ils lui devaient, c'était a l’évèque de les y 
contraindre par son prévôt ou autrement. — Fol. 145 r°. 
Coté cv. 

86 

1220, n. st. févr. — L'’év. Raoul fait savoir qu'il a donné 
à Jean le Dervé, du Mont-St-Eloi, son « mes » (mansus) de 
Belham en fief demi lige au relief de 30 s., à charge d’un 
roncin . pour chevauchée (in expeditionem), d'un cens 
annuel de 10 s. et du service des plaids trois fois l'an. — 
Fol. 39 vo. Coté xxvr. 

87 

1220, mai. — Pierre de Gouy déclare que, devant le 
chapitre d'Arras, il a vendu pour 209 liv. paris. à l’évèque 
Raoul trente-trois mencaudées de terre qu’il tenait de lui à 
Marœuil, vente légitimée par le jugement de ses pairs, 
hommes de l’évèque. — Fol. 88 vo. Coté Lxix. 

88 


1220, mai. — Le chapitre notifie la vente ci-dessus faite 
par messire Pierre de Gouy, chevalier.— Fol. 89 ro. Coté Lxx. 
89 

1221, juillet. — Hugues, abbé du St-Sépulcre, et Richard, 
abbé du Mont-St-Eloy, font savoir que Enguerran de 
Bakelerot, chevalier, a devant eux juré à l’évêque qu'il ne 
lui susciterait plus de difticultés au sujet du personnat de 
Neuve-Chapelle près de La Couture. — Fol. 163 vo, Coté cLvi. 

90 


4221, 6 nov. — VJII id. nor. — Eustache, seigneur de 
Neuville, fait savoir que Guillaume de Gommeircourt, che- 


— 189 — 


valier, a vendu à Ponce, évêque d'Arras, toute la dime qu'il 
tenait à Neuville dudit Eustache. — Fol. 100 r°. Coté Lxxxvu. 


91 


41222. n. st. févr. — Ponce, év. d'Arras, considérant que 
sur son conseil et son ordre les religieuses d’Etrun ont 
renoncé à toute possession individuelle, établit la règle 
intérieure de leur régime économique. — Fol. 91. Coté Lxxv. 

92 

4222, n. st. mars. — Eustache de Neuville le jeune ratifie, 
comme héritier de la seigneurie, la vente faite par Guillaume 
de Gommeircourt à l’évêque d'Arras. — Fol. 100 v. 
Coté LXXxvII. 

93 

4222, mai. — Barthélemi, archid. d'Arras, et Simon, 
archid. d'Ostrevant, déclarent que, en présence et du consen- 
tement d'Adam son frère, de Wiburge sa mère et de Hugues 
de Gavrelle, chevalier, mari de celle-ci, Michel de Wallers 
a vendu à l’évêque Ponce toute la dime qu'il tenait en 
fief d'Ermengarde de Maucicourt au terroir de ce village 
(Monchecourt}. — Fol. 107 vo. Coté LxxxxvIr. 


94 


1222, juillet. — Ponce,év.d’Arrasfaitsavoirque, Me Robert 
Cosset, clerc, lui ayant libéralement fourni les deniers pour 
l'achat de la dime de Monchecourt, il lui donne cette dime 
sa vie durant, avec survivance éventuelle pour Martin son 
frère, clerc. — Fol. 108 r°. Coté LxxxxvIH. 


95 
4222,7 déc. — Actum apud Saïlli, in ecclesra, juxta fontes… 
in octaois B, Andree. — Barthélemi. archid., et Thomas, 
prévôt d'Arras, déclarent que Jean de Gouy, alors demeu- 
rant à Monchecourt, a vendu à l'év. Ponce toute la dime 
qu'il y tenait en fief de Jean de Maucicourt. — Fol. 106 vo, 
Colé LXXXXVI, 


— 190 — 
96 


4223, avril. — Bauduin, comte de Ghisnes, fait savoir 
qu'une conteslation s’étant élevée entre l'év. Ponce et 
Amauri de Sailly, tant au sujet de l'autel de ce lieu que de 
la dime et d'une terre arable y appartenant, ledit chevalier 
a reconnu n'y avoir aucun droit, Eu égard à sa pauvreté, 
l'évêque lui en a laissé l'usufruit sa vie durant.— Fol. 133 vo. 
Coté cxL. 

97 

4223, mai. — II. de Anderne, Ph. de Ardea, prieurs, et 
G. de Ghisnes, chanoine de Thérouanne, commis par le 
pape pour juger la question soulevée par Amauri de Cour 
rières au sujet de l'autel de Sailli, font connaitre la renon- 
ciation du chevalier et la concession charitable de l’évêque. 
— Fol. 134 vo. Coté cxxxvi. 


98 
4223, mai. — Lettres de même substance données par 
l'évèque. — Fol. 135. Coté cxxxIx. 
99 


4223. mai. — Apud Attrebat., in camera domini episc.— 
Lettres sembiables données par Barthélemi, archid., et les 
autres dignitaires du chapitre, en présence de Daniel, avoué 
de Béthune, Bauduin, comte de Ghisnes, Jean, frère de 
l'avoué, et divers chevaliers. — Fol. 136 r°. Coté cxL. 


100 
1223, mai. — Guillaume, prévôt de Béthune, atteste aux 
juges commis par le pape que Gille. femme d'Amauri de 
Courrières, chevalier, et leur fils ont ratifié l'accord relatif 
à la dime de Sailly. — Fol. 136 vo. Coté cxun. 


{UI 


4224, n. st. mars. — Raoul le Maigre., chevalier, seigneur 
de Hapiincourt, fait savoir que Jean Fourdin a veudu à Jean 
Meauvwine, bourgeois d'Arras, toute la dime de Sapignies et 


I 


— 191 — 


de Beugny qu'il tenait en fief dudit seigneur, par les mains 
duquel il l’a guerpie à l’év. pour la fondation d’une chapel- 
lenie. — Fol. 180 vo. Coté cexix. 


102 


[1224], 8. d. — Barthélemi et Simon archidiacres, Tho- 
mas prévôt, Robert doyen, Robert chantre, Robert écolâtre 
et tout le chapitre d'Arras écrivent au pape Honorius III 
pour se plaindre de l'abbé d’Anchin, qui abuse des orne- 
ments pontificaux au préjudice de l’évêque. — Fol. 118 vo. 
Coté cxu. 

103 

1224, 20 mars. — Laterani, X111I kal. april., pont. a. VIII. 
(€ Quanto te amplius » (Potthast..….). — Honorius III répri- 
mande l'abbé d'Anchin au sujet des plaintes nombreuses 
que provoque sa conduite. Il lui interdit de porter la mitre 
en dehors de son monastère, de conférer aux moines les 
ordres mineurs et de bénir les ornements d’autel. — Guil- 
laume, archevèque de Reims, légat du Saint Siège, remet 
à l'abbé d'Anchin une copie de cette bulle datée du jour de 
la Pentecôte (2 juin) 1224. — Fol 119 r°. Coté cxv. 


104 
4224, 26 mars. — Lalerani, VIT kal, april., pont. a. VIII. 
« Cum a nobis petitur » (Potthast..…...). — Honorius III, à 


la demande de l’év. d'Arras, lui confirme la possession de 
Vitry, donné par le feu roi Ph.-Aug. à l’évêque Pierre, en 
échange de l’Estrée. — Fol, 35 vo, Coté xur. 


105 


(1224|, 8. d. — Guillaume, archev. de Reims et les évèques 
de la province, J. de Soissons, A. de Laon, G. de Chälons, 
M. de Beauvais, G. de Noyon, G. de Cambrai, G. d'Amiens, 
W. de Tournai et A. de Térouanne, rendent grâces au 
pape d'avoir mis fin au scandale causé par l’abbé d'Anchin. 
— Fol. 119 vo. Coté cxvi. 


— 192 — 


106 


[4224], 8. d. — Garin, évèque de Senlis, adresse séparément 
ses remerciements au pape. — Fol. 119 vo. Coté cxvu. 


107 


1224, 28 mai. — Ap. Albigniacum, feria III ante Pente- 
costen. — Jean d’Aubigny, chevalier, seigneur de Chauecort 
(Caucourt) fait savoir que Rainerus de Chauecort, chevalier, 
a vendu 50 menc. de blé sur son terrage dudit lieu à Jean 
Meauwine, bourgeois d'Arras, et à quelles conditions. — 
Fol. 181 ro. Coté ccxx. | 

108 

4224, 22 juin. — X kal. julii. — Barthélemi, archidiacre 
d'Arras, atteste que par-devant lui Mre Remi, clerc d'Avesnes- 
le-Comte, s’est reconnu détenteur de soixante marcs d'argent 
destinés à des œuvres pies, mais dont il a la jouissance sa 
vie durant. À sa demande, l'évêque Ponce l’autorise à placer 
cette somme sur une dime de Chérisy soumise à sa juridic- 
tion. — Fol. 138. r°. Coté cv. 


109 


1224, 4 n0v. — Attrebati, in aula episcopi, pridie non. no. 
— Guillaume, seigneur de Bucquoi, fait savoir que Bauduin, 
fils d'Asson Asseré, a vendu à l’évèque Ponce la dime de 
Boiry qu'il tenait en fief dudit seigneur. — Fol. 170 r°. 
Coté cLxXxxxvIH. 

110 

1224, 4 nov. —Ap, Attrebatum, in domo episc.,m.nnvcembri. 
— Barthélemi, archid. d'Arras, déclare la vente ci-dessus 
et le guerpissement que le seigneur de Bucquoi en a fait en 
sa main au profit de l’évêque. — Fol. 171 ro. Coté LxxxxIx. 


111 


1225. n. st. 4 janv. — Ap. Beceri, in cancello ejusd. 
oulle, feria VI post Circumeis. Domini. — Nicolas, seigneur 
de Beuvry, fait savoir que Jeanne, veuve de Robert de Bours, 


— 193 — 


et ses deux fils ont vendu à Ponce, évêque d’Arras, toute la 
dime qu'ils tenaient en fief dudit Nicolas au terroir d’« Aneu- 
liers », — Fol. 112 vo. Coté cv. 


112 


4225, 5 juillet. — Aftrebati, sabbato infra octac. apostol. 
Petri et Pauli. — Gilles, seigneur d’Ourton, fait savoir que 
Hugues Plahiers de La Ferté, son homme, a vendu à l'év. 
Ponce la dtme qu’il tenait en fief dudit Gilles au terroir de 
« Nueliers ». —Fol. 113 r°. Coté cvi. 


113 


4225, juillet. — Z/ZZ non. julii. — Barthélemi, archid. 
d'Arras, atteste la vente ci dessus, le consentement du fils 
mineur et de la femme et l'autorisation des pairs du vendeur. 
— Fol. 115 r°. Coté cv. 

114 


1228, 25 mai. — in die Urbani pape. — L’év. Ponce fait 
savoir qu'en sa présence Jean de la Ruele, bourgeois de 
Miraumont, a donné trente-deux mencaudées de terre de ce 
terroir à l’hôpital des lépreux de la paroisse, pour y fonder 
une chapellenie. — Fol. 168 r°. Coté cLxxxxuni. 


115 


4228. — Ap. Attrebatum, in camera episc. — Bauduin de 
Quincy, seigneur de Hénin, vend à l’év. Ponce tout ce qu’il 
tient de lui en fief au village, terroir et pouvoir de Vitry. — 
Fol. 36 r°. Coté x. 

116 

4228, juillet. — Barthélemi, archidiacre, et M° Robert de 
Douai, écolâtre d'Arras, déclarent la vente qui précède. — 
Fol. 37 vo. Coté x. 

117 

4230, juin. — Ponce, év. d'Arras et l’abbé d’'Eenham, 
après de longues discussions, s'accordent sur le lieu où 
seront portées et partagées les dimes d’Arleux, sur le relief 


13 


— 194 — 


dù à l’év. à chaque changement d’abbé, etc. — Fol. 129 ro. 
Coté cxxvur. 
118 

4234 n. st., févr. — Robert, doyen de l'église N. D. 
d'Arras, et Nicolas de Haspre, prieur de St-Vaast, arbitres 
nommés par leurs communautés respectives, rendent leur 
jugement sur : 1° la dime d'Agny, 2° les droits de cambage, 
3° les reliefs de certaines maisons, 4° les limites des paroisses 
de St-Etienne et de la Basécle, etc. — Fol. 95 r°. Coté LxxxuI. 


119 


4231, avril. — Le chapitre d'Arras, auquel Hugues de 
Marcais, seigneur de Villers, chevalier, avait engagé pour 
deux cent soixante cinq livres deux dimes, l’une à Capis, 
l'autre à Villers, consent à ce que l’évêque, persona de 
l'autel de Villers, prenne ce gage pour la somme prêlée. — 
Fol. 169 vo. Coté cLxxxxvI. 


120 


4231, avril. — Richard, abbé du Mont-St-Eloi, et son 
couvent reconnaissent que leur maison de Galeurue est 
justiciable des échevins de Cité, et qu’elle doit avoir un 
occupeur, pour répondre à l’évêque de ses droits. — Fol. 
170 vo. Coté cexv. 

121 

4232. — L’év. Asson fait savoir que Pierre, son prédéces- 
seur, considérant qu’en dehors de la messe un seul cierge 
brülait devant le grand autel de la Vierge, a donné deux 
cents livres pour y en entretenir un second. — Fol. 270 vo. 
Coté cocxxv. 

122 

1233, 26 mai. — Feria quinta post diem Pentecostes. — 
Werri, chan. de Cambrai, Adam et Gervais, chanoines 
d'Arras, rendent un jugement arbitral qui adjuge à Saint- 
Aubert de Cambrai, à cause de sa paroisse de Wancourt, le 
marais conligu où s'élève la nouvelle abbaye du Vivier, et 


— 195 — 


décide que l’év. d'Arras aura le tiers des quinze sous de rente 
que celle-ci doit à Saint-Aubert. — Fol. 130 r°. Coté cxxx. 


123 


1233, 26 mai. — Feria quinta post diem lentecostes. — 
Guillaume, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, ratifie la 
sentence arbitrale qui précède. — Fol. 131 ro. Coté cxxxu. 


124 


1233, juillet. — Lettres de même substance au nom du 
susdit Guillaume, de H. prieur et du couvent. — Fol. 130 vo. 
Coté cxxxi. 

125 

4233, 12 oct. — Feria III post festum beati Dionysü 
marlyris. — Jean, abbé de St-Vaast, pour mettre fin aux 
difficultés soulevées par l’év. Asson au sujet de l'autorité et 
du droit de visite qu’il prétendait avoir sur les deux églises 
du « castrum », Sainte-Marie et Saint Pierre, et sur les 
prévôtés de Berclau, Gorre et Saint-Michel, s'engage à 
accepter la décision de Pierre de Colmieu, prévôt de l'église 
de St-Omer. — Fol. 45 vo. Coté xxxvil. 


126 


1233, nov. — L'év. Asson déclare que devant lui, présent 
Bauduin, seigneur d'Oppi, chevalier, les échevins du lieu 
ont promis de ne plus extorquer aucunes tailles des hommes 
d'Oppi, surtout des veuves. Il stipule ensuite la quote-part 
due au seigneur, à l’évêque et à l’archidiacre dans la contri- 
bution annuelle. — Fol. 175 r°. Coté ccvi. 


127 


4235 n. st., mars. — Jean, abbé de St-Vaast et Jean, abbé 
de Loos, déclarent qu’en leur présence Pierre de Baclerot et 
ses frères, Hugues de Illies, chevalier, et son frère Pierre 
ont renoncé en faveur de l’évêque d'Arras à leurs prétentions 
sur l'autel de Chapelle-sur-Loisne. — Fol. 170 r°. Coté 
CLXXXX VII. 


— 19% — 
128 


4237 n. st., janv. — Richard, abbé du Mont-St-Eloy, et 
Pierre, abbé de Marœuil, notifient la vente faite à l’évêque 
d'Arras moyennant vingt livres paris., par Adeluie d'Ecoivres, 
du droit de charriage (carions) et autres qu'elle prétendait 
avoir sur la dime de l’évêque à Guémappe. — Fol. 117 r°. 
Coté cxur. 

129 

4239 n. st., févr. — Le chapitre déclare que les maisons 
achetées par lui de M° Jean de Bapaume, du gré de l’évêque 
et dans sa juridiction, restent soumises à la justice et aux 
us et coutumes de Cité. — Fol. 151 r°. Coté czxun. 


130 


4239, avril. — Pierre, seigneur du Maisnil, Pierre de 
Bailleul, tous deux chevaliers, et Gérard du Ploïch déclarent 
et autorisent la vente faite par Pierre de Monchi à 
l'évèque Asson d’une dime féodale à Herlies et Aubers. — 
Fol. 96 v°. Coté LxxxuHI. 

131 


4239, avril. — Robert, abbé, et le couvent de Cysoing 
renoncent aux droits qu’ils ont ou peuvent avoir sur les 
dimes ci-dessus rachetées par l'év. Asson. — Fol, 97 vo. 


Coté Lxxxv. 
132 


4239, juin. — Guillaume, archidiacre, et M° Jean d'Oisy, 
chanoine et official d'Arras, attestent que l'acte de vente 
ci-dessus, à eux présenté juridiquement, a été ratifié par le 
vendeur et sa mère auxquels il a été fidèlement traduit en 
français. — Fol. 98 r°. Coté Lxxxv. 


133 


4239, août. — Guillaume, doyen d'Arras, déclare que, du 
consentement de l'évêque, il a acheté la maison où demeu- 
rait le défunt chanoine Jacques le Maire, laquelle reste 


— 197 — 


soumise aux us, coutumes et justice de Cité. — Fol. 98 r°, 


Coté cexut. 
134 


4240, juin. — Asson, év. d'Arras, et Henri, abbé d’'Eenham, 
font savoir que cette abbaye ayant ajouté à son manoir 
d'Arleux-au-Mont celui qu’elle a acheté de Pierre de Méri- 
court, les deux seront tenus de l’évêque à double relief. — 
Fol. 97 vo, Coté ccxi. 

135 


4241, août. — ap. Pontissaram. — Louis IX mande à 
l’abbé de Saint-Riquier en Ponthieu et à Mathieu de Croy, 
bourgeois d'Amiens, de se rendre à Vitry, d’y faire enquête 
sur les usages depuis Ph.-Aug., et de savoir si les tenures 
du chätelain de Douai sont féodales, comme il le dit, ou 
censuelles, comme l’évêque le prétend. — Fol. 37 vo. Coté xv. 


130 


4241, août. — ap. Pontissaram. — Gautier, châtelain de 
Douai, s'engage, sous peine de 500 marcs, à ratifier l'enquête 
susdite. De cette promesse, il donne ses plèges à Pontoise 
en présence du roi, et ses lettres à l’évèque. — Fol. 38 re. 
Coté xvin. 

137 

4241, sept. — ap. Pontissaram. — Louis IX mande à 
l'abbé de Vaucelles de remplacer l’abbé de Saint-Riquier 
malade dans l'enquête ci-dessus. — Fol. 37 v°. Coté xvr. 


138 


4242, nov. — Barthélemi archidiacre, Jean prévôt, et 
Guillaume doyen d'Arras attestent que d’après la déclaration 
d'Asson, chapelain de l’église N.-D., certaine somme affectée 
à une autre de ses chapellenies restant improductive dans 
la trésorerie, l’évêque en a autorisé le placement dans 
l’acquisition de la maison d’Arnoul de Bailleul, rue des 
Maus. — Fol. 101 r°. Coté Lxxxix. 


— 19 — 


139 


4243, août. — Crispiaci. — Louis 1X fait savoir à Simon 
de Villers, bailli d'Arras, que, sur le vu de l'enquête, il a 
décidé que ce que le châtelain de Douai possède à Vitry, il 
le tient de l’évêque, non en fief, mais en censive et sous la 
juridiction des échevins. — Fol. 38 r°. Coté xvu. | 


140 


1243, 16 sept. — ap. Vitriacum, feria quarta post Exalt. 
sancte Crucis. — Lettre de Gautier, châtelain de Douai, au 
roi Louis IX, le remerciant de ce qu’à sa prière l’év. Asson 
lui a remis diverses amendes et réduit à 20 liv. seulement 
celle de 780 liv. de douaisiens à laquelle les échevins de Vitry 
l'avaient condamné. — Fol. 39 vo. Coté xix. 


141 


4245 n. st. févr. — Guillaume doyen, Robert chantre et 
l’official d'Arras déclarent que par-devant eux Nicolas de 
Courrières, chevalier, et Jean son frère ont promis d'observer 
l’accord intervenu jadis entre leur feu père Amauri et l'év. 
Ponce, au sujet de l’autel de Sailly (v. n° 96). — Fol. 197 re. 
Coté cxLui. 

142 

4245, 4 avril. — Lugduni, II non. april., pont. a.II.« Devo- 
tioni tue quam » (Potthast....). — Innocent IV accorde à 
l'év. d'Arras qu'aucun délégué ou subdélégué apostolique 
ne pourra promulguer contre lui aucune sentence d’interdit, 
de suspension ou d’excommunication, s’il n’y est fait men- 
tion de cette faveur spéciale. — Fol. 90 r°. Coté Lxx1 el LxxIv. 


143 
4245, 25 mai. — Laterani, XIII kal. juni, pont. a. I. 
« Sua nobis venerabilis » (Potthast..…...), — Innocent IV 


rappelle aux doyen et official d'Amiens les lenteurs du procès 
pendant entre l’év. d'Arras et St-Vaast au sujet du droit de 
visite et l'échec de l'arbitrage par suite du départ de Gui 


— 199 — 


de Colmieu. Il leur mande de reprendre vigoureusement 
les poursuites. — Fol. 307 r°. Coté ccczxr. 


144 


1246, 47 mars. — Lugduni, XVI kal, april., pont. a. III. 
« Romana ecclesia que super » (Cf. Potthast 12028). — 
Innocent IV, en présence de l’archevèque de Reims, d’une 
part, et des évêques de la province ou de leurs procureurs 
et des représentants des chapitres, abbayes et couvents, 
rend son jugement sur les conflits survenus entre le métro- 
politain et ses suffragants, touchant les appels en cour de 
Reims, les visites de l’archevèque, les quêteurs de sa cathé- 
drale, les indulgences, etc. — Fol. 67 r°. Coté xix. 


145 
1246, 20 juin. — ZLugduni, XII kal Julii, pont. a. III. 
« Personam tuam sincera ». (Potthast.....). — Innocent IV, 


à la demande de l’év. d'Arras, lui accorde qu'il ne sera 
désormais tenu de donner provision à qui que ce soit en vertu 
de lettres apostoliques, si ces lettres ne mentionnent la 
présente dispense. — Fol. 90 vo, Coté Lxxt1. 


146 


4246, oct. — Adam de Milli et le bailli d'Arras Simon de 
Villers déclarent qu’en leur présence, Jean de Wancourt, 
chevalier, a reconnu n’avoir aucun droit sur les hôtes de 
l'évèque à Guémappe. — Fol. 173 r°. Coté ccr. 


147 


4247, avril. — Me° Jean d'Oisy, chan. et official d'Arras, 
déclare que Jean li Machons a reconnu qu'il n'avait pas le 
droit d’effondrer le mur de sa maison, rue des Maus, n'y 
d’y creuser une bove sans le congé de l’évêque. —Fol. 176 vo. 
Coté ceix. 

148 

4247, 9 juillet. — Zugduni, VII idus julu, pont. a. IV. 

« Cum nuper diffiniverimus ». (Potthast.....). — Innocent IV 


— 900 — 


répond à l’év. d'Arras qu'il a récemment défendu aux 
officiaux de l'archevêque de Reims, comme à ceux de 
tous les autres métropolitains, d'interdire, suspendre ou 
excommunier leurs suffragants. Ils doivent donc observer 
cette défense à l'égard de l’év. d'Arras. — Fol. 90 re. 
Coté Lxxur. 

149 


4247, 5 oct. — Atitrebati, III non. octobr. — Odon, 
évêque de Tusculum, légat du saint-siège, déclare qu’in- 
formé par le chapitre que la consécration de l’église Sainte- 
Marie - Madeleine pourrait porter préjudice à l'évèque 
d'Arras actuellement en procès avec St-Vaast au sujet de la 
juridiction de cette église, il n'entend, par cette cérémonie, 
créer à l’abbaye aucun droit nouveau.— Fol. 148 vo. Coté cLx. 


150 


1248, 20 fév. — Lugduni, X kal martii, pont. a. V. 
« Cum sicut asseris ». (Potthast. ...). — Innocent IV, à la 
demande de l’év. Jacques de Dinant, l’autorise à nue pas 
payer les dettes de Fursy, son prédécesseur, si l’église n’en 
a bénéficié. — Fol. 29 vo. Non coté. 


151 
1248, 1er avril. — kal. april., pont. a. V. « Etsi justa 
sententia ». (Potthast 12887). — Innocent IV confirme, en 


la reproduisant, la sentence arbitrale rendue par Pierre, 
évèque d’Albano, et datée de Lyon, 2& janv. 1247, qui règle 
en six articles les difficultés pendantes entre l'archevêque 
de Reims et ses suffragants. — Fol. 67 r°. Coté xuix. 


152 


1248, 4 avril. — Lugduni, II. non. april. — Guillaume, 
cardinal diacre de St-Eustache, commis par le pape à juger 
le procès pendant depuis de longues années entre l’évêque 
et St-Vaast au sujet du droit de visite, décide que les églises 
de St-Pierre et de Ste-Marie-Madeleine en sont exemptes, 


— 201 — 


mais que les prévôtés de St-Michel, de Gore et de Berclau 
y sont soumises et doivent les « procurations ». — Fol. 52 v° 
et 85 vo. Cotés xLit1 et Lxv. 


153 
1248, 16 mai. — ZLugduni, XVII kal. juni, pont. a. V. 
« Ea que judicio ». (Potthast....). Innocent IV, à la demande 


de l’évêque, confirme la sentence précédente. — Fol. 53 r°. 


Coté xuin. 
154 


1248, sept. — Juel, archev. de Reims, déclare que le 
couvent de Ste-Marie-du-Vivier près de Wancourt devant à 
l’év. une rente annuelle de 2) s. paris., celui-ci y a renoncé 
moyennant compensation. — Fol. 139 r°. Coté cxcvir. 


155 


1248, oct. — Jacques, év. d'Arras, déclare que Adam 
Esturion, bourgeois d’Arras, ayant fondé une chapelle et 
une chapellenie dans sa propriété d'Arras, près de l'église 
Ste-Croix, en a hypothéqué la dotation sur son manoir de 
Blangy. — Fol. 18 vo. Coté coxxu. 


156 
1249, 18 juillet. — Lugduni, XV kal. aug., pont. a. VI. 
« Ne pro eo quod ». (Potthast.…...)}, — Innocent IV, ne 


voulant pas que le jugement rendu par Guillaume, cardinal 
diacre, touchant l’exemption des églises de St-Pierre et 
Ste-Marie-Madeleine, porte atteinte aux droits de l’évêque, 
lui accorde des lettres de non-préjudice. — Fol. 86 vo. 
Coté Lxvi. 
197 

4250, avril. — Le chapitre d'Arras faitsavoir qu'unemaison 
ayant élé achetée près de la porte de Galeurue pour y établir 
l’hospice des pauvres clers fondé par feu Adam de Bapaume, 
bourgeois d'Arras, l’év. consent à cette affectation, sous 
réserve de ses droits. — Fol. 177 r°. Coté ccx. 


— 202 — 


158 


1250, août. — Mathieu de Montmirail, seigneur d'Oisi, 
notifie l'acte par lequel Isabelle, sa sœur, fonde une 
chapellenie dans la chapelle de Wingles. — Fol. 293 r°. 
Coté cccxLvuI. 

159 

4251 n. st., janvier. — Jacques, évèque d'Arras, fait 
connaitre le service dù à lui et à ses successeurs par Île 
maire de Galeurue. — Fol. 53 vo. Coté Lxxxxu. 


160 


4251 n. st., janv. et mars. — Jacques, év. d'Arras, 
vidime les lettres du doyen de Croisilles, relatives à la 
fondation faite par Étienne du Bois, chevalier, et sa 
femme d’une chapellenie en l’église de Boiry. — Fol. 162 re. 
Coté cLxxxvuHI. 


161 
4254, 24 juin. — feria IV ante festum Natio. B. Johannis 
Bapt. — Arnoul, abbé d'Eenham, fait connaitre l'accord 


intervenu entre son couvent, d'une part, l'év. d'Arras, Île 
curé d'Oppi et le personnat de Gavrelle, au sujet de la dime 
de ces villages. — Fol. 101 vo. Coté Lxxxx1. 


162 


1254, 24 juin. — Même date. — Jacques, év. d'Arras, fait 
connaitre l'accord intervenu entre le curé d'Oppy et Île 
personnat de Gaverelle, d'une part, et l'abbaye d'Eenham, 
de l’autre, au sujet de la dime de ces villages, dont la 
limite était indécise entre Oppy et Arleux. — Fol. 272 r°. 
Coté cccxxvir. 

103 

4254, août. — Jacques, év. d'Arras, fait savoir que Nicolas 
de la Porte, clerc, et Agnès sa femme avant donné leur 
maison de l’Estrée pour la fondation d'une chapellenie à 
Villers, paroisse de Penin, Pierre, seigneur de Villers, et 


— 203 — 


Pierre de Villers, le vavasseur, ont complété la dotation. — 
Fol. 161 vo. Coté cLxxxxur. 
164 


4254, 47 août. — die Jovis post Assumpt. b. Virginis. — 
Jean, prévôt de St-Barthélemi de Béthune, fait savoir que 
son chapitre étant en désaccord avec l’évêque au sujet de la 
dfme de Gosnai, l'official d'Arras et lui ont été chargés 
d’arbitrer le différend, avec faculté de s'adjoindre l'archi- 
diacre. — Fol, 175 vo. Coté ccvur. 


165 


4251, sept. — Jacques, év. d'Arras, et le curé de Beuvry, 
d'une part, et le chapitre de St-Barthélemi de Béthune 
s'accordent au sujet d’une dime de cinq mencaudées au lieu 
dit Biau marès. — Fol. 291 ve. Coté cecxLvi. 


166 


4251, 28 sept. — in oigilia b. Michaelis archang. — 
Ponchard, archidiacre, M° Renier, chan. et official d'Arras, 
et Jean prévût de St-Barthélemi de Béthune, décident, après 
enquête, que toute la dime de Gosnay appartient à l’évêque, 
à charge de trente deux mencauds de blé par an à payer au 
chapitre de St-Barthélemi. — Fol. 175 v°. Coté cevur. 


167 


4254, 8 nov. — feria IV ante festum b. Martini hyemalis. 
— Me Renier, chan. et oflicial d'Arras, fait savoir qu’à la 
requête de l’évêque, la justice de St-Pierre de Lille à Arleux 
a fait mettre en liberté un de ses hôtes qui avait contredit le 
jugement des échevins. — Fol. 97 vo, Coté cexri. 


168 


4254, déc. — Me Renier de Houdain, chan. et official 
d'Arras, déclare que Enguerran du Ploiich et Isabelle sa 
femme ont vendu à l’évêque Jacques, au protit de l’église 
d'Arras, cinq bonniers de terre à Le Wastine, paroisse 
d'Aubers. — Fol, 158 vo. Coté cLxxxul. 


— 204 — 


169 


4252 n. st., févr. — Le chapitre déclare qu'ayant acheté 
à Vitry, du chanoine Baude Augrenon, diverses terres 
tenues soit de l’évêque, soit de Raoul de Haucourt ou du 
prévôt de Douai, il constituera homme vivant et mourant 
pour répondre des charges et servir les plaids. — Fol. 148 r°. 
Coté cuix. 

170 

1252, 27 mai — feria secunda post Trinitat. — J. prevôt, 
W. doyen, P. chantre et Achard, bailli d'Arras, déclarent 
que la châtelaine de Douai a juré d’amender, au dire des 
échevins de Vitry, les injures faites par Pierre ét ses auires 
fils au clerc, aux échevins et ax hommes de l’évêque. — 
Fol. 37 vo. Coté xx. 


171 
4252, 4 juin. — Perusti, II non. junii, pont. a nono. 
(« Cum frater Paulus ». (Potthast....). — Innocent 1V 


annule l'excommunication et l’interdit lancés contre le curé 
de la Madeleine et son église, déclarant que, du chef de 
celle-ci, l’évêque n’a aucune juridiction sur son pasteur et 
sur ses clercs. — Fol. 53 v° et 82 vo. Cotés xLv et LxIn. 


172 
4252, nov. — Mathilde, comtesse d'Artois, institue les 
nouveaux arbitres chargés de juger, dans le délai fixé, le 
différend survenu entre le feu comte et l’évêque au sujet de 
la porte des Maus (Baudimont). — Fol 275 r°. Coté cccxxix. 


173 
4252, déc. — Le chapitre consent à ce que l’év. puisse, 
après trois ans révolus, lui racheter chaque année les trente 
mencauds de grain de la dime de St-Martin, hypothèquée 
pour 78 liv. au profit de la chapellenie de Jean Fastoul. — 
Fol. 153 r°. Coté cexxi. 
17% 
4253, mai. — Achard, bailli d'Arras, déclare que dans 
tout ce qu’il a fait, étant bailli de Lens, pour la défense de 


— 905 — 


l'évèque, il a agi comme bailli du roiet non comme bailli 


du comte et de la comtesse d'Artois. — Fol. 152, r°. 
Coté cLix. 
175 
4253, juillet. — L'’official d'Arras vidime les lettres de 


Gui, comte de St Pol, approuvant l'acte par lequel Wagon 
d'Arras, chevalier, donne la dime de Vimy tenue de lui 
pour fonder un hôpital et deux chapellenies. — Fol. 159 vo. 
Coté cexxxv. 
(76 

4253, juillet. — Jacques, év. d'Arras, et le chapitre 
conviennent que, moyennant un versement de 400 liv. à la 
fabrique, les évêques seront désormais dispensés de contri- 
buer aux réparations de l’église ; il ne restera à leur charge 
que les fournitures mobilières détaillées dans l'acte. — Fol. 
120 r°. Coté cxvnl. 


177 
1253, août. — Thomas, archevèque de Reims, approuve 
et confirme la convention qui précède. — Fol. 121 re. 
Coté cxix. 
178 


4253, 28 août. — Guillaume, abbé d'Anchin, contre un 
tiers de dime que Jacques, év. d'Arras, possédait à Chérisy, 
s'engage à lui fournir une rente en blé sur sa grange de 
Henninel, en attendant que l'échange soit réalisé. — Fol. 
95 r°. Coté ccv. 

179 

1253, sept. — feria quinta post Decoll. b. Johannis Bapt. 
— Gérard de Waignonlieu, chan. d'Arras, ayant recu de 
l'év. en arrentement une pièce de terre située entre le grand 
chemin de Dainville et le vivier de Bronnes, reconnaît qu’elle 
reste soumise à la juridiction de l’év. et de ses échevins ainsi 
qu'aux us et coutumes de Cité. — Fol. 271 vo. Coté cecxxvi. 


180 
4253, 12 nov. — Laterani, IT id. nov., pont. a, XI. « Hiis 


—. 206 — 


que abecclesiarum » (Potthast....). — Innocent IV confirme 
la convention passée entre l'évêque et le chapitre touchant 
les réparations de l’église. — Fol. 121 r°. Coté cxx. 


181 
1254, 20 janv. — Laterani XIII kal. febr., pont. a. XI. 
« Super jurisdiclione et jure » (Potthast..…...). —Innocent IV, 


sur la demande de l’év. d'Arras, répond que dans la sentence 
par laquelle il a déclaré exempts de l'ordinaire le curé de 
la Madeleine et les clercs, il entend les clers bénéficiés en 
cette église, — Fol. 84 vo. Coté Lxiv. 


182 


4254, 9 févr. — M° Rostand, chapelain du pape, par lui 
commis à entendre les procureurs de l’évèque et de l’abbaye 
dans un nouvelle instance relative au curé de la Madeleine, 
fait connaître la définition du pontifie sur leurs droits et 
obligations respectives. — Fol. 55 vo. Coté xLvi. 


183 
1254, 21 févr.— Laterani, IX kal. marti, pont. a XI. 
(« Orta dudum inter te ». (Potthast...). — Innocent IV, 


à la demande de l'év., confirme les lettres précédentes. — 
Fol. 57 r°. Coté xLvir. 


184 
1254, 26 février. — Laterani, 1V kal. martiüi, pont. a XI. 
« Tuis supplicationibus inclinati. » (Potthast..…..). — 


Innocent IV, pour obvier à l’abus des lettres d’ajournement 
obtenues du saint-siège, accorde sur sa demande à l'év. 
Jacques qu'il ne puisse être cité en justice s’il n’a procès 
pendant, à moins que les lettres de citation ne contiennent 
le texte de la présente dispense. — Fol. 307 vo, Coté ccczxii. 


185 


1254, 28 févr. — Laterani, II kal. martii, pont. a XI. 
« Contra gravamina que ». (Potthast 15259). — Innocent IV, 


ee ER 


— 207 — 


en présence des plaintes que soulèvent les « procurations » 
dues aux prélats à l’occasion de leurs visites, rappelle 
ceux-ci à la modération, fixe un maximum et veut que 
quiconque aura reçu plus soit forcé de rendre le double au 
profit de son église. — Fol. 187 vo. Coté cexxxui. 


186 


4254 n. st., 23 avril. — feria secunda post Jsti sunt dies.— 
Me Robert de Wailly, official d'Arras, à la requête de Gautier 
de Merville, condamne Jacques le Noir à payer au deman- 
deur, pourelau nom de la trésorerie de l’église, dont celui-ci 
a l'administration, une rente foncière à elle due par une des 
maisons dudit Jacques. — Fol. 157 vo. Coté Lxxxi. 


187 
*1254, 26 sept. — le semedi devant le Saint-Mikiel. — 
Gautier de Gand, archid. d'Ostrevant, Hellin de La Brayelle 
et Gilles de Noyellette, chevaliers, jugent arbitralement que 
Jean de Courrières ne peut moudre ni fourner ailleurs qu'au 
moulin et au four de l’évèque à Marœuil. — Fol. 42 vo. 
Coté xxxi. 
188 
1254, fin nOv. — circa finem mensis noo. — Jacques, év. 
d'Arras, pour récompenser Gautier, archid. d'Ostrevant, 
du zèle qu’il a mis à rétablir certaines chapellenies tombées 
dans l'abandon, lui en accorde ies revenus sa vie durant. 
— Fol. 106 ro. Coté Lxxxxiv. 


189 


1254, fin nov. — Gautier de Gand, archid. d'Ostrevant, 
reconnaît que cette libéralité ne crée aucun droit à ses 
successeurs. — Fol. 106 vo. Coté Lxxxxv. 


190 


4255, avril. — Bauduin, châtelain de Lens, chevalier, du 
consentement de Jean son fils, chevalier, fonde une chapel- 
lenie dans sa maison de Camblain. Il en aura la collation sa 


— 908 — 


vie durant, après quoi cette collation reviendra à l’évèque. 
— Fol. 161 r°. Coté cuxxxvir. 


191 
4255, avril. — Eustache seigneur de Neuville, chevalier, 
et Béatrice dame de Hébuterne, sa femme, renoncent à tous 
. droits sur les terres données par feu Robert seigneur de 
Hébuterne, chevalier, père de Béatrice, pour fonder une 
chapellenie dans ce village. Ils y ajoutent d’autres revenus 
en grains et en argent. — Fol. 169 r°. Coté cLxxxxv. 
192 
4255, juin, — Me Robert de Wailly, chan. et official 
d'Arras, déclare que par-devant lui Jacques, curé de St- 
Nicaise, acquéreur d'une maison hors de la porte de 
Galeurue au profit de sa cure, a reconnu qu'elle restera 
soumise aux charges, us et coutumes de Cité. — Fol. 178 vo. 
Coté cexiv. 
193 
4255, août. — Jacques, év. d'Arras, fait savoir que Gilles 
de Trasignies, dit le Brun, connétable de France, ayant 
acheté un revenu de seize livres pour fonder une chapellenie 
à Warendin, lui a demandé de l'instituer canoniquement, 
ce qu'ila fait avec l’assentiment du personnat et du curé 
de l’église paroissiale, sous les conditions énoncées dans 
l'acte. — Fol. 164 vo. Coté cLxxxx1. 


194 


*1255, 24 oct. — Le lundi après le Saint-Luc. — Jean de 
Bailleul, fils de feu Bertoul, chevalier, du consentement de 
Nicolas, son frère et héritier, vend à l’év. d'Arras divers 
hommages liges à sept sols et demi tenus à Vitry du 
châtelain de Beaumetz, dont le fief est mouvant de l'évêque. 
— Fol. 108 vo. Coté Lxxxx1x. 


195 
*1255, 24 oct — Gilles, chevalier, châtelain de Bapaume, 


— 209 — 


seigneur de Beaumetz, autorise et garantit la vente qui 
précède. — Fol. 109 vo. Coté c. 


196 
4255, oct. — L'official d'Arras atteste que Marguerite, 
femme de Jean de Bailleul, a consenti à cette vente et promis 
de la garantir. — Fol. 110 r°. Coté ci. 


197 
*1255 n. st., mars. — Par-devant échevins de Cité, Simon 
le Potier et Jean d'Ambrine arrentent pour 20 liv. 6 d. par. à 
Jean Dués leurs lices de « Mont pré », la maison des lices et 
une troisième, à charge des rentes foncières et de bâtir dans 
des conditions déterminées. — Fol. 292 r°. Coté cccxLvu. 


198 
*1256 n. st., mars. — Jacques, seigneur d'Achicourt et de 
Vimy, déclare que Wagon d'Arras, son père, et Mabile, sa 
mère, ont donné toute leur dime de Vimy pour fonder un 
hôpital et une chapellenie à Vimy, une autre chapellenie à 
Brétencourt et faire des distributions aux pauvres. — 
Fol. 159 vo, Coté cLxxxiv. 
199 | 
*1256 n. st., mars, — Jacques, seigneur d'Achicourt et 
de Vimy, déclare que l'hôpital de Vimy sera chargé d’une 
rente de 6 s. au profit de l’évêque et du curé, en dédomma- 
gement de la dime des terrains affectés à cette fondation. — 
Fol. 160 vo. Coté cLxxxvi. 
200 
4256 n. st., mars. — Mathieu, seigneur de Miraumont, 
chevalier, pour augmenter la chapellenie desservie par Jean 
de le Ruelle, lui donne des terres à Piechecaillouel et 
Andiers. — Fol. 174 r°. Coté cour. 
| 201 


4256, 29 mai. — L'’official de la cour d'Arras publie la 


décision des arbitres chargés de régler une question de 
14 


— 210 — 


mitoyenneté entre l’év. d'Arras et Colard, seigneur de 
Carency. — Fol. 179 r°. Coté ccxvi. | 


202 
1257, juillet — Le chapitre fait connaître l'accord qu'il 
a conclu avec l’évêque au sujet de leurs droits litigieux sur 
les offrandes faites aux reliquaires et au grand autel de 
l’église d'Arras. — Fol. 121 vo. Coté cxxi. 


| | . 203 
4257, 22 juillet. — in die B. Magdalene. — Gui de 
Chatillon, comte de St-Pol et seigneur d'Arras, déclare que 
l'arrestation faite par lui, sur l’ordre du roi, du fils de la 
châtelaine de Douai dans la maison qu'elle tient de l'évèque 
à Vitry, est un fait de guerre et non de suzeraineté ou de 
justice qui puisse préjudicier à l’évêque. — Fol. 39 r°. 
Coté xxii. | 
204 
4257, sept. — apud Meledunum. — Louis IX donne 
lettres de non-préjudice à l’évêque au sujet de l'arrestation 
faite par le comte de St-Pol, dans la juridiction de l'évèque 
à Vitry, de Hugues, frère de Pierre de Douai, chevalier. — 
Fol. 39 r°. Coté xxi. 
4258 n. st., 22 janv. — L'official d'Arras atteste que Jean 
Craslars, chevalier, et autres s'engagent à subvenir à 
l'entretien d’un curé à la Fraite-Hubert, à bâtir l’église et 
le chancel, et à se soumettre à la juridiction épiscopale. — 
Fol. 270 r°. Coté cecxxui. 


1258, avril.— Jacques, év. d'Arras, donne à cense à Jean 
Cuvellier, bourgeois de Bapaume, des terres entre Ligny 
et Tilloy dépendantes de la trésorerie de l’église d’Arras, 
moyennant cinq mencauds de blé par an. — Folio 155 v°. 
Coté cLxxvI. 

207 

4258, mai. — L'official atteste que Jean le Cuvellier a 

reconnu le marché ci-dessus. — Fol. 156 r°. Coté cLxxvu. 


— 211 — 


208 


1288, 12 juillet. — /eria sexta post octao. apnstol. Petri 
et Pauli. — Sara, abbessa de St-Marie de Bourbourg, et 
son couvent, tenus envers l’évêque à une v procuralion » 
annuelle pour leur maison de Faumont, s'engagent à 
l’acquitter à Bourbourg, quand l'év. visitera l’abbaye, à 
condition que Faumont en sera exonéré. — Fol. 180 r°. 
Coté cexvus. 

209 

4258, nov. — Le chapitre ayant achelé hors de la porte 
du cloître, dans la juridiction de l’évêque, une maison qui 
appartint successivement au chanoine Jacques le Maire, 
puis au doyen Guillaume en 1239, déclare qu’en devenant 
maison canoniale, elle n’en reste pas moins soumise à la 
juridiction et aux charges, us et coutumes de Cité — 
Fol. 139 vo. Coté cxLix. 

210 

1258, nov. — Raoul, chanoine d'Arras, achète du chapitre 
la maison canoniale ci-dessus aux mêmes conditions. — 
Fol. 270 vo. Coté cccxxiv. 


211 


4258, nov. — Jean, abbé du Mont-St-Eloi, et son couvent 
reconnaissent que la maison par eux achetée de Guillaume 
Cocherel, près de leur maison d'Arleux, est tenue de l'évèque 
aux us, coutumes et justice du lieu et devra 20 sols de relief 
à chaque mutation d’abbé. — Fol. 180 r°. Coté cexvur. 


212 


4259 n. st., janv. — Asson, év. d'Arras, et Henri, abbé 
d’Eenham, conviennent que la maison de Pierre de Méri- 
court, achetée par l’abbaye, seraréunie à sa maison d’Arleux, 


pour le tout être tenu de l’év. à double relief. — Fol. 177 v°. 
Coté cu. 
213 


4259 n. st., janv.— Jacques, év. d'Arras, acense à Grégoire 


— 212 — 


Fardoul deux mencaudées de terre entre Bailleul et Oppy 
dépendantes de la trésorerie. — Fol. 156 r°. Coté cLxxvu. 


214 
4259 n. st., janv. — L'official constate les conditions de cet 
acensement. — Fol. 156 v°. Coté crxxix. 
215 


4259 n. st., 25 févr. — L'official d'Arras déclare la vente 
faite à l'év. par Achard Calonnel d'une rente hypothécaire 
à Bully. — Fol. 157 r°. Coté cLxxx. 


216. 


4259, 2 oct. — L'official d'Arras déclare la vente faite 
au chapitre par Henri Bougier, Daniel le Cras et Marie 
de Lens, au profit de la Maison-Dieu, d’une maison voisine 
rue de Cité, dans la juridiction de l’évèque, à laquelle elle 
restera soumise ainsi qu'aux charges, us et coutumes du 
lieu. — Fol. 141 v*, Coté cui. 

217 

4259, 25 oct. — Sabbato ante jestum beator, Simonis et 
Jude. — Thomas, prévôt, et deux chanoines, chargés par le 
chapitre de mettre fin à certaines discordes intérieures, 
règlent le mode de collation des paroisses, chapellenies 
et bénéfices dont il dispose. — Fol. 146 r°. Coté cLvur. 


213 
4259, 4er déc. — in crastino b. Andree apost. — Jean, 
doven du chapitre, déclare que l'évéque ayant contesté la 
validité du réglement qui précède, comme ayant é‘é fait 
sans lui, il est venu, au nom du chapitre, solliciter son 
approbation et l’a obtenue. — Fol. 153 ©. Coté cevur. 


219 


*{260, juillet. — L'officiai vidime les lettres de Jacques, 
seigueur d'Achicourt et de Vimv.de mars 12556, relatives à 
une rente de 6 s. due par l'hôpital ou « hostelerie de le 


— 213 — 


gauhere » de Vimy au profit de l’évêque et du curé. — 
Fol. 173 vo. Coté. cour. 
220 
4261 n. st., janv. — L’official d'Arras fait savoir que Jean, 
curé de Guémappe, a acheté une maison près de l’église, 
du gré et dans la juridiction de l’évêque, aux us et coutumes 
du lieu et à condition de ne pouvoir la céder ni léguer à 
aucune personne ou établissement privilégiés. — Fol. 172 vo. 
Coté cLxx. 
221 
1262, déc. — Pierre, é6v. d'Arras, consent à ce que Marie, 
abbesse d’Etrun, nettoie et relève certain fossé voisin du 
mur de son monastère, bien qu’il fasse toutes réserves au 
sujet des droits qu’elle y prétend. — Fol. 153 vo. 
Coté czxxu. 
222 
1262, déc. — feria II post [fest. b.] Barnabe apost. — 
Pierre, év. d'Arras, et l’abbé d’Hasnon chargent trois cha- 
noines de juger arbitralement leurs contestations au sujet 
de la dime de Monchy-l8-Preux (v. n° 242). — Fol. 154 re. 
Coté cexxiv. 
223 
4263 n. st., 5 janv. — jeria seæta in oigilia Epiphan. — 
Me Bauduin de Bapaume, chan. et official, atteste que 
Pierre de Noyelle, chapelain de N. D.,a reconnu que la 
maison achetée par lui de la succession de Marie de Douai, 
rue St-Nicaise, devra rester soumise à la juridiction 
séculière de l’'évèque, ainsi qu'aux charges, us et coutumes 
de Cité. — Fol. 269 vo. Coté cccxxu. 


224 
4263 n. st., févr. — Le chapitre déclare qu’en vertu d'un 
accord avec l'év. Pierre, il le tiendra quitte, lui et ses 
successeurs, de la dime de son grand jardin et du nouvel 


enclos « du Bruille le vesque », moyennant Je paiement 
annuel de cinq mencauds de blé, — Fol, 150 vo. Coté czxui. 


— 24 — 
225 


1263, 26 avril. — L'’official d'Arras atteste que Me Asson 
de Barlin, chanoine, acquéreur des maisons que feu le 
chanoine Jean de Dievat, son frère, possédait dans le cloitre 
et en Galeurue, a reconnu les tenir de l’évèque, aux us 
et coutumes des autres maisons de Cité. — Fol. 151 vo. 


Coté cLzxvi. 
226 


4263, avril. — Me Asson, chanoine d’Arras, fait la même 
déclaration. — Fol. 151 vo. Coté cLxvu. 


227 


4263, 10 août. — ap. Hysdinum, in festo b. Laurentii. — 
Le roi Louis IX donne lettres de non-préjudice à l’évêque, 
au sujet de la saisie faite à Vitry des terres du châtelain 
de Douai, à cause de ses entreprises contre l’abbaye du 
Mont-St Eloi, entreprises que l’évêque n'osait réprimer. — 
Fol. 152 r°. Coté cLvu. 

228 


4264 n. st., 44 janv. — Ambian., feria sexta post. Epiphan. 
Domini. — Pierre, 6v. d'Arras et frère Guillaume, abbé 
d'Anchin, mettent fin, par un accord, à toutes leurs contes- 
tations touchant l’usage des ornements pontificaux, etc. — 
Fol. 104 ro. Coté LxxxxnI. 


229 


#1264, juin. — Gui de Châtillon, comte de St-Pol, charge 
Hue d’Aucoch, son bailli d'Arras, de recevoir en son lieu 
le werp de la dime de Chelers, tenue de lui par Aloul 
Wastel, et d'en investir l’évêque d'Arras. — Foi. 59 r°. 
Coté xur. 


230 
1264, juin. — Gui de Châtillon, comte de St-Pol, afin de 
pouvoir alimenter son nouveau vivier de Duisans, obtient 
de l'évêque son moulin des ponts d’Wisy, en échange de la 


— 215 — 


dime de GChelers que Aloul Wastel a cédée au comte en 
échange du moulin de ce lieu. — Fol. 50 vo. Coté xzui. 


231 


4264, 9 juin. — Fulco, abbé d’Eaucourt, et son couvent, 
provisoirement et gracieysement autorisés par l’év. Pierre 
à faire desservir la cure de Courcelles-le-Comte par un de 
leurs confrères, s'engagent à ne solliciter du pape ni des 
légats aucune confirmation de cette faveur. — Fol. 153 r°. 
Coté cLxxii. 
232 

1264, oct. et nov. — Le chapitre vidime l'acte par lequel 
Pierre, 6v. d'Arras, autorise la vente faite par Werin de 
Brebières, dit Waroke, aux chapelains d'Arras et au Mandé 
d'un fief et de revenus à Vitry. — Fol. 142 v°. Coté cuur. 


233 


4265, 30 avril. — Tibaut, bailli de Lille, mande aux 
échevins de La Bassée qu'il tient quittes les plèges de 
Pierrot Pourteleine, la comtesse de Flandres ayant livré 
celui ci à l’évêque. — Fol. 151 r°. Coté czxv. 


234 


4266, août. — Marie, abbesse d’Etrun, fait connaitre la 
décision des arbitres nommés par elle et l’évêque sur leurs 
différends relatifs aux fossés du bois de Grandsart, à la 
pêche dans la rivière de Marœuil à son entrée dans le vivier 
etc. — Fol. 144 vo. Coté cuui. 


239 


4266, sept. et oct. — Pierre, év. d'Arras, et Gérard, abbé 
de Vaucelles, visiteur des religieuses de La Brayelle, homo- 
loguent le règlement arbitral des difficultés soulevées par 
l’abbaye de Nogent-sous-Concy contre l'établissement des 
dites religieuses dans la paroisse de Bouvignies. — Fol. 
149 r°. Coté czxi. 


— 216 — 
236 


4266, oct. — Sarre, abbesse, et tout le couvent de La 
Brayelle déclarent qu’à leur prière l’évêque Pierre a scellé 
l'acte ci-dessus, sauf en tout et pour tout son droit épiscopal. 
— Fol. 150 vo, Coté czxii. 


237 


4267, mai. — Pierre, év. d'Arras, et l’ahbé du monastère 
de Blangy-en-Ternois, prétendant l’un et l'autre au droit 
de collation sur la chapellenie du Ponchel, se mettent 
d'accord pour l'exercer à tour de rôle. — Fol. 139, v°. 


Coté cxzvinr. 
238 


4268 n. st., janv. — Le chapitre fait savoir que M° Robert 
de Wailly, écolatre, a donné à cense, pour 8 liv. par. de 
rente annuelle, vingt-quatre mencaudées de terre apparte- 
nant à l’écolatrerie, situées près de Bronnes et aux environs. 
— Fol. 193 ro. Coté cexLv. 

239 


4269, juin. — Th. ancien prévôt, B. de Bapaume et H. de 
Liessies, chanoines d'Arras, se prononcent, comme arbitres 
sur le sens controversé de trois articles d’une convention 
faite entre l’év. Pierre etJ.,archid. d'Arras, en 1268, dominica 
ante festum. b. Clementis. — Fol. 278 v°. Coté cocxxxu. 


240 


S. d. [4269 v. st., Chandeleur]. — Notification au bailli 
d'Amiens de l'arrêt du parlement qui fixe les limiles entre 
le domaine du comte et celui de l'évêque à la porte de Cité. 
— Fol. 187 r°. Coté ccxxx. 


241 


4274, déc. — Robert, comte d'Artois, fait savoir que 
Manessier Mauchions de Vimy a vendu à l'évèque Pierre 
tout ce qu’il tenait du comte à Marœuil, au lieu dit Belham. 
De son côté, Robert renonce à cet hommage au profit 


— 217 — 


de l’évêque, acceptant en échange un autre hommage 
tenu dudit Manessier à Neuville-St-Vaast. — Fol. 40 vo. 
Coté xxvui. 

242 

4273, juin. — Me B. de Bapaume, archidiacre, Me Nicolas 

Brochart, official et Me Michel de Dievat, chan. d’Arras, 
formulent leur arbitrage entre l'év. Pierre et l’abbaye 
d'Hasnon touchant les dimes de Monchy le-Preux (V. n° 222). 
— Fol. 154 vo, Coté cLxxv. 

243 


1273, 6 sept. — quarto non. sept. — Pierre, évèque, le 
chapitre et l'official d'Arras, divisés par de graves conflits 
de juridiction, déclarent soumettre leurs griefs au jugement 
de cinq arbitres. — Fol. 122 v°. Coté cxxur. 


244 


4273, 5 sept. —. die martis ante festum b. Virg. Marie. — 
Les mêmes accordent que, pour la solution de certaines 
questions réservées, le terme fixé à l'arbitrage puisse être 
prorogé. — Fol. 124 r°. Coté xxu. 


245 


4273, 6 sept. — Procès verbal notarié de la promulgation 
de cette sentence arbitrale lue dans le chœur de la cathédrale 
en présence des parties. — Fol. 124 vo, Coté cxxnu. 


246 
4274, oct. — Le chapitre ayant acheté naguëre, au profit 
de la chapellenie de Henri d’Etrun, une dime à Saulty, du 


patronage de l'évêque, reconnait à celui-ci le droit de la 
racheter au prix coùlant. — Fol. 183 r°. Coté ccxxur. 


247 


4274, nov. — L'év. Pierreet le chapitre, étant en désaccord 


au sujet de leurs droits sur les offrandes et les cires, 
conviennent de s’en rapporter au jugement de deux arbitres. 
— Fol, 127 vo. Coté cxxv. 


NS Sos GOT EM 


— 218 — 
248 


#1275 n. st., janv. — Maielin, chevalier, seigneur de 
Wingles et de Renescure, connétable de Flandre, donne 
pour l'entretien du chapelain de Wingles dix-huit livres 
paris. de rentesur Caudescure. — Fol. 167 ve. Coté cLxxxxili. 


249 
4275, 25 juin. — die martis in crastino Natio. b. Joh. 
Baptiste. — André, doyen du chapitre, et le chanoine 


Me Guillaume le Couvreur, arbitres nommés ci-dessus, 
rendent leur jugement:touchant la répartition des offrandes 
et des cires entre l’évêque ou le custos ecclesie, d'une part, 
de l’autre le chapitre et la fabrique. — Fol. 128 r°. 


Coté cxxvi. 
250 


1275, 28 oct. — in festo apostolor. Simonis et Jude. — 
Guy de Châtillon, comte de St-Pol, et Mathilde comtesse 
d'Artois, son épouse, fondent trois chapellenies dans leur 
castel de Lucheu, en sus des deux chapellenies presbyté- 
rales par eux fondées antérieurement. — Fol. 275 v°. 


Coté cccxxx. 
251 


4277, 42 n0v. — in crastino b. Martini hyemal. — 
Pierre, évêque d'Arras, et le chapitre, pour prévenir des 
conflits de juridiction, s'entendent sur les poursuites à 
exercer contre le chapelain Jean de Neuville, accusé 
d'infamie. — Fol. 183 r°. Coté ccxxv. 


252 


4277, nov. — L'official déclare que par-devant lui Rikier- 
Amion, clerc, a reconnu qu’il ne pouvait, sans congé de 
l’évêque, établir dans sa maison de la rue des Maus, ni 
gargouilles, ni autres constructions débordant sur rue, et 
qu'il s’esl soumis aux réparations exigées pour ce délit. — 
Fol. 184 r°. Coté ccxxvi. 


— 219 — 


253 
4278, 16 juin.— feria quinta post Trinitatem. — L'official 
déclare qu’un différend s'étant élevé entre l’évéque, d’une 
part, et d'autre le personnat et le curé de Monchicourt au 
sujet de la dime, les parties sont convenues d’en référer à 
un arbitrage. — Fol. 185 r°. Coté cexvur. 


254 
1278, 13 juillet. — /eria quarta ante festum Dioisionis 
apostolor,— L’official déclare que Gilles Brochart, chanoine, 
en reconnaissance de ce que l’évêque lui a permis de faire 
couler l’eau de Bronnes dans son vivier, s’engage à lui 
payer à perpétuité une rente de deux chapons. — Fol. 184 vo. 
Coté ccxxvir. 
255 
1278, juillet. — L'official fait connaître la décision de 
Me Guillaume le Couvreur, scelleur de la cour d'Arras, et 
sire Jean Fastoul, maitre d’hôtel de l’évêque, tous deux 
chapelains perpétuels, arbitres nommés par l’évêque d'une 
part, le curé et le personnat de Monchicourt de l’autre, au 
sujet des dimes de ce village. — Fol. 185 vo. Coté cexxix. 


256 
4283, 22 juin. — Enguerran, évêque de Cambrai, écrit 4 
Guillaume, évêque d'Arras, qu’il consent, sur sa requête, à 
lui rendre ses deux sujets, Pierre de Méricourt, avocat de 
la cour d'Arras, et Jean, détenus dans sa prison sous 
l'inculpation de certains meffaits — sans préjudice pour les 
droits de son église. — Fol. 188 vo et 266 ro. Cotés ccxxxv 
el CCCX VII. 
257 
1286, 23 mai. — Les échevins de Vitry déclarent que la 
châtelaine de Douai se reconnait obligée de vider la maison 
qu'elle tient de l’évêque, lorsque ce prélat vient à Vitry, bien 
qu'elle ne l'ait pas fait à la première visite du nouvel 
évèque, ce dont elle s’est excusée. — Fol, 188 r° et 267 r°, 
Cotés cexxxiv et GCCxx. | 


— 220 — 


258 


4286, 25 juin. — in crastino Natio. b. Joh. Baptiste. — 
Le chapitre d'Arras nomme quatre mandataires chargés de 
régler, de concert avec l’évêque, une institution de chanoines 
dans l’église St-Nicaise. — Fol. 188 vo. Coté cexxxvi. 


259 


4286, juin. — Guillaume, év. d'Arras, déclare que, 
voulant fonder une prébende à St-Nicaise, Anselme le 
Cambrelens (Camerarius) a remis entre ses mains deux fiefs 
à Vitry. Son fils Pierre présenté par lui pour cette prébende 
en est investi par l'évèque. — Fol. 190 v°. Coté coxxxvur. 


269 ° 


1286 10 juillet. — die mercurii post octub. apost. Petri 
et Pauli. — Guillaume, év. d'Arras, promulgue le règlement 
des canonicats de St-Nicaise élaboré par lui de concert avec 
les quatre délégués du chapitre. — Fol. 189 r°. Coté cexxxvii. 


261 


1286, août. — Guillaume, év. d'Arras, fait savoir que 
Marguerite le Jaie, son homme lige, à remis en sa main un 
fief situé à Wagnonlieu et aux environs pour en fonder une 
prébende à St-Nicaise, dont il investit, à sa requête, M° Jean 
de Gauchin(Vidimus de l’official, avril 1315). — Fol. 195 r°. 
Coté cc. 

262 

*1287, 47 avril. — Sous un double vidimus de l’officialité, 
le premier de mème date, l’autre du 16 juin 1551, acte par 
lequel Thibaut de Berle, chevalier, donne des terres situées 
à Monchy-au-Bois et des rentes pour faire des distributions 
charitables aux pauvres de Berle-au-Moustier et célébrer 
trois obits pour lui et sa famille. — Fol. 440 v°. Coté cccczxin. 


263 
1288, 20 août. — die veneris post Assumpt. b. Virginis. 
— Le chapitre étant en possession d’une dime achelée par 


— 221 — 


lui de Hellin de Wasiers dans la paroisse d’Armentières, 
accorde à l’évêque, qui en est le patron, de pouvoir racheter 
cette dime au prix coûtant. — Fol. 191 r°. Coté ccxxxix. 


264 


4290, juillet. — Le chapitre déclare qu'une maison par 
lui achetée de Jean Liénart et sa femme, entre la maison 
de la Taillerie et le four de l’évêque, est soumise à la même 
juridiction el eux mêmes charges, us et coutumes que les 
autres maisons de Cité. — Fol. 191 vo. Coté cexzr. 


265 


4290, juillet. — Le chapitre déclare avoir acheté de 
Jacques le Haumier, chapelain perpétuel, une maison située 
en Galeurue, près de la porte du cloître, en face de la grange 
de l'église N. D.; laquelle maison étant dans la juridiction 
de l'évêque restera sujette aux charges, us et coutumes de 
Cité. — Fol. 191 v°. Coté cexLur. 


266 


4290, 18 nov. — sabbato post festum b. Martini hyem. — 
L’official fait savoir qu’un différend entre le chapitre, d'une 
part, et Bauduïn le Fac et consorts, de l’autre, au sujet de 
cerlains droits prétendus par ceux-ci sur le moulin de 
Bronnes, a été tranché ainsi par sentence arbitrale : le 
chapitre paiera 85 liv., et les Le Fac renonceront à leurs 
prétentions. — Fol. 273 v°. Coté cccxxvui. 


267 


4291 n. st., 4 févr. — die mercurii post octab. festi Purific. 
B. Marie Virg. — L'évèque et le chapitre approuvent une 
sentence arbitrale qui met fin à leurs contestations touchant 
la juridiction du mur et de la porte du cloître sur la grande 
rue de Cité, leurs droits respectifs sur certaines offrandes, 
etc. — Fol. 192. Coté cexzui. 


— 222 — 


268 
1294, 4 août. — ap. Credulium, dominira in festo ad rine. 
S. Petri. — Ph. le Bel mande au bailli d'Amiens de faire 


révoquer deux bans publiés par les échevins d'Arras, l’un 
ordonnant aux clercs de se tenir prêts à partir pour l’armée, 
l'autre qui taxe à leur entrée en ville le blé et le vin achetés 
en Cité. — Fol. 192 vo. Coté cexui. 
269 

14296, 31 déc. — Procès-verbal de Jean de Rome des frères 
prêcheurs, vicairede Gérard év. d'Arras, el de Pierre Briches, 
notaire de l’Eglise romaine, constatant que le prévcepteur et 
les frères et sœurs de l'hôpital Saint-Sanson de Douai ont 
juré qu'ils se mettent, au spirituel et au temporel, sous la 
juridiction, la correction et la sauvegarde de l'évêque 
d'Arras. — Fol. 193 v°. Coté ccxLvi. 


270 


1298 n. st., 43 mars. — Atfrebati, in curia episcopal. 
Les fondateurs de la chapellenie de Fournes présentent 
Pierre le Moine pour la desservir, requérant son installation 
et son envoi en possession des biens repris dans l'acte. Après 
lui, cette présentation appartiendra à l'évêque. — Fol. 194 vo. 
Coté ccxLIx. 

271 

S. d. — Etat nominatif des fiévés de l'évèque d'Arras, au 

nombre de soixante-quatre. — Fol. 199 ro. Coté ccuiv. 


272 


#5. d. — Mémoire des obligations de l'évêque et de la dame 
de Rouvroy concernant l'entretien du moulin de Bronnes, 
et du revenu qu'ils y perçoivent concurremment avec le 
chapitre. — Fol. 291 r°. Coté cecxLv. 


273 


4302, 4er juin. — ap. Petramfontem, dieveneris post Ascens. 
Dom. — Ph. le Bel, sur la plainte de l'év. d'Arras et 


— 223 — 


autres ecclésiastiques, prescrit à ses baillis d'Amiens et de 
Vermandois les règles à suivre à l'égard des cieres. —- 
Fol. 279 r°. Coté cccxxxuni. 
| 274 

4303, 17 août. — die sabbati post Assumpt. Virg. glorios. 
— L'év. Gérard, pour meitre fin à des comfits de juridiction 
au sujet d’une dizaine de maisons du cloître donnant sur 
les trois rues adjacentes, cède son droit sur ces maisons au 
chapitre, en échange des rentes que celui-ci lui doit et d’un 
solde de 309 liv. par. — Fol. 201. Coté ceuix. 


279 


© 4303, 11 oct. — die veneris past festum S. Dionysü. — 
Robert, archevêque de Reims. approuve la précédente 
transaction. — Fol. 202 r°. Coté cczx. 


276 


4303, 29 oct. — feria tertia ante festum Omn. Sanctor. 
— Florent, prévôt, et deux chanoines d’Arras rendent leur 
jugement arbitral sur les difficultés pendantes entre l'évêque 
et le chapitre : juridiction des vicaires et chapelains, béné- 
diction des abbés et abbesses, tenue du synode, élection et 
confirmation du doyen, etc. — Fol. 367 r°. Coté ceccxix. 


277 
4304 n. st., 26 févr. — feria III post dominicam qua 
cantatur Incocaoit me. — Gérard, év. d'Arras, confirme 


l'institution d’une chapellenie fondée par Robert de Lannoy 
au nom d'Agnès, son épouse défunte, dans la chapelle 
Ste-Marie de l'hôpital de Houdain, et envoie en possession 
Adam le clerc de Bours. — Fol. 282 r°. Coté cccxxxiui. 


278 


21304, 10 avril. — Le venredi amprès Quasimodo. — 
Hellin d’Armentières, chevalier, fonde une chapellenie à 
Armentières, au revenu de dix-neuf livres sur le grand 
tonlieu de cette ville, et présente pour titulaire Jean du 


— 224 — 


Biés. L'évèque confirme cette fondution l’année suivante. 
— Fol. 284 r°. Coté cccxxxv. 


279 


4305, 18 avril. — Gérard, év. d'Arras, déclare et autorise 
l'arrentement d'une pièce de terre tenue de lui, sise à 
Grincourt, fait par Jean Soihier au profit de Michel de 
Fontaines, clerc. — Fol. 286 vo. Coté cccxL. 


280 


4305, 9 juin. — in monasterio Marchenn. — Acte notarié 
constatant qu'en présence de l'év. Gérard, Jean de Verqui- 
gneul, chevalier, a affecté divers revenus à l'institution, 
dans sa maison de Verquigneul, d’une chapellenie que 
desservira Jean « li Bochus ». — Fol. 287 r°. Coté cccxui. 


281 


4305, 9 juin. — Gérard, év. d'Arras, approuve la fondation 
ci dessus. — Fol. 288 vo, Coté cccxzur. 


282 


4312, 2 déc. — Mémoire que Jean Bruier, serviteur de 
l'écolâtre, arrêté par les sergents du chapitre pour violences 
avec effusion de sang par lui commises dans la cathédrale 
et sous le porlail, a été rendu à l’évêque sur la requête de 
l'official. — Fol. 284 v°. Coté cccxxxvi. 


283 


4343, 8 nov. — Le chapitre d'Arras approuve l’échange 
fait par l’évêque de trois mencaudées de terre au lieu dit 
« Às cloques » contre un courtil sis à Marœuil et joignant 
la rivière qui alimente le moulin dudit évêque. — Fol. 194 r°. 
Coté cexzvir. 

284 

4313, 8 nov. — Le chapitre approuve la cession faite par 
l'év. Guillaume à Isabelle, veuve d’André Wagon, et à Jean 
son fils, de diverses pièces de terre à Marœuil en échange 


— 225 — 


d’un courtil joignant la rivière ci-dessus. — Fol 194 r°. 
Coté cexevul. 
285 


4345, avril. — L'év. d'Arras arrente à Michel d'Ecoivres, 
clerc, fils de Michel, chevalier, une maison en Galeurue, 
donnée par Simon d’Ecurie, chapelain, pour la fondation 
d’un hôpital vers l’église St-Nicaise. — Fol. 196 r°. Coté cour. 


286 


1347 n. st., 9 féôvr.— Jean de Lens, jadis chapelain perpé- 
tuel de l’église d'Arras, donne par acte notarié une rente de 
quinze livres sur diverses maisons de Galeurue, pour fonder 
une chapellenie, soit dans la cathédrale, la chapelle de 


l'évêché, l’éghise St-Nicaise, ou ailleurs en Cité. Fol. 305 v°. 
Coté cccLx. 
287 


4325, 25 juin. — /eria III in crastino b. Joh. Bapt. — 
L'olficial déclare que M9 Jacques Nobelet, chapelain de 
l'église d'Arras, a reconnu que la maison qu'il vient d'acheter 
en Galeurue est soumise à la juridiction des échevins, ainsi 


qu'aux charges, us et coutumes de Cité. — Fol., 195 vo, 
Coté ccui. 
288 

1331 n. st., 40 janv. — feria quinta post Epiph. — Les 
vicaires généraux de l'évèque André mandent à l’archidiacre 
d'Arras d'installer à la cure de Mondicourt Jacques le 
Moine, curé de Sommelte au diocèse de Noyon, à eux 
présenté par le prieur de Pas de l'ordre de Cluni, collateur 
de cette paroisse. — Fol, 200 r°. Coté cczvi. 


289 
41331 n. st., 13 janv. — dominica in octabis Epiphan. — 
Les vicaires généraux de l’év. André, en l'absence du 
procureur général de l’archidiacre, enjoignent au doyen de 
chrétienté de Pas de procéder à l'installation ci dessus. — 
Fol. 200 r°. Coté cczvu. 
15 


— 226 — 
290 


4331 n. st., 21 janv. — jeria II post [fest. b.] Hilarii. — 
Le doyen de Pas informe les vicaires généraux qu'il a 
exécuté leurs ordres. — Fol. 200 vo. Coté cezvur. 


291 


1332. Note sur les transmissions de la maison de Simon 
W ydelin, chantre d'Arras. — Fol, 198 v° non coté, et 212 vo 
coté CCCLXVII. | 
292 
1332 n. st., 25 janv. — Arrêt du parlement qui maintient 
la cour de l’évêque dans la juridiction d’appel de ses justices 
locales, contre Sagalon Crespin appelant au bailliage 
d'Amiens d’un jugement rendu en faveur de Baude Crespin 
par les hommes cotiers de Brebières. — Fol. 203 r°. Coté 
CCLXII, 
293 
14332 n. st., 5 avril. — Lettres exécutoires de l’arrêt 
adressées au bailli d'Amiens. — Fol. 203 vo. Coté cczxutr. 


294 


4332 n. st., 2 avril. — Philippe VI mande à ses baillis de 
Vermandois, d'Amiens, de Lille, de maintenir l'év. d'Arras 
dans ses possessions et saisines et dans l'exercice de sa 
juridiction. — Fol. 204 r°. Coté cczxv. 


295 


1332,7 mai. — Arrèt decassationsignifié au bailli d'Amiens, 
qui, dans la cause portée devant son siège par Jean le Mire 
(Medici) appelant d’un jugement des échevins de Cité, 
n'avait pas renvoyé les parties devant les francs hommes de 
la cour épiscopale, selon la hiérarchie judiciaire, mais 
devant le parlement, contrairement à la jurisprudence 
établie par la cour suprème dans l'affaire Sagalon Crespin. 
— Fol, 203 v°. Coté cczxu. 


— 227 — 


29% 


1335, 43 mai. — Arrêt du parlement rendu sur la plainte 
du comte de Nevers, interdisant aux sergents royaux d'’élire 
domicile dans cette ville au bourg de St-Etienne, et surtout 
d'y faire aucun exploit de justice. — Fol. 197 vo, non coté, 
et 199 v°, coté ccLv. 

297 

8. d. — Etat des bénéfices appartenant à lu collation de 
l'évêque, avec indication de la valeur de chacun. — 
Fol. 289 r°. Coté cccxLui. 

298 

4350, 29 mai. — Procès-verbal signé des témoins consta- 
tant qu’en présence de l’év. A ymeri, Jean Simon, chanoine 
d'Arras, contre lequel le bruit courait qu'il avait été l'inter- 
médiaire d’un contrat simoniaque touchant une promotion 
à la cure de Bruay, a juré sur l’évangile qu'il n’était pas 
coupable. — Fol. 202 v°. Coté ccexi. 


299 


4350, 19 juillet. — in domo nostra de Mariolo. — 
L'év. Aymeri, ayant contesté au chapitre de St-Amé l’auto- 
rité qu'il s’attribuait en certains cas sur ses chapelains et 
ses clercs, reconnait après enquêle sa possession d'état. 
(Vidimus de ce chapitre du 12 févr. 1372 n. st.) — 
Fol. 238 vo. Coté ccLxxxx. | 

300 


1350, 4 oct. — Procès-verbal notarié du jugement arbitral 
rendu sur de nouveaux conflits survenus entre l’évêque et 
le chapitre au sujet de leurs juridictions, du personnat de la 
chapellenie de Brétencourt, desconfirmalions ou infirmations 
des abbés élus, etc. — Fol. 208 vo. Coté cczxix. 


301 
1354 n. st., 8 mars. — Les vicaires généraux de l’év. 
Aymeri et le chapitre d'Arras transigent sur les difficultés 


— 228 — 


soulevées par la mort du chapelain Henri de Padoue, suppôt 
du chapitre, mais domicilié hors du cloître, et à ce titre 
justiciable de l’évêque. — Fol. 213 vo, Coté cczxx. 


302 


4351, 4 avril. — Arrèt du parlement qui condamne Jean 
Bougier, monnayeur, tavernier de Cité, appelant du bailli 
d'Amiens et des maîtres des monnaies, à payer à l’évêque, 
pour droit de forage, quatre lots de vin etsoixante sols tourn. 
d'amende par pièce, sur quatre-vingl pièces vendues sans 
licence. — Fol. 225 r°. Coté ccrxxv. 


303 


4352. — L'év. Aymeri et le chapitre de N.-D. de Lens, 
en procès à Beauquesne au sujet du droit de visite et de la 
correction de deux chapelains concubinaires, renoncent de 
part et d'autre aux poursuites. - Fol 335 r°. Coté cccLxxxix. 


304 


1352, 148 mai. — Arrét du parlement qui maintient l’évêque 
en possession de percevoir certains revenus annuels sur les 
terres, terrages et hérilages du châtelain de Douai à Vitry, 
et condamne ledit châtelain aux dépens. — Fol. 207 r°. 


Coté cczxvui. 
305 


1352, 24 déc. — L'év. Aymeri et le chapitre conviennent 
de soumettre à un arbitrage les causes pendantes entre eux 
au siège de Beauquesne et de considérer comme non avenus 
les faits qui ont soulevé d’autres contestations. — Fol. 277 r°. 


Coté cocxxxi. 
306 


4353, 16 nov. — Note à la marge inférieure constatant 
que l’abbesse d’Etrun a reconnu qu’à chaque mutation 
d'abbesse, son couvent doil à l’évêque le relief de cent 
soixante mencaudées et seize verges de terre, à raison de 
XII d. par mencaudée. -- Fol. 187 r°. Coté cexxxi. 


— 229 — 
307 


1354, 22 oct. — die mercurii post. fest. b. Luce evang. — 
L'év. Aymeri, transige avec noble dame Marie de Faukemont, 
abbesse séculière de l’église Ste-Aldagonde de Maubeuge, 
qui refusait d'assister en personne au synode : leurs vies 
durant, elle pourra s’y faire représenter par procureur. — 
Fol. 198 r°. Coté cczur. 

308 


#1354, 17 déc. — Arrét du parlement homologuant l'accord 
conclu entre l'év. Aymeri et les maire et échevins d'Arras, 
après réparation des violences commises par leurs bourgeois, 
qui, le 21 sept. 1346, envahissant en armes le cloitre, la 
cathédrale et le palais, avaient violenté l’official et emporté 
en ville le reliquaire de la Manne. — Fol, 215 vo. Coté ccLxxu. 


309 


1355, 18 juillet. — Arrêt du parlement cassant le jugement 
du prévôt de Beauquesne confirmé par le bailli d'Amiens, 
dans l'affaire de Jean Martin, clerc, coupable de voies de 
fait commises dans la cathédrale, et adjugeant à l’év. la 
connaissance des clercs délinquant dans le cloitre et l’église, 
et au chapitre celle des laïcs. — Fol. 206 r° et 295 re. 


Cotés cezxvit et CCCLHt. 
310 


4355, 24 juillet. — Points et articles d’un accord scellé à 
Marœuil entre l'évêque et l’abbé d’Anchin, touchant les 
excuses à faire par ce dernier, les & pasts et procurations » 
dùs par l'abbaye, la décime biennale, les emprunts en rentes 
à vie, la correction des moines. — Fol. 204 vo. Coté ccLxvi. 


311 


4355, 9 nov. — Proces-verbal notarié constatant que l'év. 
Aymeri étant en désaccord avec le prévôt d’Eversam au 
sujet de la « procuration » et du « past » réclamés de cette 
abbaye à cause de l’église de Fromelles, il a été convenu 


— 23) — 


qu'elle les paierait cette année, tous droits réservés. — 
Fol. 215 r°. Coté cczxxi. 
312 
*1356, 8 oct. — Les maire et échevins d'Arras reconnais- 
sent que les travaux commencés à la porte de Cité pour 
l'établissement d'un pont-levis ont été gracieusement aulo- 
risés par les vicaires de l’évêque, sans préjudice à ses droits 
et à sa juridiction. — Fol. 238 r° et 257 r°. Cotés ccLxxxIx 
et CcCv. 
313 
4356 et 1357. — Mémoire d’un paiement de 12 Ib. tourn. 
fait à deux cardinaux, en sus des dépens, pour leur visite 
en Cité et dans le diocèse. — Fol. 2 vo. Non coté. 


314 


4357, 31 Août. — Nouvel arrèt du parlement touchant 
l'affaire Jean Martin, rendu à la requête du chapitre sur 
pourvoi en révision, pour cause d'erreur, de celui du 18 
juillet 1355. Le jugement estconfirméet le chapitre condamné 
à une amende double et aux frais. — Fol. 296 vo. Coté ccczur. 


319 


4358, 13 juin. — Mémoire que, vers cette date, le bailli 
d'Amiens tint ses plaids par gräce dans la salle épiscopale et 
donna lettres de non-préjudice.— Fol. 285 r°. Coté cccxxxvu. 


316 


4358, 13 juin. — Mémoire que, vers ce temps, un cheval 
confisqué pour mort d'homme au profit de l'évêque fut rendu 
à la prière dudit bailli, tous droits réservés. — Fol. 285 re, 
Coté cecxxxvi. 

317 

#1358, 48 déc. — Par-devant le bailli d'Amiens, le censier 
de la maison de Flourin-les-La Bassée pour l'abbave du 
St Sépulcre de Cambrai, poursuivi par l'évêque en paiement 
de son droit de visite montant à cent quarante vieux gros 


— 231 — 


tourn., reconnait le bien fondé de la demande et paie sa dette. 
— Fol. 223 vo. Coté cezxxin et CCLxxIv. 


318 


1362, 27 oct. — feria quinta in oigilia ss. Simonis et Jude 
apost. — L'’év. Gérard convient avec le prévôt d'Eversam, 
que, durant son épiscopal, il ne réclamera le « past » dû par 
le couvent que s'il y vient en personne ; et que le prévût 
pourra se faira représenter au synode par un procureur, 
lequel après avoir payé 20 s. sera libre de se retirer. — 
Fol. 242 r° et 259 vo, Cotés cecxxxxii et cccvin. 


319 


1363, 21 juillet. — Arrét du parlement homologuant un 
accord entre l'évèque et le chapitre sur la juridiction des 
délits commis dans le cloitre et la correction des chanoines, 
des vicaires et des clercs. — Fol. 298 v°. Coté ceci. 


320 


1364, 1 juin. — L’év. Gérard et le chapitre de St-Amé de 
Douai règlent à l’amiable leurs litiges portés en cour de 
Reims, s'en référant pour l'investiture du doyen à la charte 
de l’év. Pierre du 2 juillet 1322, et, pour son assistance au. 
synode, à celle de l’év. Robert sur les autels de Fressain et 
de Fechain, de 1124. — Fol. 227 r°. Coté cczxxvir. 


321 


4364, 16 sept. — Charles VI mande à ses gens du parle- 
ment de ne mettre aucun obstacle à l'accord ménagé entre 
l’évèque et le chapitre sur l'objet de leur procès. — Fol. 302 r°. 
Coté cccLvi. 

322 

4364, 19 sept. — Homologation en chambre de conseil du 
parlement d'un accord complémentaire entre l'évèque et le 
chapitre, qui précise sur quelques points celui du 21 juillet. 
— Fol. 301. v°. Coté ceczv. 


— 932 — 
323 


4364, 28 oct. — Attrebati, die b. Simonis et Jude apost. 
— L'év. Gérard et Eustache, abbé de St-Vaast, mettant fin 
à d'anciennes contestationstouchant l'église de La Madeleine, 
règlent en detail les formalités à remplir, en cas de décès 
ou de mutation, pour l'institution d'un nouveau curé. — 
Fol. 236 r°, Coté ccLxxvi. 


324 


1366, 24 juin. — Mention d’une sentence du bailliage 
d'Amiens rendue par Jean Barreau contre l’abbaye de 
St-André du Cateau en faveur de l’évèque, auquel est adjugé 
le droit de & procuration » dans la maison de Cuincy-lez- 
Douai. — Fol. 237 vo. Coté cczxxxvin. 


329 


1368, 12 mai. — Jean Barreau, gouverneur du bailliage 
d'Amiens, commis par le roi à la nouvelle fortification de 
Cité, donne, au nom de l’évêque et du chapitre, des leltres 
de non-préjudice aux maire et échevins d'Arras, pour 
l'autorisation qu’ils ont donnée de relier la forteresse de Cité 
à celle d'Arras par une estacade du côté de Bronnes. — 
Fol. 372 r°. Coté ccccxu. 


326 


4370, 20 août. — Jean Barreau, gouverneur du bailliage 
d'Amiens, déclare que Gni de Gouvy, bailli d'Arras, au nom 
de la comtesse et des échevins, a autorisé l’évêque et le 
chapitre à faire faire une palissade depuis la portelette 
nouvelle du fossé de Burriane jusqu’au fossé de la ville. — 
Fol. 372 vo. Non coté. 

327 


4371. Mémoire d'un paiement de huit liv. tourn. fait, en 
sus de leurs dépens, à deux cardinaux pour les deux tiers 
de leur « visite » dans la Cité et le diocèse. — Fol. 2 vo, 


— 233 — 
328 


4372 n. st., 42 fév. — Vidimus par le chapitre de St Amé 
de Douai d'un acte notarié du 19 juillet 1350, par lequel l’év. 
Aymeri lui reconnait certains droits privilégiés sur les clercs 
de la collégiale. — Fol. 238 vo. Coté ccLxxxx. 


329 


1372, 48 août. — L'év. Pierre et le chapitre de la collé- 
giale de Lens déclarent mettre à néant leur procès sur 
la juridiction des clercs de cette église. — Fol. 245 r°. 
Coté courn*?xv. 

330 


4372, 29 nov. — Avenione, tercio kal., decemb., pont. a. II. 
— (« Cum exemplionum privilegia ». — Grégoire XI, 
informé que les chanoines, chapelains, clercs de chœur 
de l’église St-Amé de Douai, se prétendant exempts de la 
juridiction de l'ordinaire, commettent toutes sortes d'excës, 
suspend leurs privilèges et les soumet à la correction 
de l'évèque. — Fol. 248 vo. Coté cenu'*xvu. 


331 
4375, 29 juin. — Pierre, év. d'Arras, et le chapitre de 
St-Amé de Douai, en procès depuis le temps de l’év. Adémar, 


déclarent nulles et non avenues les procédures relatives à 
leurs diverses contestations. — Fol. 242 v°, Coté cou*xnr, 


332 


1376 n. st., 27 mars. — Pierre, év. d'Arras, procédant 
depuis longtemps en cour de Reims contre Marie de Fauke- 
mont, abbesse séculière de Ste-Aldegonde de Maubeuge, qui 
refuse d'assister à son synode, consent, à la prière de Gui 
de Blois, seigneur de Beaumont et de Chimay, que les 
choses restent en l’élat, tous droits réservés, — Fol. 229 vo. 
Colë cCLxxIx. 


— 234 — 
343 


1377, 49 et 28 juillet. — Gérard, év. de Cambrai, et 
Michel de Dainville, archid. d’'Ostrevant, héritiers de feu 
Jean de Dainville, seigneur de Buire et d’Ausonviller, 
chevalier, maitre d'hôtel du roi, leur frère, en exécution 
de ses dernières volontés, fondent deux chapellenies dans 
l'église de Dainville. L’év. d'Arras approuve ces fondations. 
— Vidimus d’un notaire de Cambrai du 23 avril 1378. — 
Fol. 233 r°. Coté cou. 


334 


1378. — Avenione. — Dictum d’un jugement rendu en 
cour de Rome contre l’archidiacre de Cambrai qui réclamait 
de l’év. d'Arras, comme droit d’installation, un marc d'or 
pour lui et un marc d'argent pour son official, plus leurs 
frais de voyage. — Fol. 237 r°. Coté coun*vu. 


335 


*1378, 13 sept. — Paris. — Charles VI mande à son 
bailli d'Amiens de faire saisir et emprisonner les bannis de 
l’évêque qui persisteraient à rester dans son diocèse, et de 
les livrer sur sa requête à la justice épiscopale. — Fol. 241 vo. 
Coté conn*?xt. 

336 

#1379, 27 mai. — Par-devant échevins de Cité, Mathieu 
Roussel vend à Etienne Bosquet 16 s. de rente foncière sur 
un immeuble en « Galesrue », attenant au four de l'évêque, 
rente que celui-ci transporte à la trésorerie de l’église 
d'Arras appartenant audit révérend père, en augmentation 
de la chapellenie qu’il a fondée et au profit du chapelain 
sire Nicaise Galant à présent garde de ladite trésorerie, et 
de ses successeurs en office. — Fol. 231) ro. Coté ccLxxx. 


337 


1379, 25 déc. — Le chapitre cède à l’év. Pierre son tiers 
dans le moulin de Bronnes, avec la juridiction qu'il y 


— 235 — 


prétend, moyennant dix liv. par. de rente. Toutes diligences 
seront faites pour obtenir du saint-siège la confirmation de 
cet arrentement. — Fol. 308 r°. Coté ccczxni. 


338 


4381 n. st., fév. — Jean, seigneur de Miraumont, ratifie 
les coutumes de ce castel, telles qu’elles ont été établies en 
1185 par Gui, son ancêtre, et depuis jurées par les succes- 
seurs de Gui, dont les ratifications successives sont reprises 
dans l'acte. — Fol. 408 r°. Coté 441. 


339 


*1381, 10 mai. — Accord passé en parlement entre l’év. 
d'Arras, son official, le scelleur et le promoteur d'une part, 
et onze sergents du bailliage d'Amiens avec leurs cinq 
complices, coupables de violation de l'église St-Nicolas de 
Méaulens et de voies de fait envers les officiers de l’évêque. 
Détail des réparations imposées.— Fol. 231 r°. Coté ccLxxxi. 


340 


1381, 10 mai. — Lettres exécutoires de l’arrèt ci-dessus. 
— Fol. 232 vo. Coté cezxxxt. 


341 


1384 n. st., 20 févr. — Arrèt du parlement rendu sur les 
poursuites de l'évêque contre Me Jacques Sacquespée, au 
sujet d'une rente de deux chapons et douze den. par. due 
par sa maison du cloitre à la trésorerie de l'église réunie à 
l'évêché. — Fol. 246 r°. Coté conn**vi. 


342 


1384, 4 oct. — Jean, év. d'Amiens, donne lettres de non- 
préjudice à l'év. d'Arras au sujet de citations faites en Cité 
et ailleurs par un notaire de la cour d'Amiens, à la requête 
de trois clercs accusés d'homicide — Fol. 253 ro, Coté ceci. 


— 236 — 
343 


\ 

#1387, 41 juin.— Dictum d’un jugement du bailli d'Amiens 
condamnant huit habitants de Vitry, pour injures, excès et 
rébellions, à faire réparation aux officiers de l’évêque et à 
payer à celui-ci des dommages el intérêts. — Fol. 244 r° et 
247 vo. — Cotés cour*xiv et ccnr'*xvr bis. 


344 


#1388, 6 août. — Charles VI mande aux gens de ses 
comptes et au baïlli d'Amiens que l’év. d'Arras se prétendant 
exempt d’ost et de chevauchée, ils aient à examiner son 
privilège ; et que, s'ils trouvent qu'il en soit ainsi, ils le 
dispensent d'envoyer le chariot attelé de cinq chevaux que 
le bailli lui réclame. — Fol. 294 vo, Coté cccui. 


349 


4388, 10 août. — Charles VI mande aux gens de ses 
comptes, jusliciers, officiers, etc., de laisser en paix les 
gens d'Église par eux requis d'envoyer en l’ost chariots, 
charrettes et chevaux, lorsque les registres de la chambre 
des comptes ne constatent pas celte obligation. — Fol. 293 vo. 
Coté ccexLix. 

346 

#1388, 12 août. — Les gens des comptes mandent au 
gouverneur du bailliage d'Amiens et au maître de l'écurie 
du roi que ni l'évêque d'Arras, ni le doyen du chapitre 
n'élant inscrits aux registres, ils doivent être tenus quitles. 
— Fol. 294 r°. Coté cc. 

347 

*1389, 26 juin. — Pierre, év. d'Arras el Jacques, abbé de 
St Aubert de Cambrai, tous deux créanciers du châtelain 
de Douai à Vitry et prétendant chacun être payé le premier, 


s'entendent pour le recouvrement de leurs arrérages. — 
Fol. 253 vo et 260 v°. Cotés ceci et cccvint bis. 


— 237 — 
348 
*1390, 28 août. — Pierre, év. d'Arras et le chapitre. d’une 
part, et frère Pierre Flouri, procureur de la terre et bailliage 
de Hautavesnes pour les religieux de St Jean de Jérusalem, 


s'accordent au sujet d'un dimage contesté entre Rouvroy et 
Acheville. — Fol. 255 r° et 258 v°. Cotés cccui el ccevur. 


349 
*1391, juin. — L’ev. Pierre et le chapitre d'Arras pour 
prévenir toutes contestations, conviennent de leurs droits 
respectifs dans la répartition de certains dimages à Braquen- 


court, Bapaume, Fontaine, Gomiecourt. — Fol. 256 r° et 
257 v°. Cotés ccciv et cecvi. | 


350 


*1393 n. st., 22 mars. — Le maire et les échevins d'Arras 
reconnaissent que, voulant faire réparer les soubassements 
de l’avant-porte el du pont-levis de Cité endommagés par 
les avalaisons, ils ont obtenu de l’évèque l'autorisation de 
faire ces travaux, sans préjudice à sa juridiction. — Fol. 235 r° 
et 339 v°. Cotés count et ceci x vi. 


351 


#1393n.st.,22 mars. — L'évèqueet les échevins s'accordent 
sur le conflit soulevé par l'official au sujet de la veuve de 
Denis Ridé, emprisonnée par eux pour avoir, après renon- 
ciation, distrait partie des biens de son mari, en fraude des 
droits des tiers. L'official retire sa monition et les échevins 
restent saisis. — Fol. 235 v°. Coté counxxv. 


352 


[4393, 29 juin]. — Formule du serment prêté par l’évèque 
Jean Canard à sa première entrée dans la Cité. — Fol. 363 v°. 
Coté nn°xv. 


— 238 — 


393 


(4393, 29 juin]. — Récit de la tentative faite par Gérard 
Wambours, maire de Galeurue, pour s'emparer du cheval de 
l’év. Jean Canard, lors de la première entrée du prélat dans 
la Cité. — Fol. 265 r° Coté cocxv. 


354 
1393, 30 juin. — Note sur la première entrée de l’évêque 
Jean Canard dans la ville de Douai. — Sa visite à l’église 
St-Pierre et le lendemain à celle de St-Amé ; versement des 
deux « procuralions », chacune de 80 gros tourn. ; conduite 
processionnelle du prélat à son hôtel de l’« Olifant ». — 
Fol. 236 v°. Coté counxxvi. 
399 
*1393, 7 sept. — Le chapitre ayant acheté de Martin de 
Croisettes un pré à Bronnes, vers les Hautes-Fontaines, au 
pouvoir du maire de Galeurue, donne audit maire homme 
vivant et mourant, comme il s’y reconnaît tenu. — Fol. 


251 vo. Coté conri2*xix, 
356 


1393, 8 sept. — Par-devant notaire, la châtelaine de Douai 
renonçant à certaines oppositions relativement aux amendes 
encourues par elle pour avoir, sans consulter les officiers de 
l’évèque, établi une écluse dans la rivière de Vitty, demande 
et obtient cette autorisation. — Fol. 252 r°. Coté m°, 


397 
*1393, 27 sept. — Le tuteur de Godefroy de Hestrus, fils 
de feu Sauwale, chevalier, et ses proches renoncent en son 
nom, par devant échevins de Cité, à leurs droits sur une 
maison caduque faisant le coin de la rue Maître Adam, mise 
en la main de l’évèque pour arrérages de rente non payés. 
— Fol. 249 ro, Coté coun**xvin. 


398 
4394 n. st., 49 mars. — Jacques, abbé de St-Bertin, 
reconnail, après avoir consulté les cartulaires, que son 


— 239 — 


abbaye doit un « past » de deux jours à l’évêque d’Arras 
Jean Canard lorsqu'il s’y rend en personne. — Fol. 302 vo 
et 310 v°. Cotés cccLvir et CCCLxv. 


399 


1394 n. st., 24 mars. — Pierre Roget (al. Rouget), abbé 
de Blangy, devant à l’évêque trois marcs et demi par an et 
se trouvant arriéré de deux ans, lui a demandé des délais 
et s'engage à payer aux termes convenus. — Fol. 303 r° 
et 311 r°. Cotés cccLvir et cccLx vi. 


360 


*1394 n.st., 2 avril. — Me Robert Waguet, clerc, conseiller 
du roi,chanoiïne d'Arras, commis par le parlement à enquérir 
sur certains articles du compte d'exécution testamentaire 
de l’év. défunt Pierre le Masurier, donne acte de leurs 
protestations à l’évêque, au chapitre et à Jaque le Masurier, 
neveu et héritier du défunt. — Fol. 303 vo, Coté cecLxix. 


361 


1395. — Exposé des raisons pour lesquelles l’év. d'Arras 
Jean Canard a fait enlever de son parc appelé le « Brulle » 


(Brulium) les cerfs, biches et lapins qu’on y entretenait, — 
Fol. 330 vo. Non coté. 
362 


#1395, 43 déc. — Par-devant échevins de Cité, le procureur 
de l'évêque arrente à Thomas Walon, pour sept livres par 


an, la maison qui fut à Godefroi de Hestrus, au coin de la 
rue Maïtre-Adam. — Fol 309 r°. Coté ccczxinur. 


3063 
#1396 n. st., 6 avril. — feria tertia post festum b. Mathei 
apost, — Arrêt du parlement homologuant un accord passé 
le 5 mars précédent entre l’év. d'Arras, d’une part, et 
Anieux de Nédonchel, écuyer, Simon Faverel, maire 


d'Arras, Jacques le Borgne, Gille Haterel et autres, qui 
reconnaissent, après l'avoir contestée, la compétence de 
l'officialité dans le procès intenté à leurs censiers par 
l'abbaye du Mont-St Eloi et le curé de Liévin au sujet de 
certaines dimes. — Fol. 312 r° et 352 vo, Cotés ceczxvui et 
CCCCVI. 
364 
*1396, 9 nov. — Le chapitre ayant acheté de Philippe des 
Yauvs un pré a Bronnes vers les Hautes-Fontaines, tenu 
en fief de l’évèque, donne audit évêque homme vivant al 
mourant, comme il s’y reconnait obligé. — Fol. 313 r°. 
Non coté. 
365 
*1396, 13 déc. — Sous le vidimus de la prévoté de Paris 
du 40 janvier suivant, lettres de Charles VI informant le 
maitre de la chambre des deniers qu’il tient l’évèque quitte 
pour celle fois du « past » que celui-ci lui a offert à Arras 
le 143 novembre dernier. — Fol. 316 r°. Coté cecLxxu. 


306 
*1397 n.st., 24 janv.— Sentence interlocutoire des requêtes 
du palais dans le procès pendant entre l'évêque et l’abbaye 
d'Anchin, au sujet de la justice ecclésiastique de Pecquen- 
court qu’elle lui contestait. La recréance est adjugée à 
l'évèque. — Fol 313 v°. Coté cccLxix. 


367 


*1397 n. st., 6 févr. — Lettres exécutoires du jugement 
ci-dessus. — Fol. 315 r°. Non coté. 


308 


*1397 n. st., 27 janv. — Les gens des requêtes homolo- 
guent l'accord passé entre l'évêque, d'une part, d'autre 
Guillaume de Neele et Mahaut de le Vigne, sa femme, au 
sujet d’une écluse que celle-ci vouiait faire dans la riviere 
de Vitry. — Fol. 315 r°. Coté cocexx. 


— 241 — 
369 


*1397 n. st., 30 janv. — Lettres exécutoires du jugement 
ci-dessus. — Fol. 315 v°. Non coté. 


370 


*1397 n. st., 22 mars. — Charles VI ordonne au bailli 
d'Amiens de faire savoir que par sa défense récemment 
publiée de poursuivre en cour d'Eglise aucune action per- 
sonnelle ressortissant à un juge laïc, il n’entend pas qu'il 
soit porté préjudice à la juridiction ecclésiastique de l’év. 
d'Arras. — Fol. 315 v°. Coté ccczxxi. 

371 

#1397, 7 mai. — Sous le vidimus du chapitre d'Arras du 
9 mai, lettres de l'év. Jean Canard autorisant ledit chapitre 
à établir uneécluse intermittente dans la rivière du moulin 
de Bronnes, pour faire baigner les prés achetés par lui de 
Martin de Croisettes et Philippe des Yauwis. — Fol. 317 v°. 


Coté ceczxxit. 
372 


*1397, 46 juillet. — Arrêt du parlement homologuant un 
accord entre le procureur du roi, l’évêque et la veuve de 
Jacot Pironel, clerc, d'une part, et les bailli et échevins de 
Béthune, d'autre part, sur les réparations à faire par ceux ci 
à la justice ecclésiastique, pour avoir jugé et exécuté ledit 
Pironel. — Fol. 319 vo. Coté ccczxvi. 


373 
4397, 25 juillet. — Procès-verbal notarié des excuses 
présentées à l’évêque, dans sa chapelle à Arras, par les 
échevins dudit Béthune, le lieutenant du bailli, les sergents 
et le geôlier. — Fol. 321 r°. Coté cecLxxvil. 
374 
4397, 26 août. — L’év. Jean Canard, touché de la situation 


de l’abbaye de Blangy qui lui doit trois annuités pour sa 
16 


— 242 — 


maison de Quiéry, se contente d’un à-compte et la tient 
quitte. — Fol. 321 v°. Coté ceczxxvunr. 


379 


*1397, 20 nov. — L'év. Jean Canard et Mathieu, archi- 
diacre d'Arras, étant en désaccord au sujet de certaines 
amendes prononcées par la cour au profit de la fabrique, 
dans lesquelles l'archidiacre réclamait son tiers comme 
dans les autres, il est convenu que les choses resteront en 
l’état, tous droits réservés. — Fol. 318 r°. Coté cccLxxiv. 


376 


*1397, 2 déc. et 1398 n. st., 31 janv. — Letires par 
lesquelles l’év. Jean Canard confère à Jean le Kièvre la 
trésorerie vacante de la collégiale de St-Amé de Douai, 
suivies de lettres du même audit chapitre confirmant cette 
nomination, le tout compris dans un instrument notarié du 
1er février. — Fol 340 r°. Coté cecunr*xvi. 


377 


*1398 n. st., 40 janv. — Philippe, duc de Bourgogne, 
comte d'Artois, donne lettres de non-préjudice à l’évêque 
pour avoir laissé percevoir sur ses sujets enclavés l'aide 
que les Etats ont accordée au duc pour la rançon de son 
fils le comte de Nevers. — Fol. 319 r°. Coté ceczxxv. 


378 


*1398, 5 mai. — Philippe, duc de Bourg., comte d'Artois, 
sur la plainte portée par l’évêque contre le lieutenant du 
bailli de Bapaume et un certain nombre d’habitants de 
Beugniâtre, qui avaient violé l’immunité de l’église de ce 
viläâge en y affamant un réfugié et en l'en arrachant 
ensuite par violence, prescrit les réparations publiques infli- 
gées aux coupables. — Fol. 325 r°. Coté cecur*xut, 


— 243 — 


379 


#1398, 6 juillet. — Jugement du bailliage d'Amiens attri- 
buant à la cour épiscopale la compétence d'appel des juge- 
ments del’échevinage de Vitry, contrairementaux prétentions 
de Mahaut de la Vigne, châtelaine de Douai, qui tenait de 
l'évêque la mairie de ce village. — Fol. 322 r°. Coté cecLxxix. 


380 


1398, 4 oct. — Philippe, duc de Bourg., comte d'Artois, 
ordonne aux échevins de Douai de ne plus mettre hors la 
loi les clercs qui déclineraient leur juridiction, et de punir 
dans ce cas, comme dans tout autra, les actes de violence 
dont ces clercs seraient victimes. — Fol. 326 v'. Coté 


CCCLTIX ZI, 
381 


4399 v. st., 27 janv. — Sentence de l’official condamnant 
à des réparations publiques et à diverses amendes deux 
clercs et leurs complices coupables d’avoir escaladé le 
prieuré d’Aubigny et laissé pour mort un des serviteurs de 
la maison. — Fol. 329 r°. Coté cccnnxxvr, 


382 


4399 n. st., 1 mars. — Arrêt du parlement rendu sur appel 
du châtelain de Douai aux droits de Mahaut de le Vigne, 
sa femme, lequel confirme le jugement du bailliage sur le 
ressort de l’échevinage de Vitry. — Fol.324 r°. Coté cccLxxx. 


383 


4399 n. st., 4 mars. — Lettres exécutoires de l’arrêt 
ci-dessus. — Fol. 324 v°. Coté cccLxxxI. 


384 


*1399 n. st.— Note constatant qu'aux obsèques de Bonne, 
fille du duc Philippe, célébrées à N. D. d'Arras en mai 1398, 
une discussion s'éleva entre Jean Canard et le chapitre 


— 244 — 


au sujet du luminaire, et qu'après examen, le chapitre 
reconnut qu'il appartenait à l’évêque. — Fol. 341 vw. 


Coté cecrriX2x vu. 
385 


4399, mai et 3 juillet. — Vidimus et confirmation par l'év. 
Jean Canard d’un acte par lequel Jean Vaast, dit Caron, 
prévôt de la collégiale de St-Pierre d’Aire, fonde une chapel- 
lenie dans une chapelle à bâtir au cimetière de Gavrelle, 
contiguë à l’église. — Foi. 341 vo, Coté cccuri**xix. 


386 


#(1399] 8. d. — Jugement des gens des requêtes sur la 
demande faite à l’év. par l’archidiacre d'Arras Mathieu 
Regnaut de lui faire payer le tiers auquel il a droit dans 
toutes les amendes de la cour spirituelle. (Copie incom- 
plète.) * — Fol. 327 r°. Coté cccunxxiv. 


387 


XIVe 8. — Etat des procurations et des pasts dus à l’évêque 
dans le diocèse et au dehors. — Fol. 360 r°. Coté cccexi. 


388 


*1400 n. st., 24 mars. — Sentence interlocutoire des gens 
des requêtes du roi, dans le procès entre l’év. Jean Canard 
et le chapitre de Lens au sujet du droit de visite et de la 
correction des clercs, adjugeant à l’'évèque la récréance des 
choses contentieuses. — Fol. 331 r°. Coté cccur*zvu. 


389 


*1400 n. st., À avril. — Lettres exécutoires de l'arrêt 
ci-dessus. — Fol. 332 r°. Non coté. 


* Le feuillet suivant, où se lisait la suite du jugement, a disparu 
avant la pagination du volume. Cette pagination est du seizième 
siècle et antéricure à la dernière reliure. 


— 945 — 
390 


4400, 21 avril. — Rapport du sergent exécuteur de la 
prévôlé de Beauquesne Guillaume de Fevin. — Foi, 332 vo. 


Non coté. 
391 


4400, 9 sept. — Accord passé devant les gens des requêtes 
du palais, par lequel le chapitre de N. D. de Lens reconnaît 
à l’évêque le droit de visite de la collégiale et la correction. 
des clercs. — Fol. 333 r°. Coté cecri** vis. 


392 


1400, 7 juin. — Transaction entre l’év. Jean Canard et les 
maire et échevins d'Arras touchant une écluse que l’évèque 
avait établie sur le ruisseau des Hautes-Fontaines pour 
arroser ses prés de Bronnes, au préjudice de la ville. — 
Fol. 328 r°. Coté cecir1xxv. 


393 


4400, 17 juin. — Procès-verbal notarié des déclarations 
faites par l’évèque et l’abbé de St-Vaast au sujet des prévôtés 
de Gorre, Berclau et St-Michel, l'abbé reconnaissant qu’elles 
doivent à l'évêque une procuration par an, sans qu'il soit 
tenu de s’y rendre en personne.— Fol. 336 r°. Coté cccrrtzxi. 


394 


#1400, 28 oct. — Par acte passé au Châtelet, Jean de 
Calonne, acquéreur de la maison de « l’Eschequier » en Cité, 
se désiste de son opposition au retrait seigneurial exercé 
par l'évêque sur cette vente, — Fol. 343 r°. Coté n°. 


395 


4400, 16 déc. — Arrêt du parlement qui annule l’appel 
interjeté devant lui contre les maire et échevins de Cité 
pour incarcération d’Etienne de Monchy prévenu de meurtre, 
l’évêque revendiquant le ressort d’appel pour sa cour féodale, 


— 946 — 


L’inculpé est renvoyé devant le prévôt de Paris. — Fol. 
335 vo. Coté cccuili*7x. 


396 


1401. 23 août. — L’évéque et le chapitre, se trouvant en 
conflit de juridiction au sujet de trois chapelains qui deman- 
daient à se justifier d’une imputation de meurtre, convien- 
nent de considérer comme non avenues les procédures 
commencées. — Fol. 336 vo. Coté cocnn*?xur. 


397 


*1401, 19 sept.— Par devant les échevins de Cité, Jacque 
Eliot, dit Moufflet, abandonne à l’évêque, à la suite d'une 
saisie pour rentes non payées, sa maison en Galeurue, 
contiguë à l'hôpital de Sainte-Anne. — Fol. 347 r°. 
Coté ceccui. 

398 

1404, 13 nov. — L’év. Jean Canard règle avec le chapitre 
deux questions de juridiction touchant le presbytère de 
St-Nicolas-en-l’Atre et la maison des « Maillets d'Or » : la 
première est dévolue au chapitre, la seconde à l’évêque, 
sauf le jardin et la bove. — Fol. 336 vo. Coté cccun*xxnr. 


399 


*14014, 2 déc. — L'évêque ayant à se plaindre d’exploits 
faits par le sous-prévôt du chapitre dans sa juridiction, et le 
chapitre reprochant des entreprises semblables au prévot 
de Cité, il est convenu que, de part et d'autre, ces exploits 
seront censés non avenus. — Fol. 337 vo, Coté ceci x. 


400 


*1401, 2 déc. — L’évèque et le chapitre, s'étant trouvés 
en conflit de juridiction à la mort de Jean de Pas au sujet 
de sa maison de Galeurue et des dépendances, consentent 
un partage de l’immeuble qui fixe pour l'avenir leurs droits 
respeclifs. — Fol. 338 r°. Coté cccurn*x*xv. 


— 247 — 
401 


4401, 4 déc. — Par-devant le prévôt et les échevins de 
Cité, l’év. Jean Canard, comparant en personne, et le procu- 
reur et receveur des échevins pour l'hôpital Ste-Anne 
donnent à nouvelle rente à Pierre Haton, chantre et chanoine, 
la maison qui fut à Jean Eliot, dit Moufflet, à charge des 
réparations. — Fol. 348 r°. Coté ceccui. 


402 


4401, 27 déc. — Acte notarié constatant qu’au nom de 
l’'év. Jean Canard, son official a fait don à la communauté 
des chapelains, par les mains de trois de ses membres, d’un 
bréviaire à lui échu de la succession de Bernard le Déale 
(Dyabolus), bâtard. — Fol. cecxzn. Coté ceccr. 


403 


#1402, 45 mai. — Les procureurs de l’évêque et de l’hôpital 
Ste-Anne déclarent par-devant échevins de Cité que Pierre 
Haton a fait les réparations stipulées dans son contrat 
d'arrentement et l’en tiennent quitte. — Fol. 350 ve. 
Coté ccccv. 

404 

4402, 44 oct. — Présentation au chapitre de St-Amé de 
Douai par Phillebert de Salion, conseiller du duc de Bour- 
gogne, des lettres par lesquelles l’évêque Jean Canard, 
estimant la prévôté élective de la collégiale tombée en dévolu, 
lui confère d'autorité ce bénéfice. Procès-verbal de son 
installation. — Fol. 345 r°. Coté ccccu. 


405 


4403, 4 juin. — Acte notarié constatant que le chapitre de 
St-Amé a présenté à l’évêque d'Arras M° Adam Choquart 
de St'Amand comme doyen canoniquement élu et que 
l’évêque lui a donné charge d'âmes. — Fol. 353 r°. Coté 
CCCCVIL. 


— 948 — 
406 


S. d. [début du XVe s.]. — Commentaire doctriaal sur 
cerlains articles des concordats du 6 sept. 1273 et du 21 
juillet 1363, touchant la juridiction de l’évêque sur les 
chanoines et les clercs. — Fol. 354 r°. Coté cecovui. 


407 


1403, 23 déc. — Sur la plainte de l’évèque, le chapitre 
d’Arras met à néant une citation faite en son nom à lIllies 
et en Cité par le chapelain Jacques Guilleman, sans autori- 
sation de l’official. — Fol. 358 vo. Coté ccccx. 

‘408 

*1404, 24 juin et 22 juillet. — Les maire et échevins 
d'Arras vidiment et ratifient les lettres par lesquelles l'év. 
Jean Canard, le chapitre, le prévôt et l’échevinage recon- 
naissent que, pour la défense de la Cité, les autorités 
d'Arras leur ont permis de relier la porte Triperesse 
aux murs de. la Ville par une palissade. — Fol. 373 r°. 
Coté cecexxir. 

409 

4404, 9 nov. — Les vicaires généraux de l’év. Jean Canard 
confèrent à Louis Baqueler la chapellenie de St-Vaast, à la 
présentation de l'abbé, en l’église de Laventie. — Fol. 363 r°. 
Coté ccccxiv. 

410 

4404, 16 nov. — L’év. Jean Canard confère à Guillaume 
Lanquier la chapellenie dite du Pétillon, à la présentation 
de l’abbé de St-Vaast, dans la paroisse de Fleurbaix. — 


Fol. 358 r°. Coté ccccix. 
411 


4404, 22 déc. — Note d'une demande exagérée faite à 
l'év. Jean Canard par le collège des cardinaux pour leur 
droit de service ordinaire de l'évêché, et quittance donnée 
par le cardinal-diacre Amédée de Saluces des quatre mille 


— 249 — 


florins dus par l’évêque pour cet objet. — Fol. 364 r°. 


Coté ceccxvi. 
412 


S. d. [début du XV s.]. — Réfutation des raisons que le 
chapitre tire de l'arbitrage du 29 oct. 1303 pour se dire en 
droit d'acquérir librement des maisons dans la Cité etde les 
tenir en main morte. — Fol. 370 r°. Coté ccccxx. 


413 


#1405 n. st., 16 mars. — Charles VI, informé par l’év. de 
Thérouanne que certains seigneurs interdisent à leurs sujets 
de procéder ailleurs que devant les tribunaux laïques, 
ordonne au bailli d'Amiens de maintenir le plaignant dans 
ses droits et prérogatives. — Fol. 359 ro. Coté ccccexi. 


414 


4405, 12 juin. — Par acte passé à la prôvoté de Paris, 
l'év. Jean Canard consent à ce que Mgr Louis, cardinal de 
Bar, nommé par provision du pape archidiacre d'Arras, lui 
prête foi et hommage par procureur, et il reçoit le serment. 
— Fol. 364 v°. Coté ceccxvir. 


415 


4405, 19 nov. — Acte notarié constatant qu’à la première 
entrée du duc de Bourgogne dans Arras, le vicaire général 
et official ayant été prié de sa part d'élargir certains clercs 
condamnés à la prison perpétuelle, il l'a fait aussitôt par 
grâce et sans y être tenu. — Fol. 366 r°. Coté cecexvu. 


416 


#1406, 44 juin. — Charles VI, sur la plainte portée par 
l’évèque d'Arras contre le prévôt de Houdain et certains 
seigneurs qui interdisaient à leurs sujets de procéder devant 
la justice ecclésiastique, donne ordre au prévôt de poursuivre 
les délinquants, — Fol. 372 r°. Coté cccexxi. 


— 250 — 


417 


*1406, 12 juillet. — Charles VI, informé par l’év. d'Arras 
qu'en présence de certain appel d'une sentence en matière 
criminelle, les échevins de ses seigneuries de Cité, Vitry, 
Marœuil et autres lieux, craignant d’être mis en cause, 
s’abstiennent de juger, leur enjoint de continuer à rendre la 
justice d’après leurs anciennes coutumes, nonobstant cet 
appel, — Ces lettres sont insérées dans celles de Guillaume 
de Fevin, sergent du roi au bailliage d'Amiens constatant 
leur publication. — Fol. 383 r°. Coté ceccxxvi. 


418 


*1406, 26 sept. — Sentence arbitrale qui établit une ligne 
de demarcation entre la juridiction de l’évèque, en tant que 
seigneur ruyer, et celle du chapitre, de chaque côté de cette 
partie de la Grande rue de Cité qui sépare la porte du cloitre 
des degrés de l’Hôtel-Dieu, et d’autre part en Galeurue et 
rue des Béguines. — Fol, 380 r°. Coté ceccxxv. 


419 


4408, 22 juillet. -- Extrait d’une seconde lettre de fonda: 
tion de la chapellenie de Gavrelle par Jean Vaast dit Caron, 
qui a fait bâtir une chapelle dans le cimetière de l’église. — 
Fol. 378 vo. Coté ccccxxiv. 


420 


#1408, 5 déc. — Jean, duc.de Bourgogne, comte de 
Flandre et d’Artois, donne lettres de non préjudice à son 
confesseur el conseiller Jean Canard, év. d'Arras, pour 
avoir permis de lever sur ses sujets enclavés leur quote-part 
de l’aide accordée par les Etats. — Fol. 374 vo. Non coté. 


421 


*1409 n. st., 8 févr. — Par acte de la prévôté de Beau- 
quesne, les exécuteurs testamentaires de feu Jean Canard, 
év. d'Arras, du consentement de l’év. Martin, son succes- 


— 251 — 


seur et de ses héritiers Guy Lescot, écuyer, et Marguerite 
sa femme, transportent au chapitre d'Arras le fief dit 
« la Mairie » à Vitry, acheté par le défunt de Robert 
Pipelart, bourg. d'Arras, qui le tenait, à charge d’usufruit, 
de Simon Faverel et Marie Louchard, sa femme. Conditions 
de l'amortissement et de l'obit. — Fol. 375 r°. Coté ceccxxui. 


422 


_#1410, 18 déc. — L’év. Martin et les échevins de Douai 
s'accordent au sujet de la vente de la mairie de Vitry faite, 
sous réserve d’usufruit, aux échevins de Douai par leur 
châtelaine Mahaut dele Vigne.— Fol. 390 vo. Coté ceccxxx. 


423 
*4410, 18 déc. — Martin Poré, év. d'Arras, arrente à la 
ville de Douai son moulin et ses pêcheries de Vitry, se 
réservant la seigneurie. — Fol. 388 r°. Coté ccccxxvni. 
424 


*1410, 18 déc. — Procuration donnée par l’échevinage de 
Douai à ses mandataires pour conclure la vente et l’arrente: 
ment ci-dessus. — Fol. 388 vo. Coté coccxxix. 


425 


*1416, 17 sept. — Jean, duc de Bourg., comte de Flandre 
et d'Artois, sur la plainte de l’év. Martin, mande à ses com- 
missaires, juges-réformateurs généraux de ne rien entre- 
prendre contre la juridiction ecclésiastique de la Cité. — 
Fol. 392 vo. Coté ccccxxx. 

426 

#1419, 24 mai. — L'év. Martin autorise le transport d’un 
fief tenu de lui à Vitry, acheté par Me Robert le Roy, 
écolâtre, et donné par lui au chapitre pour fonder son obit. 
— Fol. 395 r . Coté ceccxxxu. 


427 
1419, 25 oct. — Acte notarié constatant qu’à la première 


— 959 — 


entrée du duc Philippe dans la ville d'Arras, le vicaire et 
official de l'évêque a été prié de sa part d'élargir quelques 
clercs, les uns condamnés, les autres prévenus : ce qu'il a 
fait par grâce, sans y être tenu. — Fol. 394 r°. Coté coccxxxil. 


428 
#1424 n.st., 12 févr. — L’év. Martin accorde à Jacques 
Cardon, bourgeois d'Arras. que son fief du Mont St Eloi, 
tombé en non-valeur par suite de la stérilité et des guerres, 
soit désormais exempt de terrage, à condition de payer 
annuellement 8 den. par mencaudée. — Fol. 396. Coté 
CCCCXXXIV. 
429 | 
#1423, 43 nov. — L'év. Martin accorde au petit commun 
des chapelains leur envoi en possession de terres tenues de 
lui en coterie au terroir de Marœuil, que leur a léguées le 
doyen Martin du Pré. — Fol 400 v°. Coté coccxxx vit. 


430 


4424,7 sept. — Arrêt du parlement ordonnant de renvoyer 
à la justice de l’évèque et devant l’inquisiteur, qui l'accusait 
d'hérésie, une fille de joie emprisonnée par tes échevins de 
Douai pour scandale nocturne, blasphèmes et autres excès 
commis dans l'ivresse, délits dont ceux-ci revendiquaient la 
connaissance. — Fol. 339 v°. Coté ccccxxxvi. 


431 


4414, 7 sept. — Lettres exécutoires de l’arrêl ci-dessus. 

— Fol. 400 r°. Non coté. 
432 

*1427, 8 juillet. — L'official, après avoir rappelé la viola- 
lion de l’église de Laventie par une troupe en armes et 
l'enlèvement par la force des cinq réfugiés qui s’y trouvaient, 
constate les réparations publiques faites par les principaux 
coupables, les absout et leve l’interdit, — Fol. 403 r. 
Coté ccccxxxix. 


rm 


— 253 — 


433 


4440 n. st., 10 mars. — L’év. Fortigaire expose dans un 
acte notarié la règle de ses rapports juridictionnels avec le 
chapitre, en ramenant à treize chefs les anciennes questions 
litigieuses et leurs solutions. — Fol. 405 r°. Coté ccccxL. 


434 


#14[40-52], 24 déc. — L’év. Fortigaire « de Placence » 
proteste contre la publication d’un mandat royal impétré en 
son nom et à son insu par le chapitre et ses sujets de Cité à 
l'encontre de la Ville d'Arras. — Fol. 407 vo. Coté ceccxz bis. 


435 


1446, 13 déc. — Les quatre arbitres nommés par l'év. 
Fortigaire et M° Roland Lescripvain, archidiacre d'Arras, 
pour juger leurs différends, prononcent leur sentence dans 
la chambre rouge de l’évêché. — Foi. 412 r°. Coté ceccxzui. 


436 


*1447, 9 juin. — Par-devant auditeurs royaux de la 
prévôté de Beauquesne, les quatre arbitres susdits attestent 
l'authenticité de leurs sceaux appcsés à l'acte, et le notaire 
Alexandre le Maire | Majoris) celle de son seing tabellional. 
— Fol. 415 vo, Coté ceccxuiv. 


437 

*1456, 23 oct. — Philippe de Saveuses écrivant à l'év. 
d'Arras au sujet de sa fondation d’un couvent (de Ste-Claire) 
en Cité, s'engage à obtenir du pape qu’il soit fait mention 
dans les bulles de l'autorisation préalable de l’évêque et du 
chapitre, afin de sauvegarder leurs privilèges. [Il garantit 
en outre l’exercice de leur juridiction spirituelle dans ses 
terres et seigneuries. — Fol. 416 r°. Coté ccccxLv. 


438 


*1526 n. st., 20 mars. — Le vicaire général de l'év. 


— 254 — 


Eustache de Croy inféode à nouveau la mairie de Galeurue 
à Jacques de Gombermez, fils de Pierre l’ancien mayeur, 
après la mort duquel la mairie était retournée au domaine 
par défaut de relief. — Fol. 416 v°. Coté ceccxzvi. 


439 


4526, 22 oct. — Par-devant Guy Buée, prévôt de Cité, et 
les hommes de fief de la cour épiscopale, les héritiers 
d’Arthus Braqué vendent pour 2,840 |. tourn. au chapitre 
d'Arras la maison et terre du Goyetsises à Marœuil et tenues 
de l’év. d'Arras. — Fol, 417 r°. Coté ceccxzvii. 


440 


#1526, 22 oct. — Les chanoines, pour dédommagerl'évèque 
de l'amortissement ci-dessus, lui font remise des six livres 
qu'il leur doit annuellement sur le moulin de Bronnes, et 
s'engagent à fournir homme vivant et mourant.— Fol.419 v°. 
Coté ceccxLvur. 

441 

°4527 0. st., 6 févr. — Arrèt du grand conseil de Malines 
homologuant l'accord par lequel Louis de Gavre, seigneur 
d'Inchy et maire de Vitry, poursuivi par l’év. d'Arras pour 
défaut de paiement des arrérages de sa mairie, reconnaît les 
droits de l’évêque et s'engage à acquitter sa dette. — 
Fol. 420 r°. Coté ccccxLix. 

442 


*1528, 48 sept. — Acte notarié par lequel l’év. Eustache 
de Croy donne en nouvel arrentement à Jean Bizé d'Hame- 
laincourt, toutes ses terres de Chérisy. jadis retournées dans 
ses mains pour défaut de paiement. — Fol. 421 v°. Coté ccccu. 


443 
*1528, 19 sept. — Par devant les mêmes notaires, Antoi- 


nette de Paradis, femme de Jean Bizé, approuve et ratifie 
l'acte ci-dessus. — Fol. 422 v°. Coté cecci. 


— 255 — 


444 


#1529 n. st.,10 mars. — Acte notarié par lequel Eustache 
de Croy, év. d'Arras, arrente à Philippe Carpentier, cultiva- 
teur, un fief à Marœuil nommé le fief de Bray, jadis retourné 
aux mains de l’évêque pour défaut de paiement et devoirs 
non faits. — Fol. 423 r°. Coté cccczn. 


445 


1529, 44 déc. — Bononie, tertio idus dec., pont. a. VII. 
« Querelam dilecti filii ». — Clément VII, sur la plainte de 
l'évêque élu d'Arras contre l’abbé de St-Vaast Martin Asset, 
qu’il accusait de porter la mitre et autres ornements ponti- 
ficaux, comme un évêque, dans l’église, la Cité et les proces- 
sions, charge les abbés du Mont-St-Eloi et de Marœuil 
d'iuformer, de décider et de faire exécuter leur décision. — 
Fol. 424 r°. Coté cccczui. 

| 446 

4530, 7 mai. — Martin, abbé de St-Vaast, déclare que s’il 
a porté les ornements pontiticaux en ville et en Cité à la 
procession générale faile le 19 août 1529 à l’occasion de la 
paix, c'était, non pour rivaliser avec l’évêque, mais pour 
honorer la Majesté impériale, s’y croyant d'ailleurs autorisé. 
— Fol. 430 r°. Coté ccccLiv. 


447 


*1536, 27 sept. — Sentence du Conseil d'Artois décidant 
contre Loys de Gavre, demandeur, que le dénombrement 
de la haute mairie de Vitry servi par lui à l’év. d'Arras, 
défendeur, doit être porté, en cas de contestation, non devant 
l’échevinage de Vitry, mais devant la salle épiscopale, 
seule compétente pour décider de la mouvance du fief. — 
Fol. 430 vo. Coté cocczv. 

448 

4537, 28 oct. — Sentence de l'oflicial contre Charles 
Cocquin, abbé d’Anchin, condamné pour ses déréglements 
à cent carolus d'amende. Il devra expulser Anthoinette de 


— 956 — 


Pecquencourt et s'abstenir de loger leurs enfants dans le 
monastère. Eu égard à sa soumission, l'évêque lui remet 
l’amende. — Fol. 443 r°. Coté cccczxv. 


449 


1541 n. st., 10 janv. — Procès-verbal des rétractations et 
des excuses faites par Antoine Lhéritier, chanoine de N. D., 
à deux prêtres ses confrères, qu’il avait accusés de s'être 
livrés à des actes scandaleux dans un souper intime chez 
les religieuses Louez- Dieu. — Fol. 428 r°. Coté cecczvi. 


450 


#1543 n. st., 3 mars. — Marie, régente des Pays-Bas, 
mande par lettre missive à ses officiers, qu'avant d'agir 
rigoureusement contre les gens d’Eglise. ils doivent d’abord 
communiquer à l'évèque toute requête à eux présentée 
concernant fait de juridiction ecclésiastique. — Fol. 428 v°. 
Coté ceccLzvil. 

451 

1544, 13 et 49 mai. — Acte notarié par lequel l'évêque 
consent à changer son droit de terrage en une rente de 
12 den. sur une pièce de terre hors la porte d'Amiens, le 
long des « fossez es lavaches » dont le propriétaire veul 
faire un jardin. — Fol, 442 r°. Coté ceccrxiv. 


452 


1544, 13 sept. — Sentence du grand Conseil de Malines 
condamnant à de grosses amendes et à des réparations 
publiques Charles du Bois, seigneur d’Esquerdes, Annequin, 
Vermailles, etc. el ses serviteurs, pour violences envers 
l’appariteur de l'év. exerçant ses fonctions de justice. — 
Fol. 429 vo. Coté ccccuix 

453 

1544, 30 oct. — Procès-verbal de l'amende honorable 
faite, en présence de la cour, au mandataire de l'évêque par 
Charles du Bois, seigneur d’'Esquerdes — Fol. 435 r°. Non 
coté. 


— 257 — 


454 


4544, 28 nov. — Ordonnance de Charles-Quint rendus 
sur la plainte de l'év. contre les adversaires de la juridiction 
de l’official, dont elle maintient les droits en matière per- 
sonnelle et détermine la compétence. — Fol. 435 vo. 
Coté ccccxL. 

| 455 

1545 n. st., 21 janv. — Lettre de Charles-Quint, par 
laquelle, visant celle de sa sœur, il insiste pour que toutes 
les requêtes concernant fait de juridiction ecclésiastique 
soient d'abord communiquées aux officiers de l’évèque, afin 
d'entendre leurs raisons. — Fol. 428 vo. Coté cecczvunt. 


456 


*1545, 24 avril. — Acte donné par le conseil d'Artois à 
l’official d'Arras de la présentation que lui a faite son 
promoteur des lettres originales ci-dessus, obtenues de 
l'empereur par l’év. Antoine Perrenot de Granvelle. — 
Fol. 437 vo. Coté cccczxi. 

457 

4549 n. st., 8-23-29 janv. — Triple procës-verbal consta- 
tant l'agression commise par des habitants d’Arleux-en- 
_ Paluel contre le vice-curé de Hamel, puis contre le messager 
de l'official, la comparution du magistrat d’Arleux, sa 
soumission à la justice spirituelle, la sentence, les répara- 
lions. — Fol. 438 r°. Coté cccczxir. 


457 bis 


4551, 46 juin. — Vidimus sous le sceau de l’officialité de 
la donation faite en 1287 par Thibaut de Berle, chevalier, 
aux pauvres de Berle-au-Moutier, relevée ci-dessus n° 262. 
— Fol. 440 vo. Coté cecczxu. 


17 


— 258 — 
ADDITIONS 


17 (p. 175). 
4164-1165, 13 janv. — Senonis etc. (Jafté 11102). 


145 bis (p. 199). 


4246, 20 juin. — Lugduni, XII kal. julii, pont. a. III. 
« Personam tuam sincera ». (Potthast.....) — Innocent IV, 
à la demande du mème évèque, lui accorde qu'aucun délégué 
ou subdélégué du saint-siège ne puisse promulguer contre 
lui sentence d’interdit ou d’excommunication, sans un 
mandat spécial faisant mention de cette faveur. — Fol. 90 vo. 
Coté LxxiIv. 


342 bis (p. 235). 


1385, 19 oct. — Procès-verbal notarié d’une sentence 
arbitrale touchant diverses contestations survenues entre 
l’év. Pierre Masuyer et ses deux archidiacres Pierre de 
Villeblain et Michel de Dainville. — Fol. 385 vo. Coté 
CCCCXXVII, ï 


Ms. fol. Lvi r°. 


Note constatant l'institution par l'évêque et la prestation de 
serment de Jacques Bonnard, pourvu par le pape de la cure de la 
Madeleine, — 1331, 23 juillet. 


M. fol. xxx vo, 


Note constatant que Charles VI, pendant son séjour À Arras en 
nov. 1382, ayant cédé à ses secrétaires son droit de « proeuration », 


l'évêque composa avec ceux-ci moyennant 240 fr. d'or, à 16 sols 
du franc. 


APPENDICE 


DOCUMENTS 


— 90€ — 


N°1. — 916 ou 920, 22 mai. 


De concessione omnis potestatis quam habebat Karolus rex in Attre- 
bato, a Crientione infra unam jleucam undique, facta episcopo 
Attrebatensi Stephano. — I. (1). 


In nomine sancte et individue Trinitatis, Karolus, divina 
propiciante clementia rex Francorum. Si nostrorum peti- 
tiones fidelium benigne suscipimus, eorum procul dubio 
animos sin nostra fidelitate solidamus. Quapropter omnium 
sancte Dei ecclesie fidelium tam presentium quam et 


(1) Les transcriptions connues de ce diplôme proviennent de deux 
sources différentes, l'une avec la date du règne XX VIII, qui corres- 
pond à 920, l’autre avec le chiffre XXIV, c'est-à-dire 916. A la 
première se rattachent le texte À du Cartulaire du chapitre d'Arras 
(B. N. ms. lat. 9330, fo 63 re) et B, celui de notre Cartulaire de 
l’évéché, tous deux identiques, à part certaines fautes de copistes. 
La seconde source est celle d'Aubert le Mire (Miræus) et, à sa suite, 
du Legatus ecclesiast., de la Gallia, de dom Bouquet, de Bréquigny. 
On la reconnaît dans une copie GC du treizième siècle que nous a 
conservée la feuille de garde d'un ms. de la Bibl. d’Arras, n° 298, 
fs 1 ve, document encore inutilisé, le seul qui, entre autres variantes, 
donne exactement la date du lieu, Duzsiacum. 

Nous établissons le texte du diplôme d'après ces trois copies 
A. B. GC., en notant ci-après les variantes : (a) A. animas — 


— 960 — 


futurorum religiositas noverit quoniam adeuntes nostre 
. dignitatis presentiam, Ysaac ? et Sigardus © comites humi- 
liter precati sunt ut concederemus cuidam Cameracencis 4 
ecclesie presuli, venerabili viro nomine Stephano. ejusque 
successoribus omnem quam regia majestas habel potestatem, 
scilicet legalem justicie disciplinam, ex{clepto dumtaxat 
stipite quo comitis industria, mallo accersilo, jusliciam Dei 
et regis legaliter habet exhibere, in quodam loco juxia 
Atrapis castrum ‘, trans fluviolum qui dicitur Crientio, ad 
eam scilicet plagam qua ecclesia beate Dei genitricis Marie 
sita est, infra unius leuce / undique spatium. Quorum 
omnino pelilionibus conibentiam annuendo cencessimus ; 
sed et in ejusdem castri pago® villa[m]}* que fertur Lambris, 
ultra citraque fluminis ripam quod dicitur Satis, per totum 
ejusdem ville predium et ultra quantum arcus jacere potest 
undique, ac teloneum, si quod ibidem forte debebitur ; sed 
et advenas eo loco ‘ commorantes atque monete officinam 
simili modo donamus, ut amodo et in perpetuum, modo 
dictos locorum ambitus, sub immunitatis nosire tutela ac 
defensione, Deo dilectus et nobis fidelis jam dictus episcopus 
ejusque successores quieto ordine absque-ullius contradic- 
tione persone perpetuo possideant, et ex{cJepta omni inquie- 
tudine Deo serviant, ac propriis utilitatibus vacent atque 
nostro fideliter imperio pareant. Precipientes ergo jubemus ut 


(b) C. Ysaias — (c) A. B. C. sic — (d) G. Atrebgtensis — (e) G. Atre- 
batum — (f) C. leuue — (g) C. in ejusdem pagi loco —(h) A. B. C. 
villa — (i) GC. eo loci — (j) G. poterat — (k) À. etdem, C. ejus — 
(£) A. lacune — (m) B. temporalia — {(n) B. place du monogr. en 
blanc — (0) A. BR. Hervici, C. lacune — (p) A. B. C. ‘acune — 
(g) C. anno XXIIII—(r) A. B XXXII, C. lacune — (s) Au lieu du 
chiffre manquant, À. et B. ont lu et. — ({) A. Auzsiaco, B. Anzioco ; 
C. abrège ainsi les signatures et la date : Actum villa Dustaco, 
anno XXIIII. — Douzy, canton de Mouzon (Ardennes), le Daode- 
ciacum de Flodoard, résidence royale dès les premiers temps de la 
monarchie. 


— 261 — 


nullus comes aut vicecomes, vel quilibet ex judiciaria potes- 
tate, supra scriptorum spatia limilum, ad causas audiendas, 
aut freda exigenda, aut fidejussores tollendos, aut advenas 
distringendos, nostris futurisque temporibus ingredi audeat. 
Sed quicquid exinde fiscus noster acquirere poterit ;, totum 
pro nostre anime remedio ac regni stabilitate ejusdem # 
ecclesie profectibus ! delegamus, quo et ipsis utilitas tempo- 
raria n et nobis successoribusque nostris salubritas proveniat 
eterna. Et ut hec nostre auctoritatis preceptio firmior Dei 
nomine habeatur ac per futura tempora melius conservelur, 
manu propria subterfirmavimus et anulo nostro sigillari 
jussimus. 

Signum Karoli [»] regis gloriosissimi. Gozlinus regie 
dignitatis notarius, ad vicem Herivei o archiepiscopi sum- 
mique cancellarii, recognovit. Datum XI kal. junii, indic- 
tione.., anno XXVIII 4 regnante Karolo rege glorio- 
sissimo, redintegrante XX[1]II ” largiore vero hereditate 
in{djepta..… * Actum villa Duziaco ‘ in Dei nomine féliciter. 
Amen (1). 


(1) Dans les transcriptions de ce diplôme, la date a particulière- 
ment souffert. Ses divers éléments ne concordent plus. Les variations 
dans l'année du règne laissent le choix indécis entre 920 et 916. 
Dom Devienne, Hist. d'Artois, t. I. prem. partie, p. 180, et 
A. Le Glay, Revue des Opera diplomat. Miræi, p. 30, veulent 
substituer à ce dernier chiffre l'année 917. Leur correction repose 
sur une faute de calcul *: ils additionnent la date de l'avènement avec 
l'année du règne (893 + 2% — 917), ajoutant ainsi, sans s'en 
apercevoir, l'année courante au nombre des années révolues. 

Par une semblable erreur de supputation, le Cartul. du chapitre 
d'Arras, p. 2 (éd. A. de Loisne), substituant, dans la date du 
manuscrit, au redintegrante XX XII la leçon X'X77, suppose que le 
chiffre ainsi rectifié doit correspondre à l'année 920 (898 + 22 — 920). 
Ce chiffre correspond en réalité à 919. Pour la concordance, il 
faudrait ici redintegrante XXIII. La correction consisterait donc, 


— 262 — 


No 8. — 1146. 


Littere Theoderici, comitis Flandrensis, super justicia et 
hospitibus de Beham — XXII. 


Cum de largitis nobis facultatibus non tantum nostris 
famulari usibus, immo Deo largitori,bene operando, proximis 
condescendendo, affectuosum quasi remunerationis officium 


non pas à supprimer un des trois X, mais à changer le dernier 
X'en J. | 

D'autre part, la Gallia (III, col. 15) risque la date invraisemblable 
de 923, oubliant que l'archi-chancelier Hervé mentionné au diplôme 
mourut en juillet 922, et qu'on le voit remplacé par Rotger dès le 
8 septembre 920 Chronic. Camerac. et Attrebat., Pertz, Script. VI, 
p. 425). Hervé était-il môme encore en fonctions le 22 mai précé- 
dent? Voilà ce qu’il importerait de savoir pour trancher la question. 

Malgré ces incertitudes, et d'autres encore que présentent certains 
détails du texte, le style et les formules semblent garantir, dans son 
ensemble, l'authenticité du document. Si l'on a lieu d'être surpris 
que le Chronicon Cameracense ait passé sous silence le titre primor- 
dial de la juridiction temporelle des évêques de Cambrai dans la 
Cité d'Arras, en revanche la donation du village de Lambres v est 
reprise dans des termes qui en font le commentaire de l'acte royal : 
usus lelonei.... apud Lambras solvebatur : erat enim regius fiscus; 
sed tempore Stephant episcopi, a Karolo rege S. Marie donatur 
habendus. Illo ettam tempore, portus tlluc habebatur. Postquam 
vero incolatus hujus [ Duacensis] castelli cœperat, illic navigtt 
usus derivatur et huic nostre ville tantum dimidia portio solvitur. 
(Ibid. p. 222). 

Le « port » de Lambres était donc sur la Satis, nom que portait la 
rivière en amont, tandis qu'en aval, un titre original de Marchiennes 
l'appelle Scarbus dès 877. Une autre mention de la Satis se trouve en 
977 dans un diplôme de Lothaire relatif au couvent de Marœuil, 
document que la Gallia reproduit (t. IT, /nstrum. col. 87), en l'attri- 
buant à celui de Maroilles sur la Sambre, Sabrs. Par une singulière 
coïncidence, cet autre diplôme royal, dont l'original n'existe pas 
davantage, a été transcrit au treizième siècle, avec celui de Charles 
le Simple, sur les gardes du Ms. 298 de la Bibl, d'Arras signalé plus 
haüt, 


— 263 — 


rependere debemus, quanto magis ecclesiis Dei, locisque in 
quibus principaliter offensionum nostrarum recurrimus ad 
remedium, tutelam, reverentiam, opem exhibere, Hujus 
boni instinctus nutu ammonitus, ego Theodericus, Dei 
patientia Flandrensium comes, locum qui dicitur Huberci- 
nehem, deprope villam Maroil subjacentem et ad ecclesiam 


La Satis ne se rencontre nulle part ailleurs. On a cru retrouver le 
mot dans les « pons d’Insy » du Cartul. de Marœuil, en proposant 
l'interprétation « pontes in Satr, les pons sur la Satis ». (L. Ricouart, 
Noms de lieu, I. p. 32-33). L'hypothèse repose sur une fausse 
lecture ; le texte porte les « pons d'Uisy », alias Wyst, prononcé 
à l'artésienne Ugi : hameau dont la rivière a fini par s'appeler 
officiellement « le Gy », la rivière d'Ugy devenant pour l'oreille la 
rivière du Gy. (Voir n°230). Cf. Hennebert, Hrst. d'Artois, t, 1. p. 63. 

Quant à la double dénomination Satis et Scarpus, elle rappelle 
ces temps reculés où la rivière d'Arras, tournant brusquement au 
sud par la vallée inarécageuse de Vitry, allait se perdre, du côté 
d'Etaing, dans le lit de la Sensée. (Gosselet, Géogr. physique du 
Nord de la France, VII, Ostrevent.) Des barrages ayant, à une date 
inconnue, détourné son cours vers Lambres à la rencontre des eaux 
de Marchiennes, le courant ainsi canalisé aurait continué de porter 
d’abord le nom de Satis, jusqu'à ce que, les deux rivières n’en 
formant plus qu'une, l'usage aurait prévalu de lui donner le même 
nom de son embouchure à sa source, celui de Scarpe qu'elle porte 
aujourd'hui. 

Le Crinchon, Crientio, affluent de la Scarpe, continua jusqu'en 
novembre 1194 (v. n° 46; de former la limite entre la Cité, domaine 
temporel de l'évêque, et la Ville bâtie sur le tréfonds de l’abbaye 
de Saint-Vaast, autour du Castrum Nobiliacus appelé ici Atrapis 
castrum. 

Au lieu d'Afrapis, forme insolite, mais contraction possible de 
Atrabatis, Miræus a lu ac cts, transformé depuis en Accis par dom 
Bouquet, ju.rta Accis castrum, et pris également pour nom de lieu 
dans Wauters, Chartes et dipl., I, p. 330 : «.., toute la juridiction à 
Accis ». 

Dans le passage exrceplo dumtatat stipile quo, mallo arcesstto, 
le Dr Le Glay (Camerac. christ, p. 18) imprime malo et traduit : 


— 264 — 


S. Petri de Breteni et de Lehuno antiquitus et libere perti- 
nentem, precibus fratrum Cluniacensium in prefatis ecclesiis 
Deo militantium, gubernandam, manutenendam, defenden- 
dam absque omnis exactionis potestate suscepimus, ea 
videlicet conditione ut, excepta fratrum mansione et uno 
majorisorto, infra villa[m]de hospitibustantumomnisreditus 
legaliumque emendationum, ceterique juris et justicie 
dimidiam haberemus portionem, eaque nulli nisi consulatus 
heredi succederet potestati. Terram quoque eorum propriam 
extra villa[m] jacentem sub nostra tutela cum ceteris susce- 
pimus. Si autem in prefata villa molendinum sive furnus ex 
communi construatur, in prescripta portione permaneremus. 
Ut igitur hocindivulsum apud posteros perseveret, imaginis 
nostre corroboramus lestimonio. Actum est autem hoc anno 
incarnati Verbi M. C. XLVI, anno consulatus mei XVIHII, 
sub his testibus : Anselmo dapifero, Michaele conetabili, 


« le coupable appelé devant lui ». Sur le sens obscur de sé{ipite, 
voir Du Cange aux mots srips, sTIPEs et les interprétations contra- 
dictoires de dom Devienne, Aist. d'Artois, t. I, prem. partie, p. 152, 
et de Le Glay, loc. cit. 

Que le souvenir de cet antique mallus ait persisté dans la rue et 
le « pouvoir des Maus » (v. n° 252), on est autorisé à le croire, 
quand on voit les traces nombreuses que ce mot germanique a laissées 
ailleurs dans la toponymie. Au pays de l'Alleu, par exemple, les 
plaids généraux, franches vérités et assemblées de « verde rue » de 
Sailly, Fleurbaix et Laventie se tenaient de toute ancienneté au 
lieu dit Esmaus, c'est-à-dire és Maus, écrit Esmals fés Mais) dans 
des chartes de 1156 et 1163“, centre de réunion où se voyaient encore 
aux derniers siècles les dix pierres ou « perrons » servant de sièges 
aux juges de ce tribunal en plein air, L'expression vicus Malleorum 
du treizième siècle, appliquée à la rue des Maus en Cité, voit ici 
dans maus le pluriel de maïl, maillet. Elle ne serait, comme tant 
d'autres, que la traduction phonétique du mot, née d'une équivoque. 


* Voir Un cartulaire de l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras du 
XII siècle, dans le Bullein hist. et philog. de 1896. — Tir. à part, 
p. 38. | 


— 265 — 


Giselberto castellano de Bergis, domino Razone, camerario 
Eustacio, castellano de S. Audomaro Waltero, Waltero de 
Vado, Gidone de Respelgi, ceterisque quos dinumerare 
longum est. Quorum etiam testimoniis Sibilla, uxor mea, 
et Balduious, filius noster, interfuerunt et assensum 
prebuerunt. 
N° 14. — [7161]. 
[Epistola Ludovici regis ad Magalonensem episcopum de electione 
Alexandri pape in concilio confirmata |. 


L., Dei gratia Francorum rex, dilecto suo illustri eadem 
gratia Magalonensi episcopo, salutem. Celebravimus consi- 
lium, nos et rex Anglie, super discordia Romane ecclesie, 
ubi archiepiscopi, episcopi et viri religiosi quamplures 
affuerunt. Ordinante eliam Domino, cardinales partium 
astiterunt, tres pro domino Alexandro et duo pro domino 
Oct[aviano], qui prosequentes seriatim negocium, in auribus 
nostris suas raciones protulerunt. Cum vero finem dicendi 
fecissent, nos antedicti negocii examen clericis imposuimus, 
quod a laycis discuti non decebat. Itaque archiepiscopi 
et episcopi et clericorum conventus in dominum papam 
Alexandrum tandem consenserunt, el nos cum terra nostra, 
et similiter rex Anglie cum sua, dictum Alexandrum in 
patrem et papam recepimus. Et ut vos pariter ei obediatis 
vestram in Domino sanctitatem exhortamur. Valete. 


N° 15. — 1162 janoier. 
Karta ville de Oupi. — CC. 

In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Ego 
Godesculcus, miseratione divina Attrebatensis épiscopus, 
tam futuris quam presentibus fidelibus Christi. Quod nostris 
diebus et nobis concedentibus pro firma justicie et pacis 
observatione institutum est, ut posteris veniat in nolticiam, 
scripto commendari et sigilli nostri impressione muniri 
precepimus. Notum sit igitur Balduinum Lebret et uxorem 
ejus Gilam et filios eorum Bernadum, Petrum, Letardum, 


— 966 — 


Alardum in villa ipsorum nomine Wulpi eandem libertatem 
et juslicie el pacis tenorem instituisse qui apud Nemus 
Bernardi teneri dinoscitur ; et illam libertatem et tenorem 
justicie et pacis se perpeluo observaturos in villa Wulpi 
idem Balduinus et uxor ejus et predicti filii sacramento 
confirmaverunt, aliquibus tamen institutionibus apud Nemus 
Bernardi aliter et aliter apud Wulpi observandis, sicut 
subscriptum est. — In Wulpi Balduinus et successor ejus 
proprium furnum et tabernam et molendinum habebit. — 
Jtem in Wulpi, ab anno illo in quo isla libertas data est 
post decem annos deinceps, Balduinus et successor ejus 
super redditus qui ei debentur centum solidos, et uxor ejus 
et quecumque ei successeril viginti, singulis annis habebunt. 
— Îtem concessum est in Wulpi, illi qui habere potuerit, 
quatuor tenere curtilla et non plura. — Unumquodque 
curtile, defuncto possessore, heres successorum quatuor 
solidis relevabit. — Si quisquam curtile suum vendiderit, 
vendilor de exitu duos, emplor vero de iniroilu quatuor 
solidos domino et majori quatuor denarios persolvet. — Si 
quis testimonio scabinorum vel veridicorum convictus fuerit 
sanguinem alterius injuste effudisse, sexaginta soiidos 
domino solvet. — Et si quis alicujus sanguinem, licet nemine 
vidente, effuderit, si juxta veram inquisitionem scabinorum 
vel juratorum probatum fuerit, item reus sexaginta solidos 
soivel. — Si autem percusserit 'quis aliquem sine sangüine, 
et predicti testentur illud, decem solidos solvet. — Si vero 
aliquis alicui, predictis testantibus, convicia intuierit, duos 
solidos solvet. — Ad hec si contigerit aliquem de familia 
Balduini et successoris ejus alicujus sanguinem fundere, vel 
alicui buffam dare, vel convicia inferre, juslicia communi 
tractabitur et eimendalionis partem dimidiam clamans 
habebit. — In causis tractandis et in omnibus aliis negociis, 
majori de Wulpi et successori ejus idem jus erit quod majori 
Nemoris esse dinoscitur. — UL autem hec libera institutio 
firma et inconvulsa conservaretur, Balduinus plures obsides 


— 2607 — 


et meliores de parentela sua plegios dedit, qui omnes se 
observalturos eam sacramento confirmaverunt, sicut et ipse 
Balduinus, ut predictum est. — Preterea si forte Balduinus 
vel successor ejus eam infregerit vel infringere temptaverit, 
a scabinis et militibus ut se corrigat convenietur. Si infra 
quindecim dies non correxerit, deinceps, quamdiu incorri- 
gibilis extiterit, omni servitio quod debent ei milites pro 
feodis suis, in exercitu scilicet et in equitatura, privabitur. 
Ad ultimum, si per scabinos querela ad nos delata fuerit, 
quousque condigna satisfaclione correxerit, ab omni chris- 
tianitatis jure nichilominus privabitur. — Siquidem prefatus 
Balduinus et sui successores nos el nostros successores et 
archidiaconum nostrum Ostrevandensem et ipsius succes- 
sores hujus institutionis firmiter observande plegios dedit et 
advocalos constituit. Unde quicumque in Wulpi major fuerit 
nobis et nostris successoribus quatuor, archidiacono autem 
duos solidos in festo Omnium Sanctorum annuatim pro 
advocatura persolvet. Idcirco ne quis temerario ausu contra 
hanc institutionem ire temptaverit sub anathemate interdi- 
cimus, el nomina cum signis personarum et clericorum 
nostrorum quibus presentibus confirmata est annotari 
jussimus : Signum Clarembaldi, Attrebatensis archidiaconi; 
S. Frumaldi, Ostrevandensis archidiaconi ; S. Rogeri, 
prepositi, S. Nicholai, decani ; S. Anselli, cantoris ; S. Ma- 
gistri. Gilleni ; S. Rolandi, Gillelmi, Hugonis, Johannis, 
Petri, canonicorum presbyterorum ; Signum Gerbodonis, 
Roberti, Galteri, canonicorum diaconorum ; S. Widonis, 
Symonis, Herberti, Roberti, Sawalonis, Mathei, Henrici, 
canonicorum subdiaconorum. Hec sunt nomina eorum 
quos de parentibus et hominibus suis Balduinus dedit plegios 
et testes : Petrus de Baillol et fratres ejus Wifroidus et 
Willelmus ; Theobaldus de Willeirval ; Oliverus de Keri et 
fratres Ingelramnus et Gerardus ; Wido de Albi et filii ejus 
Galterus et Hugo ; Hugo de Sancto Albino ; Balduinus de 
Berbera ; Robertus de Juvenci ; Alolz de Coreres ; Mikael de 


— 268 — 


Hennino ; Oisberlus de Nemore ; Willelmus de Nemore ; 
Arnulfus de Iser et alii quamplures. Facta est hec libertatis 
instilutio et data anno Domini M°. Co. LXI°, in mense 
januario, anno vero episcopatus domini Godescalci X°. 


N° 29. — 7186. 


Littera domini de Oisiaco in qua renuntiat palefrido et anulo episcopi 
Attrebatensis cum ad sedem Attrebatensem primo accedit.—— XXXV. 


In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Amen. 
Omnibus ecclesie Dei fidelibus quos presens scriptum 
videre vel audire contigerit, Hugo, dominus Oisiaci, castel- 
lanus Cameracensis, vicecomes Meldensis, perpetuam 
salutem in Christo Jhesu. Universitati vestre notum sit me 
aliquandiu credidisse quod a singulis episcopis Attrebaten- 
sibus, in primo accessu suo ad sedem illam, palefridum et 
anulum aureum feodaliter deberem accipere. Cum igitur 
dominus meus Petrus, Attrebatensis episcopus, a me super 
hoc requisitus se et ecclesiam suam hoc in feodo crederet 
non teneri, quod ideo, tam palefridum quam anulum, mihi 
tradere recusavit, ego, consilio seductus iniquo, per manus 
ministrorum meorum palefridum et anulum ipsius per terram 
meam transeuntis violenter abstuli et detinui. Postea vero 
per Dei graliam reversus ad cor, et factum tam grave, tam 
enorme, vehementius expavescens, exaclioni tam palefridi 
quam anuli in perpetuum renuntiavi, ita ut nec mihi nec 
alicui successorum meorum .liceat umquam ab episcopis 
Attrebatensibus sive anulum sive palefridum repelere vel 
exigere. Hanc renuntialionem prefate exactionis fect in 
presentia memorali domini mei Petri, Attrebatensis episcopi, 
in abbatia Valcelllensi], his presentibus et testibus : Godes- 
calco, abbate eïusdem loci ; Galtero, abbate S. Nicholai de 
Aroasia ; Johanne, abbate Cantiprati juxta Cameracum ; 
Ellemberto, Galtero Maraduc, Balduino Pictavensi, cano- 
nicis Altrebatensibus ; Petro de Corbeia, canonico S. Quin- 


— 269 — 


lini ; Jacobo, decano Betunie ; magistro Aszone ; et homi- 
nibus meis : Guidone de Belvoir, Slephano de Aïcurt, 
Hugone de Crevecor et Gilione de Crevecor, militibus ; et 
prepositis meis Gisleberto, de Oisi ; Thoma, de Crevecor, el 
aliis quampluribus. Actum anno Domini M".Co. LXX Xo. Vo. 


N° 33. — 7188. 


De quadam compositione facta inter capitulum Attrebatense et 
Johannem molendinarium super molendino de Bronnes, quis qualem 
debeat habere portionem. — XXXII. 


In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Ut perpetuam 
sue stabililatis sortiantur firmitatem que pro bono pacis 
fideliter sunt ordinata, et ut omnis contendendi materia 
tollatur malignantibus qui litibus gaudent et contentionibus 
delectantur, iccirco ego P., Dei miseratione Attrebatensis 
episcopus, omnibus notum facio quod canonici Attrebatenses, 
Johannes quoque molendinarius eorum, agnomine Dives, 
post multiplices questiones que inter ipsos super molendino 
de Brones vertebantur, sicut ex rescriptis arbitrorum et 
testimonio canonicorum accepimus, in dominum F. bone 
memorie antecessorem nostrum et Walterum de Attrebato ita 
compromiserunt, Johannes quidem data fide, canonici vero 
in virtute verbi, ut diligenter inquisita veritate, secundum 
antiquam inolendini consuetudinem utrique parti jus suum 
et portionem prescriberent, ne utrique a prescriptione eorum 
in perpetuum resilireliceret. Prefatusitaque antecessor noster 
et Walterus de Attrebato omnem adhibentes diligentiam, ipsi 
molendinario, sicut ab antiquo factum fuerat, boistellum 
frumentiquem pro procuratione sua omni ebdomadaexigebat, 
abjudicaverunt; et contra boistellum unum forensis mensure 
cumulatum de frumento, qui canonicis de moltura provenit, 
unum rasum de farina molendinarius habere debebit, et ad 
eamdem rationem, si de molendino majus vel minus boistello 
aliquid provenerit. Nec preter hoc molendinarius aliquid 


— 270 — 


ab aliquo exigere habebit, nisi gratuita benivolentia alicujus 
ei conferatur. Preterea minora ligna, que vulgari nomine 
sive communi sic nominamus : fusellum, poinilum, fagum 
et boistam, molendinarius sua impensa et expensa debet 
providere. Ligna vero majora in usus molendini necessaria 
canonici propriis sumptibus comparata ad locum molendini 
habent deducere. Molendinarius autem carpentarium, preter 
victum suum quamdiu in opere fuerit, quem provident ei 
canonici, de suo debet proprio conducere. Tectum autem 
molendini, aque quoque ductum usque ad saltum ipsius, 
sclusam vivarii, vanpum quoque in molendino, boistellum 
et ingranatorium, ferrum et axem et molam absque impensa 
molendinarii canonici providebunt. Inveterata autem ligna 
de corpore ipsius molendini, si in usus aliquos circa molen- 
dinum non poterunt expendi, in usum cedent molendinarii. 
Pro apertione molendini, molendinarius unaquaque die mol- 
turam unius mencoldi habebit. Pro reparatione vero molen- 
dini, molturam dimidii mencoldi. Pro pasta etiam. cum 
necessario molas impastaverit, et ipse lantumdem recipiet, 
unamqueanguillam debuirunnagio. Insupersepum,martellos 
quoque ad reparandum utiles quod vulgariter dicitur lumiere, 
molendinarius procurabit ; cauonici vero illos reacuent. 
Asinos etiam etipse molendinarius, si voluerit, hacconditione 
providebit, quod de quartello bolengarii non nisi unum 
denarium, de mencoldo vero aliorum non nisiobolum exige; 
etsi vel propriis animalibus vel propriis humeris aliqui anno- 
nam suamad molendinum detulerint, nichil obhoc abeis reci- 
pere debebit, nec aliquam inferet difficullatem vel moram 
molendi. Nullum altile vel aliud animal molendinarius in 
molendino, quod damno possit esse alicujus, habebit. Purga- 
menta quoque annone, que dicuntur revanes, si volet cujus 
fuerit annona, deferet ; sin autem, in usum et voluntatem 
molendinarii cedet. Ipse quoque molendinarius, vel minister 
ejus,sacramentum de fidelitate prestabitcanonicis, ex quorum 
parte prepositus ipsorum omnem justiciam et forisfactum 


— 271 — 


in perpetuum habebit. Hec sunt igitur que pro jure institu- 
tionis et consuetudine molendini utrique parti prescripta 
sunt ; et sigillo nostro apposito, ne iterum posita in pace 
resurgant in litem, cyrographum inter eos fieri precepimus. 
Actum anno Domini Mo. C°. LXXXOo. VIfL0. 


N° 49. — 1195, ma. 
Mandat rex ut pro quadam interceptione in terra episcopi facta 
scabini Attrebatenses mandatom jurent ejusdem. — LXXVII. 
Philippus, Dei gratia Francorum rex, amicis et fidelibus 
suis scabinis et juratis Attrebali, salutem et dilectionem. 
Cognovimus et intelleximus quod vos interceperalis contra 
episcopum Altrebatensem in capiendo Girardum corduba- 
parium in districto ejusdem episcopi arrestalum pro furto 
ab eodein G. commisso ; quamvis enim districtum episcopi 
sit intra lerminos banlive vestre, lamen justicia districti 
est episcopi. Ünde vobis mandamus et volumus ut de hac 
interceptione mandatuin episcopi juretis, ét nos super nos 
accipimus quod de hoc forisfacto episcopus nichil a vobis 
exiget. Nos etiam de 80 quod ad nos pertinet de hac inter- 
ceplione vos quitlamus. Mandamus etiam vobis ut nichil 
contra ecclesias intercipiatis. Actum l’aciaci, anno Domini 
M° C° nonagesimo quinto, mense maio. 


N° 81. — 1217, 2 septembre. 


De XLVIII 8. de rente que l'évesque d'Arras prent par an 
sur le mes qui fa Mahieu au Capel. = CCXL. 

Nous, par le souffrance de Dieu veskes d'Arras, a tous 
ciaus ki ces letres verront salut en Nostre Signeur. Sacent 
chil ki sont et qui a venir sont ke nous avons otriiet a 
Mahieu au Capel un mes en no tere qu'on dist Amont pré (1), 
a tenir iretavlement de nous et de nos successeurs veskes 
par mi XLVIII s. de parisis de rente par an, a paier a iii} 


(1) C'est l'Omundi pratum mentionné par Guiman au chapitre 
De villa Hadis, pp. 246 et 249 du Cartulaire imprimé. 


— 272 — 


termes, a le S. Remi XII s., au Nouel XII Ss., a Pasques 
XIT s., a le saint Jehan XII s., et avons retenu a nous et a 
nos successeurs en cel mes[me] lieu toute justice par le 
jugement d'eskevins et les entrées et les issues et les reliés 
des ostes, les ques cieus Mahieus et si oir en icel mes 
recevront, Et avons otriel a celui Mahieu l’usage de no eve 
entour cel mes, en tel maniere k’il ne nuise ne a nos pissons 
ne a nos fosses et que li cours de l’iaue ne soit empeeciés 
ne par les aises corrumpus (1). En sour ke lout, Pieres ki a 
pris a rente d’Isabel le Frarde tere contre celui mes, u 
autres a qui cele terre eskara, planke u aucun aaisement 
en no eve devant dite n'ara fors que par nous u par nos 
successeurs, et par celui Mahieu u par ses hoirs. Et pour 
chou ke ce soit fermement tenu, ceste presente letre nous 
avons seelé de no seel. Ce fut doné en l’an de grace M. CC. 
et XVII, le quarte noune de septembre. 


N° 83. — 1217, novembre. 


Qualiter Rasso, dominus de Gavera, vendidit episcopo Radulpho 
quicquid habebat apud Mareolum et alibi in episcopatu preter- 
quam in Strata Attrebatensi — XXIX. 


Willelmus prepositus, Bartholomeus decanus et univer- 
sum Attrebatensis ecclesie capitulum, omnibus quibus has 
litteras videre contigerit, salutem in Domino. Noverint 
universi, presentes pariter et futuri, quod vir nobilis Rasso, 
dominus de Gavera, buticularius Flandrie, propter necessi- 
tatem que ipsum graviter et evidenter urgebat, utpote qui 
duos filios suos, Arnulfum videlicet et Phylippum, a carcere 
domini regis Francie, in quo mancipati erant, redimere ac 
liberare volebat, omnia que in Civitate Attrebatensi, in 
Mareolo et in toto episcopatu Attrebatensi, preterquam in 
Strata, per advoeriam possidebat, presente et concedente 
Rassone primogenito suo, domino ac patri nostro Radulfo, 


(1) Ms. « corrumpues ». 


— 273 — 


venerabili Attrebatensi episcopo, vendidit coram nobis et in 
manu ejus bene ac legitime resignavit, ita quod si quis 
postmodum huic venditioni se opponeret aut alicujus, quod 
absil, calumpnie cavillalionem pretenderet, tam dictus 
Rasso pater quam prefatus Rasso filius omnia premissa 
domino Attrebatensi episcopo contra omnes et in omnibus 
garandirent ; unde ea super altare per ramum et cespitem 
obtulerunt et libere guerpiverunt, a jam dicto episcopo 
Radulfo et successoribus suis episcopis pacifice et quiete in 
perpeluum possidenda. Ad majorem etiam securitatem, 
postulaverunt a nobis ut hunc contractum per nostras testi- 
moniales ac patentes litteras confirmare vellemus. Ad hec, 
tam fide interposita quam juramento corporaliter prestito, 
firmaverunt quod huic contractui nullatenus obviabunt. Et 
eidem conventioni interfuerunt homines domini Attrebaten- 
sis episcopi, pares scilicet prenominati Rassonis domini de 
Gavera, quorum nomina sunt hec : Pontius archidyaconus, 
Willelmus prepositus, Jacobus Major, canonici Attreba- 
tenses ; Gamelo de Lonweis, Petrus de Goii, Balduinus de 
Quinci et Wibertus de Chanle, milites; Sagualo, major 
Attrebatensis, Egidius, major de Mareolo, Hugo Gaius, 
Johannes Gossonis, Balduinus filius Ursionis, Balduinus 
el Johannes, justiciarii de Mareolo, Nicholaus Malebranke 
et Rogerus frater ejus, et tam [de] districto quam de 
Mareolo scabini. — Postmodum elapso aliquantulo tempore, 
supranominati Arnulfus et Phylippus, de pecunia ex hac 
venditione recepta, et de alia a captione redempti, in ecclesia 
nostra anle majus altare propter hoc personaliter constituti, 
omnia supradicta super idem altare bene et legitime spon- 
lanei guerpiverunt, prescriptam venditionem libenter ac 
liberaliter approbantes, et tam fidei quam juramenti prestito 
sacramen!o, firmiter promiserunt quod huic venditioni per se 
aut per alios nullatenus contraibunt,immo super eadem sepe- 
dicio domino Radulfo, Attrebatensi episcopo ,suisque succes- 


soribus, si necesse fuerit, bona fide prestabunt garandiam 
18 


— 274 — 


contra omnes : presentibus domino Petro, abbate de Mareolo, 
Pontio Attrebatensiet Symon Ostrevandensi archidyaconis, 
Tesselino presbytero et Egidio de Aquicincto, concanonicis 
nostris. Insuper scire volumus universos quod jam dictus 
dominus Radulfus episcopus in ista emptione trecentas et 
sexaginta sex libras parisiensium, et postea decem libras 
quas prefatis Arnulfo et Phylippo et quadraginta solidos 
duobus servientibus eorumdem et decem solidos clerico 
domini Rassonis senioris contulit, collocavit. Ad eorum 
igitur jam dictorum instanciam, presens scriptum inde 
confectum sigilli nostri duximus munimine roborandum. 
Actum anno gratie Mo. CC° septimo decimo, mense novem- 
bris. 


N° 91. — 1222, février. 


De quibusdam statutis per episcopum Attrebatensem Poncium 
factis in monasterio Strumensi. — LXXV. 


Poncius, divina patientia Attrebatensis episcopus, omnibus 
quibus presens autenticum contigerit intueri, salutem in 
omnium salvatore. Que in tempore fiunt cum tempore 
transeunt et ab hominum memoria facile dilabuntur, nisi 
scripti vivacis testimonio fulciantur. Eapropter hiis litteris 
notum fieri volumus, tam presentibus quam futuris, quod 
cum moniales Strumensis monasterii, ob animarum suarum 
salutem, de nostro consilio et mandato, presentibus viris 
religiosis domno Odone Sancti Vedasti Attrebatensis, 
Richardo de Monte S. Eligii et Petro de Mareolo abbatibus, 
multisque aliis personis autenlicis et honestis, quicquid 
singule moniales proprietatis habebant penitus abdicassent, 
volentes pie ac sine sollicitudine temporalium Christo domino 
famulari, nos earum votum ac propositum benigno et favo- 
rabili prosequentes effectu, de predictarum consilio perso- 
narum, eisdem sanctimonialibus secundum  facultates 
monasterii sui jam dicti, salva ampliori provisione, Si 
justicia postulaverit, in victu et vestitu aliisque necessariis 


= 95 — 


de bonis ipsius domus daliberatione previa duximus provi- 
dendum hoc modo : Videlicet ut per duas moniales ejusdem 
loci religiosas et fide dignas, quas conventus elegerit, centum 
et viginti libre parisiensium pro vestilu omnimodo minis- 
trentur, secundum quod unicuique opus fuerit, salvo ordine, 
annis singulis erogande. Volumus eliam subsequentibus 
distributionibus preesse duas alias moniales, eodem modo 
quo de duabus primis dictum est eligendas, quibus debent 
annuatim, pro viginti quinque pitanciis, viginti libre 
parisiensium ministrari ; pro quatuor generalibus minutio- 
nibus, decem libre ; pro infirmaria, viginti solidi singulis 
seplimanis ; pro duobus diebus unaquaque ebdomada, sex 
sextarii vini ; pro duobus leciis allecium et centum ligaturis 
alarum singulis annis, viginli libre parisiensium ; pro pisci- 
bus marinis tribus diebus unaquaque ebdomoda ad distri- 
buendum conventui et presbyteris, triginta quinque solidi 
ejusdem monete. Panni eliam per jam dictarum monialium 
sollicitudinem, abbatissa ministrante expensas, quindenis 
singulis abluantur. Statuimus preterea et volumus inviola- 
biliter observari quod nichil omnino de victu propter hec 
supradicta diminuatur communi, qui consislat in carnibus, 
in ovis, in butyro, caseo, cervisia, bono pulmento, caponibus 
et similibus que de facili non possunt expressis nominibus 
declarari. Insuper monialibus de Fruises (1}, Morinensis 
dyocesis, que eidem Strumensi monasterio subjacere 
noscuntur, nichilonimus provideatur sicut et aliis antedictis 
diffinivimus providendum. Ut ergo tam provisiones premisse 
quam nostrum in hac parte statutum memorie et stabilitati 
debite commendentur nullaque possint tergiversatione 
turbari, scriplum istud inde fieri fecimus et sigilli nostri 
munimine roborari. Actum anno Dominice incarnationis 
millesimo ducentesimo vicesimo primo, mense februario, 


(1) Fruges, 


— 2176 — 


N° 126. — 1233, novembre. 

Quod homines de Oupi non debent a domino tailliari. — CCVI. 

Asso, divina permissione Attrebatensis episcopus, omnibus 
litteras istas visuris, salutem in Domino sempiternam. 
Constitutis in presentia nostra Balduino domino de Ourpi, 
milite, et scabinis ejusdem ville, iidem scabini fide interpo- 
sita [pro]miserunt quod nullam ab hominibus de Oupi, et 
maxime a viduis, de cetero talliam extorquebunt, nisi 
solummodo de ipsorum hominum libera ac spontanea 
voluntate. Sciendum autem quod dominus ville habet ibidem 
sex libras, nos vero quatuor solidos et archidiaconus noster 
Ostrevandensis duos solidos parisiensis monete de redditu, 
annuatim per majorem et scabinos in Purificatione beate 
Marie Virginis colligendas, ab hiis videlicet qui illic mansos 
aut terras a jam dicto domino seculari tenere noscuntur ; 
lila quod singuli, pro sui rala tenementi, secundum plus vel 
minus solvere tenebuntur. Hoc igitur supradictus dominus 
fide data benignissime creantavit. Ad cujus et scabinorum 
pelitionem, cartulam presentem indeconfectam in memoriam 
rei hujussigilli nostri lestimonio fecimus communiri. Actum 
anno Domini M°. CC. XX X° tercio, mense novembri. 


N° 140. — 1243, 16 septembre, 


Regractatur castellanus Duacensis regi Ludovico super curialitate 
forisfactorum ab episcopo Attrebatensi sibi facta. — XIX. 

Excellentissimo domino suo Ludovico, Dei gratia illustri 
Francorum regi, Galterus, castellanus Duacensis, salutem 
et paratum servicium. Vestra noverit celsitudo quod cum 
de contentionibus que erant inter me, ex parte una, et reve- 
rendum patrem Assonem, Dei gratia Attrebatensem episco- 
pum, ex altera, inquisila diligentius veritate judicaveritis 
res quas habeo apud Viteriacum me tenere de dicto episcopo 
ad censam el non in feodum, et me cum rebus quas ibidem 
habeo esse sub judicio scabinorum ejusdem ville ; et iidem 
scabini me judicassent ad forisfactum octingentarum libra- 


— 2717 — 


rum duacensium, viginti libre duacensium minus ; item, ad 
reslituendum eidem episcopo tres modios et duos menchaldos 
avene, pro legibus sex modiorum et quatuor menchaldorum 
avene de censa dicti domini episcopi debito termino non 
solutorum ; item, pro straeria, porcum unum et unum suem; 
item, pannos cujusdam latronis cum quadam salice abscisa 
per me in via publica : idem dominus episcopus, ob preces 
vestras, predicta forisfacta, que me debere eidem episcopo 
recognovi, mihi condonavit et quitavit, exceplis viginti 
libris parisiensium tantummodo, tribus modiis et duobus 
menchaldis avene, de quibus eidem episcopo satisfeci, item 
porco, sue, pannis latronis et salice, de quibus eidem episcopo 
restitutionem plenariam feci in presentia Symonis de Villa- 
ribus, baillivi Attrebatensis, qui ibi erat ex parte vestra, 
item in presentia scabinorum de Viteriaco et plurium 
hominum aliorum. Propter que excellentie vestre grates 
refero copiosas. În cujus rei testimonium presentes litteras 
fieri feci sigilli mei munimine roboratas. Datum et actum 
apud Viteriacum, anno Domini millesimo ducentesimo 
quadragesimo tercio, feria quarta post Exaltationem sancte 
Crucis. 
N° 147. — 1247, aorul. 


De Johanne le Machon qui emendavit forefactum 
in vico Maleorum. — CCIX. 


Universis presentes litteras inspecturis, magister Johannes 
de Oysiaco, canonicus et officialis Attrebatensis, salutem in 
Domino. Noveritis quod in nostra constitutus presentia, 
Johannes li Machons, qui habet filiam Eustacii de Harvaing 
in uxorem, récognovit spontaneus in jure se nullum jus 
habere rumpendi parietem domus sue site in vico Malleorum 
ante domum magistri Egidii Vinarii, canonici Attrebatensis, 
extra barram de vico Malleorum, seu etiam in eadem domo, 
ex parte vici, bovam, cellarium seu citernam habentem 
ostium, fenestram seu aliam aperturam supra vicum, absque 
licentia speciali domini Attrebatensis episcopi, vel eorum qui 


— 278 — 


sunt loco ejusdem in exercenda justicia seculari (1). Confes- 
sus est etiam se emendasse illud quod contra fecerat in dicta 
domo et pariete et de hoc dominis Radulpho et Johanni, 
canonicis Attrebatensibus, custodibus rerum et juris episco- 
patus Attrebatensis a capitulo Attrebatensi deputatis vacante 
sede Attrebatensi, super hoc satisfecisse ad eorum volunta 
tem, et quod ad submonitionem eorumdem, terram, quam 
extraxerat a cellario quod in domo sua predicta faciebat et 
in vico posuerat, fecerat extra vicum ad sumptus suos 
quadrigari. Confessus est etiam quod qualemcumque aper- 
turam faciet seu fecit in dicto cellario, illud fecit de licentia 
eorumdem, et quod preter eorum licentiam nichil facere 
poterat de premissis. In cujus rei testimonium et munimen, 
presentibus litteris sigillum curie Attrebatensis ad instantiam 
partium duximus apponendum. Actum anno Dominice 
incarnationis millesimo ducentesimo quadragesimo septimo, 
mense aprili. 
N° 155. — 17248, octobre. 


De capellania quam instituit Adam Esturions in capella sua 
et ubi redditus assignentur. — CCXXII. 


Jacobus, miseratione divina Attrebatensis episcopus, 
universis presentes litteras inspecturis, salutem in Domino. 
Noverit universitas vestra quod cum dudum Adam dictus 
Esturions, civis Attrebatensis, quandam capellam et capel- 
laniam in ea valentem quindecim libras paris. annuatim, de 
consensu bone memorie Assonis predecessoris nostri, Attre- 
batensis episcopi, Martini, abbatis Sancti Vedasti, persone 
ecclesie Sancte Crucis Attrebatensis, ac Remigii, rectoris 
ejusdem ecclesie, in manso suo juxta ecclesiam eamdem 
fundasset (2), prout in lilteris eorumdem episcopi et abbatis 
inde confectis plenius continetur, idem Adam, in nostra 
presentia propter hoc constitutus, dictas quindecim libras 


1) Le verbe manque : « effodiendi ? ». 
2) La chapelle Saint-Jacques en Sainte-Croix. 


( 
( 


— 279 — 


annui redditus super mansum suum cum edificiis et appen- 
ditiis, situm inter Sanctum Michaelem et Blangiacum (1), 
legitime assignavit, tali quidem modo quod ei liceat facere, 
quandocumque voluerit, alibi assignamentum de memorato 
redditu, in loco competenti et suffcienti juxta decretum 
episcopi Attrebatensis qui tunc erit ; quod ex quo fecerit, 
predictus mansus cum appenditiis et pertinentiis penitus 
liberabitur ab assignamento predicta et redditu memorato. 
Promisit etiam dictus Adam quod hujus modi assignamenta 
sollempniter et legitime faciet coram judicatoribus qui 
habebunt super hoc judicare, et per judicium eorundem. 
In cujus rei testimonium, presentes lilteras ad petitionem 
ipsius Ade sigilli nostri fecimus appensione muniri. Actum 
anno Domini millesimo ducentesimo xl° octavo, mense 


octobri. 
No 157. — 1250, aoril. 


De domibus Bonorum puerorum juxta barram de Galeurue. — CCX. 


Universis presentes lilteras inspecturis, J. prepositus, 
W. decanus, totumque capitulum Attrebatense, salutem in 
Domino. Noverint universi quod cum Adam de Bapalmis, 
quondam civis Attrebatensis, quedam bona mobilia et 
immobilia in elemosinam contulisset ad construendum 
hospicium in quo pauperes clerici scolares reciperentur, 
domus que fuerunt quondam magistri Willelmi dicti Torcol 
empte fuerunt ad opus illius hospicii a magistro Willelmo 
dicto Faverel per magistrum Johannem de Bapalmis, cano- 
nicum Attrebatensem, executorem testamenti predicti Ade 
de Bapalmis, que domus site sunt in districtu episcopi 
nostri Attrebatensis, juxla barram de Galeurue ; propter 
quod dictum episcopum rogandum duximus ut predictis 
consentiret. Qui episcopus postulata concessit, salvis tamen 
omni jure et justicia, tenura (2) et consuetudine tam ipsius 


(1) Le manoir de Bellemotte, plus tard l’abbaye d'Avesnes. 
(2) Ms. « temna ». 


— 980 — 


episcopi quam scolastici Attrebatensis, ac si laicus ibidem 
maneret ; hoc eliam salvo quod ille qui pro tempore illi 
domui preficeretur, poneretur ibidem de assensu ipsius epis- 
copi requisito et optento ; hoc etiam adjecto quod homo 
vivens et moriens domibus illis assignetur, in cujus morte 
relevia, ingressus et egressus secundum consuetudinem 
districtus episcopi scolastico persolvantur. Datum anno 
Domini Me. CC°. quinquagesimo, mense aprili. 


N° 159. — Janvier. 


De servicio majoris de Galeurue et quam partem habeat 
in exitibus et releviis. — LXXXXII. 


Jacobus, miseratione divina humilis Attrebatensis épis- 
copus, omnibus presentibus et futuris, salutem in Domino 
sempiternam. Noverint universi quod tals est servicium in 
quo major de Galeurue tenetur nobis nostrisque succes- 
soribus episcopis : Ipse scilicet major debet colligere redditus 
nostros quos habemus infra Civitatem Attrebatensem, in por- 
prisiis dicte ville et in districtu nostro Attrebatensi, et dena 
rios hujusmodi reddituum tenetur dictus major nobis ac 
successoribus nostris reddere singulis annis infra festum 
Nativitatis beatiJohannis Baptiste.et redemptiones caponum. 
si redempti fuerint de assensu nostro. In introitibus autem, 
exitibus et releviis provenientibus ex premissis et etiam in 
legibus que obvenerint per defectum solutionis eorumdem, 
habel dictus major partem terciam et nos alias duas. — 
Item, debet dictus major juvare ad custodiendum proces- 
sionem, quando presentes erimus in eadem. Et debet colligere 
culcitras, cum opus fuerit, et submonere gavalum et facere 
haberi per scabinos nostros ab illis qui tenentur ad illud, 
et hoc mediantibus duobus mencaldis avene quos habet 
annuatim de gavalo memorato. — Item, omnes terre site in 
territorio nostro Attrebatensi, que tenentur de nobis ad 
terragium, debent vendi, werpiri et relevari in curia nostra 
coram nobis vel preposito nostro et eodem majore, si voluerit 


— 281 — 


interesse. Debet etiam idem major,cum opus fuerit, sartarios 
submonere et propter hoc debet ipse habere in introitibus, 
exitibus et releviis hujusmodi terrarum partem terciam et 
nos alias duas partes, et nichil aliud potest idem major petere 
in aliis juribus earumdem, — Item, tenet dictus major de 
nobis terragium duodecim mencaldatarum terre, una bois- 
tellata minus, site in monte Souvant supra Ansaing (1). — 
Tenet etiam idem major de nobis, tam infra villam Attreba- 
tensem quaminejus porprisiis, quatuor libratas annui reddi- 
tus, tum in denariis tum in caponibus, parum plus parum 
minus. Hec autem omnia supradicta tenet idem major de 
nobis in feodum et inde est ligius homo noster. Et si forte 
processu temporis nos vel successores nostri episcopi de 
mariscis vel terris nostris daremus ad redditum, dictus 
major vel successores sui nichil juris petere poterunt in 
eisdem. Ordinatum est istud coram nobis, presentibus 
fidelibus nostris Adam de Juvenchi, decano Lensensi, et 
Balduino de Souches, preposito nostro. Actum de consensu 
nostro et Herberti, majoris du Galeurue, anno incarnationis 
Dominice M°. CC°. quinquagesimo, mense januario. 


No 176. — 1253, juillet. 


Compositio facta inter episcopum J. et capitulum super refectione 
campanilis et aliorum quamplurium. — CXVIII. 

Universis presentes litteras inspecturis, Jacobus, misera- 
tione divina episcopus, J. prepositus, W. decanus ac capi- 
tulum - Attrebatense, salutem in Domino. Noveritis quod 
cum super refectione campanilis et claustri ecclesie nostre 
Attrebatensis esset orta dissentio, in multorum scandalum 
et ipsius ecclesie detrimentum, nobis capitulo ex parte una 
dicentibus, et nobis episcopo ex parte altera negantibus 
episcopos Attrebatenses ad hec et ad ecclesiam totam refi- 
ciendam teneri quociens opus esset, nec non ad reficiendum 


(1) Ms. « supra aansaig ». 


— 282 — 


campanas, vitrarias, trillias, orlogia, candelabra, pelves, 
urceolos, palellas pro igne, thuribula, thuris vascula, cruces 
cum earum baculis, capsas, capsulas el vasa sanctuario- 
rum, baculosque et cathedras corislorum ; tandem, pro 
utilitate ipsius ecclesie et pace perpetua inter episcopos et 
capitulum Attrebatense habenda, inter nos communiter et 
concorditer extilit ordinatum quod, mediantibus quadrin- 
gintis libris parisiensium per nos Jacobum episcopum, 
nobis capitulo scientibus et consentientibus, fabrice nostre 
Attrebatensis ecclesie assignatis ac integre numeralis, pro 
acquirendo in aliquo personaluum episcopalium  aliquo 
decimali redditu aut simili, vel alio alibi, in premissorum 
refectionem et non in usus alios convertendo, episcopi 
Attrebatenses ex nunc perpetuo sunt et erunt liberi et 
immunes ab omnimoda refectione et retentione omnium 
predictorum et omnium aliarum rerum sacrarum vel non 
sacrarum, ac universorum edificiorum ecclesie, sive sint 
intra ecclesiam, sive extra adherentia ecclesie, in qualibet 
sui parle, cujuscumque materie sint ad presens aut esse 
debeant in futurum, excepto quod ea que de filo lini refi- 
ciuntur et acu reficere tenebuntur. Batellos quoque, flaellos 
ac bellerias campanarum, serasque et claves quorum usus 
et custodia ad custodem pertinent, reficere integre, ut opus 
fuerit, tenebuntur ; in cordis pro campanis pulsandis, in 
luminaribus cere et olei, incenso carbone et pallis lineis 
duorum altarium, majoris scilicel et minoris, ac veslimentis 
lineis ministrorum eorumdem altarium, cortinis lineis 
currentibus in virgis ferreis circa majus altare, in arbore 
paschali, in pane et vino pro missis a canonicis et capel- 
lanis in ecclesia celebrandis, in ablutione etiam dictorum 
vestimentorum, pallarum et omnium cortinarum, in minis: 
tris etiam custodie ad consuetam a ministris ejusdem loci 
custodiam ecclesie et rerum in ea consuelarum custodiri 
ab ipsis et ad alia consueta ab eis servicia ecclesie facienda, 
et in aliis in quibus iidem episcopi solent providere ecclesie, 


r 


eidem Attrebatensi ecclesie nichilominus modo solito provi- 
suri, exceptis refectionibus et retentionibus antedictis, in 
quibus, ut dictum est, episcopos ipsos totaliter immunes et 
liberos in perpetuum esse constat. In hujus autem pacifice 
ordinationis teslimonium, ad perpetuam firmitatem, nos 
episcopus et nos capitulum Attrebatense has communes 
litteras fecimus inde fieri et sigillorum nostrorum munimine 
roborari. Datum anno Domini millesimo ducentesimo 
Lo tercio, mense Julio. 


N° 186. — 1254, 23 aoril. 
De redditu quem habet custodia supra domum J. Nigri. — CXXXI. 


Universis presenteslitteras inspecturis, magister Robertus 
de Wailliaco, officialis Attrebatensis, salutem in Domino. 
Noveritis quod cum dominus Walterus de Minorivilla, 
nomine custodie ecclesie Attrebatensis, Jacobum dicium 
Nigrum coram nobis traxisset in causam, libellum suum 
edidit in hunc modum : « Dicit dominus Walterus de Minori 
villa, nomine custodie ecclesie Attrebatensis cujus adminis- 
trationem gerit, contra Jacobum dictum Nigrum, quod cum 
idem Jacobus teneatur dicte custodie in decem et novem 
solidis et sex denariis parisiens. annui redditus, pro quadam 
domo ipsius Jacobi sila retro domum in qua manet idem 
Jacobus, solvendis annis singulis in quolibet Natali Domini, 
et in possessione fuerint, tam ipse quam predecessores 
ejusdem in dicta custodia, recipiendi abipso Johanne dictam 
pecuniam, et dictus Jacobus defecerit in solutione dicti 
redditus in Natali Domini ultimo preterito, petit dictus 
Walterus, nomine dicte custodie, ab ipso Jacobo dictos 
decem et novem solidos et sex denarios paris. pro diclo 
termino sibi reddi. » Lite igitur super hiis sollempniter 
conteslata, prestitoque postmodum a dictis partibus de 
calumpnia juramento, auditis partium confessionibus et hiis 
que partes proponere voluerint coram nobis, testibus ex 
parte dicti Jacobi productis diligenter examinatis, publicatis 
depositionibus eorumdem, die ad dicendum in testes et dicta 


— 994 — 


testium et demum ad diffiniendum partibus assignata, ipsis 
partibus, videlicet dicto Waltero per procuratorem et diclo 
Jacobo in propria persona coram nobis in jure constitutis et 
sententiam ferri postulantibus, factis quibusdam interroga- 
tionibus que de jure nos movere poterant et debebant, juris 
ordine in omnibus observato, de prudentum consilio prefatum 
Jacobum dicto domino Waltero gerenti administrationem 
custodie ecclesie Attrebatensis et agenti nomine ejusdem 
custodie in decem et novem solidis et sex denariis parisiens. 
petilis per diffinitivam sententiam condempnamus, questione 
expensarum eidem Waltero reservata. In cujus rei testimo- 
nium, presentes litteras sigillo curie Attrebatensis fecimus 
roborari. Datum anno Domini M°. CC°. quinquagesimo 
tercio, feria secunda post Zsti sunt dies. 
N° 202. — 1257, juillet. 
Qualiter pro oblationibus que fiunt ad sanctuaria tenetur fabrica 
reddere episcopo Attrebatensi VII lib. annuatim. — CXXL 

Thomas prepositus, J. decanus totumque Attrebatensis 
ecclesie capitulum, omnibus presentes litteras inspecturis, 
salutem in Domino. Noveritis quod cum super oblationibus 
que fiunt ad sanctuaria (1) et ad majus altare in ecclesia 
Attrebatensi inter nos, ex parte una, et reverendum patrem 
dominum Jacobum, episcopum Attrebatensem, ex altera, 
orirentur sepius mutue quesliones, nos, pro bono pacis, cum 
eodem episcopo ita duximus ordinandum, quod omnes 
oblationes que fiunt ad sanctuaria et ad majus altare in 
ecclesia dAtitrebatensi ante missam et post inissam et etiam 
in ipsa missa, aliter quam ad manum presbileri, erunt 
fabrice ecclesie, exceptis cera et candelis, que omnes erunt 
episcopi, et excepto blado et grano quocumque modo oblato, 
quod erit capituli, ubicumque in dicta ecclesia offeratur, 
consuetudine oblationum que ad majus altare in missa fiunt 


(1) Le sens secondaire de « sanctuaria », les satntuaires, comprend 
non seulement les reliquaires, mais tous les objets exposés à la 
vénération des fidèles. 


— 985 — 


ad manum presbiteri non mutata. In die autem Assumptionis 
et Nativitatis beate Virginis, oblationes que fient ad sanc- 
tuaria et ad majus altare erunt capituli et episcopi, sicut est 
hactenus consuetum, exceptis cera et candelis predictis que 
erunt episcopi solius. Îtem, oblationes, tam cere quam 
pecunie quam alterius cujuscumque rei, que fient ad crucem 
in die Parasceves, erunt capituli Attrebatensis. Sciendum 
est eliam quod due candele que offeruntur a caritate Arden- 
tium erunt fabrice ecclesie. Et pro premissis que de cetero 
ad fabricam ecclesie pertinebunt, reddemus nomine dicte 
fabrice, de bonis ipsius fabrice, episcopo annuatim octo 
libras parisiensium, videlicet in Nativitate beate Virginis 
quatuor libras et in Ascensione Domini alias quatuor libras. 
In oblationibus vero que fiunt ad altare parrochie situm in 
navi ecclesie et ad alia ipsius ecclesie altaria, conservabitur 
antiqua consueludo. Capellanus vero vel clericus a nobis 
deputatus ad custodienda sanctuaria et oblationes faciendas 
ibidem jurabit quod jus episcopi in cera et candelis et jus 
fabrice et nostrum in aliis fideliter observabit. Et hec omnia 
tam de nostra quam de ipsius episcopi unanimi voluntate, 
diligenti deliberatione prehabita, pro bono pacis et utilitate 
ecclesie Attrebatensis et episcopatus acta sunt concorditer 
el concessa. Et ad firmitalis robur perpetuum obtinendum, 
ordinavimus quod premissa per summum pontificem confir- 
mentur. Tenetur etiam episcopus supplicare domino pape et 
rogare ipsum ac procurare modis quibuscumque poterit 
licitis et honestis, sine suo dando (1) et labore sui corporis et 
suorum, quod premissa ordinatio per sedem apostolicam 
confirmetur. Ut autem ista perpetuo robore conserventur, 
presentes litteras fecimus nostri et ipsius episcopi sigillorum 
appensione muniri. Actum anno Dominice incarnationis 
millesimo ducentesimo quinquagesimo septimo, mense julio. 


(1) Ms. Sic. 


à — 286 — 


N° 204. — 1263, 10 août. 
Qualiter saisivit rex Ludovicus bona castellani Duacensis. — CLXVII 


Ludovicus, Dei gratia Francorum rex, universis presentes 
litteras inspecturis, salutem. Cum nos, propter excessus 
castellani Duacensis quos fecerat ecclesie Montis S. Eligu, 
saisiverimus ea que idem castellanus tenet ad censum apud 
Viteriacum a dilecto et fideli nostro episcopo Attrebatensi, 
quos quidem excessus idem episcopus emendare formidabat, 
noveritis quod nos, propter saisitionem hujusmodi, nolumus 
prefato episcopo in posterum prejudicium generari : quod 
omnibus tenore presentium volumus esse notum. Actum 
apud Hysdinum, die veneris in festo beali Laurentii, anno 
Domini M° CC° sexagesimo lercio. 

No 229. — 1264, juin 
Qualiter comes S. Pauli posuit baillivum Attrebatensem loco sui 
ad recipiendam werpitionem decime de Celest. — XLI 

Jou Guis de Castillon, quens de Saïnt-Pol et sires d'Arras, 
fach savoir par ces miues presentes letres a tous cheus ki 
les verront u oront ke jou Huon d’Aucoch men bailliu 
d'Arras mech et estavlis plainement en men liu a veoirel a 
oir le werp et l'issue ke Alous dis Wastiaus de Celest, mes 
hom, doit faire et fera au vesque d'Arras u a sen con- 
mandement, aoes le vesque d'Arras et ses successeurs de 
le disme ke chius Alous tient de mi el teroir de cele meisme 
vile de Celest. Et mech cel meisme Huon bailliu devant dit 
du tout en men liu a veoir et a oîfr l'entrée et le veslisse- 
ment ke on fera de cele devant dite disme au devant dit 
vesque u a sen conmandement u non de le veskie et du 
vesque et de ses successeurs devant dis. Et a veïr, ofr et 
entendre el a faire en men liu toutes coses ki apertienent a 
bien et loiaument faire et acomplir ceste hesoigne a seurté 
parmenavle. Et doins au devant dit bailliu plain pooir de 
conjurer mes homes ki ceste chose ont a jugier de quanques 
il convenra et mesliers iert ki apertiegne a ceste besoigne. 
Et ai ferm et estavle quanques il iert fail par lui et devant 


— 287 — 


lui, aussi con s’il estoit fait par mi et devant mi meisme des 
choses devant dites et de quanques il apertient. Et en tesmoi- 
gnaige de ceste chose et pour chou ke ele soit ferme et 
estavle, ai jou ces presentes letres dounées et atroïes seelées 
de men propre seel. Che fu fait en l’an del incarnation 
nostre signeur mil. CC. et LXI111., el mois de juine. 


N°0 233. — 1265, 30 aoril. 

De quadam restitutione per baillivum Insulensem facta — CLXV. 

Tibaus, ballius de Lile, as eskevins de Le Basseie et a 
Gilon Canson, salus. Nous vous faisons a savoir ke nous 
quittons les pleges Pierot Pourteleine dou fait ki avint a 
Gravelen, car me dame l’a delivré au vesque d'Arras par le 
consaut de ses homes ; et chu vous faisons a savoir par nos 
letres pendans, ki furent donées l’an del incarnation Jhesu 
Crist Mo CC: LX° V, le vigile saint Philippe et saint Jakeme. 


N° 238. — 1268, janvier. 
Littere spectantes ad scolasteriam Attrebatensem. — CCXLV. 


Petrus, miseratione divina Attrebatensis ecclesie minis- 
ter humilis, Th. prepositus, A. decanus, totumque ejusdem 
ecclesie capitulum, universis presentes litteras inspecturis 
et audituris, salutem in Domino. Noverit universitas vestra 
quod dilectus noster magister Robertus de Wailliaco, 
scolasticus Attrebatensis, de assensu nostro et voluntate 
expressis, pro bono et utilitate evidentibus personatus scole, 
dedit Johanni dicto Outresage, civi Attrebatensi, ad censam 
perpetuam, pro octo libris parisiensium annui et hereditarii 
redditus quolibet festo Omnium Sanctorum, sive terra plena 
fuerit aut vacua, persolvendis, ab ipso Johanne et ejus 
heredibus ac successoribus legitimis jure hereditario possi- 
 dendas, viginti quatuor mencaldatas terre perlinentes ad 
eundem personatum, sitas prope Brunas in tribus peciis ; 
quarum quidem peciarum una pecia sex mencaldatarum 
sita est aliquantulum ultra Brunas, adherens terre Sancti 
Vedasti, ab una parte, et terre Walteri de Hees, ex altera. 


— 288 — 


Iste vero sex mencaldate sunt de primario personatus 
scolasterie fundamento et vocantur vulgariter Campus Scole. 
In altera vero pecia sunt octo mencaldale, que scilicet site 
sunt prope viam que ducit ab Attrebalo ad Dyane villami, et 
vocantur  Aguille, adherentes terre Domus Dei ad p«dem 
atrii. {n tertia quoque pecia sunt decem mencaldate, site 
inter terram prefati Walteri de Hees et terram que fuit 
Warneri Lavenant. In hiis autem decem et octo mencaldatis 
ultimo nominatis, nullum habet scolasticus dominium, 
nullamque jurisdictionem, nec justiciam, nec aliquid aliud 
nisi, cum censa oclo librarum predicta, introitus, exitus et 
relevia duorum solidorum parisiensium pro qualibet men- 
caldata ; et est sartarius episcopi pro tempore existentis de 
eisdem decem et octo mencaldatis. Cui inquam episcopo, 
in qualibet mutatione scolastici, utpote post morlem vel 
alias, solvi debent triginta sex solidi parisiensium pro 
eisdem, et etiamsi interdum forte contingat qualitercumque 
dictum octo librarum redditum ad alium vel alios quam 
scolasticum et usus alios quam scolasterie jure hereditario 
devenire. De premisso autem octo librarum redditu dicto 
R. scolastico ejusque successoribus scolasticis Attrebaten- 
sibus in dicto festo Omnium Sanctorum imperpetuum 
legitime persolvendo, prefatus J. dictum R. scolasticum et 
successores suos scolasticos Attrebatenses assignavit ad 
dictas viginti quatuor mencaldatas terre superius nominatas, 
prenominato Johanni aut ejus heredibus... (1) burgesia 
Attrebatensi seu quocumque alio privilegio vel prerogativa 
in derogalionem premissorum seu cujuslibet eorum nullo 
tempore valeant suffragari. Hanc autem super dicta 
censa conventionem sic habitam inter prefatos R. scolas- 
ticum et Johannem, promiserunt ipsi ambo se bene et legi- 
time servaluros et ad ipsam inviolabiliter observandam se 


(1) La phrase a été tronquée par le copiste, mais on en comprend 
aisément le sens. 


— 289 — 


et successores suos imperpetuum obligarunt. Nos vero, 
predictam conventionem ratam habentes et gratam, ut 
memorie imposterum commendata inviolabiliter observetur, 
presentes litteras inde factas, ad pelitionem predictorum 
R. scolastici et Johannis sigillorum nostrorum munimine 
fecimus roborari. Datum anno Domini M° CC. sexa- 
gesimo septimo, mense januario. 


N° 252. — 1277, novembre. 


De redditu quem episcopus Attrebatensis habet super domum quondam 
Riquerii Amion, pro duabus gargouliis in dicta domo existentibus, 
quas dominus potest amovere quotiens sibi placuerit. — CCXXVI. 


Universis presentes litteras inspecturis, officialis Attre- 
batensis, salutem in Domino. Noveritis quod Rikerus dictus 
Amions, clericus, coram nobis propter hoc personaliter 
constilutus, recognovit et confessus est spontaneus quod 
cum ipse in domo sua sita in vico Malleorum haberet tres 
gargoullias et intabulaturam fenestrarum ejusdem domus 
super ipsum vicum projectas seu protensas, in quo quidem 
vico reverendus pater Attrebatensis episcopus jurisdictionem 
omnimodam habere dinoscitur, et ipsi Rikero ex parte dicti 
domini episcopi esset injunclum seu preceptum ut dictas 
gargoullias el intabulaturam, in quantum super dictum 
vicum eranñt porrecte seu protense, tolleret seu eliam amo- 
veret, cum eas sic habere sine dicti domini episcopi licentia 
et consensu eidem non liceret, tandem dictus dominus epis- 
copus, precum ipsius Rikeri et amicorum ejusdem multa 
devictus instantia, voluit et concessit dicto Rikero ut, una 
diclarum gargoulliarum remota seu sublata, alie due cum 
intabulatura predicta remanerent, ita quod dictus Rikerus 
duos capones annui et perpelui redditus diclo episcopo 
solvere teneretur. Quam quidem conditionem sive modum 
dictus Rikerus libenter amplectens, ac etiam recognoscens 


19 


— 9299 — 


quod dictus episcopus, tanquam habens ommimodam juris- 
dictionem in vico predicto, dictas gargoullias et etiam inta- 
bulaturam, prout supra ipsum vicum protenduntur, pro 
sua voluntate poterat iollere seu etiam amovere, promisit 
coram nobis, fide el juramento super hoc corporaliter pres- 
titis, ab eodem dicto episcopo vel ejus mandato singulis 
annis in Natali Domini se dictum redditum fideliter solu- 
turum, et ad hoc personam suam heredesque suos imper- 
peluum personaliter obligavit ad dictas gargoullias et inta- 
bulaturam, in quantum supra dictum vicum proltenduntur, 
etiam de dicto redditu assignamentum faciendo, et ipsas 
propter hoc realiter obligando ; volens et concedens idem 
Rikerus quod, si in solutione dicti redditus ipse vel ejus 
heres deficeret, dictus episcopus, aliqua temporis prescrip- 
tione seu alia exceptione non obstante, dictas gargoullias et 
intabulaturam, utendo jurisdictione sua, possit tollere seu 
etiam amovere, et quod nos de ipso justiciam faciamus, 
quantum ad hec jurisdictioni curie Attrebatensis se suppo- 
nens, ubicunque de cetero fuerit aut moretur. In cujus ru 
testimonium, presentibus litteris sigillum curie Attrebatensis 
duximus apponendum. Datum anno Domini Mo. CC°. LXX:°. 
septimo, mense novembri. 


N° 267, — 1291, 4 février, 


Quedam compositio facta inter episcopum Atrebatensem et capitulum 
super juridictione et obventionibus oblationum — CCXLHI. 


Universis presentes litteras inspecturis, G. divina mise- 
ratione Altrebatensis ecclesie minister humilis, et H. prepo- 
situs, J. decanus, lotumque Attrebatensis ecclesie capitulum, 
salutem in Domino sempiternam. Cum inter nos episcopum 
antedictum, ex una parte, et nos H. et J. et capitulum ante- 
dictos, ex alia, super hiis que sequuntur contentio move- 
retur : super eo videlicet quod nos episcopus antedictus 
dicebamus murum prout extenditur a domo in qua ad presens 


— 291 — 


prepositus ecclesie Bethuniensis moratur usque ad furnum 
nostrum in Civitate existentem, ad nos jure dominii perti- 
nere, vel saltem in aliqua parte dicti muri dominium nos 
habere, et ad nos in dicto muro jurisdictionem omnimodam 
pertinere ; insuper dicebamus nos et officialem nostrum 
jus habere appodiandi scalam nostram pro nostra juris- 
dictione exercenda ad dictum murum, videlicet pro homi- 
nibus scalandis pro delictis suis, ratione jurisdictionis 
nostre exercende, quotienscumque opus esset et nobis et 
officiali nostro videretur expedire ; item quod nos in porta 
existente in muro prediclo, per quam portam de ecclesia 
nostra et de claustro dicte ecclesie via dirigitur ad Civilatem, 
prout latitudo muri se extendit, dicebamnus ad nos jurisdic- 
lionem omnimodam pertinere ; item dicebamus quod cum 
contingit decanum christianitalis Attrebalensis decedere, 
oblaciones omnes, sive sint in cera sive in pecunia, ad nos 
debent penitus pertinere ; item, cum in choro Attrebatensis 
ecclesie duo sint altaria, videlicet majus altare, et minus 
quod est retro altare superius memoratum, et in majori 
altari sit, diu est, ordinatum quod si contingat pro aliquo 
funere presente, non pertinente ad curam decani ejusdem 
ecclesie, missam de requiem celebrari, omnes oblaciones in 
cera exislentes ad nos debent penitus pertinere, et altare 
retro censeri debeat pari jure, dicebamus quod si conlingeret 
in illo secundo altari pro aliquo corpore presente, ad curam 
decani minime pertinente, missam aliquam celebrari, omnes 
oblaciones in cera existentes debebant ad nos penitus 
perlinere, nobis H. et J. et capitulo antediclis asserentibus 
contrarium, videlicet ad nos omnia predicta peuilus pertinere 
et negantibus dominum antedictum habere jus aliquod in 
premissis : Nos vero, freti bonorum consilio, predicte conten- 
tioni finem impossere cupientes super omnibus autedictis, 
in certas personas compromisimus tanquam in arbitros seu 
amicabiles composilores. Qui arbitri dicti, compromissi 
prius onere in se sumpto, et super hiis ab eisdem inqui- 


— 292 — 


sitione habita diligenti et discusso quolibet articulo predic- 
torum, dictum suum seu sententiam arbitralem super eisdem 
in modum qui sequitur protulerunt. Pronunciaverunt enim 
ad nos H. et J. et capitulum antedictos predictum murum 
pleno jure et racione dominii pertinere, et quod in eodem 
dominus episcopus antedictus jus aliquod non habebat, 
nisi quod ipse dominus antedictus et officialis suus qui pro 
tempore fuerit possunt scalam suam, pro hominibus ibidem 
scalandis et sua jurisdictione exercenda, appodiare, quo- 
cienscumque voluerint et viderint expedire. — Item dixe- 
runt per sentenciam supradiclam quod in porta superius 
memorata, cum porta aperta fuerit, prout latitudo muri se 
extendit ad nos capitulum antedictum jurisdictionem omni- 
modam pertinere ; cum vero porta predicta clausa fuerit, 
usque ad .portam ligneam ex parte vici dixerunt ad nos 
episcopum jurisdictionem omnimodam pertinere. — Pro 
funere decani supradicti et pro funeribus presbiterorum 
parrochialium predictorum, vacante decanatu supradicto, 
dixerunt oblaciones omnes et in pecunia et in cera ad nos 
solum episcopum pertinere. — De altari minori in choro 
Attrebatensis ecclesie existenti, ita ab eisdem extitit ordina- 
tum, quod si contingeret in predicto altari missam de 
defunctis pro aliquo corpore in ecclesia presencialiter exis- 
tente, ad curam decani nostre ecclesie minime pertinente, 
de cetero celebrari, dimidia pars oblacionum in cera exis- 
tencium ad nos capitulum pertinebit el alia dimidia ad nos 
episcopum supradictum. — Nos vero predictum dictum seu 
arbitralem sentenciam approbantes, promittimus bona fide 
quod contra eandem non veniemus racione aliqua in futu- 
rum ; et ad eandem conservandam et ad ea omnia que 
superius sunt expressa nos et successores nostros speciali- 
ter obligamus. In cujus rei testimonium, presentibus litteris 
sigilla nostra duximus apponenda. Datum anno Domini 
Me. CC°. nonagesimo, die mercurii post octabas festi Puri- 
ficationis beate Marie Virginis. 


— 293 — 


N° 268. — 1294, 1 aout. 


Littera regis quod bannus comitis Artesiensis factus quod clerici 
pararent se ad exercitum revocetur, et quod qui vendunt et emunt 
vinum et bladum in Civitate et claustro Attrebatensi maletautam 
non solvant. — CCXLIIII. 


Philippus, Dei gratia Francorum rex, ballivo Ambianensi 
salutem. Conquestum est nobis capitulum Attrebatense, 
electi ejusdem loci nomine, quod in prejudicium jurisdic- 
tionis ecclesiastice dicti electi, scabini Attrebatenses in 
eadem villa fecerunt publice proclamari quod omnes clerici 
mercatores in equis et armis se preparent et se infra certam 
diem ostendant scabinis eisdem sic paratos in nostrum 
exercitum profecturos, prout est de aliis laicis ordinatum, 
et hoc sub pena sexaginta librarum facere non omittant. 
Quare tibi mandamus quatinus, si est ita, dictam procla- 
mationem, quantum tangit clericos, facias revocari. Verum- 
tamen, per quasdam alias nostras sub certa forma litteras, 
dicto capitulo et dicti electi procuratori mandamus ut ipsi 
clericos uxoralos mercatores lamen non defendant in hoc 
casu, quantum ad eorum mercaturas videbitur pertinere. 
Item, ex parte dicti capituli, nomine quo supra, nobis est 
conquerendo monstratum quod dicti scabini bannum fece- 
runt videlicet quod aliquis subditorum suorum in Civitate 
apud Attrebatum non emat vinum nec bladum, sub pena 
viginti sol. sibi solvendorum ab excedentibus dictum ban- 
num, nisi emptor pro quolibet loto vini solvere voluerit 
unum parisiensem, ad quam exactionem exigendam et 
levandam, ad portam dicte ville prefati scabini quendam 
staluerunt servientem ; pro quolibet autem mencaudo bladi, 
duos parisienses, super quo cum hoc, a collectore male- 
tolte licentiam petiet dictus emptor, aut dictam penam 
viginti solidorum incurret. Quare tibi mandamus quatinus, 
si tibi constiterit ita esse, predictum bannum revocare facias 
et penitus anullari. Actum apud Credulium dominica in 


— 294 — 


festo ad Vincula sancti Petri, anno Domini millesimo CC?. 
nonagesimo quarto. 


No 271. — XZVes. 
Persone tenentes feoda a domino episcopo Attrebatensi. 


Dominus de Beaumez en-Cambrezis. 
Domina de Croisilles. 
Dominus de Bailæs. 
Dominus de Mengoval pro uxore sua. 
Dominus Michael de Fontainnes. 
Dominus Sagalo Wions. 
Dominus Johannes Cossés. 
Dominus Nicolaus de Hamarville. 


milites 


Archidiaconus Atrebatensis pro archidiaconatu suo. 
Archidiaconus Ostrevandensis pro suo archidiaconatu. 
Scolasticus Atrebatensis pro scolasteria. 

Dns Joh. de Paliano, canon. Atreb., de prioratu de Habart. 
Dns Jacobus Picaloz, canon., pro personatu de Bours. 
Dns Balduinus de Sepin, canon., pro personatu de Drouin. 


Jacobus de Louez, armiger. 
Dentardus de Lannoy, ratione uxoris sue, de castellania 
Civitatis. 
Sagalo Wions, filius domini Sagalonis Wions. 
Sagalo Crespins. 
Robertus Crespins. 
Johannes Crespins. 
Balduinus Crespins. 
Ysabellis Loucharde. 
Matildis, ejus filia. 
Philippus de Vinea, senior. 
Philippus de Vinea, junior. 
Mainfridus de Parisius. 
Düs de Hamelencourt, miles, emit. 
Balduinus de Menricourt, ratione uxoris sue. 


— 295 — 


Ds Helias de Claustris, olim vicarius, pro personalu de 
Loches. 

Filii Martini le Courtois, et retinuit idem Martinus in feodo 
viagium suum. 


Jacobus Cosses de Vinea. 

Major de Galeurue. 

Normandus de le Machue. 

Petrus de le Machue, de quinta parte terre fratris sui. 
Johannes de Hées. 

Johannes de Cherisi. 

Johannes Boisars, de Viteri. 

Jacobus de Sailli, de Viteri. 


Symon Damisiaus, de Maræl. 
Jacobus Demisiaus, de Maraæl. 
Andreas Poutrains, de Maræl. 
Gerardus Corbiaus, de Maræl. 
Johannes Tourvins, de Maræl. 


Waroke de Corbechon. 
Johannes Habours, de Viteri. 
Willelmus d’'Iwuir. 

Petrus de Gheulesin. 

Johannes Cluignés. 

Johannes de Haloy, ad viagium. 
Petrus de Haloy, ejus filius. 
Ghilanus de Warluis, de Bail. 
Broigne de Villiers. 


Willelmus du Pont, de Biarch. 
Adam de Royville. 
Egidius Pastés. 
Egidius de Builli. 
‘Florentius d'Oupi. 
Johannes de Attrebato, de Bapalmes. 
Michael Mauvoisins, de Cherisi. 


— 99% — 


Johannes dou Gardin, de Cherisi. 
Petrus Baudous. 

Colardus li Boucars, de Viteri. 
Maria de l’Espée, de Duaco. 
Hugo de Grincourt. 


N° 285. — 1315, aoril. 


Comment le maison qui fu sire Simon d'Escuiri, capellain del église 

Nostre Dame, fu baillie à rente à Miquiel d'Esquaves. — CCLI. 

A tous chiaus ki ches présentes lettres verront et orront, 
Gerars, par le grasce de Dieu évesques d'Arras, salut. 
Comme sire Simons d'Esquiri, jadis capelains perpétuex en 
l'église Nostre Dame d'Arras, fezist et ordenast sen testa 
ment et se devise u l’ordenanche de se daarraine volonté, et 
en ce faisant donnast, ordenast et laissast plusieurs coses, 
entre lesqueles coses une maison seant en Galeurue entre 
le maison jadis Jaquemon Hukedieu le Cras qui fu, d'une 
part, et le maison signeur Jehan de le Parrosce, capelain, 
fil jadis maistre Symon de la Parrosce, d'autre part, liquele, 
maisons est lenue de nous et se juge par nos eschevins de 
Cité, pour metre, donner et asseïr rente à hyretage sour le 
dite maison, avoec autre rente queli dite maisons devoit par 
devant, le quele rente nouvele li dis sire Simons vaut estre 
donnée, assignée et baïllie à un hospital le quel il entendoil 
et voloit estre ordené en une maïson seant vers Saint- 
Nicase; et pour chou faire et tout sen testament metre à 
exécution, esleust, mezist et députast maistre Jehan de 
Lens, jadis capelain en le dite églize Nostre Dame, du quel 
testament li dis maistres Jéhans mist à exécution pluseurs 
coses, el avant que il eust tout parfait et mis à exécution, 
mesist le devant dit testament, u chou qui a parfaire en 
estoit, en no main comme en main de souverain, pour 
parfaire et metre à exécution çou qui à parfaire estoit dudit 
testament : Nous, par grant consel que nous avons eu sour 
chou deliganment, et par grant deligense pour le pourfit 
dudit testament, et pour aemplir et metre à exécution l'orde- 


— 297 — 


nanche de le darraine volenté dudit signeur Symon, avons 
bailliet, livré et otriiet à rente perpétuele à Mikiel d'Esquaves, 
clerc, fil jadis monsigneur Michiel d'Esquaves, chevalier, 
et à Jehanain se feme, le maison devant dite qui fu le dit 
signeur Symon, tout comme li dite maisons siet et s’estent 
devant, derrière et d’encoste, desous et deseure, dedens 
toutes appendances, parmi cent sols et quatre deniers de 
paresis de rente par an à hyretage, que li dit Mikix et Jehane 
se feme, leur hoir et leur successeurs après aus tenant le 
dite maison en doivent rendre et paiier, paieront et rende- 
ront cascun an puis ore en avant hyretavlement as hoirs chi 
après nommés, c’est asavoir : au devant dit hospital, u à 
celui u à chiaus qui les biens dudit hospital manieront et 
recheveront, trente sols de paresis cascun an, à eus termes, 
à teus us et à teles coustumes que on paie autres rentes en 
l’'eschevinage devant dit; et pour l'anchienne rente, à le 
Maison Dieu en Chité sissante et dis sols par an, et au 
capitle Nostre Dame d'Arras quatre deniers cascun an. Et 
par teles rentes qui devant sont dites, nous permetons et 
avons en convent à tenser et à warandir as devant dis 
Michiel et Jehanain se feme, à leur hoirs et à leur succes- 
seurs le maison devant dite envers tous, comme sires. Eten 
tesmongnage et en le pardurable fermeté de toutes ches 
coses devant dites, nous avons ces présentes lettres seslées 
et confermées de no propre seel. Ce fu fait en l’an de grasce 
mil trois cens et quinse, el mois d'avril, 


N° 297. — XIVe s. 


Beneficia ad collationem episcopi attrebatensis 


pertinentia. 
Primo in ecclesia Attrebatensi. 
Quadraginta prebende, valet quelibet n° libras. 
Archidiaconatus Attrebatensis valet inc libr. 
Archidiaconatus Ostrevanensis valet c lb. 


Scolastria valet xxx lb. 


— 298 — 


Capellania de Senghin valet 
Capellania de Raiïsce valet 


In decanatu Lensensi. 


Ecclesia de Builli valet 
Ecclesia de Angre valet 
Personatus de Lohes valet 
Capellania de Wingles valet 


In decanatu de Basseia. 


Ecclesia de Armentières valet 

Ecclesia de Herlies valet 

Ecclesia de Auberch valet 

Capellania in villa de Armenteriis valet 

Capellania que est in ecclesia S. Vedasti de 
Armenteriis valet 

Item capellania de Fournes valet 


In decanatu Bethuniensi. 


Ecclesia de Busseria valet 
Ecclesia de Hedigneul valet 
Ecclesia de Veteri, capellania valet 
Ecclesia de Beuvri valet 

Ecclesia de Sailli valet 

Personatus de Douvrin valet 
Personatus de Waudresicourt valet 


In decanatu Husdiniensi. 


Ecclesia de Cambelin valet 
Ecclesia de Tongri valet 
Ecclesia de Ruit valet 
Personatus de Ranchicourt valet 
Personatus de Bours valet 


In decanatu de Albigniaco. 


Ecclesia de Carenchi valet 
Ecclesia de Villaribus in Aurismonte valet 


xxx lb. 
xXxxvin lb. 


XVI ]b. 
x vi Jb. 
xx lb. 
XX Ib. 


Lxtt Ïb. 


xxx Ib. 


XxXv lb. 
xxy lb. 


Xvint Îb. 
[xviu 1b.] 


XXx lb. 
xXviIt lb. 
xxx lb. 
Lx lb. 

xxv lb. 
XX lb. 

XXv Ib. 


Xxv lb. 
XxH ]b. 
XX lb. 
XXI 1b. 
XLVII Ib. 


xxxv lb. 
xx lb. 


: — 299 — 


Personatus de Habarc valet | xxvV lb. 

Canonia Nigelle Guidonis valet XXX Ib. 
In decanatu de Passu. 

Ecclesia de Cousturella valet xv Ib. 

Ecclesia de Sauti valet XXX lb. 

Personatus d’'Andinfer valet XVI Ib. 

Personatus de Ransart valet XI 1b. 


(1). 


In decanatu Bapalmensi. 


Ecclesia de Goumercourt valet XV lb. 
Ecclesia de Ervilier valet XxxI1 lb. 
Ecclesia de Miraumont valet | L 1b. 
Ecclesia de Villers valet XXV lb. 
Capellania de Miromonte S. Lazari valet x11 Db. xs. 


In decanatu de Croisilles. 
Ecclesia de Novavilla domini Eustacii valet  xvur Ib. 


Ecclesia Sancti Martini valet XX Ib. 
Ecclesia de Reu valet XX Ib. 
Ecclesia de Monchiaco petroso valet xL Ib. 
Ecclesia de Gamape valet xx lb. 
Ecclesia de Bairi S. Martini valet Xxvi lb. 
Ecclesia de Cerisi valet xxx Ib. 
Personatus de Bairi valet x lb. xs. 
Personatus de Baileus in Monte valet XX Ib. 

In decanatu H yniacensi. 
Ecclesia de Vimi valet xxvi Ib. 
Ecclesia de Allæs valet XL lb. 
Ecclesia de Willierval valet XLvVII Îb. 
Ecclesia de Oupy valet XXXx Ib. 
Ecclesia de Avions valet XXXV lb. 
Ecclesia de Aïellæs valet XX Ib. , 
Ecclesia de Menricourt valet L Ib. 
Capellania de Vimi valet xv lb. 


(1) Ici cette note ajoutée plus tard en interligne : Capella de 
Bertencourt à Groville alternativa cum capitulo. 


— 300 — 


Capellania de Warendin valet xvi lb. 
Capellania que est apud Raisce valet xx 1b. 
[Personatus de Gaverella valet xitit 1b.] (1). 
In decanatu Duacensi. 

Ecclesia de Brebere valet xxx Ib. 
Ecclesia de Corbeham valet XL lb. 
Ecclesia de Noiielle souz Belone valet xxu ]b. 
Ecclesia S. Nicholai de Alloso in Palude valet xLe lb. 
Ecclesia de Belona valet XL 1b. 
Personatus de Mauchicourt valet XXV Ib. 
Personatus de Villaribus in Colle valet XL lb. 


Somma omnium beneficiorum ad collationem domini 
[episcopi] spectantium Lxvi, videlicet x1 personatus, xni capel- 
lanie, x11 cure. 

Item quatuor beneficia non attitulata : primum tenet 
Guillelmus Coopertor, valet xx1 libras ; aliud Henricus de 
Mernes, valet xx libras ; tertium Symon Escuiri valet 
xu libras ; quartum Jacobus Clericus, archidiaconus Ostre- 
vanensis, valet xvi libr. ; aliud Stephanus de Commarceyo 
valet xir libras. Iste Stephanus erat curatus de Erin, in 
decanatu Valenchenensi, anno M° CCC quinto. Modo tenet 
primum nepos J. Lanteluy. Beneficium de Planchis habet 
P. de Piperno, valet xvi 1b. ; beneficium de Dyvion habet 
magister Angelus de Fulguier ; beneficium de Campionibus 
_ habet S. de Commarseio. De isto S. habetur mentio paulo 
superius. 


N° 339. — 1381, 10 ma. 

Arrestum parlamenti pro domino episcopo Attrebatensi contra plures 
servientes regios pro excessibus per eos commissis contra Ecclesiam 
et gentes domini episcopi. — CCLXXXI. 

Karolus, Dei gratia F rancorum rex, universis presentes 
litteras inspecturis, salutem. Notum facimus quod, de 
licencia et auctoritate nostre parlamenti curie, inter partes 


(1) Addition postérieure, 


— 301 — 


infra scriptas, seu earum procuralores, tractatum, concor- 
datum et pacificatum extitit, prout in quadam cedula ab 
eisdem partibus seu ipsarum procuraloribus inferius nomi- 
natis dicte curie nostre unanimiter et concorditer tradita 
continetur, cujus cedule tenor sequitur sub hiis verbis : 


« Comme révérend père en Dieu, monseigneur l’évesque 
« d'Arras, maistre Pierre Morel, son official, messire Jehan 
« de le Craulière, son seelleur, et Vinchent Ploukin, son 
« promoteur de la court espirituelle d’Arras, tous prestres, 
« et le procureur du roy eussent en temps passé fait adjour- 
« ner en parlement Jehan de Sarton, dit Sevin, Colart 
« Louchart, Gille Louchart, Jaque de Rue, Gille Fauquet, 
« Gille de Chérisy, Jehan le Merchier, dit Mouton, Jaque 
«le Prévost, dit Robelot, Jehan Bordin, Jehan l'Artisien, 
« Sauwale de le Place, sergens du roy nostre sire en la 
« baillie d'Amiens, Jehan de Fescamps, Mathias d'Amours, 
« Jehan Chuot, Jehan Havetl dit Havetel, et Colin Herlin, 
« pour pluseurs excez fais par les dessus nommés deffen- 
« deurs en l’église de Saint-Nicolas à Miaulens, es fourbours 
« d'Arras, en enfreingnant la franchiseet immunité del'église 
« et en affamant en ycelle Henriet de Goy, et en ycelli 
« attraiant par famine et violentement hors de l'église ; et 
« aussy pour pluseurs violences faites pour celle cause aux 
« dis official et seelleur et promoteur, comme plus plaine- 
« ment est contenu ou procès sur ce fait ; ou quel tant a 
« esté procédé que les parties estoient cheües en fais 
« contraires et commissaires donnez par tamps de préfixion 
« ordené par parlement : les parties, pour bien de pais et 
« pour frais esquiever ont traittié pour parvenir à boin 
« acord, s’il plaist au roy nostre sire et à sa dicte court de 
« parlement, par la manière qui ensuit. Est assavoir que li 
« dit deffendeurs procureront et impèteront à leurs despens, 
& tant au roi nostre sire et à le dite court de parlement 
« comme ailleurs, lau mestiers sera, licence de pacefier 
“ sans amende. Item, impèteront aussi licence de prendre 


- _ 


— 302 — 


ledit Henriet de Goy, qui encore est ou beffroy d'Amiens 
pour cause dudit procès, et de ycelluy amener es prisons 
de chapitre d'Arras, lau il le menèrent premiers de la 
dicte église, en l'abit lau il estoit, ou semblable, quant il 
l’'amenëérent ; et ce fait, en certain jour qui à ce sera 
ordenez entre eulx et le dit official, entre tierche et midi, 
présens les dis official, seelleur et promoteur ; le méneront 
de la dite prison à la dite église de Saint-Nicolay par les 
rues et lieux par les quelz ils le menëèrent de la dite égiise 
ez dites prisons de chapitre et le remettront et lairont en 
la dite église pour joïr et avoir le immunilé d'icelle, et 
restabliront l’église. Item, ce fait, venront incontinent 
nues testes, est assavoir les chapperons hostés et abatus, 
humblement et à révérence devant les dis official, seelleur 
et promoteur, qui seront à l'entrée de la chimentiere de la 
dile église ou lieu lau ils dient les injures et violences à 
eux avoir eslé faites, et se metteront li dit deffendeur à un 
genoul, en disant par le bouce de l’un d’eulx aux disoflicial, 
seelleur et procureur ainsi : (« Nosseigneurs, en certain 
jour passé, nous ou aucun de nous parlasmes chy à vous 
pour le fait de Henriet de Goy rigoreusement, et cous 
feismes et deismes aucunes rigueurs et offenses, dont nous 
sommes dolant et repentant et le vous amendons du tout a 
vostre votenté, el vous en supplions le pardon. » Et en ce 
disant, tous ploiront le gaige, et li dit official, seelleur et 
promoteur les recevront. Item, ce fait, s'en iront li dit 
deffendeur du dit lieu tout ensemble, les dis caperons 
abatus, avec les dis official seelleur et promoteur par le 
dit chemin par lequel il vindrent, el iront aussi jusques 
au devant des dites prisons de chapitre, et là diront aux 
dis oflicial, seelleur et promoteur et feront samblabies 
paroles et amendises qu il aront fait devant le dite chimen- 
tière par samblable manière. Item, ce fait, de là s'en iront 
en l’estat devant dit en le grant église d'Arras, qui est 
assez près, en laquelle sera lv dit révérend père, et de 


SE — 


— 303 — 


loings quant ils le percevront, se metteront à genoulx en 
signe de humilité et de révérence, et depuis se lèveront el 
approceront de lui, et devant li se mettront à genouls et 
humblement li diront ainsi ou en substance : T'rès reoé- 
rend père, nous desplaist moult de ce que nous est advenu 
et des offenses que nous avons faites a Dieu et a vous et à 
oostre église. Sy le vous amendons humblement à vostre 
volenité et vous en supplions et requerons le pardon et 
merch:. En ce disant, ploiront leurs gaiges, et adont le 
dit révérend père les rechevera à merchy, et jurront solen- 
nelment de garder des ores en avant les mandemens et 
francises de l’église et que jamais ne feront contre. Et 
avec, le dit révérend père eujoindra par manière de paiue 
aus dis Sevin et Colart Louchart à aler en pélerinage à 
Nostre Dame de Cartres dedens le Penthecouste prochain 
venant, et ils iront et raporteront lettres. Item, que toutes 
les choses dessus dites li dit deffendeur feront, passeront 
en parlement et acompliront, et feront faire et acomplir à 
leurs frais et despens en dedens le dimence xix° jour 
de ce présent mois de may mil cccun'* et un, réservé le 
dit pélerinage qui se fera, et deux cens frans qui se paieront 
as lermes et par le manière que dessus et chy après est 
déclarié. item, pour le restitution de coulz, de frais et de 
intérêts, renderont et paieront li dit deffendeur au dit 
révérend père, en dedens le jour de Saint Jehan prochain 
venant, la somme de deux cens florins. Et à toutes les 
coses dessus dites seront li dit défendeur condempné par 
arrest. Et par mi les coses dessus dites faites et acomplies, 
les dis procès seront mis à nient, s’il plaist à la court, 
comme dit est. Et que ou cas que les coses dessus dites 
ne se pourroient acomplir, cascune partie reviegne à son 
procès et y puist procéder en l’estat qu’il seroit ad présent. 
Fait du consentement de Jehan le Caron, procureur du 
dit monseigneur l’évesque d’Arras et de ses officiers et de 
maistre Eustace de le Pierre, procureur de Jehan Havet, 


— 304 — 


« dit Havetel, et Gilles Louchart, et de maiïstre Jehan Noël, 
« procureur de Gilles de Chérisy, Jehan l’Artisien, Jehan 
« Bordin et Jehan le Merchier, dit Mouton, sergens du roy 
« nostre sire, et de maistre Laurens Lamy, procureur de 
« Colart Louchart, de Jaque de Rueet de Mathias Damours, 
« et de Jehan de Sarton, dit Sevin, présent en sa personne, 
« le x° jour de may mil ccc u** et un, non contredisant à 
« ce le procureur du roy nostre sire, qui estoit adjoint 
« seulement avec les dis demandeurs en tant qu'il touchoit 
« les excez qu'il maintenoït à eulx avoir esté fais en leurs 
« personnes, sans préjudice toutesfois des drois, posses- 
« sions, saisines et usaiges du roy nostre dit seigneur en 
« saisine ou propriété, ores ou pour le tamps avenir en 
(« aucune manière ). 

Ad quod quidem accordum ac omnia et singula in supra 
scripta cedula contenta tenenda, complenda et exsolvenda ac 
firmiter et inviolabiliter observanda, dicta curia nostra par- 
tes predictas et earum quamlibel, quatenus unamquamque 
ipsarum tangit seu langere potest, ad requeslam et de con- 
sensu diclarum partium seu ipsarum procuralorum in supra 
scripta cedula nominalorum, per arrestum condempnavit et 
condempnat, et ea ut arrestum ejusdem curie teneri, 
compleri, observari et exsolvi ac executioni demandari 
voluit et precepit. In cujus rei testimonium, presentibus 
litteris nostrum jussimus apponi sigillum. Datum Pari- 
sius in parlamento nostro, die decima maii, anno domini 
M°.CCC.LXXX1I et regni nostri primo. 


N° 353. — 1393, 29 juin. 


Quod major de Galerue equum dicti episcopi in suo jocundo introitu 
ad ipsum pertinere proponebat, domino episcopo moderno ante 
suom introitum contrarium asserente ; tandem die sui introitus 
equum non habuit major nec aliud inde pro ipso. — CCCXXV. 


Ad futuram rei memoriam, quia discretus vir magister 
Gerardus Wambours, major de Galeurue, et quam majori- 


_— 305 — 


tatem tenet in feudum a reverendo in Christo patre domino 
Altrebatensi pro tempore, nuper ante primum introitum el 
jocundum adventum reverendi patris domini Johannis, 
episcopi moderni, ipso reverendo patre in castro de Belle- 
mote juxta Attrebalum existente et dicto magistro Gerardo 
coram ipso comparente, pretendebat et pretensus fuit equum 
quem idem reverendus pater intrando suam CGivitatem 
Altrebatensem in diclo primo jocundo adventu equilaret, 
slalim postipsius reverendi patris descensum, ad se majorem, 
ralione et causa dicte sue majoritalis, pertinere et perlinere 
debere, et quod consiwniliter pater ipsius magistri Gerardi 
gavisus fuerat, et maxime habuerat equum domini Gerardi 
de Dainville, quondam episcopi Attrebatensis, quum suum 
primum jintroitum in dicta Civilale fecerat, aut sallim 
dictum equum eidem reverendo patri liberaliter,absque juris 
sui aut successoris ejus prejudicio, donaverat et dimiserat ; 
et de hoc se referebat ad testimonium magistri Petri Cramele 
et domini Roberti Guinemant, qui tunc fuerant gentes et 
familiares dicti reverendi patris. 

item asserebat diclus major quod, tempore patris sui 
supradicti, quidam bone memorie Aldemardus, frater domini 
decani Sancti Germani Autis{siodorensis] Parisiis, dum 
promotus fuit ad ecclesiam Attrebalensem, fecit suum 
jucundum introitum in dicta Civitate, a quo idem pater 
suus habuit equum quem illo tempore equitabat ; de quo 
se ad relacionem dicti domini decani referebat. 

Dictus dominus Johannes, episcopus modernus, eidem 
magistro Gerardo respondit quod non credebat dictum 
equum ad dictum magistrum Gerardum, ex causis predictis 
nec aliis, pertinere aut pertinere debere, presertim cum hoc 
in denumeramento dicti feudi sui ipse vel sui predecessores 
minime reporlassent, nec reperitur per suos predecessores 
in suis denumeramentis reportasse, et quod non est verisi- 
mile talia omiltere aut oblivisci; et quod et super hoc se 
per reverendum patrem dominum episcopum PRES 
V 


modernum, olim domini Aymerici, episcopi Attrebatensis, 
ac, quum primum introitum suum in dicla Civitate fecit 
dictus dominus Aymericus, familiarem et secretarium, et 
per decanum Sancti Germani Authisiodorensis, fratrem 
germanum dicti domini Ademari, olim episcopi Attreba- 
lensis, ac eciam per prediclos magistrum Petrum Cramele 
et dominum Robertum Ghineman necnon piures alios infor- 
macionem receperat et habuerat; sed in veritale per 1psos 
aut eorum aliquem non repperierat equum predictum ad 
majorem de Galeurue qui erat pro lempore, aut qui est pro 
presenti, umquam pertinuisse nec perlinere debere. El sic 
dictus magister Gerardus a dicto reverendo patre recessil. 

Quibus tamen sic dictis et recitatis non obstantibus, dum 
dictus reverendus paler et dominus episcopus modernus 
intrasset dictam suam Civilatem et a dicto equo descendisset, 
dictus magister Gerardus major accepit per frenum dictum 
equum dicens quod ad se pertinebat. Et lunc prepositus 
Civitatis dicti reverendi patris apposuit manum ad dictum 
magistrum Gerardum majorem, pro eo quod, [quum] ibidem 
appendit manum ad frenum dicli equi dictus magister 
Gerardus, exercicium juridicionis fecisse in alta justicia dicti 
reverendi patris videbatur et ob hoc forefecerat. Tandem 
dictum equum libere abire promisit, et dictus preposilus 
die sequenti, de precepto dicti reverendi patris, dictum 
magistrum Gerardum relaxavit. 


N° 361. _— 1395. 
[Quapropter Johannes Canardi fecerit expelli cunicalos, cervos et 
bichias de parco domus sue episcopalis vocato Bi ulio. | — CCCLXXX VI". 


Hee sun cause propter quas episcopus Johannes, domini 
Burgundie cancellarius, anno Domiui millesimo CCC nona- 
gesimo quinto vel circa, de plurium peritorum consilio, fecit 
expelli de magno jardinio posteriori domus episcopalis, qui 
vocalur Bruium (t),cuniculos, cervos et bichias tunc ibidem 


(1) « Li bruilles le vesque » (v. n° 224), c'est-à-dire le « breuil » 
ou parc de l'évêque, aujourd'hui le pare de la Préfecture. À ce 


— 307 — 


existentes: Prima, quoniam animalia predicta destruxerant 
et destruebant arbores dicti jardinii, scilicet cervi cum eorum 
cornibus fricando (1) etevellendo mensibus augusli, septem- 
bris et octobris cortices arborum, sic quod moriebantur et 
desiccabantur omnino, sicut adhuc patet per inspectionem 
loci, in tantum quod plus quam media pars antiquarum arbo- 
rum cecidit. Multum etiam nocuerunt cuniculi, qui rodebant 
dictarum arborum radices, nec poterant ibidem arbores nove 
plantari, quum in continenti per cervos el cervas comesle 
et destructe fuissent ; et in brevi, nisi fuisset remedium 
appositum, omnes arbores desiccate fuissent et ad terram 
prostrate, per quod amplius illic animalia vivere non potuis- 
sent. Erat enim jam locus etiam in eslate siccus, quia pasce- 
bant herbas animalia quia non erat locus viridis nec amenus, 
ymo post medium augusti usque fere festum Omnium Sanc- 
torum fetidus, quibus mensibus cervi et cerve simul com- 
miscebantur, et propler eorum stercura locus erat fetidus 
et erat periculum locum ïillum frequentare, maxime quia 
citra (2) quadraginta annos, propter pericula guerrarum, 


« Brulium » une fausse lecture a substitué Brulud, expliqué trop 
iugenieusement par brutorum ludus et brutorum lucus. — (Voir 
Annuaire histor. du Pas-de-Calais, ann. 1853, p. 255). 

(1) Ms. « friccando », et par contre « desicabantur, desicate, sicus », 

(2) Ms. C£a ou CCS, qu'on lirait « circa », si « circa quadraginta 
annos », C'est-à-dire pendant une quarantaine d'années, pouvait 
sigaifier 4! y a environ quarante ans. Mais 11 y manque « abhinc ». 
La forme C’C&G, que l’on trouve plus bas, n’est pas douteuse, tandis 
que l'autre abreviation se hit « circa, contra, citra » dans d'ancieus 
mss. (Voir à ce dernier mot Forcellini Lexicon. Remarque). 

Une interprétation tout autre est celle qui a vu là le signenumé- 
rique CC, « ducentos [et] quadraginta annos », reportant à 1155 le 
contre-coup artésien du désastre de Poitiers de 1355. Cette chrono- 
logie a fait, avec Zrulud, le tour de notre histoire locale. — Voir 
De Linas, Annuaire du Pas-de-Calais, loc. cit. ; D'Héricourt, Rues 
d'Arras, t. 11. p. 309; Van Drival, Statist. monum. du Pas-de- 
Calais, t. 11, p. 4 et Dict. hist. el archéol. Arras, t. 1., pp. 106 
et 108 ; Le Gentil, Vieil Arras, p. 18; Ternin:k, Arras, p. 18, 


— 308 — 


ortus fuit fere de media parte restrictus per fossata Civitalis 
per ipsum ortum transéuntia, sicut patet evidenter. Ex quo 
locus fuit pro bestiis quasi factus inutilis, in tantum quod, 
anno quolibet, plures ipsorum moriebantur, licet nutrie- 
bantur cum magnis expensis. Nunc autem, post dictorum 
dejectionem animalium, episcopus in orto predicto plures 
arbores lam fructiferas quam alias plantari fecit; herbe 
virent et crescunt que reddunt locum temporibus congruis 
viridem, odoriferum et amenum, cujus fenum valet ecclesie 
siugulis annis x libras redditus aut circa sine sumptu ; el si 
conlinuetur, meliorabitur in futurum. Verum est quod in 
principio prolocutionis hujus materie, cum menlio fiebat 
ejeclionis dicltorum cervorum, petiit dominus Burgundie 
dux ipsos sibi donari ducendos ad parcum suum Hisdinii, 
quod sibi per episcopum concessum fuit. Sed in dictorum 
animalium captione violenta, quedam mortua fuerunt, alia 
lesa, quorum major pars mortua fuit in ilinere, paucis 
residuis ad dictum parcum deductis. 


N° 387. — XIVes. 


Secuntur procurationes et pastus episcopi Attrebatensis, 
tam in sua diocesi quam extra. — CCCUXII. 


Et primo in archidiaconatu, Altrebatensi : 


In abbatia Montis sancti Eligii, per duos dies. 

In abbalia de Mareolo, per unum diem. 

In abbatia monialium de Strumis, per unum diem. 

In abbatia de Avenis juxta Bappalmas, per unum diem. 
In abbatia de Ayleurte, per unum diem. 

In abbatia de Arouasia, per unum diem. 

In prioratu Sancti Albini juxta Bappalmas, per unum. 
]n grangia de Bairy sancte Rictrudis, per unum diem. 
Item apud Henninel, per unum diem. 

Apud Monchiacum petrosum, per unum diem, 

Apud Sanctum Michaelem juxta Attrebatum, per unum. 
Apud Pas in prioratu, per unum. 


Apud Monchiacum in Bosco, per unum. 

Apud Fouconviller, per unum, 

Aud Grautison, per unum. 

In prioratu de Luceto, per unum, 

Apud Baillolet, per unum. 

Apud Rullecourt, per unum. 

Apud Soncamp, per unum. 

Apud Beleavenne, per unum. 

Apud Albigniacum, per unum in prioratu, 

Apud Houdaing in prioratu, per unum. 

Apud Rebrœuves in prioratu, per unum. 

Apud Bethune in ecclesia canonicorum, per unum. 
Item, ibidem, apud Sanctum Prejectum, per unum. 
Apud Hinges, per unum, 

Apud Gore, per unum in prioratu ejusdem. 
Apud Berclau in prioratu, per unum. 

Apud Harnes in prioratu, per unum. 

Apud Florin, per unum. 

Apud Lens, in ecclesia canonicorum, per unum. 
Apud Harnes, per unum. 

Apud Grenay per unum. 

Apud Bienviller, per unum. 

Apud Waencourt, per unum. 


In archidiaconatu Ostrevanensi. 


[a abbatia de Hennin, per duos dies. 

Apud Anchin, per duos dies. 

Apud Marchiennes, per duos dies in abbatia. 
Apud Hasnon, per duos dies. 

Apud Vicongne, per duos dies. 

Apud Castrum juxta Mortaigne, per unum. 
Apud Denaing, per unum. 

Apud Escaudaing, per unum. 

Apud Ascons, per unum. 

Apud Erchin, per unum. 

Apud Dichy, per unum. 


— 310 — 


Apud abbatiam de Sin, juxta Duacum, per unum. 

Apud Duacum in ecclesia Sancti Petrifet] 

Apud Sanctum Amatum, in primoadventu solum. Sed anno 
quolibet in festo S. Amati vel S. Mauronti, si personaliter 
ibidem pernoctet et in die celebret, habere debet tres 
marchas argenti ; et si solum in uno festorum intersit sine 
pernoctando, duas. 

Apud Lambres, per unum. 

Apud Faumont, per unum in prioratu. 

Apud prioratum de Beaurepaire, per unum, de Cizonio. 

Apud Flers, per unum in prioratu. 

Apud Esquerchin, per unum. 

Apud Nigellam juxta Lens, per unum. 

Apud Sailly in Ostrevano, per unum. 

Apud Goy in Ostrevano, per unum. 

Apud Goy in Ostrevano, per unum. 

Apud Cuinchy le Prévost, per unum. 

Apud Evin, {per unum|. 


Procurationes et pastus dicti Episcopi extra episcopatum. 


Et primo in diocesi Morinensi : 
Apud S. Audomarum in abbatiaS. Bertini, per duos dies. 
Apud Blangi en Ternoys, per unum diem. 
Apud Ham juxta Lillers, per unum diem. 
Apud Yprein abbatia, per unum. 
Apub abbatiam de Evresent, per unum. 


In diocesi Cameracensi : 


Apud S. Aubertum in Cameraco, per unum diem. 

Item apud S. Sepulcrum, per unum diem, in Cameraco. 
In abbatia de Castello, per unum. 

ltem, apud Fidemium, per unum diem in Abbatia. 


In diocesi Noviomensi : 


Apud Ham in Viromendia, per unum diem. 
Apud Monchellum Sancti Quintini, per unum diem. 


— 311 — 
No 411. — 1404, 22 décembre. 


Nota que pour ce quele collège des cardinaulx demandoit 
pour son droit de commun service de l’éveschié d’Arras 
deux mille et deux cens florins,. l’évesque Jehan, en l'an 
mil CCCC. et quatre, fist querir les anciens registres de la 
chambre du pape, par lesquelx fut trouvé que le dit éveschié 
ne doit pour service commun que quatre mille florins, sauf 
le service des familiers du pape et desdis cardinaulx. Et 
pour ce fist ledit évesque Jehan corrigier les nouveaux 
registres desdis cardinaulx, par lesquelx estoit trouvé que 
audit collège estoit deu pour sa part n® n° florins. 

llem, que oudit an fu paié audit collège par ledit évesque 
Jehan unze florins pour l’accomplissement du paiement de 
leur partie dudit commun service à eulx deüe, d’une part, 
et nn**vi florins xxvir s. vit d. pour un service deùü a leur 
famile, d'autre part, si comme il appert par quittance de 
laquelle la teneur s’ensuil : 

Nos Amedeus de Saluciis, miseratione divina Sancte Marie 
Nove sancte Romane ecclesie diaconus cardinalis, sacri 
collegii Reverendissimorum in Christo patrum et dominorum 
dominorum sancte Romane ecclesie cardinalium came- 
rarius, tenore presentium recognoscimus et fatemur quod 
Reverendus in Christo pater dominus Johannes, episcopus 
Atrebatensis, pro complemento partis communis servicii 
sui in quo prefato collegio tenebatur, et quod in libris 
curie ad quatuor milia florenos camere reperitur taxatum 
undecim florenos auri boni ponderis camere, et pro 
uno servicio familie octuaginta sex florenos camere, 
xxvi solidos, octo denarios monete Avinione currentis, 
per manus magistri Johannis Fabri, procuratoris sui, nobis 
pro ipso collegio recipientibus, die date presentium, solvi 
fecit. De quibus sic solutis, ipsum dictum episcopum, eccle- 
siam suam, suCcessores suos et eorum bona, prefati collegii 
nomine, absolvimus et quittamus. In quorum testimonium 
presentes litteras fecimus fieri et sigilli nostri camerariatus 


— 312 — 


officii appensione muniri. Datum Nicie, die xxi1 mensis 
decembris, anno à nativitate Domini millesimo quadringen- 
tesimo quarto, pontificatus sanctissimi in Christo et domini 
postri domini Benedicti, divina providentia pape XIHIni, 
anno undecimo. » 


No 435. — 1446, 13 décembre. 


Sentence arbitrale entre l'évesque d'Arras et l’archidiacre d'Arras 
sur plusieurs points et articles par eulx prétendus. 

Universis presentes litteras inspecturis, Guillermus Esto- 
card, decanus, Johannes Carette, officialis Attrebatensis, in 
jure canonico licenciati, Nicasius le Vasseur et Guillermus 
Strave, canonici ecclesie Attrebatensis, arbitri in hac parte 
apartibusinfrascriptis eiecti et assumpti, salutem in Domino. 
Cum lis seu contentio verteretur inter reverendum in Christo 
patrem dominum Forligarium, episcopum Attrebatensem, 
ex una, et venerabilem virum magistrum Rolandum Scrip- 
toris, archidiaconum dicte ecclesie Attrebatensis, ex altera 
partibus, de et super contentis in quibusdam articulis hinc 
inde super hoc editis, quorum, et primo illorum qui de 
parle dicti reverendi patris editi fuerunt, tenor inferius seria- 
tim describitur et est talis : « S’ensievent les faultes et 
« négligences faictes et commises par l’archidiacre d'Arras 
« en diminucion du divin service de Dieu en son église él 
« ou vitupère et contempt de révérend père en Dieu monsei- 
« gneur l’évesque d'Arras, son seigneur : Primo, que ledit 
« archidiacre, de droit de son office et de coustume, est tenus 
« d’estre suppos et coadjuteur audit révérend père et lui 
« doit assister à tout l'exercice de son office épiscopal et du 
« divin service en cappe de soye ; aussi lui doit assister en 
« son senne et examiner tous les clers qui viennent à ses 
« ordres présenter ceulx qui sont ydoines ; porter l’enchens 
« et aultres choses à bénitre, comme l'ordinaire de son 
« église porte, et aussi que les drois dyent par tout le tiltre 
« De officio archidiaconi, dont il ne fait ryens. — Item, et 
« aveuc ce qu'il est tenus de assister audit révérend père 


Cd 
Emi 


— 813 — 


in spiritualibus, aussi il est tenus de luy assister in tem- 
poralibus, assävoir comme homme de fief, quant il en 
est requis, à tous les plais qui se tiennent en la salle 
épiscopale dudit révérend père ; et ad ce est obligiés 
par serment ledit archidiacre, qu'il fait audit révérend 
père quant il lui fait hommaige et féaulté à son entrée et 
réception, [dont il ne fait ryens (1}]. — Item, que en sup- 
pléant l'office dudit révérend père, icellui archidiacre, en 


s son archidiaconé, est tenus de faire visitacion au moins 


une fois l’an en propre personne, ou par son procureur 
se ad ce il est deuement dispensés, en et sur toutes les 
églises parrochiales de son archidiaconé, et les excès et 
deffaultes que il trœuve tant ès sains sacremens d’euca- 
ristie comme de fons, et aussi des habilans des parroiches, 
doit rapporter par escript devers ledit révérend père ou 
ses officiers, pour pourveyr aux deffaultes et punir les 
délinquans selonc équité, justice et rayson. — [tem, que 
plus est, ledit archidiacre ne pœut ne doibl faire sa visi- 
lacion par luy ou son procureur, sans avoir lettres dudit 
révérend père adreschans à ses doyens ès mettes dudit 


« archidiaconé, affin qu'ils luy assistent comme il est acous- 
« tumé de faire. Néantmains ledit archidiacre, ou son 


procureur pour luy, de nouvel se esl ingéré de visiter et 
de faire visiter, sans avoir les lettres dudit révérend père 
ne estre accompagniés desdits doyens, au grant grief et 
préjudice dudit révérend père et de son auctorité épiscopal. 
— Item, el ne fait ledit archidiacre ou son procureur pour 
luy quelque visitacion des cures de sondit archidiaconé, 
comme il appartient, ne deuement ne rapportent quelques 
excès ou deffaultes que ils y trœuvent. Et se il advient 
que aucunes foix ils y voisent ou envoyent soubz umbre 
de visiter, ils ne font seulement ou leurs procureurs synon 
passer pardevant les églises, sans mettre piet à terre ne 


(1) Ges mots biffés se devinent à peine sous la rature. 


— 314 — 


visiter les deffaultes commises en ycelles, comme dit est : 
mais ils visittent bien dix ou douze églises par dehors en 
ung jour, que faire ne doibvent ; et leur souffist qu'ils 
peussent avoir de chascune église dix sols, du sourplus 
ne leur chaut, ou grant préjudice des sains sacremens, 
du saint servicedivin, aussi des rélencions des chanceaulx, 
églises et presbitaires d'icelles parroisses. — Item, pour 
faire les choses dessus déclairies, ledit archidiacre a 
pluseurs beaux drois, prééminences, prérogatives et 
grans honneuwurs en l’église d'Arras, lesquelx il garde à 
toute rigueur ; et toutesfoix, il ne fait quelque chose qu'il 
doibve faire ou service divin ne aultrement, ne ne célèbre, 
list ou dist une anthienne, et se ne fait point de résidence 
en ledicte église, ne fait quelque assistance audit révérend 
père. Et s’il advient que aucunefoix il soit en ladicte 
église, se ne fait il chose qui appartiengne à son office. Et 
ne veult résider sur son bénéfice, mais veult bien les 
curez de sondit archydioné faire résider sur leurs bénéfices 
et cures. Si summe ledit révérend père sondit archidiacre 
d'Arras et fait savoir qu'il faice d'ores en avant son 
debvoir, et par espécial ou service divin, et après ès choses 
dessus déclairies, et que il viengne à luy à amendement 
des deffaultes que il a commises ; et ou cas que il nele 
volra faire, ledit révérend père luy signifye qu'il procèdera 
à l'encontre de luy par toutes voyes deues et raisonnables 
et meismes par l’arrest et détencion de son fief et temporel, 
se besoing est, laquelle chose il fera le plus tart que il 
pourra, pour l’onneur de luy.» — Tenoretiam articulorum 


pro parte dicti archidiaconi Attrebatensis adversus dicium 
reverendum patrem formatorum sequitur in hec verba : 


(( 


S'ensievent les différens qui sont entre révérend père en 
Dieu, monseigneur l’évesque d'Arras, et maistre Roland 
Lescripvain, archidiacre d'Arras. — Primes, que ledit 
révérend père laisse payer le seelleur audit archidiacre la 
tierche partie des amendes à luy deües sans y mettre sa 


— 315 — 


main ne les rechepvoir. — Îlem, que ledit révérend père 
ne faice faire aucunes réparacions aux prisons sans 
appeller l’archidiacre ou son vicaire en ce consentant. — 
Item, que la somme des deniers taxée par les ouvriers 
jurez à estre employée aux églises parrochiales, maison 
épiscopal et prisons, pour les réparer des ruynes sourvenues 
du temps feu messire Hughe de Cayeu, soit premièrement 
employé, et que ledit archidiacre, autant qu'il touche les 
églises de son archidiaconé et les prisons, soit appellé, 
lu y ou son vicaire, pour luy signifier qu’ilz soient employés. 
— Item, que ledit révérend père en Dieu ne faice quelque 
composicion à part des amendes taxées ou non taxées, et 
ne quitte ryens ou préjudice de l'archidiacre. — Item, 
que ledit révérend père en Dieu et le doyen de chrestienté 
d'Arras réparent et amendent. audit archidiacre le tort à 
luy fait par l’intronisation faite par ledit doyen de chres- 
tienté d'Arras de maistre Jehan du Bos à la cure de Saint 
Géry. — Item, que les doyens de chrestienté ès mettes de 
l’archidiaconé d'Arras, soyent instituez et destituez par le 
commun accord dudit révérend pére en Dieu et dudit 
archidiacre. — Item, que ledit révérend père en Dieu 
faice exercer la jurisdiction espirituelle par luy et les 
archidiacres contre tous, en la manière comme jadis ont 
fail ses prédécesseurs. — Item, que ledit révérend père en 
Dieu ne rechoipve ryens des prestres commis par ledit 
archidiacre aux cures estans en sa main, non plus que 
huyt solz, et pour une foix tant seulement. — Item, que 
ledit révérend père en Dieu d'ores en avant, ainchoïis qu'il 
donne congié aux curez de non résider, enquière se la 
cause est causa studiorum vel alia justa causa et rationabilr, 
— Îtem, que en l'absence des curez non résidens cum 
Justa causa et rationabuili, cellui qui aura officium cure 
dudit révérend père en Dieu soit commis par ledit archi- 
diacre ou son vicaire. — Îtem, que pour eschiever tous 
escandles, et aftin que les églises soyent réparées et deue- 


— 316 — 


« ment déservies, et pour constraindre les curez à résidif 
« sur leurs églises, que ledit révérend père en Dieu déclaire 
« en général que tous curez qui se sont absentez de leurs 
« cures sans cause raisonnable et juste ayent encouru !ës 
« paines contenues ou statut synodal. — Item, se lesdis 
« curez se sont absentez sans cause raisonnable, et qu'iz 
(« soyent trouvez telz ou par les officiaulx de Reims ou ls 
« juges apostoliques dudit archidiacre, que ledit révérend 
« père en Dieu procède contre eulx par monicions, affin d- 
« les priver, se ils ne veullent résider comme ils sont tenus. 
€ — [tem, que d'ores en avant ledit révérend père en Dieu 
« ne faice mettre ou sœuffre estre mis aucune diziesme ou 
« demi diziesme sur les curez résidens pour plaidier contre 
( l’archidiacre. » — De qua quidem seu contencione et 
discordia, partes predicte litium anfractus evitare ac sump- 
tibus et expensis parcere volentes, se in nos tanquam 
arbitros, arbitratores et amicabiles appunctuatores seu pacis 
compositores, fide sive juramento ac die et pena appositis, 
compromiserunt, nobisque dictos articulos cum instrumento 
dicti compromissi porrexerunt et exhibuerunt, requirentes 
quod onus ejusdem compromissi assumere vellemus. Notum 
facimus quod nos, pro dicta lite et discordia sedanda et pate 
inter partes predictas et illarum futuros successores fovenda, 
dicti compromissi onus assumpsimus. Illoque per nos 
assumpto cum articulis pretactis ac responsionibus hinc 
inde editis et probationibus subsequtis, illisque per nos 
visis ac diligenter inspectis et consideratis, nonnullisque in 
hac parte observatis, tandem partibus predictis certam diem 
assignavimus ad audiendum nostram ordinationem seu 
arbitralem sentenciam in bac parte proferri et pronunciar:i ; 
quam diem acceptaverunt ipse partes seu procuratores 
earumdem et quam ad diem date presencium, et ipsarum 
partium consensu, communicavimus. Qua die, stante adhuc 
dicti compromissi termino ad de premissis decidendum et 
appunctuandum prefixo, constitutis coram nobis predictis 


— 417 — 


viris, Johanne Cornet de parte dicti reverendi patris, ac Jacobo 
Aubron de parte dicti archydiaconi Atirebatensis, nomine- 
que procuralorio eorumdem comparentibus, dictam nostram 
sententiam sive arbitralem ordinacionem pruferti postulan- 
tibus, matura deliberacione super premissis et ea tangenlibus 
prehabila, ipsam nostram sentenciam sive arbitralem 
ordinacionem, Deum solum pre oculis habentes, in scriplis 
protulimus et proferimus in hunuc modum : 

În nomine Domini, amen. Cum lis seu controversia inter 
reverenduin in Christo patrem dominum Fortigarum, epis- 
copum Attrebatensem, ex una, et magistrum Rolandum 
Scriptoris, archidiaconum Attrebatensem, ex altera partibus 
mota essel seu moveri sperata super contentis in quibusdam 
articulis per quemlibet eorum super hoc sua ex parte edilis 
et formalis, et super ipsa lite seu discordia fuerit ab ipsis 
partibus in nos Guillermum Estocard, decanum, Johaunem 
Carelle officialem, Nicasium le Vasseur et Guillermum 
Strave, canonicos ecclesie Attrebatensis, tanquam arbitros 
arbitralores et amicabiles appunctuatores, tfide et pena 
apposilis cum termini assignacione, compromissum, receplo 
a nobis onere dicli compromissi cum articulis pretactis ac 
responsionibus hinc inde factis, pluribusque compotis et 
regesiris a predictis partibus pro suis intencionibus verifi- 
candis hinc inde (radilis et exhibitis, illisque diligenter 
visis et perlectis, cum ceteris attendendis, habito super hiis 
maluro consilio et diffinicione seu ordinacione super primo, 
tercio, quinto et sexo articulisex parte dicti reverendi patris, 
certis ex causis nos ad hoc moventibus, supersedendis, de 
secundo ipsorum articulorum, per hanc nostra marbitralem 
sententiam appunctuamus et ordinamus quod archidiaconus 
Attrebatensis juramentum fidelitatis per eum racione sui 
archidiaconatus, in sua recepcione domino Attrebatensi 
episcopo prestitumn teneat et observet, prout a suis predeces- 
soribus tentum fuit et observatum. Et de quarto articulo, 
ordinamus quod ipse archidiaconus Attrebateusis per se aut 


— 318 — 


suum procuratorem super hoc legitime dispensatum, prout 
moris est anliquissimi, intra melas sui archidiaconatus 
annis singulis circa parrochiales ecclesias visilacionem 
faciat. Et de contentis in articulis dicti archidisconi, appuntc- 
luamus el ordinamus primo, super primo arliculo, quod 
dominus Attrebatensis episcopus terciam parlem emenda- 
rum in archidiaconatu Altrebatensi obvenientium per suum 
sigilliferum, ut moris est, archidiacono Attrebatensi aut 
ejus commisso, singulis annis ad vel infra tres menses posl 
anoum revolutum, tlotaliter persolvat seu persolvi faciat, 
tradatque idem sigillifer predicto archiadicono de misiis 
et receplis compolum in scriptis. — De secundo articulo, 
ordinamus quod dominus Attrebatensis episcopus in sua 
domo episcopali prisiones necessarias pro detencione prisio- 
nariorum edificare et edificalas reparare poterit, eciam non 
vocalo archidiacono Atirebatensi ; qui archidiaconus hujus- 
modi edificiorum ac eciam aliorum circa auditorium sive 
placitorium necessariorum, de quibus sibi per compotum 
dicti sigilliferi constabit, pro tercia parte ipsum contingente 
contribuere et de porcione emendarum curie Attrebatensis 
sibi debita defalcare tenebitur.— De tercio articulo : sicatten- 
lis reparacionibus per dominum Attrebatensem episcopum, 
tam in sua domo episcopali quam in cancellis ecclesiarum 
parrochialium et alibi factis, ordinamus quod ipse dominus 
episcopus, racione pecunie per eum ab heredibus bone 
memorie domini Hugonis de Cayeu, episcopi Altrebatensis, 
sui immediati predecessoris, pro ipsis reparacionibus recepte 
et habite, erga diclum archidiaconum quittus remaneat. — 
De quarto articulo, ordinamus quod dominus Attrebatensis 
episcopus de emendis curie Attrebatensis mullum pactum 
aut composicionem in prejudicium archidiaconi Altreba- 
tensis faciat; sed per sigilliferum et promotorem fideliler 
regestrentur, ila quod de ipsis emendis dictus archidiaconus 
lerciam partem sioe fraude percipiat ; et si de illarum taxa- 
cione aut moderacione oriatur discordia, de hoc cognoscat 


— 319 = 


officialis Attrebatensis, predictis sigillifero et promotore ad 
hoc, prout consueltum est, evocatis. — De quinto articulo 
attendente intronisacionem per decanum christianitatis 
Altrebatensis in ecclesia parrochiali Sancti Gaugerici Attre- 
batensis, de mandalo domini Atirebatensis episcopi, de qua 
conqueritur archidiaconus Altrebatensis factam fuisse in 
vin pragmalice sanxionis et non tantuim sua auctorilate 
ordinaria, ordinamus quod per hoc non sit ipsi domino 
episcopo in prejudicium dicti archidiaconi jus acquisilum, 
el Casum ipsuin pro non evento tenemus et repulamus. — 
De sexto arliculo, ordinamus quod dominus Attrebatensis 
episcopus suos decanos in melis archidiaconatus Attreba- 
tensis, non vocalo aut cousentiente archidiacono Attreba- 
ensi, insliluere et deslituere possit et habeat, prout ab 
antiquo tieri consuelum est, — De seplimo articulo, quia 
quamplures forsan propter nimia tollerancia aut dissimu- 
lacione in diocesi Attrebalensi plus solito contra jurisdic- 
tionem ecclesiasticam se rebelles exhibuerunt, presertim 
execucionem mandalorum ecclesiasticorum impediendo et 
execulores eorumdem molestando, ordinamus quod dominus 
Attrebatensis episcopus, prout ad hoc ex officii debito 
tenelur et medio juramento astringitur, tam per summa- 
ciones el exhortaciones et moniciones canonicas quam per 
censuram ecclesiasticam aliaque juris remedia, cum modis 
omnibus licitis et convenientibus, hujusmodi rebelliones et 
impedimenta cessare posse Lenus studeat et procuret. — De 
octavo articulo, ordinamus quod dominus Attrebatensis epis- 
copus a presbiteris per eum ad regimen curarum in archi- 
diaconatu Attrebatensi et sub manu seu custodia archidia- 
coni Attrebatensis existencium commissis, similem el non 
majorem summain pro sua licencia petere et recipere possit, 
sicut ab aliis presbiteris ad regimen curarum commissis a 
quibus proprii curati per dispensacionem dicti domini epis- 
copi sunt absentes, usum antiquum super hoc insequendo, 
— De nono arliculo, ordinamus quod dominus Attrebatensis 


— 39% — 


episcopus, cum justa causa etfracionabili, de qua sibi sum- 
marie constiterit el prout sibi consciencia dic’abit, curalis 
archidiaconatus Atirebatensis de non residendo in suis 
curis, archidiacono Ailtrebatensi absente et non evocato, 
dispensare possit et habeat. — De decimo articulo, ordina- 
mus quod in absencia curaltorum cum quibus dominus 
Attrebatensis episcopus de non residendo in suis curis 
dispensaverit, sufficiat presbileros esse a dicto domino 
Altrebatensi episcopo ad regimen ipsarum curarum com- 
missos, cessante eo quod necessarium sit eosdem ad ipsum 
regimen per dictum archidiaconum Attrebatensem com- 
missos esse. — De undecimo articulo, ordinamus quod 
slalutum synodale de quo in eo cavetur habeat intelligi de 
illis curalis qui a suis curis absque privilegio apostolico aut 
dispensacione domini Attrebatensis episcopi se reddiderint 
absentes. — De duodecimo articulo, ordinamus quod, si 
archidiaconus Atltrebatensis dominum Attrebatensem epis- 
copum aut ejus officialem contra aliquos curalos sui archi: 
diaconalus a suis curis cum dispensacione ipsius domini 
episcopi absentes informare voluerit, quod ipsi curali 
absentes in impetrando dispensacionem episcopi reverendo 
patri verum lacuerint aut falsum dixerint, ila quod ipsius 
dispensacionis non fuerit justa aut racionabilis causa, 
contra ipsos ad adaullacionem dispensacionis et alias ad 
pugnicionerm per ipsum dominum episcopum aut ejus 
officialem auditis partibus procedatur. — De tercio decimo 
articulo, considerantes quod, si per dictum Attrebalensem 
episcopum suis subditis gravamen inferatur, ipsi per appella- 
cionis remedium ad suum superiorem babere possunt recur- 
sum, ordinamus quod ipse dominus Attrebatensis episcopus 
circa imposicionem decime supra curatos sue diocesis sua 
auctoritate ordinaria si et in quantum sibi videbilur expe- 
diens uti possit et valeat ; nec de hoc spectat ad archidia- 
conum Attrebatensem queri moniam facere. Expensas vero 
hinc inde factas compensamus. In quorum premissorum 


— 321 — 


fidem et testimonium, instantibus et requirentibus prenomi- 
oatis procuratoribus, dictarum parcium presentes litteras 
sive presens publicum instrumentum inde per dilectum 
nostrum Johannem Lostelier, clericum, auctoritate apos- 
tolica publicum et curie Attrebatensis juratum notarium, 
scribam nostrum in hac parte de consensu dictarum parcium 
assumptum, in dupplo confici, nostrisque sigillis ac signo et 
subscripcione dicti notarii muniri fecimus. Lecta, lata et in 
scriptis promulgata fuit hec nostra arbitralis sententia in 
aula rubea domus episcopalis Attrebatensis, nobis ibidem 
quantum ad hoc pro tribunali sedentibus, anno ab incarna- 
cione Domini millesimo quadringentesimo quadragesimo 
sexto, indictione decima, mensis decembris die decima 
tercia, pontificatus sanclissimi in Christo patris ac domini 
nostri domini Eugenii, divina providencia pape quarto, 
anno decimo sexlo, presentibus ibidem venerabilibus viris 
dominis et magistris Johanne Guilbaut, archidiacono Ostre- 
vandensi, Petro Brunet, secretario dicti reverendi patris, 
Jacobo Ragot, Johanne Haguet et Petro Godeffroy, sigil- 
lifero, dicte ecclesie Attrebatensis canonicis, Jacobo de 
Gouy, ejusdem ecclesie perpetuo capellano, testibus ad hoc 


evocaltis. 
N° 448. — 1536, 28 octobre, 


Sentence de l'officialité d'Arras contre un abbé d Anchin. — CCCCLXV(1). 


In causa coram nobis pendente indecisa inter venerabiles 
viros promotorem causarum offcii curie nostre actorem, ex 


(1) Ce curieux document biographique, dernière pièce du cartu- 
laire, concerne le donateur du retable d’Anchin, chef-d'œuvre de 
Jean Bellegambe, où le fastueux prélat s'est fait peindre 17 pontift- 
calibus, accompagné de son blason. Trouvant sans doute son 
patronyme trop vulgaire, l'abbé Charles Cocquin y ajoutait « de 
Saint-Raagon », nom de son village, que la descendance illégitime 
d'Antoinette Quarré substitua à l'autre, comme titre de seigneurie 
nobiliaire, non sans le déformer. Voir sur ce personnage, après 
l'apologie de la Gallia, ut. col. 417, les recherches de F. Brassart, 


Souvenirs de la Flandre Wallonne, 1889, p. 81. 
21 


una,etdominumCarolumCocquin.abbatem Acquiscintensem, 
reum, ex altera partibus ; visis informationibus super vita et 
moribus ejusdem rei per nos factis, citatorio personali contra 
eum executioni demandato, confessionibus et denegationibus 
rei coram nobis factis, assignatione prefato reo ad conclu: 
sionibusactoris personaliter respondendum facta, appellatione 
ex parte dicti rei die (1) assignata non comparentis et contu- 
macis reputati (a qua tamen, jure dictante, delatum non 
extitit interjectum acto (2) personalis comparitionis ejus- 
dem rei (3) sue appellationi predicte renunciat{ionem] décla- 
rantis atque nostre ordinationi humiliter se submittentis ac 
nostram in presenti causa proferri diffinitivam [sententiam 
requirentis), actoris (4) conclusionibus cum ceteris que nos 
nostrumque movere potuerunt et debuerunt animum : Deum 
solum, a quo recta procedunt judicia, pre oculis habentes 
ac cum reo misericorditer (cum de futura emendatione spen 
per exteriora habeamus indubiam) agere volentes, ipsum in 
emendam centum carolorum auri solum pauperibus ad pre- 
teritorum defectuum expiationem (cum elemosina peccatum 
extinguere, ut sacra depromunt eloquia, comprobetur) ero- 
gandam, gratia domini tamen salva, et in expensas promoto 
ris, illarum taxatione nobis reservata, condemnamus; eidem 
reo ut Anthonettam in processu mentionatam a se et loco de 
Pesquencourt prorsus expellat et ejiciat, atque cum ea de 
cetero non conversetur aut frequentet quoquomodo sub penis 
a jure définitis distinctius, utli se facturum coram nobis 
devovit ac promisit, precipiendo ; inhibendoque sepedicto 
reo ne liberos quos ex eadem Anthonetta suscepit in monas- 
terio secum morari permittat. Et illico eodem domino abbale 
etiam ante prolationem sententie appellationi expresse 
renuncianti et sentenltiam acceptanti, reverendus in Christo 


(1) Ms. « diei assignate ». 

(2; Leçon douteuse. Tout ce passage a été plus ou moins altéré 
par le copiste. | 

(3) Ms. « Rdi ». — Par cette méprise, on peut juger des autres. 

(4) Ms. « actorum ». 


— 323 — 


pateretdominus,dominusepiscopus Altrebatensis remisilipsi 
domino abbati, verbaliter alloquendo ipsum abbatem, emen- 
dam prefatam centum carolorum auri, commulandam in 
elemosinis pauperum ex discretione domini abbalis. Lata in 
jure per dominum officialem Attrebatensem anno Domini 
millesimo ccccc® trigesimo sexto, sabbato ante Omnium 


Sanctorum. 


Collatio per me, Claudium Blondel, clericum  Atrebatensem, 


publicum auctoritate apostolica notarium juratum  suscriptum, 


cum ortgtnalibus litterts farta est et concordat. 


Nos 

65, 1. 4, lrs. 
410, — « 
411, —  « 
4143, —  « 
125, — « 
443, — « 
179, — « 
186, — « 


15 mars 


1224, nov. 


3 janv. 
5 juillet 
44 oct. 
20 mai 
4 sept. 
30 mars 


CORRECTIONS 

Nos 

494, LI. 1, lrs. 
497, —  « 

222, — « 

243, — « 

267, — « 

277, — « 

363, —  « 

447, —  « 


BLONDEL. 


25 oct. 

1256, n. st. 

12 jain 

2 sept. 

14 fév. 

17 fév. 

6 avril et 26 sept. 
1536. 


potes 


Situation météorologique 


DE LA RÉGION D’ARRAS 
par M. PAGNOUL 


Membre résidant 


D = observations météorologiques ont été entreprises à la 
(4 Station agronomique d'Arras en 1874 et elles ont été 
faites d’une manière suivie et régulière depuis le 1° décem- 
bre 1875. 

Les résultats obtenus ont été publiés chaque année dans 
un Bulletin spécial et l’ensemble de ces Bulletins forme 
aujourd'hui la matière de quatre volumes. 

J'ai pensé que ces observations faites chaque jour, sans 
aucune interruption, pendant un quart de siècle, pouvaient 
établir d'une manière assez exacte, la situation méléorolo- 
gique de notre région et qu'il y aurait, en conséquence, un 
cerlain intérêt à en faire le résumé. C’est ce résumé que 
jai l'honneur de présenter à l’Académie. 

Voici d’abord la liste des instruments et appareils qui ont 
servi aux observations : 

1. Un abri à double toit, convenablement orienté et entouré 
d'arbustes, pour l'installation des thermomètres, hygromètres 
et évaporomètres. 

2. Un couple de thermomètres à maxima et à minima. 

3. Un couple de thermomètres l’un sec, l’autre mouillé, 
pour l'état hygrométrique de l'air. 


— 325 — 


4. Un évaporomètre. 

5. Un thermomètre enregistreur de Richard. 

6. Un hygromètre enregistreur. 

7. Un couple de thermomètres maxima et minima placés 
sans abri sur un sol gazonné. 

8. Un thermomètre à longue tige dont Île réservoir se 
trouve enfoncé dans le sol à 30 centimètres de profondeur, 

9. Deux pluviomètres de systèmes différents. 

10. Une girouette et un anémomètre. 

11. Des thermomètres fronde. 

12. Un baromètre à large cuvette de Renou. 

13. Un baromètre enregistreur. 

14. Un actinomètre. 

45. Un actinomètre totaliseur. 

46. Un héliographe de Campbell. 

Les observations ont été faites de la manière suivante : 

Vers huit heures du matin on mesure la pluie tombée 
dans les vingt quatre heures qui précèdent, on lit sur les ther- 
momètres placés sous l'abri, les températures maxima et 
minima et c’est la moyenne des deux nombres obtenus que 
l’on prend pour la moyenne de la journée écoulée. On note 
également les indications des thermomètres placés sur le sol. 
Vers dix heures du matin on détermine l’état hygrométrique 
de l'air, la température dans le sol et aussi la température de 
l'eau de la ville. À midi on observe le baromètre et à diffé- 
rentes heures du jour l’actinomètre. Le papier de l’hélio- 
graphe est renouvelé chaque jour. 

Le climat d’une région dépend surtout des températures 
et de la pluie. Je me suis donc borné à résumer avec quel- 
ques détails ces deux éléments d'appréciation, dans les 
tableaux ci-joints. 

On est convenu, en météorologie, de diviser l’année de la 
manière suivante : 

L'hiver comprend les mois de décembre, janvier, février ; 
le printemps les mois de mars, avril, mai; l’été les mois de 


— 326 — 


juin, juillet, août ; l'automne les mois de septembre, octobre, 
novembre. 

Ainsi l’année 1876 commence le 1° décembre 1875. 

Les quatre premiers tableaux ci-joints renferment, pour 
les vingt-cinq années d'observations, les températures 
moyennes de chaque mois et celles de chaque saison, d'où 
l'on a déduit la moyenne générale de l'année. Mais le 
climat d’une région dépend aussi des températures extrèmes 
auxquelles elle peut atteindre ; j'ai donc inscrit, dans une 
colonne marquée n les nombres de moyennes diurnes qui 
ont été inférieures à 0, et dans une colonne N, les nombres 
de moyennes diurnes qui ont été supérieures à 20 ; enfin dans 
deux dernières colonnes, les maxima et minima absolus. 

L'examen de ces tableaux conduit aux observations sui- 
vantes : 

Les douze mois de l’année peuvent être rangés commeil 
suit, dans l’ordre des températures croissantes : 


Moyennes 


du 


: inférieu- supérieu- 
PIOTR: res à U ee à 20 


6 . L4 Mi LA 
moyennes diurnes | Maxima inime 


absolus | absolus 


Janvier 1,589 244 13,6 1 —16,3 
Décembre ....| 2,248 203 15,0 —18,0 
Février 3,313 417,8 —20,0 
5,416 22,1 —12,3 

5,725 49,7 | —414,3 

25,9 | — 3,5 

26,4 | — 3,4 

32,5 | — 2,0 

33,2 — 13 

34,8 2,0 

35,3 2,3 

37,4 4,8 


— 327 — 


Les nombres de moyennes diurnes inférieures à O ou 
supérieures à 20 varient donc dans le même ordre que les 
moyennes mensuelles. Dans les cinq mois les plus froids 
aucune moyenne diurne n’a été supérieure à 20, aucune de ces 
movennes n'est descendue au-dessous de 0 dans les cinq mois 
les plus chauds, et dans les deux mois d’avril et d'octobre 
qui occupent le milieu de la série, les moyennes diurnes 
restent comprises entre O et 20 sans jamais dépasser ces 
limites. Enfin la plus basse température des vingt-cinq années 
a été de — 20°; elle a eu lieu le7février 1895. La plus haute, 
observée le 15 juillet 1881 a été de 37°,4. La moyenne annuelle 
est pour Arras de 9°,578. 

Parmi les stations correspondantes que nous avions ins- 
tallées sur différents points du département et qui nous 
envoyaient leurs résultats d’une manière plus ou moins 
suivie, l’une d'elles a été organisée à Laventie dès l’année 
1873 par M. Paul Taffin, et des observations très complètes 
y ont été faites par lui sans aucune interruption et avec la 
plus scrupuleuse exactitude depuis cette époque jusqu’en 
1898, où elles n'ont été interrompues que par la mort de 
notre bien regretté correspondant. 

Ces observations nous permettent donc de comparer la 
situation météorologique de Laventie avec celle d'Arras et il 
nous a paru intéressant de rapprocher aussi les résultats 
obtenus sur ces deux points de notre département, de ceux 
qui appartiennent au climat de Paris. Voici donc les tempé- 
ratures moyennes des quatre saisons et celle de l’année à 
Arras, à Laventie et à Paris, en ne conservant que la 
première décimale des nombres. 


Hiver Printemps Eté Automne Année 
Arras... 2,3 9,1 17,0 9,9 9,6 
Laventie... 2,5 9,0 16,8 10,2 9,6 


Paris... ... 3,3 10,3 18,4 11,1 10,8 


— 328 — 


La moyenne annuelle était en réalité à Laventie de 9,62 
et à Arras de 9,578, mais elles deviennent toutes deux 9,6 en 
négligeant les dernières décimales. D'après M. Renou, la 
moyenne annuelle pour Paris, des années comprises entre 
1760 et 1878, serait de 10,78. 

Il existe une croyance assez répandue d'aprés laquelle il 
se produirait au mois de mai, un abaissement très sensible 
de la température, dans le voisinage du {1 au 15. c'est ce 
que l’on appelle la période des saints de glace. Afin de voir 
si celte croyance s’accordait avec les faits, j'ai calculé pour 
chacune des vingt-cinq années les températures moyennes 
du {1 au 15 et du 13 au 14 mai. | 

Les moyennes du 11 au 15 ont été treize fois inférieures 
et douze fois supérieures à la moyenne du mois, celles des 
13 et 14 ont été quatorze fois inférieures et onze fois supé- 
rieures à cette moyenne mensuelle. Ces résultats ne sont 
donc pas précisement en désaccord avec la croyance admise 
mais ils ne paraissent cependant pas suffisants pour en éta- 
blir l'exactitude. 


On entend dire parfois qu’à un hiver froid doit succéder, 
par compensation, un été chaud, tandis que d’autres croient 
avoir observé le contraire. J’ai cherché s’il était possible de 
confirmer l’une ou l’autre de ces opinions par l'examen des 
chiffres obtenus depuis 1876. 

J'ai en conséquence groupé dans le bicau suivant, d’une 
part les cinq hivers les plus froids, et d'autre pañft les cinq 
hivers les plus chauds, en plaçant en regard les étés corres- 
pondants et en notant, pour chacune de ces saisons, les 
moyennes générales, les nombres des moyennes diurnes, 


inférieures à 0 ou supérieures à 20 et enfin les maxima et 
minima absolus, 


— 329 — 


HIVERS FROIDS ÉTÉS CORRESPONDANTS 
Minima Maxima 
Moyennes 2 rar Moyennes N die 
1891 | —1,32 50 —15,3 | 15,70 4 27,3 
4895 | —0,50 40 —20,0 | 16,58 40 30,8 
1880 0,41 38 —18,0 | 17,77 28 30,4 
1888 0,41 35 —17,0 | 15,61 7 29,7 
1893 0,98 35 | —16,0 | 17,54 25 33,9 
0,00 198 » 16,64 14 » 
HIVERS CHAUDS ÉTÉS CORRESPONDANTS 
a  —— 
1877 6,16 —3,8 | 18,20 26 33,2 


À 
1899 4,89 414 —7,0 | 18,07 21 33,4 
1884 4,14 2 —5,0 | 17,41 27 33,2 
1883 4,68 ÿ —4,6 | 17,05 42 30,4 
1878 4,00 ) —3,2 | 17,97 25 33,0 


4,89 27 » 47,74 411 » 


EE 


On voit que les deux groupes d'hiver sont ainsi parfaite- 
ment caractérisés. La moyenne générale est de 0 pour les 
cinq hivers froids et de 4,89 pour les hivers chauds ; le nom- 
bre des moyennes diurnes inférieures à 0 est de 198 pour le 
premier groupe et seulement de 27 pour le second ; enfin les 
minima absolus ont varié de —415 à —20 dans les hivers 
froids el seulement de —3,2 à —7,0 dans les hivers chauds. 
D'autre part, nous avons vu que la moyenue normale de 
l’été est à Arras de 17°,0, donc un été pourra être considéré 
comme chaud ou froid selon que sa moyenne sera supérieure 
ou inférieure à 17°. Or le tableau ci dessus nous montre 
ainsi, en regard des cinq hivers froids, trois étés froids et 
deux étés chauds, tandis que les cinq étés qui suivent les 
hivers chauds ont eux-mêmes été très chauds. Les moyennes 
générales pour les deux groupes d'étés sont de 16,64 après 


— 330 — 


les hivers froids et 17,74 après les hivers chauds ; enfin le 
nombre total des moyennes diurnes supérieures à 20 est de 
74 pour le premier groupe et de 111 pour le second. 

On peut conclure de ces observations qu'il n'existe aucune 
relation constante et régulière entre la température d'un 
hiver et celle de l'été suivant, mais que néanmoins, les causes 
qui rendent les hivers plus ou moins rigoureux semblent 
persister encore et conserver une certaine influence dans 
les saisons suivantes. 

Ainsi, sans pouvoir rien prédire, on peut au moins espérer 
un été chaud après un hiver doux et craindre un été froid 
après un hiver rigoureux. 


Pour ce qui concerne les pluies, j'ai inscrit dans un 
sixième tableau les hauteurs d’eau exprimées en millimètres, 
reçues dans le cours de chaque mois depuis 1876. Voici, 
d’après ces résultats, dans quel ordre seraient rangés les 
douze mois de l'année en commençant par le moins pluvieux: 


ANTILLES Sacs dire LÉSasses) 39:09 
Février ....... risotto een . 43,94 
Janvier .......... sn asie 40:90 
Mai.......... A . 48,73 
Mars zinc stone ladesice 0108 


ADUL sentent sites aliens, "00/00 
SODLEMDPO ss assetsedetanesvetuandes 100,26 
JUS ses lite etesmiascous OL 
Novembre...........sss.essesssece.e 063,84 
Décembre..................... ... 64,85 
Oclobréss. sieste sus (07,02 
Juillet het ni res su "07400 


La hauteur de pluie a donc varié a peu près du simple au 
double du mois d'avril au mois de juillet. 


— 331 — 


Si nous classons de même les saisons nous trouvons : 


Pour le printemps...... rc . 139,85 
Pour l'hiver..... Hdi ist 154,78 
Pour l’été....., A Leone 189,83 
Pour l’automne.......,..... io 191,72 


Ce qui donne pour le total de l’année 676,2, c’est-à-dire 
6,762 mètres cubes pour le volume d’eau reçu par un hectare 
dans le cours de l’année. 

Ï] faut ajouter cependant que les quantités de pluie reçues 
pendant une même période sont très largement et très irré- 
gulièrement variables. Ainsi la hauteur totale de la pluie 
reçue dans le cours d’un mois pendant les vingt-cinq années 
d'observations a été dix-huit fois supérieure à 100 millimètres 
et treize fois inférieure à 10. Elle s’est élevée à 148 millimè- 
tres en juillet 1888 et elle est descendue à 1,6 en juillet 1885, 
à 0,8 en septembre 1895 et à O en avril 18983. 

La moyenne annuelle est bien loin aussi d’être la même 
sur les différents points du département. Elle atteint un 
maximum à Hucqueliers où elle dépasse 1,000. 

Autour de ce point se trouve encore une zone de fortes 
pluies variant de 800 à 1,000. Puis le chiffre décroît en allant 
d'une part vers la mer et d’autre part au sud-est, vers Arras 
où se trouve à peu près la hauteur minima. 

La moyenne annuelle à Laventie est de 704,7, un peu 
supérieure, par conséquent, à celle d’Arras. La moyenne 
générale, pour le département, doit être voisine de 800 milli- 
mètres. À Paris cette moyenne est de 555. 


Pour ce qui concerne la lumière, je me bornerai à citer les 
observations faites avec l’héliographe, qui n’ont d’ailleurs 
commencé qu’en 1884. Le nombre d'heures d'’insolation, 
c'est-à dire pendant lesquelles le soleil a brillé dans le cours 


— 332 — 


d’une année a été, en moyenne, de 1 550 et a varié de 1 233, 
nombre obtenu en 1888 à 1837 obtenu en 1899. 

M. Flammarion, à la station climatologique de Juvisy, a 
obtenu une moyenne annuelle de 1632 maïs seulement pour 
les six dernières années, ses observations n’avant commencé 
qu’en 1895. Ces mêmes années nous ont donné à Arras 1 681. 

La pression atmosphérique, ramenée au niveau de la mer, 
a donné comme moyenne, à Arras, 762,0 millimètres. 

Les minima et maxima absolus, pour la hauteur observée 
à midi, ont été de 728,9 obtenue en 1887 et de 787,0 obtenue 
en 1882. À Laventie la moyenne générale a été de 762,1. 


Nos quatre premiers tableaux permettent decomparer entre 
elles les observations de chaque mois et de chaque saison, 
pour l'ensemble des vingt-cinq années ; j'ai pensé qu’il pour- 
rait y avoir aussi quelque intérêt à grouper les chiffres dans 
un ordre différent, de manière à pouvoir comparer entre elles 
ces années elles-mêmes, prises isolément. Ce groupement 
est effectué dans un cinquième tableau. Ils montrent 
que les températures moyennes annuelles ont été huit fois 
supérieures à 10, treize fois comprises entre 10 el 9 et quatre 
fois inférieures à 9. Elles ont varié entre 8,03, moyenne de 
l’année 1891 et 10,61, moyenne le l’année 1877. 

Pour les hauteurs de pluie, cinq années ont reçu moins 
de 600 millimètres d'eau ; douze en ont reçu de 600 à 700 ; 
six de 700 à 800 et enfin deux, plus de 800. Cette quantité a 
varié de 507 millimètres obtenus en 1887 à 831, nombre 
obtenu en 1877. 

En consullant le cinquième tableau on voit que dans le 
cours de nos vingt-cinq années d'observations, les premières 
et les dernières ont été des années chaudes et que nous avons 
traversé une période assez froide de 1835 à 1892. 

Lorsque plusieurs années froides se succèdent ainsi, on 


— 333 — 


est porté à croire que la terre se refroïdit, mais cette croyance 
n'a rien de fondé. Remarquons d’abord que ce refroidisse- 
ment, s’il était réel, serait fort difficile à constater. Il serait 
presque impossible, en effet, de saisir la marche régulière 
d’une série qui ne pourrait être que très faiblement décrois- 
sante, en la dégageant complètement des variations acciden- 
telles qui se produisent d’une année à l'autre. 

Nous n'aurions d’ailleurs aucun moyen de mesure qui 
nous permit de constater ce changement, en remontant à 
plusieurs siècles. L'idée d'évaluer la chaleur à l’aide de la 
dilatation des corps ne date en effet que de la fin du XVI° 
siècle et ce n’est qu’en 1741 que Celsius proposa l'emploi d'une 
échelle comparable, en recourant à deux températures cons- 
tantes, celle de l’eau bouillante et celle de la glace fondante. 
Eutin ce n’est qu'en 1855 que, sur l'initiative de M. Levérier, 
les observations météorologiques prirent une large extension, 
en s'étendant à tous les points du globe. 

On ne peut donc comparer l’élat météorologique actuel, 
avec celui des époques antérieures, qu’en recherchant dans 
les histoires locales la nature des productions végétales et 
les récits des hivers vigoureux, des chaleurs exceptionnelles, 
et des grandes sécheresses. M. Duchaussoy, professeur au 
Jycée d'Amiens, a recueilli et publié à ce sujet un certain 
nombre de renseignements remontant jusqu’au VIe siècle. 
Or ils forment un ensemble dont les varialions ne diffèrent 
pas sensiblement de celles qui ont eu lieu dans le siècle qui 
vient de nir elon y voit dominer surtout des récits de grands 
hivers rigoureux. 

Pour ce qui concerne le climat de Paris au IVe siècle on 
trouve les renseignements suivants dans les écrits de l’empe- 
reur Julien, qui l’habita pendant les deux hivers de 358 el 
309. 

« La température de l'hiver y est peu rigoureuse à cause, 
disent les gens du pays, de la chaleur de l'Océan qui n'étant 
éloigné que de 9U0 stades, envoie un air tiède jusqu'à 


— 334 — 


Eutéee. Pour cette raison ou pour une autre que j'ignore, 
les choses sont ainsi. L'hiver est donc fort doux aux habi- 
tants de cette terre. Le sol porte de bonnes vignes, on y 
élève même fe figuier, en l’'enveloppant de paille de blé 
comme d’un vêtement et en employant les autres moyens 
dont on se sert pour mettre les arbres à l’abri de l’intempérie 
des saisons. Or il arriva que l'hiver que je passai à Lutèce 
fut d’une violence inaccoutumée ; la rivière chariait des 
glaçons comme des carreaux de marbre. Vous connaissez les 
pierres de phrygie ? l'els étaient par leur blancheur ces gla- 
çons bruts, larges, se pressant les uns contre Îles. autres 
jusqu'à ce que, venant à s’agglomérer, ils forment un pont. 
Plus dur à moi-même et plus rustique que jamais, je nm 
voulus pas souffrir que l’on chauffät, à la manière du pays, 
avec des fourneaux, la chambre où je couchais. » 

On voit que cetle description conviendrait encore entière- 
ment aujourd'hui au climat de Paris. 

Enfin, d'après les plus anciennes traditions, les produc- 
tions végélales paraissent être restées les mêmes dans une 
mème contrée. 

On peut donc admettre que nos climats n'ont pas sensi- 
blement varié depuis l'origine des temps historiques. 

La température superficielle du globe n’est plus en effet 
que très faiblement influencée par la chaleur centrale et elle 
ne dépend plus, par conséquent, que de la radiation solaire. 
Or l'intensité de cette radiation paraît demeurer constante, 
malgré la formidable dépense de chaleur effectuée par le 
soleil. 

On a calculé que cette dépense est de 18,500 calories par 
seconde et par mètre carré dela surface solaire, ce qui repré- 
sente, pour la chaleur totale perdue par le soleil en une 
seconde, en calories, le nombre 114 suivi de 21 zéros ou 
114 sextillons. Le soleil ne serait donc plus, depuis long- 
temps, qu’un globe éteint comme la terre s'il était solide ou 
même liquide et si cette incommensurable déperdition de 


— 335 — 


chaleur s’effecluait entièrement aux dépens de la surface. 
Mais il n’en est pas ainsi. 

On admet que le soleil est une masse gazeuse dont la 
surface où la photosphère se compose de flocons nuageux 
de matière incandescente baignés dans un fluide moins bril- 
lant et au-dessus de laquelle setrouve une atmosphère d’hy- 
drogène peu rayonnante que l’on a nommeëe chromosphère. 

Les nuages de la photosphère élant formés de particules 
solides ou liquides sont les organes esseuliels de la radiation. 
Or ces nuages sont incessamment renouvelés ; 11s retombent 
en se refroidissant, dans la partie centrale du globe où les 
matières dont ils sont formés se dissocient sous l'influence 
d'une température plus élevée. Les éléments ainsi séparés 
remontent alors à la surface pour s’y recombiner de nouveau 
et c'est la chaleur dégagée par celte recombinaison inces- 
sante qui est eu réalité la source du rayonuement solaire. 

ll se fait donc ainsi un transport continuel de chaleur du 
centre de l'astre à sa surface de sorte que le rayonnement 
s'effectue non plus aux dépens de cetle surface elle-même, 
mais aux dépens de la masse entière et par le fail d'un 
travail chimique constant. 

Or le diamètre du soleil est de 109 fois celui de la terre et 
on peut se rendre compte de sa masse en remarquant que la 
distance de la lune à ia terre n'élant que de 6Ù rayons 
lerrestres, si le centre du soleil cuïncidait avec le centre de 
la terre, sa masse s'étendrait non-seulement jusqu'à la lune 
mais encore à 73 mille lieues au-delà. On comprend donc 
que l'énorme déperdition de chaleur qu’il subit chaque jour 
puisse n'être encore qu’une très faible fraction de la chaleur 
totale qui s'y trouve emmagasinée, 

1l est possible d’ailleurs que cette perte soit elle-même 
compensée par la condensation progressive de la masse. 

La terre s’est bien refroidie, il est vrai, puisqu’elle n’était 
d’abord qu’un globe liquide et incandescent et que la vie, 


sous l'infinie variété de ses manifestations n’a pu y appa- 


raîire que lorsque sa surface solidifiée s’est trouvée à peu 
près dans les conditions actuelles. | 

Mais il est vraisemblable que sa température n'a plus 
varié depuis l’origine des temps historiques dont la durée 
n’est d’ailleurs qu’un point dans l’histoire géologique du 
globe et il est vraisemblable aussi que sa situation climalo- 
logique restera la mème, pendant encore un nombre incal- 
culable de siècles, c’est-à dire tant que l'activité des phéno- 
mènes chimiques, dont la surface du soleil est aujourd'hui le 
siège, pourra trouver dans sa masse entière les éléments de 
travail qu’elle y puise actuellement. 


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Températures annuelles de 1876 à 1900 


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1877 6,16 8,46 | 48,20 9,63 | 410,64 
1878 4,00 | 40,34 | 17,97 9,99 | 40,57 
1879 1,41 8,05 | 46,10 9,49 8,76 
1880 0,41 10,94 17,71 | 410,36 9,86 
1884 3.02 9,53 17,95 9,96 9,94 
1882 3,48 | 10,79 | 16,48 | 40,32 | 40,19 
1883 1,68 8,91 17,03 | 40,29 | 40,06 
1884 4,74 0,58 | 47,41 9,85 | 40,31 
1885 2,81 1,95 | 46,53 8,19 9,02 
1886 0,95 9,60 16,79 114,73 | 9,77 
1887 1,34 1,53 | 417,2 8,23 8,58 
1888 0,41 7,60 | 45,61 9,44 8,27 
1889 1,44 9,06 | 46,99 9,42 9,44 
1890 1,88 9,59 | 45,26 9,46 9,05 
1891 4,32 8,06 | 45,70 9,70 8,03 
1892 2,37 8,29 | 46,44 9,66 9,19 
1893 0,98 | 41,44 | 47,54 9,49 9,79 
1894 2,91 10,47 | 46,43 9,70 9,80 
1895 —0,50 9,10 | 16,58 | 10,8 9,00 
1896 2,87 9,65 | 16,89 8,36 9,44 
1897 3,04 9,58 17,60 ! 9,37 9,89 
1898 3,55 8,43 | 16,67 | 11,35 10,00 
1899 4,89 8,57 | 18,07 | 10,59 | 40,53 
1900 2,19 8,03 | 47,48 10,74 9,61 


Moyenne générale. . . . 9,578 


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Moyonne de l'Année. 


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Pluies annuelles de 1876 à 1900 


| : Totaux Totaux Totaux Totaux Totaux 
LAN ES de l'hiver | du Printemps |  del£té | de l'Automne | de l'Année 
1876 129,0 165,8 143,1 195,5 633,4 
4877 227,6 218,5 180,7 204,0 830,8 
1878 104,7 218,5 193,9 235,0 752,3 
1879 176,3 141,1 341 1 115,4 763,9 
| 41880 111,3 88,6 200,7 269,6 670,2 
| 1884 213,6 * | 153,0 204,6 226,5 197,7 
1882 104,6 145,2 294,2 281,8 825,8 
1883 185,3 116,4 161,3 286,6 749,6 
| 4884 166,1 98,2 202,0 147,7 584,0 
4885 226,3 146,8 67,1 233,0 693,8 
41886 139,6 150,2 221,6 148,0 652,4 
| 1887 159,3 450,9 44,5 152,1 506,8 
| 4888 146,6 164.8 904,9 127,4 733,7 
| 4889 129,4 152,8 180,8 195,5 588,5 
1 890 123,6 449,4 203,8 197,7 674,5 
1891 72,1 192,3 182,2 163,2 610,4 
1892 173,4 89,2 108,2 251,0 621,8 
1893 192,5 62,5 146,8 295,3 627,0 
| Ans 158,3 96,9 271,0 235,4 761,5 
1895 125,5 195,9 261,6 184,1 697,1 
4896 128,6 91,7 116,2 318,3 54,8 
4897 146,7 149,7 192,3 102,8 591,5 
1808 134,4 178,9 479,7 103,8 506,8 
1899 169,7 158,9 181,3 127,0 636,9 
| 1900 241,5 90,0 181,6 146,3 649,4 
| 


Moyenne de l'année, 676,2 — Total des 25 années 16,904,6 


— 344 — 


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de 1876 à 1900. 


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Températures normales pour chaque jour de l'année d’après les moyennes de 25 années, 


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MATIÈRE ET ÉNERGIE 


M. François BLONDEL 


Membre résidant 


SE 'omuer de cette lecture est un simple exposé des bases de 
Gésla Théorie Dynamique moderne, c’est-à dire de la con- 
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois 
physiques et la considération de leurs relations réciproques, 
a déjà abouti à rapporter les modes variés d'activité de la 
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend, 
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca- 
nisme intime de l’Univers. 

Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont 
pour la commodité du langage on imagine doués la matière 
brute et ses divers groupements élémentaires, on entend dési- 
gner les causes originelles des phénomènes naturels. 

Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées 
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les 
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de 
même que les propriétés spéciales qui les différencient entre 
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de 
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et 
même biologiques ne sont que des manifestations ou effets 


—_ 340 — 


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— 341 — 


Températures annuelles de 1876 à 1900 


Moyennes 

de l'Hiver 
2,49 
6,16 
4,00 
41,41 
0,41 
3.02 
3,48 


4,68 


4,74 
2,81 
0,95 
1,34 
0,41 
1,41 
1,88 


1,32 


2,37 
0,98 
2,94 

—_0,50 
2,87 

3,04 
3,55 
4,89 
2,19 


Moyennes 
du Printemps 


8,66 
8,46 
10,34 
8,05 
10,94 
9,53 
10,79 
8,21 
9,58 
7,95 
9,60 
7,53 
7,60 
9,06 
9,59 
8,06 
8,29 
11,14 
10,17 
9,10 
9,65 
9,58 
8,43 
8,57 
8,03 


Moyenne générale. 


Moyennes Moyennes Moyennes 
de l'tté de l'Automne | de l'Année 


18,55 10,7 10,11 


18,20 9,63 10,61 
17,97 9,99 10,57 
16,10 9,49 8,76 
17,77 10,36 9,86 
17,25 9,96 9,94 


16,18 10,32 10,19 
47,05 10,29 10,06 


17,44 9,55 10,34 
16,53 8,179 9,02 
16,79 414,73 | 9,77 
17,21 8,23 8,58 
15,64 9,44 8,27 
16,99 9,12 9,14 
15,26 9,46 9,05 
15,70 9,70 8,03 
16,44 9,66 9,49 
17,54 9,49 9,79 
16,43 9,70 9,80 | 
16,58 10,82 9,00 
16,89 8,36 9,44 
17,60 | 9,37 9,89 | 
16,67 11,35 10,00 
18,07 10,59 10,53 
17,48 10,74 9,64 
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Pluies mensuelles en millimètres 


| 


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ANNEES 


Octobre 


Décembre 


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— 343 — 
Pluies annuelles de 1876 à 1900 


: Totaux Totaux Totaux Totaux Totaux 
ANNÉES de l'hiver | du Printemps |  delrié | de l'Automne | de l'Année 

1876 129,0 165,8 143,1 195,5 633,4 
1877 297,6 218,5 120,7 204,0 830,8 
1878 104,7 218,5 193,9 235,0 752,3 
1879 176,3 141,1 31,1 115,4 763,9 
1880 111,3 88,6 200,7 269,6 670,2 

1884 213,6 * | 453,0 | 204,6 | 226,5 | 797,7 
1882 104,6 145,2 294,2 281,8 825,8 
1883 185,3 116,4 161,3 286,6 749,6 
1884 166,1 98,2 202,0 447,7 584,0 
1885 226,3 146,8 67,7 253,0 693,8 
1886 139,6 150,2 221,6 148,0 652,4 
1887 159,3 150,9 44,5 152,1 506,8 
1888 146,6 164.8 294,9 127,4 733,7 
1889 129,4 152,8 180,8 195,5 588,5 
1890 193,6 149,4 203,8 197,7 674,5 
1891 72,7 192,3 182,2 163,2 610,4 
1899 173,4 89,2 108,2 9554 ,0 621,8 
| 41893 192,5 62,5 146,8 295,3 627,0 
| 1894 158,3 96,9 271,0 935,4 761,5 
| 1895 125,5 125,9 261,6 184,1 697,1 
1896 128,6 91,7 116,2 318,3 654,8 
1897 146,7 149,7 192,3 102,8 591,5 
1898 134,4 178,9 179,7 103,8 BUG,8 
1899 169,7 158,9 181,3 127,0 636,9 
| 1900 231,8 90,0 181,6 146,3 649,4 


Moyenne de l'année, 676,2 — Total des 25 années 16,904,6 


de l'année d’après les moyennes de 25 années, 


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MATIÈRE ET ÉNERGIE 


M. François BLONDEL 


Membre résidant 


"oBser de cette lecture est un simple exposé des bases de 
isla Théorie Dynamique moderne, c'est-à dire de la con- 
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois 
physiques et la considération de leurs relations réciproques, 
a déjà abouti à rapporter les modes variés d'activité de la 
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend, 
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca- 
nisme intime de l'Univers. 

Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont 
pour la commodité du langage on imagine doués la matière 
brute et ses divers groupements élémentaires, on entend dési- 
gner les causes originelles des phénomènes naturels. 

Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées 
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les 
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de 
mème que les propriétés spéciales qui les différencient entre 
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de 
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et 
même biologiques ne sont que des manifestations ou effets 


— 348 — 


dynamiques, ayant pour siège les éléments matériels, mais 
se rapportant en dernière analyse à des variations dans la 
distribution de l'Energie résidant dans l'Univers. 

Matière substantielle inerte et Energie active, tels sont 
donc les deux facteurs primordiaux à considérer dans une 
étude synthétique des phénomènes de la nature ; notons 
aussi que les nouvelles théories ondulatoires admettent 
l'existence d’un milieu particulier, éminemment subtil et 
élastique, l’Ether, remplissant les espaces vides de matière 
pondérable, et jouant le rôle non seulement de véhicule, mais 
peut être même de réservoir unique de l'Energie. 

La Matière, élément constitutif de l’universalité des corps 
et des êlres perceptibles à nos organes, est le siège des appa- 
rences, révélées par nos sens, auxquelles le contrôle de la 
raison attribue une réalité objective. 

Elle nous est inconnue dans son essence, nous ne pouvons 
donc en donner une définition absolue ; toutefois, l’une des 
propriétés intrinsèques des corps, la Masse, d'où résulte 
leur mobilité relative, c'est-à-dire leur différence d’aptitude 
au mouvement {1}, peut être considérée, en raison de son 
universalité et de son invariabilité, comme une qualité essen- 
tielle de la matière, un attribut procédant de son essence 
même, et fournir cette définition proposée par M. de Freyci- 


(1) La mobilité d'un corps est en raison inverse de sa masse ; la 
masse elle-même est proportionnelle au poids du corps et sa valeur 
numérique est donnée par la formule A — _ . Cette proportionna- 
lité entre la masse et le poids des corps peut donner naissance à une 
confusion dont il importe de se bien garder, ces deux notions, masse 
et poids, étant absolument distinctes. Le poids d'un corps, en effet, 
est uniquement la résultante de l'attraction gravifique, et il varie 
conséquemment d’un lieu à un autre suivant la valeur locale de l'in- 
tensité de la pesanteur, tandis que la masse, au contraire, est abso- 
lument indépendante de la gravitation, sa valeur est invariable, par- 
tout et toujours un corps prendra une vitesse identique sous l'action 
de la détente d'un même ressort. 


= 397 


net : « La matière est tout ce qui a de la masse, c’est-à-dire 
tout ce qui exige un effort pour attirer un mouvement ». 

Envisagé au point de vue physique, un corps est un assem- 
blage de particules matérielles, excessivement ténues, sim- 
plement juxtaposées avec intervalles libres. 

La chimie répartit tous les corps en deux catégories : les 
corps simples et les corps composés. La plus petite partie 
- d’un corps jouissant d’une individualité propre, c'est-à-dire 
révélant ses propriétés chimiques, est la Molécule, laquelle 
est elle-même en général un assemblage d’Atomes, soit de 
même nature el constituant alors la molécule des corps sim- 
ples, soit de natures différentes et formant ainsi la molécule 
des corps composés. 

Les constatations de la chimie, il faut le reconnaître, sont 
actuellement en opposition avec l’hypothèse si séduisante 
a priori de l’unité de la matière : d'une part, en effet, les 
expériences de transmutation des métaux n’ont jamais 
abouti, et d'autre part, les découvertes des chimistes moder- 
nes accroissent journellement le nombre des corps simples, 
loin de réaliser leur synthèse. Toutefois, les partisans de 
l'atome unique en essence justifient cette théorie en attri- 
buant à des variétés dans les volumes atomiques et à des 
différences dans les mouvements vibratoires la diversité des 
propriétés caractéristiques des molécules-type. 

Ces considérations abstraites sont d'ailleurs purement spé- 
culatives ; à l'observation scientifique, la matière se révèle 
uniquement comme une substance, inerte en elle-même, 
centre ou point d'application de l'énergie. 

Toutefois, des savants contemporains, jugeant inutile de 
donner à l’énergie pour mécanisme de ses manifestations 
un siège ou substratum matériel, en sont arrivés à nier 
l'existence propre et distincte de l’élément matériel : « En 
» réalité, dit le docteur Ostwald, de Leipsig, le monde exté- 
» rieur ne se révèle à nous que par des variations d'énergie. 
» Toutes les propriétés de la matière peuvent être considérées 


» comme des propriélés de l'énergie... et l'élément matériel 
» ne serait qu’un groupement de différentes énergies ou une 
» accumulation d'énergie eu certains points ». 

On conçoit pourtant difficilement dans le monde naturel 
le mouvement sans un objet déplacé, et, comme l'a dit 
Pascal, « On ne peut imaginer de mouvement sans quelque 
chose qui se meut ». 

Dans l’état actuel de la science, l’idée de matière substan- 
tielle doit être conservée conjointement avec la notion de 
l'énergie, dont nous allons déterminer les caractères fonda- 
mentaux. 

Si la théorie de l’énergie est encore incomplète et obscure 
sur certains points, il faut reconnaitre cependant qu’elle se 
développe et se consolide en s’affranchissant chaque jour 
davantage de l'hypothèse, et qu’elle constitue un achemine- 
ment vers la synthèse des lois naturelles, en rétablissant 
entre tous les phénomènes physiques leur enchainement et 
leur liaison un peu trop perdus de vue par la science analy- 
tique. 

Les nouvelles théories physiques rapportent en dernière 
analyse tous les phénomènes naturels à des mouvements ou 
transformations de mouvement. 

Inutile de nous arrêler aux mouvements constatés par 
nos sens, et notamment par notre organe visuel, ils s’accu- 
sent d'eux-mêmes à l’observalion, et c’est sur leur étude 
expérimentale que sont fondées les lois de la Dynamique. 

Quant aux mouvements invisibles d'ordre moléculaire ou 
éthéré, ils comprennent les diverses ondulations, vibrations 
ou oscillations, acoustiques, thermiques, lumineuses, élec- 
triques, etc., dont l'amplitude et la fréquence ont pu être 
mesurées par des procédés d’une extrème ingéniosité (1). 


(1) Les longueurs d'onde varient de quelques dix-millièmes à 
quelques millièmes de millimètres, pour les radiations du spectre 
solaire comprises entre l'ultra violet et l'infra rouge ; quant aux 


— 349 — 


Nous concevons donc l'Univers comme tout rempli de 
mouvements vibratoires invisibles, mais non pas certes 
insensibles, puisque, en définitive, ce sont les impressions 
qu'Üs produisent sur nos sens qui constituent la totalité de 
nos perceptions organiques. 

Chaleur, lumière, électricité, puissance chimique perdent 
ainsi leur caractère mystérieux d'agents impondérables, et 
sont rapportées à des formes particulières du mouvement, à 
des vibralions éminemment subtiles des éléments matériels 
ou éthérés. Si nous observons, d'autre part, que les phéno- 
mènes calorifiques, lumineux, électriques et chimiques 
présentent entre eux des relations réciproques de cause à 
effet, des rapports dont il ne reste plus qu'à déterminer la 
valeur précise, ou taux d'équivalence numérique, nous 
devons reconnaitre que nous touchons à la solution du 
grand problème de l’unité des Agents Physiques. 

« Les analogies, dit M. Cornu, entre les divers phéno- 
» mènes autrefois considérés comme indépendants, devien- 
» nent de plus en plus nombreuses et les assimilations de 
» plus en plus parfailes..... La marche vers l'unité des 
» agents physiques est si rapide qu'on doit espérer des 
» simplifications inattendues. Peut-être ne manque:t-il, 
» pour atteindre le but, qu'une conception moins étroite de 
» la Force et l'abandon de quelques préjugés (1). » 

La notion de l'énergie correspond à ces vues synthétiques 
et traduit la relation intime, la solidarité qui existe, en fait, 
entre tous les phénomènes naturels, classés en catégories 


oscillations électriques elles ont beaucoup plus d'étendue, atteignant 
quelques centimêtres et même quelques mêtres. Les unes et les 
autres ont le même mode de propagation par vibrations transver- 
sales, dont le nombre, à la seconde, est de l'ordre des millions pour 
les oscillations électriques, et de l'ordre des trillions pour les radia- 
tions lumineuses. 

(1) Les Forces à distance et les ondulations, par A. Cornu. 1896, 


Températures normales pour chaque jour de l’année d’après les moyennes de 25 années, 
de 1876 à 1900. 


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MATIÈRE ET ÉNERGIE 


PAR 
M. François BLONDEL 


Membre résidant 


Si 'omer de cette lecture est un simple exposé des bases de 
fsla Théorie Dynamique moderne, c’est-à dire de la con- 
ception générale qui, par le rapprochement des diverses lois 
physiques et la considération de leurs relations réciproques, 
a déjà abouti à rapporter les modes variés d’activité de la 
nature à une identité fondamentale, le mouvement ; et tend, 
grâce à cette synthèse, à la détermination même du méca- 
nisme intime de l’Univers. 

Sous le nom de propriétés générales ou particulières, dont 
pour la commodité du langage on imagine doués la matière 
brute et ses divers groupements élémentaires,on entend dési- 
gner les causes originelles des phénomènes naturels. 

Toutes ces propriétés ou forces de la nature, considérées 
dans leur ensemble, constituent l'Energie universelle ; les 
propriétés générales qui affectent tous les corps matériels, de 
même que les propriétés spéciales qui les différencient entre 
eux, correspondent à des formes ou modalités diverses de 
l'Energie, et tous les phénomènes physiques, chimiques, et 
mêas biologiques ne sont que des manifestations ou effets 


— 350 — 


distinctes par l’ancienne physique, trop exclusivement atla- 
chée à leur analyse. 

Marquons les principales étapes de cette géniale concep- 
tion en citant les noms de ses savants protagonistes. * 

Fresnel (1788 1827), dès le début du dix-neuvième siècle, 
par ses vérifications expérimentales relativement aux ondes 
lumineuses, avait démontré l’existence de l'éther, agent de 
propagation des vibrations essentiellement subtil et élastique; 
Faraday (1794-1867), Maxwell (1831-1879), et Hertz (1857- 
1894) ont successivement mis en lumière le rôle du milieu 
ambiant dans les phénomènes d’induction électrique, et 
montré que l'électricité et la lumière on} le même siège, le 
milieu éthéré ; Maxwell a fait hardiment un pas de plus en 
supposant que chaque élément d’éther contient de l’energie 
localisée. Sous quelle forme, et par quel mécanisme ? C'est 
le secret impénétiré sinon impénétrable de la constitution 
moléculaire. 

L'énergie se définit, comme la puissance mécanique, un 
pouvoir de travail, mais avec une extension générale, englo- 
bant l’ensemble des forces naturelles et désignant aussi bien 
la force vive dynamique que la puissance emmagasinée ou 
manifestée sous forme de chaleur, électricité, affinité chimi- 
que, gravitalion, elc. 

D'ailleurs, puisqu’il est établi que les divers phénomènes 
calorifiques, lumineux, électriques, sont dus à des mouve- 
ments spéciaux des éléments moléculaires ou éthérés, il en 
résulte que les diverses formes d'énergie correspondantes ne 
sont au fond que des variétés d'énergie mécanique. Ainsi 
s'explique leur aptitude aux transformations réciproques : 
L'énergie électrique, par exemple, est transformée en énergie 
mécanique dans les électro-aimants et les moteurs, en énergie 
thermique et lumineuse dans les lampes, en énergie chimi- 
que dans l'électrolyse ; réciproquement les énergies thermi- 
ques et chimiques se transforment en énergie électrique 
dans les piles thermo et hydro-électriques, l'énergie mécani- 


— 351 — 


que, ou travail, se transforme en énergie électrique dans les 
dynamos génératrices. 

En thèse générale, étant donnée l’une quelconque des for- 
mes de l'énergie, on peut en tirer, soit directement par uue 
seule transformation, soit indirectement par plusieurs trans- 
formations successives, l’une quelconque des autres formes. 

Tout phénomene physique est donc considéré comme une 
modification d’une statique existante, ou d'un état dynami- 
que antérieur, correspondant à une variation de forme ou de 
distribution d’une fraction quelconque de l'énergie générale 
dont est doté l’univers. : 

Indépendamment de ses diverses modalités ou formes sen- 
sibles, l'énergie se présente, en effet, dans la nature, soit à 
l'état de puissance virtuelle, soit à l'état d'activité actuelle ; 
on distingue donc à ce point de vue : l’énergie potentielle, 
ou énergie latente, et l'énergie actuelle, dont la manifestation 
est effective. Ainsi, par exemple, l'énergie calorifique existe 
accumulée dans la houille à l’état potentiel, et elle se révèle 
à l’état d'énergie actuelle dans l’acte de la combustion ; de 
même l'énergie mécanique à l’état potentiel est la capacité 
de travail d'un corps considéré au repos, et à l’état acluel 
c'est la force vive déployée par la masse en mouvement, à 
laquelle on a donné le nom particulier d'énergie cinétique. 

Si nous prenons pour exemple le système d’un pendule 
oscillant, nous observons que l'énergie actuelle ou cinétique 
(TJest nulle à l'extrémité d’une course (V = O0), croit 
ensuite progressivement, devient maximum au milieu, et 
décroit ensuite régulièrement pendant la seconde demi-oscil- 
lation ; l'énergie potentielle, à l'inverse, est maximum au 
début, décroit ensuite pour devenir nulle au milieu, et croît 
progressivement durant la seconde demi-oscillation. 

Dans l’acte de la combustion les choses se passent de la 
même façon : l'énergie potentielle d’un morceau de houille 
diminue d’une façon régulière et concomitante à la mani- 
festation thermique d'énergie actuelle. 


— 352 — 


Ces deux modes de distribution de l'énergie, à l'état 
potentiel et à l’état actuel, varient donc constamment en 
raison inverse l’un de l’autre, donnant ainsi à tout instant 
une somme invariable; de même, les diverses formes 
sensibles ou modalités de l'énergie sont transformables 
équivalemment, admettant, nous l’avons vu, des rapports 
de transformation réciproque. 

La loi de conservation de l'énergie, proclamée en 1842 
par Mayer et Helmhollz, traduit cette double constatation 
des transformations équivalentes des divers types d'énergie; 
elle se formule ainsi : l'énergie totale d'un système indé- 
pendant est constante. 

Examinons ce qui se passe au moment du choc de deux 
masses animées de mouvements directement opposés ; nous 
constatons une perte apparente de force vive par suite de 
diminution, ou même anéantissement des vitesses, mais en 
même temps il s'est produit des effets sonores, calorifiques, 
électriques, etc., et en définitive il se trouve que la force 
vive disparue s’est mélamorphosée en mouvements vibra- 
toires divers. 

Il est indispensable de se familiariser avec cette concep- 
tion des changements de distribution et transformation 
équivalentes de l’énergie ; ainsi, par exemple, dans le cas de 
la production de lumière électrique au moyen d’une dynamo 
actionnée par une machine à vapeur, on peut distinguer la 
série des métamorphoses suivantes : le point de départ est 
la production d'énergie calorifique à l’état actuel résultant 
de la tranformation des énergies chimiques à l’état poten- 
tiel dans le carbone et l’oxygène avant la combustion ; cette 
énergie thermique est transformée dans la machine à 
vapeur en énergie mécanique, qui se transforme à son tour 
dans la dynamo en énergie électrique, laquelle se trans- 
forme enfin dans la lampe, partie en énergie lumineuse, 
partie en énergie calorifique. 

L'énergie vitale elle-même est, en fin de compte, une 


— 393 — 


transformation de l'énergie chimique, puisée dans l’alimen- 
tation, en énergie thermique et mécanique finalement 
dissipée. 

En raisonnant les phénomènes naturels on retrouve tou- 
jours des productions ou consommations de travail accom- 
pagnées de transformations d'énergie. 

La loi de conservation de l'énergie, rapprochée de celle 
formulée par Lavoisier sur l’indestructibilité de la matière, 
montre que l’énergie et la matière, ces deux facteurs élémen- 
taires de l'Univers, se comportent de façon identique, 
admettant les mutations de formes, mais sans perte aucune 
ni diminution de la quantité totale. 

Toutes ces transformations s'accomplissent suivant des 
lois numériques précises : au regard de la matière, les muta- 
tions s'effectuent au taux d'égalité pondérale ; quant aux 
transformations de l'énergie, elles sont réglées par des taux 
d'équivalence, spéciaux pour chacune des modalités, et leur 
détermination est l’objet des recherches patientes des physi- 
ciens modernes. 

Pour les deux formes d'énergie, mécanique et thermique, 
la relation qui régit leurs transformations réciproques a été 
déterminée par Mayer et Zoule, et le taux d’échange ou 
d'équivalence est 425 kilogrammètres pour un calorie. 

Les progrès de la science amèneront un jour la détermi- 
nation des autres équivalents, ou rapports de transformation 
entre les diverses modalités de l’énergie. 

Les conclusions auxquelles conduit cette nouvelle théorie, 
touchant la double question de l’origine et de la fin des 
mondes, sont particulièrement intéressantes à mentionner. 

Les philosophes, comme les physiciens, ont de tout temps 
généralement admis la limitation de l'Univers matériel dans 
l'espace infini ; si notre raison ne conçoit pas qu'il puisse 
exister des bornes à l’espace, par contre, elle ne considère 


pas que l’infinité soit également une condition de l’existence 
de l'Univers. 
23 


— 354 — 


Laissant de coté les arguments d'ordre métaphysique, 
M. de Freycinet, dans son magistral Essai sur la philoso- 
phie des sciences, discute cette question au point de vue 
exclusivement scientifique, et il conclut : « Toutes les diffi- 
» cultés s'évanouissent, et tout s'explique naturellement si 
» l'Univers estlimité.... Il n’en coùte pas, à mon sens, d'ad- 
» meltre à la fois que l’espace est infini et que l'Univers 
» matériel a des bornes. » 


L'énergie universelle est limitée en quantité, comme est 
limité dans l’espace infini l'Univers matériel lui-même. La 
loi de conservation de l'énergie exprime sa permanence : 
l'énergie totale de l'Univers est constante ; sa somme reste 
donc invariab'e, mais en est-il de même de sa distribution ? 

Assurément non; c’est un fait qui ressort à l'évidence : 
elle tend continuellement à se modifier par l'effet des réac- 
tions réciproques, mais d'intensité inégale, qui s’exercent 
entre les astres, et des diverses radiations calorifiques, lumi- 
neuses, magnétiques, etc, dissipées à travers l’espace. 

D'une part, il ne peut y avoir déperdition réelle d'énergie, 
et pourtant, d'autre part, il y a diffusion continue et modi- 
fication dans sa répartition. À quels résultats conduisent 
finalement ces divers changements de distribution et quel 
est l’aboutissant des transformations de l'énergie ? 

C'est la thermodynamique qui nous fournit réponse à celle 
question d’une importance capitale, et ses conclusions for- 
melles ont pour fondement l'observation expérimentale 
précise, seule base solide des théories physiques. 

La chaleur, on le sait, se transforme en travail mécanique 
par le passage d’une température plus élevée à une tempé- 
rature plus basse, et inversement elle peut être régénérée 
par la consommation d’une certaine quantité de travail ; 
c'est ce qu'exprime la loi d'équivalence mécanique de la 
chaleur. Cette série de transformations constitue donc un 
cycle réversible, mais cette loi d'équivalence réversible 
n’est pas absolument effective. 


— 355 — 


Clausius (1822-1888) a établi, en effet, que le cycle fermé, 
c'est à dire exactement réversible, ne se réalise pas dans la 
pature, et il a formulé la conclusion suivante : « Toute série 
» de transformations aboutit finalement à un abaissement 
» de température, ou perte de chaleur, correspondant à un 
» travail effectué et définitif de désagrégation moléculaire », 

Cette loi, qu’on pourrait appeler loi de tendance de l'Univers, 
n'est du reste qu'un corollaire du principe de Carnot : « La 
» chaleur ne passe pas du corps le moins chaud au corps 
» le plus chaud ». Elle a eu pour origine des expériences 
faites au point de vue thermodynamique sur la conversion 
de l’énergie thermique en travail mécanique. 

Ainsi donc, la loi de Clausius, confirmée et développée 
par sir W. Thomson, établit que l'Univers matériel se 
modifie progressivement pour aboutir à un état définiti- 
vement stable, et que toutes les transformations de l'Energie 
conduisent à un régime final, caractérisé par l'équilibre 
général de la température accompagné de la désagrégation 
universelle de la matière ; conséquemment, quand la série 
des transformations sera achevée, l’uniformité devra régner 
dans l’Univers, la température y sera partout égale, et toutes 
les molécules se trouveront désagrégées, également écartées 
au maximum, par l’effet de la chaleur transformée en travail. 

En cet état, aucune modification ultérieure ne sera plus 
possible, aucun phénomène nouveau ne sera désormais 
réalisable au sein de l'Univers matériel, rentré en quelque 
sorte dans le néant: «L'Univers, dit M. de Freycinet, n’échap- 
» perait donc pas à la loi ordinaire : il ne vivrail qu'en 
» consommant de la force et en marchant vers l'épuisement 
» final. Tel est du moins le dénouement que la science 
» moderne laisse entrevoir ». 

Or cette tendance vers un état définitif dans l'avenir im- 
plique évidemment la non éternité de l'Univers dans le passé, 
car, si son existence était infinie dans le temps, l'Univers 
ne pourrait plus être aujourd’hui en marche vers son état 


— 356 — 


final, il y serait nécessairement parvenu pendant la durée 
infinie des temps antérieurs à l’époque acluelle, le cycle 
complet des transformalions serait accompli depuis long- 
temps, et l'énergie universelle serait toute distribuée défini. 
tivement comme il est établi qu’elle devra l'être dans un 
lointain avenir. 

La nouvelle science dynamique fortifis donc de son auto: 
rilé la thèse spiritualiste de la création et de la fin des mon- 
des : « On est en droit d'affirmer scientifiquement, écrivait 
» M. Folie (1), directeur de l'Observatoire de Bruxelles, que 
» l'Univers constitué par les lois physiques que nous lui 
» connaissons (et il est interdit à la science positive de lui 
» en supposer d’autres), n'existe que depuis un temps limité, 
» quelque long qu'il puisse être. Et quelle cause l'a ainsi 
» constitué ? Une cause inhérente à lui-même ? Mais ce 
» serait absurde, car cette cause aurait dû agir fatalement 
» de toute éternité. Cette cause ne peut donc être que le fait 
» d’une volonté libre. La création se trouve ainsi démontrée 
» physiquement, j'allais dire mathématiquement ». 


(1) Notice sur les travaux de Clausius. — Bruxelles, 1890. 


UNE CONDAMNATION A MORT 


par contumace, en 1789. 


PAR 
M. Roger RODIERE 


Membre correspondant 


Dr seigneurs haut-justiciers jouissaient autrefois du 
> terrible privilège de faire prononcer par leurs hommes 
de fief, des condamnations capitales. Chacun sait celà. Les 
lieux-dits la Justice, qui existent encore en beaucoup d'’en- 
droits, conservent le souvenir des anciens gibels (1). Cet 
état de choses, qui a maintes fois excité la verve poussive 
des Homais de province, n’avait, pour qui connaît l’histoire 
de France, rien de subversif : dans une société décentra- 
lisée, en l'absence d’un pouvoir central fort et obéi, le 
seigneur était tout naturellement investi des prérogatives 
d’un chef d'Etat au petit pied, et les hommes de fief, princi- 
paux notables de la paroisse, pairs de l’accusé, formaient un 
jury qui n'offrait guère moins de garanties que ceux de nos 
jours. 


(1) C'est ainsi que du haut des remparts de Montreuil, et de par- 
tout à plus de quatre lieues à la ronde, ôn voit de loin, dominant le 
village de Frencq, un mamelon dénudé, dit la Justice, et sur le 
sommet duquel un kiosque a remplacé l’ancienne potence de la 
seigneurie de Rosamel. 


= 


Mais avec le temps et les progrès de l’autorité royale, le 
rôle des justices féodales diminua singulièrement ; aux 
XVIIe et XVIIIe siècles, les seigneurs s'attribuaient bien 
encore, dans les aveux et dénombrements, « la haute, 
moyenne et basse justice » sur leurs fiefs, terres et seigneu- 
ries ; ils tenaient même beaucoup à ces droits et plaidaient, 
au besoin, pour les conserver, le procès dùt-il durer cinquante 
ou quatre-vingts ans et dévorer le revenu et le principal dela 
terre. Mais, en fait, le droit de haute justice était devenu à 
peu près lettre morte, ce n’était plus guère qu'un privilège 
honorifique. Les juridictions royales, présidiaux, baillages et 
sénéchaussées, se réservaient de plus en plus le jugement 
des affaires criminelles. Les registres encore assez nom- 
breux, des audiences de justices de village, qui ont échappé 
aux auto-da-fé révolutionnaires, ne contiennent guère que 
des actes de saisine et des règlements de police municipale, 
tout au plus des procédures de poursuites pour rixes ou 
injures. Mais je n’y avais jamais trouvé trace de condam- 
nation capilale (1), rendue en Picardie ou en Artois depuis 
1600, jusqu'en 1789 par les justices patrimoniales, füt-ce 
même par contumace (2), lorsque tout dernièrement je lus 
dans le Registre de la terreet seigneurie de Pommera-Sainte- 
Marguerite (3) la sentence dont on verra copie plus loin, et 
qui me paraît mériter d’être publiée. 


(1) On raconte qu'un seigneur haut-justicier, ayant fait condam- 
per et pendre un criminel, fut si content et si émerveillé d'avoir pu 
ainsi affirmer son droit, qu’il fit enduire de goudron le corps du 
pendu afin de le conserver plus longtemps et de l’exhiber aux popu- 
lations — pour la rareté du fait! — (Note de M. A. de Puisieux). 

(2) Il serait intéressant de rechercher s'il s'en retrouve d'autres 
dans les vieux registres d'audience. 

(3) « Registre pour la terre, seigneurie et pairie de Pommera 
dit Ste-Marguerite commençant le vingt-deux novembre de l'année 
mil sept cent soixante-douze et finissant le..….», (Mss. de 38 f., le 
12° feuillet est perdu ; le dernier acte est du 4 juillet 1790. C'est une 
nomination de compteur de la dîme). Ce registre m'a été communiqué 
par mon ami, M. Maurice Vincent, avocat à la Cour d'appel de Paris, 


— 359 — 


Prononcée le 8 avril 1789, exécutée le 25 mai, cette sen- 
tence capitale est peut-être la dernière en date qui ait été 
rendue en France par une justice féodale ; les « hommes de 
fief de ce siège » et ceux que, pour compléter leur nombre, 
on dut « emprunter » à la châtellenie de Pas furent peut-être 
les derniers, dans la suite des siècles, à remplir la haute et 
redoutable mission que leurs devanciers, les hommes libres 
des temps carlovingiens etles francs-hommes du Moyen-Age, 
avaient accomplie tant de fois... 

Il est juste d'ajouter que la condamnation fut rendue par 
contumace et exécutée en effigie. Ce n’est donc pas à Pom- 
mera qu'il faut chercher le dernier criminel pendu par l’exé- 
cuteur des hautes-œuvres de la justice villageoïse. Carabi- 
nier au régiment de Monsieur, l'assassin avait, sans attendre 
qu'on l’arrêtät, passé sans doute la frontière de Belgique, 
qui n'est pas très-éloignée. Que devint-il ? On l’ignore abso- 
lument, 

Au point de vue juridique, la procédure suivie n’est pas 
sans intérêt. Aussitôt l'assassinat commis, le procureur fis- 
cal de la seigneurie (qui joue le rôle de ministère public) 
commence les poursuites et prononce son réquisitoire. Les 
lieutenant et hommes de fief lui donnent acte de sa plainte, 
ordonnent une enquête et désignent l’un d'entre eux pour 
remplir les fonctions de commissaire, nous dirions aujour- 
d'hui de juge d'instruction. Ils prescrivent aussi la visite et, 
au besoin, l'autopsie du cadavre de la victime par deux 
chirurgiens qu'ils nomment d'office. 

Le commissaire désigné fait assigner les chirurgiens ; 
ceux-ci prêtent serment ; on dresse procès-verbal de visite 
du cadavre ; le commissaire fail ensuite son information, 
sur laquelle le procureur fiscal prend ses conclusions, 
d’après quoi les hommes de fief rendent un jugement qui or- 
donne d'arrêter l’inculpé. 

Mais, grave embarrasl! il n°y a pas de prison à Pommera! 
On décide donc que l’on « empruntera » les prisons royales 


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d'Arras, et que le commissaire Macron s’y transportera pour 
interroger l'accusé. Si l'on ne peut découvrir ce dernier, il 
sera assigné à quinzaine, puis à la huitaine suivante, et ses 
biens saisis. En outre, le commissaire est chargé d'une 
addition d’information. Et, comme il n’y a pas à Pommera 
plus de greffier criminel que de geôle, on commet le greffier 
de Lucheux à la procédure de la présente cause. 

Toutes les formalités ci-dessus énoncées ayant été remplies 
en temps et lieu. le procureur fiscal prend ses conclusions ; 
les hommes de fief déclarent le défaut contre l'accusé, ordon- 
nent que les témoins seront récolés par le commissaire, ce 
qui vaudra confrontation à l’accusé. Ainsi est-il fait. Et enfin, 
après nouvelles conclusions du commissaire, la justice 
seigneuriale condamne l'assassin à la peine de mort par 
contumace. La potence sera plantée sur la place du village, 
et l’on y pendra, faute du criminel lui-même, «son effigie en 
un tableau ». Ses biens sont confisqués « au profit de qui il 
appartiendra » ; est-ce à dire du seigneur ? Probablement ; 
mais les hommes de fief semblent prévoir que « confiscation 
aura lieu au profit de Sa Majesté », car ils stipulent qu’on 
prélèvera sur les biens du condamné une somme de cent 
livres envers le Roy, au cas où cette confiscation n'aurait 
pas lieu. La sentence sera imprimée et affichée à Pommera 
et partout où besoin sera. Et comme le greffier de Lucheux 
est malade, on lui substitue un arpenteur, également de 
Lucheux. 

Quant à l'exécution, elle a lieu, six semaines après Île 
jugement, dans la forme prescrite : la sentence est lue sur la 
place de Pommera, en présence des lieutenant et hommes de 
fief, par le greffier de Lucheux (sans doute guéri). Et le 
bourreau d'Arras, amené pour la circonstance, pend l'effigie 
du condamné à la potence, à l’'ébahissement, sans doute, des 
naturels du pays. 

Après un siècle et plus, les lieux n’ont guère change : 
la place, toute verte et plantée de hauts peupliers, doit pré- 


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senter à peu près le même aspect qu’en 1789, avec son vaste 
abreuvoir et son jeu de boules ; le château est toujours 
debout, etla « chambre ordinaire de justice » où les hommes 
de fief tenaient leurs séances, est encore dans le même état 
ou peu s'en faut. Ses murs ont-ils même élé récrépis depuis 
cent ans ? C'est douteux ! 

Le seigneur de Pommera, au nom duquel les hommes de 
fief rendaient la justice, était Louis-Nicolas-Xavier-Joseph 
de Beugny, chevalier, seigneur de Pommera Ste-Marguerite, 
qui épousa le 20 juin 1785 Marie-Charlotte-Rosalie- Florence 
Le Roux du Châtelet. 11 était fils de Louis-Léonard de 
Beugny, chevalier, seigneur de Bondus, Pommera, Hagerue, 
né en 1720, mort le 22 juillet 1800, garde des sceaux de la 
Chancellerie établie près le conseil provincial d'Artois, et de 
Marie-Jeanne-Gabrielle Vaillant. (1) 

Si ce n’était sortir de mon sujet, je pourrais emprunter au 
Père Ignace {2) bien des renseignements sur le village et la 
seigneurie de Pommera (plus communément appelé Sainte- 
Marguerite, du nom de la patronne de son église), et sur son 
hameau de Grena. Mais je ne veux pas abuser de la patience 
de l’Académie, et je m’arrète là. 


(1) Lettre de M. A. de Puisieux, arrière-petit-fils du dernier sei- 
gneur de Pommera ; et mss. Godin, Bibl. d'Arras, vol. B, f°. 134, 
généalogie. de Beugny. — Voir aussi A. de Ternas, la Chancellerie 
du Conseil d'Artois, p. 57. 

(2) Mss. Bibl. d'Arras. — Dictionnaire du diocèse d'Arras, t. III, 
p. 167 et 833, ett. IV, p. 273 — Additions aux mémoires, t I, p. 
499, et t. IV, p. 611. — Recueil du diocèse d'Arras, t... p. 30. — 
Le Dict. hist. et arch. du Pas-de-Calais (St-Pol, t. I p. 294) n'a pas 
tiré un part suffisant de ces copieuses notes, seule source, cepen- 
dant, où l’auteur ait puisé. Les assertions du Père Ignace ne sont 
d'ailleurs pas toujours bien sûres et demanderaient à être contrôlées 
sur les documents authentiques, que je ne suis pas à même de 
consulter, 


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12 dér.1788.— (Jugement portant décret de prise de corps). 
(Fo 32 ve). 


Vu la requête de plainte du procureur fiscal de la terre et 
seigneurie de Pommera du 9 de ce mois ; le jugement rendu 
sur ladite requête par les officiers de lad. justice de Pom- 
mera le même jour ; les devoirs et procédures faits en exé- 
cution dud. jugement, notamment l'information faite à la 
requête dud. proc” fiscal le même jour 9 dud mois; 
conclusions du proc” fiscal le même jour 9 dud. mois; 
les hommes de fief de ce siège et empruntés à la Châtellenie 
de Pas, jugeant à la conjure du lieutenant dud. Pommera, 
et eu sur ce conseil et avis ; Ordonnons que Cbarles-A ntoine 
Le Roy, carabinier au Régiment de Monsieur, actuellement 
en semestre aud. Pommera, sera pris et appréhendé au 
corps et conduit ès prisons royales de la ville d'Arras, qui 
seront à cet effet empruntées, pour être ouy et interrogé par 
Jacques Macron, homme de fief el commissaire en cette 
partie, sur les faits résultans des charges et informations 
et autres sur lesquelles led. proc" fiscal voudra le faire 
- ouïr et entendre ; sinon et après perquisition faite de sa 
personne, sera assigné à quinzaine, et par un seul cry public 
à la huilaine suivante, ses biens saisis et annotés, et sur 
iceux établi commissaire. Ordonnant au surplus que par le 
même commissaire sera informé par addition d'information 
des faits mentionnés en lad. plainte du procureur fiscal 
du 9 de ce mois, circonstances et dépendances, pardev! le 
même commissaire ; commettant, pour délivrer l'expédition 
du présent jugement, le sieur Louis François Thorillon, 
greffier de Lucheux, commis-greffier pour l'absence du 
greffier ordinaire de ce siège, et duquel ils ont, à l'instant, 
reçu le serment au cas requis, ce qui sera exécuté par pro- 
vision nonobstant toute opposition ou appellation quelconque 
sans préjudicier. Ainsi fait et donné en jugement en chambre 
ordinaire de justice de lad. terre et seigrie de Pommera 


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le 12 décembre 1788, dix heures du matin. Signé: B. 
Maillard, Fauquet et Macron. 


12 féorier 1789. — (Déclaration de défaut contre Le Roy). 
(Folio 33.) 


8 aoril 1789. — (Sentence de condamnation à mort 
par contumace), 


(Fo 33 ve.) 


Vu le procès extraordinairement instruit en ce siège à la 
requête du procureur fiscal d’icelui, demandeur et accusa- 
teur, contre Charles-Antoine Le Roy, défendeur, accusé 
contumace ; le réquisitoire dudit procureur fiscal du 9 
décembre dernier ; l'ordonnance couchée par apostille au 
pied d'iceluy, par laquelle il a été donné acte au procureur 
fiscal de sa plainte ; en conséquence il lui a été permis de 
faire informer du contenu en icelle par devant Jacques 
Macron homme de fief et commissaire dénommé à cet effet ; 
il a été permis également de faire voir et visiter le cadavre 
de Pierre Mahieux, aubergiste demeurant à Pommera, par 
Louis-Benoît-Joseph Beaudoin et Louis-Joseph Thiéry, 
tous deux chirurgiens, demt à Pas, nommés d'office, les- 
quels feront les ouvertures nécessaires s’il y avoit lieu 
pour reconnoître le genre de mort dudit Mahieux. Laquelle 
visite seroit faile en la présence dud. commissaire qui tien- 
droit, ainsi que les chirurgiens, procès-verbal du tout ; l'or- 
donn‘* dud. Jacques Macron, homme de fief, commissaire 
en cette partie, à effetde faire assigner les sieurs Beaudoin et 
Thiéry, tous deux chirurgiens, pour prêter serment de bien 
et fidélement procéder à la visite du cadavre dud. Pierre 
Mahieux ; le procès-verbal de prestation de serment desd. 
chirurgiens, du 9 décembre dernier ; le procès-verbal de 
transport du commissaire dans la maison dud. Mabhieux, et 
de l’état dud. cadavre, du même jour ; le rapport desd. 
chirurgiens de la visile qu'ils ont faite dud. cadavre led. 
jour ; l'information faite par led. Jacques Macron, commis- 


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saire led. jour ; conclusions du procureur fiscal dud. jour ; 
le jugement de ce siège du 12 du même mois de décembre, 
par lequel il a été ordonné que Charles-Antoine Le Roy, 
carabinier au régiment de Monsieur, lors en semestre aud, 
Pommera, seroit pris et appréhendé au corps el conduit ès 
prisons royales d'Arras qui seroient à cet effet empruntées, 
pour être ouï et interrogé par Jacques Macron, homme de 
fief et commissaire en cette partie, sur les faits résultant 
des charges et informations et autres sur lesquelles led. 
procureur fiscal voudroit le faire ouir et entendre ; sinon et 
après perquisition faite de sa personne, seroil assigné à 
quinzaine, et par un seul cry public à la huitaine suivante, 
ses biens saisis et annotés, et à iceux établi commissaire ; 
par lequel il a été ordonné au surplus que par le même com- 
missaire il seroit informé par addition d’information des faits 
mentionnés en lad. plainte du procureur fiscal du 9 dud. 
mois, circonstances et dépendances, et Louis-François 
Thorillon, greffier de Lucheux, a été commis greffier pour 
l’absence du greffier ordinaire de ce siège, à effet de délivrer 
expédition dud. jugement, lequel a, à l'instant, presté le 
serment en pareil cas requis ; le procès-verbal de perquisition 
dud. Charles-Antoine Le Roy, du 12 dud. mois de Xh're 
contenant assignalion à quinzaine ; le procès-verbal de 
saisie annotation du même jour ; l'addition d’information 
faite par led. Jacques Macron commissaire, le 18 du même 
mois de décembre ; le procès-verbal d’assignalion à huitaine 
du 22 janvier dernier ; conclusions du procureur fiscal de 
ce siège du 7 février dernier ; le jugement de ce siège du 12 
du même mois de février, par lequel le défaut a été déclaré 
bien et valablement obtenu, et pour le profit, ordonné que 
les témoins ouïs en l'information et en l’addition d’informa- 
tion seroient récolés en leurs déposilions pardevant led. 
Jacques Macron, homme de fief, et que led. récolement 
vaudroit confrontation à l'accusé ; le cahier de récolement 
fait en conséquence par led. commissaire le 16 février der- 


— 365 — 


nier ; conclusions du procureur fiscal du 17 de cedit mois : 
tout considéré ; 

Les hommes de fief de ce siège et empruntés de la Chà- 
tellenie de Pas, jugeant à la conjure du lieutenant dud. 
Pommera, et ouf sur ce conseil et avis, déclarent la contu- 
mace bien et valablement instruite à la charge de Charles- 
Antoine Le Roy, carabinier au régiment de Monsieur, en 
semestre en ce lieu de Pommera ; adjugeant le profit d'icelle 
et faisant droit sur le tout, déclarent led. Charles-Antoine 
Le Roy düement atteint et convaincu d'avoir, la nuit du 6 
au 7 décembre dernier, se trouvant en semestre chez Pierre 
Mabieux, son beau-frère, cabaretier en ce lieu de Pommera, 
porté dans une rixe audit Pierre Mahieux différents coups 
de sabre dont ce dernier a été blessé à plaie ouverte et sang 
coulant, et desquelles blessures il est mort le huit du mème 
mois ; pour réparation de quoi condamnent ledit Charles- 
Antoine Le Roy à être pendu el étranglé jusqu’à ce que 
mort s’ensuive, par l’exécuteur de la haute justice, à une 
polence qui pour cet effet sera dressée sur la place de ce 
lieu de Pommera ; déclarent ses biens acquis et confisqués 
au profit de qui il appartiendra, sur iceux préalablement 
prise la somme de cent livres envers le Roy, en cas que con- 
fiscation n'ait lieu au profit de Sa Majesté ; ordonnent que 
les condamnations cy-dessus seront exécutées par effigie en 
un tableau qui sera attaché par led. exécuteur de la haute 
justice à la potence qui sera, à cet effet, plantée sur lad. 
place ; condamnent led. Charles-Antoine Le Roy aux frais, 
mises de justice et dépens du procès liquidés à... (en blanc). 

Ordonnent que le présent jugement sera imprimé et aff- 
ché en ce lieu de Pommera et partout où besoin sera ; et 
commettent pour délivrer expédition du présent jugement, 
pour l’absence du greffier de ce siège et pour la maladie du 
greffier commis à la procédure, le sieur François Sangnier, 
arpenteur demt à Lucheux, présent, et lequel Sangnier 


commis greffier a à l'instant prêté le serment au cas requis 
en ce siège. 


== 406: = 


Ainsi fait et donné en jugement en chambre de ce siège, 
le huit avril mil sept cent quatre-vingt-neuf. Signé : Rous- 
sel, Macron, Patte, Fauquet. 


25 mai 1789. — (Procès-verbal d'exécution en effigie). 
(Fo 35 v°). 

L’an mil sept cent quatre-vingt-neuf, le lundy vingt-cinq 
may, onze heures du matin, le jugement cy-dessus a été lu 
à haute et intelligible voix, ea la place du village et paroisse 
de Pommera, en présence de Monsieur le Lieutenant du 
siège et MM. Jacques Macron et Martin Patte, hommes de 
fief de ce lieu et emprunté de la Châtellenie de Pas, par moi 
commis greffier de la terre et seigneurie et haute justice de 
Pommera soussigné ; ce fait, l’effigie y mentionnée étant en 
un tableau a été attachée à une potence dressée en ladite 
place par Louis-Joseph-André Debœuque (?}), exécuteur de 
la haute justice de la ville d'Arras, ce conformément et en 
exécution dud. jugement ; fait aud. Pommera les jour, mois 
et an que dessus. Signé : Fauquet, M. Patte, Macron, 
Thorillon. 


do k 2 RU 


MADAME GUSTAVE MESUREUR 
A de DEWAILLY) (!) 


PAR 
M. L. VILTART 


Vice-Chancelier. 


L y a quelques années, un chroniqueur imaginait d'ins- 
LD tituer en pendant à l'Académie du Pont des Arts, une aca- 
démie féminine et, du bout de sa plume, faisait quarante 
académiciennes ; un journal de Paris a repris récemment 
cette idée. Les Annales politiques et littéraires ont procédé 
par voie plébiscitaire, et plus de cinq mille de leurs abonnés 
ont déposé leur bulletin dans l’urne. En tête des femmes de 
lettres arrivait Mme Juliette Adam ; la seconde était 
Mae Alphonse Daudet ; la dixième, Mme Mesureur. Grand 
honneur assurément et qui n’a surpris que l’élue. Comme 
la violette, elle est modeste et son talent discret. Aussi, 
bien qu’elle ait publié cinq ou six volumes de prose, n'est- 
elle connue que comme poète et, avant tout, comme le poëte 
des enfants ; mais elle a vraiment plus d’une corde à sa lyre. 
Elle loge à merveille en une aquarelle ou en un tableautin 
de maître les petits drames et les petites comédies de la 


(1) Elue membre correspondant de l'Académie le 14 février 1902, 
Lecture faite le 28 février. 


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rue, croqués. dessinés, enlevés avec tout l'esprit d’une pari- 
sienne de Paris. Car il faut bien que je le dise, bien qu'il 
m'en coûte de revenir sur ce que j'ai affirmé en vous priant 
d'accueillir Mme Mesureur comme membre correspondant 
de notre Compagnie, elle n’est pas de chez nous. Son père 
était originaire de Bucquoy où il y a encore des Dewailly ; 
mais elle naquit rue du Cherche-Midi, en pleinerive gauche, 
à deux pas du Luxembourg. Enfance heureuse dont plus 
d’un souvenir revit dans la langue des Dieux, notamment 
dans une piècette intitulée Bon appetit : 


Nous étions tous joyeux au diner du dimanche. 
Je revois les cristaux mis sur la nappe blanche, 
Les serviettes ayant leurs grands plis d’apparat, 
Et le rôti saignant, qui flatte l’odorat. 

Ma mère nous semblait la reine de la fève, 

Mon père présidait, la mine satisfaite, 

Heureux d'avoir ses huit enfants autour de lui. 

Et le soleil, gaiement, brillait comme aujourd'hui. 
Une heure : ons attablait. J'étais un peu gourmande ; 
Oserai-je avouer que ma joie était grande, 
Quand, après le poulet qu’on sert sur du cresson, 
Et les légumes verts, produits de la saison, 

Je voyais au dessert, paradant sur la table, 

Une tarte et des fruits d’un aspect délectable. 


Non moins que la tarte, la musique charmait la fillette, 
les livres aussi, surtout ceux où les lignes ne tenaient pas 
toute la largeur des pages et rimaient deux à deux. Mme Me- 
sureur était bien jeune encore lorsque François Coppée, le 
fulur préfacier de son second volume de vers, triompha à 
l'Odéon avec Le Passant et, bientôt, avec Les Humbles, 
ouvrit une veine nouvelle ; mais elle fut, dès celte époque, 
piquée de la tarentule poétique et connut son maitre. Puis 
vint la guerre. Sous le titre de : Histoire d’un enfant de 
Paris (1870-1871), Mme Mesureur a raconté le siège ; de ce 


— 369 — 


livre, écrit pour la jeunesse, et couronné par l’Académie 
française, nous n'avons, dans cette partie biographique, à 
retenir que les dernières pages. L’armistice signé, levé le 
blocus, M. et Mme Dewailly, ainsi que leur famille, prirent 
le train pour Bucquoy, et notre gracieuse collègue vit sans 
aucun doute le Pas-de-Calais pour la première fois. {1 serait 
superflu d'ajouter qu'après la famine du siège, veaux, 
vaches, moutons etautresanimaux éminemment comestibles, 
la séduisirent infiniment. 

Quelque dix ans plus tard, plutôt moins que plus, par 
suite de son mariage avec M. Mesureur, alors dessinateur 
industriel, aujourd’hui un de nos législateurs les plus en 
vue, Mlle Amélie Dewailly devenait la parente d’un des 
membres résidants de l’Académie d'Arras et faisait de nom- 
breux et longs séjours rue Ernestale, chez M. Brégeaut. 
Saluons en passant la mémoire de celui qui fut le Legouvé 
de notre Compagnie, car il en ft partie pendant soixante ans, 
dont cinquante-trois comme membre titulaire et sept comme 
honoraire. Si Mme Mesureur a gardé un souvenir ému de 
son vieux parent, de la cordialité et de l’agrément de son 
commerce, par la pensée elle revoit avec grand plaisir notre 
vieil Arras, les grands arbres aujourd’hui disparus, les jolis 
coins d'ombre au bord de l’eau que l’on trouvait au sortir 
de la porte Méaulens. C'est de ce côté qu'elle portait le plus 
souvent ses pas et ceux de ses enfants, un garçon, une fillette, 
avec qui nous allons faire ample connaissance en feuilletant 
Rimes roses et Nos enfants, les deux volumes parus, le 


premier en 1881, le second en 1885, dont je voudrais main- 
tenant vous entretenir. 


+ 
+ + 


.… Ce ne sont point de ces grands vers pompeux, 
mais de petits vers doux,tendres et langoureux. 


Ces vers du Misanthrope seraient la parfaite épigraphe 
| 24 


— 370 — 


des poésies de Mme Mesureur, si la mode des épigraphes 
sévissait encore comme au temps du romantisme. Je laisserai 
de côté les chants langoureux qui disent l’éveil d'une jeune 
âme à l'amour ; sauf une pièce intitulée A/ariage civil, ils 
sont, semble-t-il, d’une forme moins parfaite et d’une moindre 
originalité que les pièces douces et tendres inspirées par 
l'enfance ; et j'arrive à ces dernières, dont voici ce qu'on 
peut appeler le leit-motiv, 


Mes petits oiseaux, 


Mes oiseaux à moi, ce sont, 
Mieux que pinson et fauvette : 
Deux enfants, un brun, un blond. 
Mes oiseaux à moi, ce sont : 

Un garçon, une fillette. 


Ils ont un joli babil, 

Quand le matin les éveille ; 
} Voix d’oiselets en Avril, 

1ls ont un joli babil 

Qui caresse mon oreille. 


Ils ont toujours soif ou faim, 

De tartines, fruits ou crême ; 
Leurs souhaits n'ont point de fin, 
Ils ont toujours soif ou fai, 
L'oiseau butine de même. 


Quand vient l'heure des repas, 
Qu'il soit, ou non, délectable, 
L’appétit ne manque pas. 
Quand vient l'heure des repas, 
Ils sont les premiers à table. 


Leur bouche a plus d'un refrain, 
Tout de joie et de tendresse ; 
Sans soupconner le chagrin, 
Leur bouche a plus d’un refrain ; 
Chant d'oiseau n'est qu’allégresse, 


— 371 — 


Ils professent le bonheur : 
Les âmes d'oiseaux sont nées 
Avec ce sèul point d'honneur. 
Ils professent le bonheur, 

Ce lot des jeunes années, 


Le vent berce les oiseaux 

Dans le nid qui les abrite ; 

Sur la branche ou les roseaux 
Le vent berce les oiseaux, 
Pourqu'ils s’endorment plus vite. 


Je berce mes oiselets 

D'une chansan maternelle ; 

Dans leurs nids chauds et mollets 
Je berce mes oiselets : 

Ils s’endorment sous mon aile. 


Ce thème prête à d'infinies variations que l’on devine. 
C'est l'armoire aux vieux jouets que connaissent tous les 
papas... L'arc rompu ne peut plus se tendre, le canon 
roule sans affüt ; 

Le cavalier est sans monture, 

La bergère est loin du troupeau ; 
La ferme n’a plus de toiture, 

Les soldats n’ont plus de drapeau. 


Ce sont les premières joies et les premiers chagrins, avec, 
çà et là, de charmantes espiègleries comme celle intitulée 
Parodie : 


Souvent de pauvres gens viennent à la maison, 
Humbles solliciteurs, et toujours ma Suzon 
Écoute avec respect leur lugubre oraison. 


Elle s’en inquiète et paraît toute triste : 
Et, lorsqu'ils sont partis, comme une moraliste, 
Elle imite leur jeu navrant et réaliste, 


— 372 — 


» Monsieur le député, soyez compatissant, 
» Veuillez preudre en pitié mon sort intéressant ; 
s Îl faudrait agir vite et le cas est pressant. 


+ Je n'ai plus de mari, voilà ma grande fille, 
» J'ai beaucoup de soucis, une lourde famille, 
» Et j'implore de vous un mot, une apostille 


» Vous pouvez s'il vous plaît me tirer d'éembarras ; 
» À mon âge, six ans, j'ai déjà sur les bras 
» Ces deux bébés jumeaux qui sont rouges et gras 


« Puis cette enfant est de santé mauvaise » 
Et murmurant tout bas : « Chut ! Il faut qu'on se taise ». 
Elle assied sa poupée infirme, sur la chaise. 


« Je ne suis pas de ceux qui vont tendre la main, 
» Je suis seule aujourd’hui ; si je mourais demain, 
» Qui donc à mes petits voudrait donner du pain ». 


Et les montrant tous trois d’une voix plaignarde : 
» Vous voyez, avec eux j'habite une mansarde : 
» Ce qu’ils ont sur le dos est leur dernière harde. 


». Je sais qu'au Parlement votre influence est grande, 
» Vous pourriez m'obtenir, pourvu qu’on vous entende ! 
» Une place, un emploi, j'en ferai la demande. 


» Surtout pas de secours et pas de charité ; 
» Tout ce que je requiers est juste et mérité. 
.s Ÿ souscrire c’est faire un acte d'équité. 


» Ainsi, mon député, faites donc que j'obtienne.… ,» 
Mais papa l'interrompt, fatigué de l’antienne, 
Et dit : « Embrassez-moi, chère comédienne ! » 


Ce qui me paraît par dessus tout intéressant dans ces 
vers et dans ceux que je vous ai lus précédemment, c'est 
qu'ils ne sentent pas l’auteur ; ils sont d’un naturel achevé. 
La vie de chaque jour est prise sur le vif et traduite sous le 
coup de l'impression, sans effort, sans éclat de voix. Bébé 


— 373 — 


s'endort ; un sonnet s’ébauche qui sera terminé auprès du 
berceau, sur un coin de la table de travail du père. Un petit 
mendiant jelte du pain aux canards de la porte Méaulens ; 
au Rietz de Saint-Sauveur, les enfants, à l'automne, ramas- 
sent des marrons ; et le poète tire de ces simples faits deux 
petites pièces dont la dernière a presque un caractère local, 


Le petit mendiant, pieds nus, suit son chemin ; 
De village en village, il va tendre la main, 
Trainant à ses “ôtés son bâton et sa miche, 

Car le rare passant d’aumône est assez chiche. 
Devenu forcément philosophe et réveur, 

Ii marche d'un pas lent dans l’air plein de saveur, 
Ecoutant les oiseaux qui se cherchent auerelle. 
Comme il est fatigué, près d'une passerelle, 

Il s'assiel. Devant lui, des canards fendent l’eau. 
Tout en donnant la chasse au moindre vermisseau. 
Alors, cassant son pain, lentement, miette à miette, 
Au milieu de leurs rangs empressés il le jette. 

Et ce deshérité, prodigue et généreux, 

Se donne le plaisir de faire des heureux. 


Les Marrons. 


Le vent qui soufile en automne 
Aux gais enfants fait l’aumône ; 
Il sème par quarterons 

Sur leur chemin des marrons. 


A terre les coques vertes 

En bondissant sont ouvertes, 
Découvrant comme un bijou 
Leur fruit d’un brun acajou. 


Les enfants, troupe intrépide, 
Sans redouter l'herbe humide, 
Dans des sacs et des paniers 

Ramassent jusqu'aux derniers. 


= 


Le plaisir dans leurs yeux brille ; 
Ce soir, armés d’une aiguille, 
Avec art, las écoliers 

S’en feront de lourds colliers. 


Nous aurions maintenant à dégager des citations que j'ai 
faites les éléments caractéristiques de l’œuvre de Mne Mesu- 
reur si le bon poète François Coppée n'avait fort justement 
dit que c’est une œuvre de sentiment et une œuvre d'art. 
Ces vers-là, ajoute-t-il, en même temps qu'ils sont de très 
bons vers, sont bien ceux d’une femme aimante, d’une 
excellente mère, qui aime ses enfants et tous les enfants, 
qui leur parle et qui en parle avec une émotion sincère, 
profonde, partie du cœur et destinée à aller aux cœurs. 

Aussi, l'Académie ne peut-elle que se féliciter d’avoir 
appelé Mne Mesureur à prendre rang à côté de Miles Jenny 
Fontaine et Marie Fresnaye, véritables artistes, l’une pein- 
tre, l’autre sculpteur, à côté de deux distinguées roman- 
cières, Mmes Georges Héry et Mary Floran. Elle a montré 
une fois de plus qu’elle tient à grouper autour d'elle tous 
les talents qui se rattachent à l’Artois, ne fut-ce que par un 
fil ténu ; et, par voie d'ultime conséquence, que, pour hono- 
rer les petites mains qui manient le pinceau, l’ébauchoir ou 
la plume, les académies féminines ne seront de toute néces- 
sité que le jour où n’existeront plusles académies masculines, 


DENT RAT TNTETTT TTNTRT UTTNTR TT T TT US 
Frrrrrnnnrnrttrtninrrrrrro no??? 
NOTE 


SUR DEUX VOLETS DE TRIPTYQUE 


Représentant des chanoines de la DIENNÉE 
PAR 
Le Baron Alexandre CAVROIS 


Membre résidant 


ER y à trois ans, le clergé de la Cathédrale d'Arras 
exhumait d’un réduit de cette église deux tableaux que 
M. l’archiprètre fit suspendre dans la chapelle du Sacré- 
Cœur, en face de son confessionnal, aux colonnes du 
transept. 

Ces deux tableaux sont peints sur bois ; le dessin en est 
fin et leur coloration est restée très vive. Ils mesurent l’un et 
l'autre 1m 22 de haut sur Om 82 de large. Ce sont les volets 
d'un triptyque dont la partie centrale n’a pas été retrouvée ; 
on voitencore sur les bords des cadres la marque des ferrures 
des gonds. 


Le volet de droite, sur sa face principale, — celle qui se 
voyait quand le triptyque était ouvert, — a pour sujet la 
scène de la Résurrection. Le Christ, tenant en main 
l’oriflamme, sort du tombeau, autour duquel sont groupés 


— 376 — 


les gardes : l’un d'eux est endormi ; les autres s’enfuient ou 
sont prosternés à terre, se cachant le visage sous leur 
bouclier (1). 

Le volet de gauche (à la droite du spectateur), représente 
les disciples d'Emmaüs. Le Seigneur, entre Cléophas et son 
compagnon, s'avance à l'entrée d'uneavenue plantée d'arbres, 
à l'extrémité de laquelle un château-fort dresse sa porte 
fortifiée et ses tourelles crénelées. C’est ainsi que le peintre 
a traduit le castellum de St-Luc (2). Sur la droite, au sommet 
d’une colline, est figuré un autre petit château, derrière 
lequel le soleil lance ses derniers rayons (3). 

Comme on le voit, ces deux sujets, pour connexes qu'ils 
soient, sont indépendants l’un de l’autre, et ne nous per- 
mettent pas de préciser ce qu'était le tableau central. 1] 
pouvait figurer la Cène, ou le Crucifiement aussi bien que 
l’'Ascension. 


Le triptyque fermé, les revers des volets nous présentent 
les portraits des donateurs. Ce sont deux chanoines en habit 
de chœur : ils portent l’aumusse sur le bras gauche et sont 
revêtus du surplis à manches pendantes, « simples et sans 
dentelles. » (4) Tournés l'un vers l’autre, ils sont placés 
chacun de profil, agenouillés sur un prie-Dieu, couvert d'un 
tapis multicolore ; un livre est ouvert devant eux, et sur le 
tapis se détachent leurs armoiries, identiques, montrant 
que ce sont deux frères : écartelé, auz 1 et 4 d'azur au lion 
d'argent, aux ? et 3 d'argent au cheoron de gueules accom- 
pagné de trois tourteaux de même. 

Leurs devises, peintes sur des banderolles en dessous des 
écussons, sont différentes ; sur le volet de droite, on lit ces 


(1) « Ærterriti sunt custodes. » Matth., 28. 

(2) Luc., 24. 

(3) « Advesperascit et inelinata est jam dies. » Ibid. 
(4) Abb6 Fanien, /istoire du chapitre d'Arras, p. 92. 


=— 371 — 


mots : NON QUÆ SUPER TERRAM ; le volet de gauche porte : 
l'ESPÈRE ET CRAINS, 

Derrière et au-dessus de ces personnages se tiennent 
debout leurs saints patrons. Pour le premier, c’est saint 
François d'Assise, bien reconnaissable à sa robe de bure, 
serrée par une corde qui retient sur sa poitrine le parche- 
min de ses constitutions, et surtout à ses stigmates. Dans le 
fond du tableau, une draperie srulevée laisse voir le ciel et 
un ange, simple figure ailée, dont la bouche souffle des 
rayons de sang qui aboutissent aux stigmates de saint 
François. 

Le second volet est plus énigmatique. Le patron du 
* chanoine est un évêque, en chape et en mitre, tenant une 
crosse. Une draperie symétrique de la précédente découvre 
un paysage composé d’une grande ferme couverte en chaume 
el d’une église ayant au centre une tour carrée, crénelée, 
surmontée d’un loit quadrangulaire, et HANGUES de trois 
nefs ou chapelles latérales. 


D'où proviennent ces tableaux ? 

Leur facture, le style gothique notamment de la crosse du 
saint évêque, permeltent de les faire remonter à la fin du 
XVI° siècle ou au commencement du XVIIe, et nous confir- 
merons plus loin celte prévision en leur assignant une date 
assez précise. 

Ils ont orné autrelois l’une des nombreuses églises de 
notre ville, la Cathédrale, sans doute, dont l'un desdonateurs 
était chanoine, nous allons le dire. A la Révolution, le trip- 
tyque dont ils faisaient partie fut démembré. Que devint le 
panneau central ? nous l’ignorons. Quant aux volets, peut- 
être furent-ils cachés à cause des armoiries qui en faisaient 
des objets séditieux ! Toujours est-il que, restitués au clergé, 
ils firent partie du mobilier de la chapelle du couvent de 


— 378 — 


Sainte-Agnès qui fut, dans notre siècle, sous le nom de 
paroisse Saint-Etienne, chapelle de secours de la Cathédrale. 

Nous eroyons les retrouver dans l'inventaire manuscrit 
que dressa, après 1860, M. le chanoïne Parenty (1). Ils 
avaient été séparés l'un de l’autre, et l’on avait si peu 
remarqué leur analogie que l’un d'eux avait été tourné du 
côté de l'endroit et l’autre du côté du revers. Aussi sont-ils 
mentionnés à deux places différentes. Je transcris ici les 
extraits de l'inventaire de Saint-Etienne qui les concernent : 

« Au fond de la nef également, sous la tribune, se trouvent deux 
autres petits tableaux. L’un d’eux posé au-dessus de la porte est une 
sainte Cène ; l’autre représente dans un paysage trois personnages 
dont la signification m'est inconnue. Ce petit travail sur bors, et à 
deux faces, provient d’un ancien triptyque, et mériterait d’être 
étudié. » 

Cette description correspond bien au volet de gauche ; il 
présentait sa face principale, figurant les disciples d'Emmaüs. 
Il était vraisemblablement accroché un peu haut puisque sa 
signification n’a pas été comprise : quand on le regarde de 
près, les plaies du Sauveur et les profils sémitiques des 
disciples ne laissent aucun doute à ce sujet. Notons en 
passant le vœu de M. Parenty : ce tableau « mériterait d’être 
étudié ». Nous sommes heureux d’y avoir répondu (2). 

« Dans le passage qui sépare la nef de la chapelle de la sainte 
Vierge sont deux tableaux placés au-dessus de chacune des portes. 
L'un représente l’adoration des mages. L'autre, plus petit, comprend 
deux personnages dans un costume religieux. » 


Ne reconnait on pas là l’autre volet, réunissant sur son 
revers un chanoine et saint François, tous deux « dans un 


(1) Archives de la Cathédrale. 

(2) Ce nous est un devoir et un plaisir d'adresser l'hommage de 
notre gratitude à ceux qui nous ont aidé dans ce modeste travail, et 
surtout de dire un merci tout filial à celui dont la main paternelle a 
bien voulu guider nos premiers pas dans les sentiers de l'archéologie 
et de l'histoire. 


— 379 — 


costume religieux » ? Je remarque même que ce volet est 
dit « petit », comme l’autre avait été qualifié de « petit tra- 
vail. » 


En 1876, lorsque l’église de N.-D. des Ardents fut achevée, 
Sainte-Agnès cessa d’être auverte au public, et la cathédrale 
lui reprit un certain nombre de tableaux : les uns furent 
placés dans l'église ; ceux que nous étudions eurent moins 
d'honneur et ne franchirent que vingt trois ans plus tard la 
porte de la sacristie. 


Il est temps d'identifier nos donateurs. Nommons:les tout 
de suite : Ce sont François DE LA DIENNÉe, prévôt du cha- 
pitre d'Arras, et son frère, Maximilien DE LA DIENNéE, 
chanoine de Saint-Omer. 

C’est par l'étude des armoiries ci-dessus décrites que nous 
avons été assez heureux pour arriver à cette identification. 
La famille DE LA DiENNÉE blasonne, en effet, d'argent au lion 
d'asur ; d'Hozier (1) ajoute : lampassé et armé d'or ; et une 
épitaphe tirée de Le Pez, que nous reproduirons bientôt, 
donne cette variante : armé d'or, lamnassé de gueules. Les 
quartiers 2 et 3 de l’écu écartelé de nos volets reproduisent 
les armes de la maison pe RancxicourT : d'argent au che- 
oron de gueules, accompagné de trois tourteaux de même. 

La famille de la Diennée, aujourd’hui éteinte, est origi- 
naire de Saint-Pol ; elle eut la seigneurie de Baudricourt, 
(actuellement canton d’Avesnes-le-Comte). Un tableau 
généalogique de Le Pez (2), malheureusement sans dates, 


(1) Armorial d'Artois et de Picardie, par Borel d'Hauterive, 
pp. 38 et 44. 

(2) Genealogiæ Flandriæ.(Mss. n° 322 du catalogue de la biblio- 
thèque de la ville d'Arras). 


— 380 — 


la fait remonter à Gilles de la Diennée, qui épousa Martine 
le Petit de la Personne. Viennent ensuite Philippe, mari de 
Bonne de Fromessent, Adrien, époux de Marie de Bauduin, 
et enfin Grégoire de la Diennée, père de nos héros, qui se 
maria deux fois, d’abord avec Jeanne de Ranchicourt, puis 
avec Claudine du Pré. 

H vivait dans la seconde moitié du XVIe siècle. De cette 
époque les registres de catholicité qui nous auraient intéressé 
ne nous sont point parvenus. Aussi nous est-il très difficile de 
préciser les filiations. Nous savons toutefois par les pièces 
que nous allons reproduire que Grégoire eut au moins cinq 
enfants : Franuois, Maximilien, Bertin, Anne et Marguerite. 


François et Maximilien sont issus du premier mariage, 
puisqu'ils portent en écartelure les armes des Ranchicourt. 

ANwe est leur sœur germaine, comme nous l'apprendra le 
testament de François ; nous savons en outre par l’épitaphier 
de Thurien Lefebvre d'Aubrometz qu’elle avait adopté le 
même écartelé : elle avait épousé Louis de Vitry, seigneur 
de Warnicamp ; de cette union naquit Hugues de Vitry qui 
eut à son tour d’Isabeau le Sergent d'Hendecourt un fils, 
Louis Ignace, né le 12 juin 1633 et mortle 30 juillet suivant. 
Thurien Lefebvre d'Aubrometz décrit les quatre quartiers 
du défunt (1) : 


As Aultres armoiries du surnom et armes de la Diennée, qui 
porte armoiries esquartellées premier et dernier quartier La Diennée, 
d’asur à un lion rampant sur tout d'argent, et le deuxième et troisième 
quartier des armes de ceux du surnom de Ranschicourt qui porte 
armes au fond d'argent à un chevron de gueulle et à trois pesans de 
gueulle, scavoir est deux en chef et un en pointe... » 


MARGUERITE est sans doute fille de Claudine du Pré, car le 
testament de François la nomme simplement sa sœur ; j’y 
vois une opposition à la qualité de sœurgermaine qu'il avait 


(1) Paroisse Saint-A ubert. 


— 381 — 


donnée à Anne ; encore il institue celle-ci sa légataire 
universelle, au détriment des enfants de Marguerite, aux- 
quels il ne laisse que des peintures, ce qui corrobore singu- 
lièrement la première induction. 

Marguerite épousa, par contrat passé à Gravelines le 15 
octobre 1608, Godefroy de Brandt, seigneur de la Campe 
el lui donna deux enfants, Anne-Marguerite et Ignace (1) 

De BERTIN, nous savons seulement qu’en 1575 il était 
encore mineur, ainsi que ses frères. La seule mention que 
nous ayons trouvée de lui, empruntée au Registre aux Bour- 
geois de la ville d'Arras (2), dit en effet qu’ils n’ont pas l'âge 
de prêter serment : 

Nre Dame. — Grégoire de la Diennée escuyer Sr de Baudricourt 
a esté receu a la bourgoisie de la ville par finance de cincquante livres. 
A faict et presté le serment contenu au livre. Se luy a esté accordé la 
bourgoisie pour trois de ses enfans assavoir François, Maximilien et 
Bertan de la Diennée en paiant aultres trente livres quy est en tout 
quattre vingtz livres à charge que lesdicts enfans venuz en eaige ilz 
soient tenuz prester le serment. Faict le XXIIe d’apvril XV c LXXV 
par devant Messieurs en nombre. 

En marge est écrit IIIIxx livres. 


Dans les documents qui vont suivre il est question de 
Francois, de Maximilien, d'Anne et de Marguerite, jamais 
de Bertin; j'en conclus qu’il est mort en bas âge. En tout 
cas il ne paraît pas avoir fait souche. 


MaXIMILIEN DE LA DIENNée est le chanoine dont le portrait 
orne le volet de gauche de notre triptyque. L’'évèque qui 
l'accompagne est donc saint Maximilien ; deux saints 
évêques ont porté ce nom. Le plus illustre fut évêque de 
Lorch (Lauriacum) en Pannonie; c’est le patron de la 


(1) Collection Godin. — Cet auteur dit que Marguerite est fille de 
Jacques de la Diennée, cousin-germain de Grégoire. Elle serait donc 
cousine issue de germains de François. Comment celui-ci l'appel- 


lerait-il sa sœur et dirait-il de ses enfants, mon neveu et ma nièce Î 
(2) Vol. &, fol. 27. 


— 382 — 


Bavière et de la ville de Cambrai (1); sa fête se célèbre le 
12 octobre. L'autre, évêque et martyr, est honoré par 
l’église le 29 octobre. 

Il devint chanoine de Saint-Omer, et succéda dans la 
prébende dite de Saint-Omer à Jacques de Pamèle, mort 
le 22 septembre 1587, peu de temps après avoir été nommé 
par le roi d'Espagne à l’évèché de cette ville. Cette prébende 
était affectée à un noble gradué. 

Voici ce que dit de lui de Neufville (2) : 

« Maximilien de la Dienné, clerc du diocèse de Saint-Omer, 
licencié en droit, ayant été élu par le chapitre, le siège vacant, et par 
les gradués, a été reçu le 23 mars 1588. Il est mort à Arras le jour 
de Pâques 44 avril 1591. Il portait d'azur au lion rampant 
d'argent. » 

Maximilien était donc venu mourir auprès de son frère 
François, qui était chanoine d’Arras. Celui-ci le fit inhumer 
dans la cathédrale, auprès de leur oncle Philippe de Ranchi- 
court, chanoine du même chapitre, et nous le verrons dans 
son testament demander la même sépulture, « près de l’aultel 
de saint Eloy », derrière l'horloge, en dehors du chœur, dit 
l'abbé Fanien (3). Le Pez nous a conservé leur épitaphe (4): 

Epitaphe qui se voit en la cathédralle d’Arras. 

D. O. M. 

R. D. Franciscus de la Dienné, J. C. (5) patria paulinas, genere 
sed virtutibus mage nobilis, huius attrebatensis Ecclesiæ prœæpositus 
atque canonicus, rebus muneris sui dignis varie et prϾclare gestis, 
hoc monumentum Maximiliani J. C. fratris olim sui audomarensis 


(1) P. Ch. Cahier, Caractéristiques des saïnts, p. 624. 

(2) Annales de la ville de Saint-Omer, p. 230. (Mss. du 18e s. ; 
Bibliothèque de Saint-Omer). 

(3) Op. cit., p. 358. 

(4) Recueil d'épitaphes, p. 125 (Mss. n0 358 du catalogue de la 
bibliothèque de la ville d'Arras). 

(5) Abréviation de Jurisconsulte, titre que lui donne la Gallia 
christiana ; il était, comme son frère, licencié en droit. 


— 383 — 


Ecclesiæ et Philippi de Ranchicourt avunculi attrebatensis Ecclesiæ 
canonicorum memoriæ honorandæ ergo poni curavit, anno 1623. 

Maximilianus anno 14591 aprilis 414. 

Philippus anno 1579 mense mayo die 6. 

Franciscus vero anno 1621, septembris 29 ex legato cum Insig. 
anno domini 1624. 

On y voit les 4 quartiers desdiz La Dienné qui sont La Dienné, 
Fromessen, Bauduin, La personne. - 

La Dienné, d’azur au lion d’argent armé d’or lampassé de geulles. 

Fromessen, d’or au lion de sable armé lamp. de geulles. 

Bauduin, d’azur au chevron d’argent chargé de deux lions de geulles 
affrontés accompagné de trois trèfles d’or, 2. 1. 

La Personne, de synople à la bande d'argent. 

Et les quatre quartiers des Ranchicourt, qui sont Ranchicourt, Hersin, 
Du Wez, Arkel. 

Ranchicourt, d’arg. au chevron de geulles accompagné de trois 
tourteaux de mesme. 

Hersin, d’hermines au croissant de sable en chœur. 

Du Wez, de geulles à trois coquilles d'or 2. À. 

Arkel, d’argent à deux fasces bretessées contrebretessées de geulles. 


FRANÇOIS DE LA DIENNÉE, le donateur représenté au volet 
de droite, nous est mieux connu. Il est né à Saint-Pol, nous 
venons de l’apprendre par son épitaphe et nous avons vu 
qu’il fut reçu bourgeois d'Arras avec ses frères pendant sa 
minorité. Les notaires qui ont reçu son testament lui donnent 
le titre de licencié en droit. Chanoine de la cathédrale 
d'Arras, il était écolâtre en 1591 (1!. En 1604 il ful nommé 
prévôt du chapitre ; c'était le cinquante et unième titulaire 
de cette charge. Il est en cette qualiténommé dans la Gallia 
Christiana(2)dont l’auteur rappelle qu’ilinstallale 2 décembre 
1611 Herman Ottemberg comme évêque d'Arras : 

« LI. Franciscus I la Diennée in fano S. Pauli natus, virtutibus 
quam genere nobilior, uti legitur in ejus epitaphio (3). Admittitur in 


(4) Mss. n°0 1088 de la bibliothèque de la ville d'Arras, fol. 159. 
(2) T. IE. col. 361. 
(3) C'est l'épitaphe ci-dessus rapportée. 


— 384 — 


præpositum ad nominationem principum Belgii (4) die 42 Apr. an. 
1604. Erat ille librorum censor ac jurisconsultus. Constituit an. 1611. 
D. Ottembergum episc. in sede lapidea dicens : assigno R. P. V. 
Sedem ad superintendendum négotiis totius hujus diæcesis; quo 
peracto decanus (2) eum duxit solemni ritu ad alteram sedem seu ad 
thronum justa sedile majoris archidiaconi, dicens : assigno R. P. V. 
stallum ad Deo et ecclesiæ laudabiliter serviendum. Obuit 29 sept. 
1621 ». 


Son testament, auquel nous avons déjà fait plusieurs fois 
allusion, daté du 11 août 1620, est conservé aux Archives 
départementales du Pas-de-Calais. Il est intéressant par les 
renseignements généalogiques qu'il contient, et renferme 
aussi de curieux détails sur son mobilier et sur la composi- 
tion de sa bibliothèque. A ces divers titres, nous le repro- 
duisons dans son intégrité, malgré sa longueur. 


In nomine Dmi. Amen. 


Je François de la Diennée, Ptre, Prévost et Chanoinc de l'église 
cathédrale de Nre Dame d’Arras, estant sain de corps et d'entende- 
ment, fay mon testament coe il s'ensuit. 

Primes. Je rens et recomande mon âme à la miséricorde de mon 
Dieu par les mérites de Nre Seigneur et rédempteur Jésus-Christ, et prié- 
res de sa glorieuse Mère, de sainct Michel Archange, de mon Ange gar- 
dien, de mes patrons, sainct Pierre, sainct Paul, sainct Vaast, sainct 
. François, et tous les saincts et sainctes de paradis, désirant mon corps 
être enterré en ladicte église chez les sépultures de feus Messieurs Phles 
de Ranchicourt mon grand'oncle, chanoine de ladicte église, et de 
Maximilien mon frère, chanoine gradué de l’église Cathédrale de 
St-Aumer, près de l’aultel de St-Eloy, que porront choisir mes exécu- 
leurs testamentaires avecq la permission de Messieurs du chpre, à La 
discrétion desquels Exrs je remets aussy les solenitez et mises des 
funérailles et de ce qu'en dépend, les requérant très instament de faire 
célébrer au plus tôt un trentier de messes à l’aultel privilégié en l’église 
de sainct Jacques à Douay, coe aussi à l’aultel privilégié en la chappelle 


(1) L'archiduc Albert et sa femme Isabelle. 
(2) Le doyen du chapitre était alors Géry Boucquel. 


— 385 — 


de saincte Elizabeth de ceste église, et de faire célébrer les obsèques 
le corps présent (si faire se peut) sinon au plus tôt. 

Quant à mes biens temporels je les repartis en la manière que 
s'ensuit. Je done aux couvents et hospitaux de ceste cité et de la ville 
d'Arras a sçavoir aux frères prescheurs, aux frères mineurs, aux 
carmes, aux religieuses de Ste-Claire, de Ste-Birgitte, de la Paix, de 
l’Hostel Dieu, des Chariotes, des Augustines et des Lez Dieu a 
chascun ung mencault de bled et trois florins à charge d’un service à 
leur dévotion qui sera célébré au plus tôt aprez mon trespas, désirant 
semblablement avoir un service au couvent des Pères Capuccins 
auxquels sera distribué au iour d’iceluy douze miches blanches, six 
lots de vin et quelques plats de viande à la discrétion de mes Exrs. 
J'ordone aussi estre célébré un service es eglis paroissiales de sainct 
Nicolas en ceste cité et de St-Nicaise, pour lequel seront paiez a 
chascun curé et leurs assistens soixante dix solz, et distribuez audiour 
à chascun desdictes paroisses deux mecs de bled convertis en pains. 
Si veux estre célébré un service au couvent des sœurs grises à Doul 
lens, donnant aux religieuses six liv. pour leur récréation. J’ordunne 
aussi qu’au iour de mon service soit donné aux pauvres enfans de 
l'escolle d'Arras et de la fondaon de Monsieur Vacquez deux mecs de 
bled convertis en pains à répartir aux assistens qui chanteront en 
la nef de l’église aprez le service le Miserere. Et a chascun chartrier 
et chartrière desdictes charivttes cinq solz. Aux Pères de la Compai- 
gnie de Jésus demeurant aud. Arras je doone les œuvres du Père 
François Turrian en six volumes, un bible françois in-fulio imprimé 
en France, le Théatre d’Ortelois, deux volumes de Canisius, l’un 
desquels est le catéchisme, et l’autre de sainct Jean Bapte et de la 
Vierge Marie, les comentaires de Guicciardin des guerres d’ltalie, 
aussy tous mes livres en grec et en musique. Aux Pères Capuccins 
dud. Arras ie donne un bible latin, la Soe de St Thomas, les œuvres 
de Dionysius Carthusianus en six volumes avecq l’histoire des choses 
naturelles de Plinius. Je donne à la librairie de Nre Dame un légen- 
daire des saincts en Italien et la vie des Empereurs aussi en Italien 
iprimez tous deux à Venize et les leçons de Pierre Messie en _Éspa- 
gnol. À Monsieur le Doien pour son service et bones visitaons un 
réal d’or. A son chapellain quatre florins. Je donne à mon serviteur 
six florins et à ma servante semblable some. Pour rémunérer les bons 


29 


=="100 — 


services que ma cousine Jeanne de la Diennée (1) m'a faict, je luy 
done une rente viagère de cent florins. Aprez le tréspas de laquelle, 
iordonne que d'icelle rente soit fondée une bourse la collaon de 
laquelle appartiendra aux prevosts de ceste égle pour en prouveoir 
mes parens, si aulcun la demande, lesquels seront capables d'icelle 
doiz l’eage de sept ans iusques au degré de Licence en Théologie, 
aux Droicts ou en médecine, en défault desquels la bourse porra estre 
donnée à un gentilhoe de ceste province, lequel néantmoins debvra 
céder lorsque se présentera un de mon parentage. (2) Je donne encore 
à ma dicte cousine la soe de cent florins, une tenture de lict entremeslée 
de bendes ouvragées et d’estoffe bleue complète avecq les gourdines et 
autres pièces et paremens qui ont servi au lict de camp estant en ma 
plus grande chambre d’en hault. Item le dict lict de camp, avecq le 
second de mes licts, chevet et oreiller, le couvertoir bleu et un blancq 
à son choix, trois paires de lencœuls, trois toyes, le tout de moienne 
sorte. Sy lui donne le tapis de buffet de semblable estoffe et ouvrage 
q la dicte tenture de lict, avecq led. buffet, six chaires de la susdicte 
ouvrage à son choix et la tenture desseur la cheminée de ladicte 
chambre. Item un tapis de sansonde rouge bordé de passemens de 
soye verde, et une chaire basse de cuir, la vie des saincts en deux 
volumes, un volume des sermos de Besse, le pélerin de Lorete faict 
par Richerme, le Martyrologe françois, une de mes peintures au cas 
q ne luy en aye doné auparavat et toutes mes images en papier et en 
cire. Ordonant que s’il reste au monde aprez le décèz de ma dicte 


(4) Fille de Philippe de la jiennée, écuyer, licencié-ès-lois et 
avocat procureur général et fiscal du pays et comté de St-Pol, et de 
Claire de Lannoy qui mourut en 1641 âgée de 81 à 82 ans (Thurien 
Lefebvre d'Aubrometz). 

(2) Il est fait mention de la fondation de cette bourse dans le 
manuscrit précité n° 1088 de la bibliothèque de la ville d'Arras, 
fo 222 vo : | 

« Bursa D. Francisci de la Diennee decani defuncti anno 1621. 

« D. de la Dienne instituit bursam ad collationem prepositi ecclesia 
atrebatensis pro consanguineo et ejus defectu pro nobili hujus provinciæ 
ab anno septimo nativitatis ejus ad gradum licenti® in quacumque facul- 
tate possidendam. 

Quando eam possidet nobilis eam relinquere debet cum requirit consan- 
guincus, » 


— 387 — 


cousine une de mes niepces ou plusieurs, l'aisnée d'icelles succède à 
ma dicte cousiue en ladite donaun de lict de camp et buftet, cue aussy 
des tentures, gourdines et tous autres parement de bendes ouvragées 
et d’estoffe bleue ayant servi aus dictes liet et buffet avecq le pare- 
ment de cheminée et les six chaires susdictes de mesmes estoffe 
avec le lict coplet et couvertoire bleu. Et au cas qu'au iour du décez 
de ma dicte cousine il n’y ait au monde aulcun de mes nepveu ou 
niepce, Me André son frère (1) aura lesdictes partues. Éntendant au 
surplus 4 ma dicte cuusine puisse aprez mon trespas emporter 
librement hors de ma maison toutes et chascunes, les parties de 
moeubles, or et argent monoyé et aultrement qu'elle atfermera luy 
appartenir es mains de mes exécuteurs, sans que par eux elle en 
puisse estre recherchée en manière quelconque, donnant de ce par ces 
pates descharge absulue a mes dicts exrs. Je luy donne encuirre six 
serviettes de Damas, six de Venize et une nappe moienne Île tout à 
sun choix avecy une scribane a laiettes qu'ay achetté à la vendue des 
moeubles de Monsieur du Wast mon oncle. (2) Sy luy done finale- 
ment une rente que j’ay acquise sur Louis Lauthier portant vigl libvres 
et... pour subvenir aux nécessitez de Sœur Martine de Lannoy (3) 


(1) André de la Diennée, chapelain de Notre-Dame et de St-André 
en l'église St-Etienne. Nous trouvons à son sujet la mention suivante 
daus l'épitaphier de l'hurieu Lefebvre d'Aubrometz (paroisse Saiut- 
Euenne) : 

« Au pillier de la main senestre en entrant du lese et coté de la grunde 
nef du milieu dicelle ditte église et tout devant la chaire preschoire et de 
vérité y étoit attuchè une moyeune lame de marbre bleu, au-dessus de 
laquelle y étoit tailié le pourtrait de l'apôtre saint André et un homme 
d'église vestu de surplis et ayant hommuche sur le brus et en bas y étoit 
encore taillécs les armoiries de ceux du surnom de lu Dicunée qui porte 
armes d'azur à uu lion rampant d'argent sur tout, qu avoit pour rupture 
du lese et coté de la main droite uue étoile, dont au piétement y étoit 
écrit ce que s'ensuit : « Cy gist véuérable et discrette personne M. André 
» de la Dieanée, prètre chupeluin de Notre-Dame d'Arras et de Saint-André 
» en Cette église, lequel. . . . + + … 
«.,. décéda le vingt-cinquième jour de septembre l'an mil six cout et 
« tronte et un. . , .» 

(2) François de la Diennée, frère de Grégoire ; il avait épousé 
Jeanne de Gaudefroy, demoiselle de Waast. 

(3) Martine Quatrelivres, veuve de Français de Lennoy. 


— 388 — 


sa tante en recognoissance des bons services qu'elle a faict à mes 
frères, sœurs, à mes domestiques et à moy en mes fréquentes infirmi- 
tez ; voulant qu’'aprez le décez desdictes Tante et Niepce, ladicte rente 
serve d’accroissm. à la bourse que i’ordone fonder. À Me André son 
frère ie donne Btblia latina in-folio, Martyrologium Romanam 
cum notis Cardinalis Baronii, epitome animalium ejusdem Baronii, 
unico volumine, natales Storum Belgii, un petit bréviaire en deux 
volumes imprimez à Venize couverts de marroquin bleu, un volume 
contenant les vies des saincts par François Harques, #atthéolus 
in-folio, et la Maison rustique avec un petit estuy duquel le cornet est 
d'argent. Item un voile de lacis de soye recouverte environé d'un 
passement d’or, et un autre de lacis de filet à choisir entre deux q ie 
laisse. Je donne a Damle Marie Dragon (1) un anneau d’or auquel est 
enchassé un rubis provenant de sa Mère grande. Je donne à Monsieur 
Jumelle mon confrère une vaisselle de soixante flors pour la reco- 
gnoissance des bons services qu’il m'a faict à la présidence du Chpre 
et chantuaire des leçons incobantes à ma prévosté. Je done à Made- 
moiselle Anne de la Dienée feme de Monsieur de Warnicamp ma . 
sœur germaine aux charges susdictes et du paiement de mes debtes 
le surplus de mes biens afin qu'elle en soit aulcunement aidée en sa 
vieillesse. Je done à la fabrique de Nre Dame sans aucune charge 
tout ce q me sera deu par les Recepveurs du Chapre au iour de mon 
trespas pour estre le tout emploié en achat d’ornemens pour ladicte 
église à laquelle ie donne aussi le tableau de St-Hierome. Le tout à la 
charge que ne sera rien scellé n’y inventorié en ma maison, ne soit q 


(1) Nous connaissons par l'obligeante entremise de notre éruait 
collègue M. le colonel Delair les liens qui rattachent Marie Dragon 
à la famille de la Diennée et à plusieurs personnes déjà nommées 
dans le testament : un acte de juillet 1611, conservé dans l'étude de 
Me Macqueron, notaire à Doullens, réunit en effet Philippe de la 
Diennée, Claire de Lannoy, sa femme, Martiné Quatrelivres, veuve 
de François de Lannoy, et Marguerite de Lannoy, veuve de Honoré 
Dragon, écuyer, archer de la garde du corps du roi. 

La fille de ces derniers, Marie Dragon, dame de Ricquemesnil, 
fut mariée avant 1629 à Josse des Heulmes, procureur, garde du scel 
royal, élu en l'élection de Doullens, conseiller du roi, mayeur de 
Doullens. Madame Delair, née Dusevel, descend de ce mariage, 

En 1460, Edmond Dragon était capitaine du fort castel de Lucheux. 


— 389 — 


mes exrs et mon héritière en facent requeste ausdicts Srs, et au cas q 
lesdicts Srs ordonet malgré les susnomez sceller et inventorier, ie 
prive ladicte fabrique de la donaon susdite et la transporte ou cede 
aux Pères Jésuites et au Père syndique des Capucins d’Arras pour 
estre emploié au proufit du couvent. Je donne à mon nepveu et à ma 
niepce de Brandt enfans de Monsieur de la Campe et de ma sœur 
Margucrite à chascun une de mes peintures et de feu mon frère 
chanoine de SLAumer. ! 

Je nome pour exrs de cé mon testament lesdicts Srs Jumelle - et 
Me André mon cousin Chapain de ladicte egle de Nre Dame lesquels ie 
requiers très instament de prendre ceste charge les authorisant d’inter- 
preter tous doubtes qui porront survenir. Si requiers mesdicts exrs et 
chascun d’eux de substituer, soit par ordonance d’entrevif ou testamen- 
taire, quelqu'un en leur place respectivem. quy aprez leurs trespas ou 
impuissance de négotier à ceste exo, succede en leurs lieux, lesquels 
substituez porront aussi en mesme sorte denomer arrières substituez 
quy seront salariez de leurs bons offices à la discrétion des dicts Srs de 
Chptre. Faict en la Cité d'Arras le onzième jour d’Aoust de l’an XVIo 
et vingt. 

La DiEÉe. 


Aujourd'huy onzième jour du mois d’Aoust seize cens vingt at 
comparu personnellement vencrable et discret Sr Me François de La 
Diennée pbre licen es droictz Prévost et chanoisne de l’égle Cathédrale 
Nre Dame d'Arras, lequel a déclaré que cy dessus est son testament 
pour dernière volonté escript et signé de sa propre main escripture 
et signature voeullant iceluy sortir son plein et enthier effet en tous 
ses poincts selon sa forme et teneur soulz les réservaons contenues — 
de quoy led. Sr at requis actes aux Notes des Archiducs soubseignés 
a luy accorder cestuy pour luy servir et valloir ce que de raison. Faict 
et passé en la Cité d'Arras lesd. jor, mois et ans — Pardevant lesd. 
Notes avec le seing dud. S. testateur a ce aussy pent Laurent de 
Hovignoeul Ferronnier et Jean de Hovignoeul son fils aussy Ferron- 
nier dms en ladte Cité tesmoings à ce evocques et interpelles, en suite 
de l’édict desdt Archiducs quy ont déclairé bien sçavoir lire écrire c4 
signer come ils ont icy faict ainsq ledt sr testateur et Notes. 

La DiExée, Laurens pe HoviGxeu, 


LEronr, Jehan bE HoviGNEUL, CASIER. 
4620 


— 9390 — 


Quelle date faut-il assigner à notre triptyque ? 

Les renseignements biographiques que nous venons de 
donner nous permettent de résoudre cette question. S'il a 
été fait, ce qui paraît vraisemblable, du vivant de l’un et 
l’autre donateur, il faut placer l’époque de sa confection 
entre le 23 mars 1588, date de la réception de Maximilien 
comme chanoine de Saint-Omer, et le 14 avril 1591, jour de 
sa mort. La carrière canonicale de François est beaucoup 
plus étendue : il n’est mort qu’en 1621, et il fut sans doute 
chanoine avant son frère, car je le suppose son ainé, l’ex- 
trait précité du Registre aux Bourgeois d'Arras le nommant 
le premier. 

Cette solution si simple ne va pas toutefois sans soulever 
une objection : François, nous l’avons vu dans le même 
extrait du Registre aux Bourgeois, était mineur en 1575; 
supposons lui vingt-ans alors ; il aurait donc eu en 1591 
trente-six ans au plus, et sans doute moins encore. Or le 
portrait que nous avons de lui nous semble accuser un âge 
plus avancé: sa barbe qu’il porte taillée en pointe, et surtout 
ses cheveux déjà blanchissants, contrastent avec la figure 
plus jeune de Maximilien, dont la barbe est moins fournie 
et les cheveux très noirs. De sorte que nous nous deman- 
dons si la date du tableau ne doit pas être reportée au 
commencement du XVIIe siècle : il aurait été exécuté, dans 
cette hypothèse, du vivant de François, mais après la mort 
de Maximilien ; celui-ci aurait été représenté de mémoire, 
ou d’après un portrait antérieur. 


Un vœu s'impose en terminant : c’est celui de voir un jour 
reconstitué dans son entier le triptyque que nous venons 


— 391 — 


d'étudier. Peut-être sa partie centrale n'est-elle pas à jamais 
perdue ; puisse-t-elle être réunie de nouveau aux volets que 
nous possédons encore | 

En tout cas, ceux-ci nous paraissent mériter un mode de 
suspension moins rudimentaire que le simple fil de fer qui 
les soutient en ce moment :-ce serait chose facile que de les 
monter sur des gonds de façon à rendre visibles leurs deux 
faces ; aujourd’hui on n’en voit qu’une, tandis que l’autre 
accumule la poussière. L'intérêt artistique de ces tableaux, 
les souvenirs historiques qui y sont attachés, leur âge déjà 
vénérable, — puisqu'ils ont trois cents ans d'existence, — 
justifient plus qu’il n’est nécessaire le traitement de faveur 
que nous demandons pour eux. 


ee opte 


Bête Jubilairé dé (1. l'Abbé Rofart 


A l’Académie d’Arras 


20 Décembre 1901. 


Des fêtes du jubilé devaient avoir leur lendemain, grâce 
GZ à l'initiative des amis que M. Rohart se plait à compter 
si nombreux autour de lui, à l’Académie d'Arras; ils tenaient 
à s'associer d'autant plus intimement à la joie du jubilaire 
que celui-ci avait, la veille, réservé à ses collègues une place 
de choix et d'honneur, dans les différentes parties de la 
solennité. 

L’affiluence des membres résidants étail donc grande, à 
la séance hebdomadaire du 20 décembre : accueilli dès son 
arrivée par des applaudissements, le Président, d'après l'air 
mystérieux de tous, put vite soupçonner qu'ils s'étaient 
concertés en celte occasion, pour lui offrir à titre officieux 
une marque de leur affection personnelle. 


PR 
Ce souvenir, habilement et délicatement choisi, rappelle 
la prédilection du jubilaire pour les éludes orientales. Il 
consiste en un bronze d'art, de vingt-six centimètres de 
hauteur, dont le soubassement classique supporte une stèle, 
vrnée d'un thermomètre de précision, de la maison Susse. 


— 393 — 


La stèle, d’un style sobre et sévère, est accostée de deux 
gracieux ibis, à la pose caractéristique, au « vol étendu ; » 
elle supporte, sur le tailloir du chapiteau qui la couronne, 
une figure symbolique, l'Egypte, sous la forme d’un buste 
de femme au profil accentué, coiffée de l’uraeus et de la tresse 
royale. 

La base porte gravée sur cuivre cette inscription commé- 
morative : 

L’ACADÉMIE D'ARRAS 
A SON PRÉSIDENT, M. LE CH° ROHART. 


19 xsex 1901. 


# 
* + 


En présentant, au début de la séance, cet artistique et 
précieux souvenir, M.le baron Cavrois, chancelier de l’Aca- 
démie, prit la parole au nom de tous. 


Paroles de M. le baron Cavrois 


Chancelier de l’Académie 


MONSIEUR LE PRÉSIDENT 


Au lendemain du vingt-cinquième anniversaire de votre 
Ordination sacerdotale, que vous avez célébré si magniti- 
quement, l’Académie d'Arras, que nous aimons à considérer 
comme une seconde famille, ne pouvait être indifférente à la 
manifestation affectueuse et empressée dont son chef vient 
d'être l’objet. 

Après les paroles, éloquentes et poétiques, de ses repré- 
sentants dans la cérémonie d'hier, elle veut vous offrir chez 
elle l'hommage de ses félicitations bien sincères, et vous 
renouveler dans cette circonstance l’expression des senti- 
ments dont elle est animée à votre égard, 


— 394 — 


Les comptes rendus de ces sortes de solennités ne man- 
quent jamais de parler du « Vénérable Jubilaire », en adres- 
sant au héros de la fête les éloges qu'il mérite. 

Vénérable, assurément vous l’êtes par voire caractère, 
puisque le Prêtre, d'après le sens étymologique de son titre, 
est assimilé aux Anciens du peuple et a droit à tous les 
respects. Mais nous chercherions vainement autour de votre 
tête la couronne de cheveux blancs qui semble l'apanage 
obligé d’une telle dénomination. Vous êtes, au contraire, de 
ceux auxquels on pourrait appliquer ces paroles du poète : 


Ver erat wæwternum. 


Si nous étions dans une réunion moins académique, je 
les traduirais volontiers de la manière suivante, fort libre 


évidemment : | 
. Vous êtes toujours vert ! 


Sans vouloir cependant compter le nombre de vos prin- 
temps, j'ai remarqué que c’est le 25 Décembre que vous avez 
fait votre apparition en ce monde : votre berceau a donc 
heureusement rappelé les joies du divin Noël, et votre Ange 
gardien a pu répéter la double acclamation de cette nuit 
bénie : Gloria Deo, Paz hominibus. 


Ne deviez-vous pas, en effet, rendre gloire à Dieu par la 
vocation sublime à laquelle vous alliez étreappeléet à laquelle 
aussi vous avez répondu avec une admirable générosité ? 
Franchissant bientôt les limites de votre ville natale, où vous 
avez fait vos premières armes, vous vous êtes élancé dans 
le vaste champ de l'Enseignement supérieur, et, comme 
professeur d’Ecriture Sainte, vous avez contribué à corro- 
borer l'authenticité de la Bible par les témoignagnes lirés 


— 995 — 


des antiquités égyptiennes et assyriennes. C’est en raison 
de votre prédilection pour tout ce qui touche à l'Orient que 
l’Académie a voulu consacrer le souvenir de cette journée 
en vous priant d'accepter un bronze, dont le sujet vous rap- 
pellera votre voyage sur les bords du Nil ; ce sphinx, immo- 
bile comme celui dont il est l’image, et son moderne compa- 
gnon, variable selon les caprices du temps, vous témoigneront 
qu'au milieu des agitations de l'existence, l'affection de vos 
collègues ne saurait connaître de défaillances. 

Vous avez accompli avec la même fidélité la seconde 
prévision qu’on pouvait augurer sur votre avenir ; la Paix! 
La paix, n'a-t-elle pas toujours été et ne reste-t-elle pas 
votre objectif favori ? Vous la voulez partout et loujours. Ne 
l’avez-vous pas proclamé vous-même, dans une visite célèbre 
où vous disiez fort justement à un Ministre (1) qui souligna 
vos paroles : « Les faibles et les infirmes ont droit à leur 
place dans la société. C’est à la leur rendre que nous travail- 
lons, en instruisant les sourds-muets et les aveugles ; et 
ainsi nous avons conscience de collaborer pour notre part à 
la solution de la question sociale ». 


Cet esprit large et conciliateur vous a conquis tous les 
suffrages dans notre Académie, où il nous est souvent donné 
de l’apprécier. Notre Compagnie garde, il est vrai,ses nobles 
traditions de parfaite courtoisie entre tous ses membres, 
mais elle est particulièrement heureuse de constater le 
charme de ses relations avec un Président qui personnifie 
pour elle l’alliance des meilleures qualités de l'intelligence et 
du cœur. 


(1) Visite du Ministre du Commerce à l'Institution des Sourds- 
Muets d'Arras, le dimanche 7 octobre 1900. 


— 396 — 


Réponses de M. l’Abbé Rohart 
Président de l'Académie. 
MONSIEUR LE CHANCELIER, 

Laissez moi vous remercier des paroles aimables que 
vous venez de m'adresser, et dire à l’Académie toute ma 
gratitude pour le nouveau témoignage de sympathie qu’elle 
veut bien me donner. Elle a voulu réaliser le proverbe qu’il 
n'y a pas de belle fête sans lendemain. En effet, après la 
solennité tout intime d'hier, nuls souhaits ne pouvaient 
m'être plus agréables que ceux de collègues qui constituent 
pour moiune véritable famille académique. 

Cette famille, j'aurais été ravi de la posséder hier tout 
entière autour de moi. J'aurais aimé m'entourer au moins 
de tous ceux qui, chaque vendredi, m’appuient, au bureau, 
de leur autorité, de leur concours, de leur efficace sympa- 
thie. Hélas ! le bonheur parfait n’est pas de ce monde, et ma 
consolation est de savoir que, s’il y a eu des absents, la faute 
n’en est ni à eux ni à moi, mais à des circonstances indé- 
pendantes de notre volonté et de nos désirs. 

En vérité, les vœux si gracieusement traduits, aujourd’hui 
par vous, hier par M. le Vice Chancelier, auraient ample- 
ment suffi à l'expression de vos sentiments. Mais l’Aca- 
démie, une fois de plus, s’est inspirée de sa devise et a mèlé 
fleurs et fruits, Flores fructibus addit. Elie a poussé la déli- 
calesse plus loin et, se souvenant de mes études comme de 
mes voyages, elle a cueilli sur les bords même du Nil le fruit 
exquis dans son exotisme, qu’elle me destinait. 

J'accepte avec une vive reconnaissance le bronze artis- 
tique que vous voulez bien m'offrir, et dans le choix duquel je 
reconnais le bon goùt de ceux qui l'ont inspiré et de celui qui 
l’a réalisé. La figurine qui le domine, immobile etimmuable, 
restera le symbole de ma constante et cordiale fidélité envers 
tous mes collègues, et le thermomètre qui en est l’ornement 
marquera toujours l’ardeur de mon affection et de mon cha- 
leureux dévoûment à leur égard. 


11 
Séance publique du 24 Juillet 1902. 


pa 


PRÉ Ne er rte rire 


Discours d’Ouvertuüure 


Par M. le Baron CAVROIS 


Président. 


Mesoanes, Messieurs, 


Jones me réjouir de l'honneur qui m'est fait aujourd’hui, 
7, d’être appelé à prendre, le premier, la parole dans cette 
solennité littéraire à laquelle nous vous convions chaque 
année ? Je serais plutôt tenté de craindre que le fardeau qui 
m'a été gracieusement offert ne soit trop lourd pour mes 
épaules. Plus une position est élevée, plus elle impose de 
devoirs : c’est ce que Victor Hugo exprimait dans le style 
pittoresque qui lui était familier, quand il disait : « Pour les 
statues et pour les hommes, un piédestal est un petit espace, 
étroit et honorable, avec quatre précipices tout autour | » 
Si l’on réfléchissait bien aux dangers d’une telle situation, 
je crois qu'on ne se déciderait jamais à l’accepter. Aussi, 
pour éviter le vertige que pourrait provoquer la vue des 
abimes environnants, il ne faut pas regarder en bas, mais 
lever les yeux vers les régions supérieures, où se rencontrent 
les belles intelligences dans la société desquelles il fait si 
bon de vivre. C’est là qu’il m'est doux de vous retrouver, 
Messieurs et honorés Collègues, qui m'avez fait ce que je 
suis et à qui je demande de suppléer à ce qui me manquera, 


— 400 — 


À ce propos, je me rappelle une spirituelle répartie du cardi- 
nal Régnier, archevèque de Cambrai : il avait désigné pour 
un poste difficile un de ses meilleurs sujets ; mais celui ci, 
sous l'impulsion d’une modestie exagérée, s’excusait en 
disant qu'il ne s’y sentail pas attiré. — « Qu’à cela netienne, 
répliqua le Cardinal, moi, je vous donne la vocation ! » Je 
souhaite vivement, Messieurs, que vous me teniez un pareil 
langage et que vos paroles réalisent ce qu’elles expriment, 
car un penseur m'avertil qu’ « il ne faut pas que l’indulgence 
parle trop haut, de peur d’éveiller la justice ». 

Heureusement, la route qui s'ouvre devant nous, est loin 
d’être impénétrable et inconnue. Depuis bientôt deux siècles, 
elle a été frayée par mes intrépides devanciers dont je n’ai 
qu'à suivre les exemples et sur lesquels je voudrais arrêter 
nos regards pendant quelques instants. Ils se divisent en 
deux séries bien distinctes : au XVIII® siècle, leur nombre 
est considérable, parce queleur pouvoir était assez éphémère; 
au XIX® siècle, ce nombre est infiniment moindre, la durée de 
leur présidence étant devenue plus longue ; el néanmoins, 
malgréle désir que nous en aurions et le profit que nous pour- 
rions en tirer, il nous sera impossible de faire revivre à vos 
yeux la physionomie de tant de personnages éminents : en 
raison des limites imposées à ce discours, nous devons nous 
contenter d'évoquer seulement ceux qui ont tenu dans notre 
Compagnie une place absolument exceptionnelle. 

Le premier nom qui s'offre à nous est naturellement celui 
de notre fondateur ; mais avant de le faire entrer en scène, 
il convient d'examiner le théâtre où il va paraitre. Nous 
sommes en 1737: depuis longtemps l'Académie française 
était établie et cherchait à provoquer sur différents points 
du territoire des institulions similaires ; mais alors l’Artois 
n'appartenait plus à la France, et quand il lui fut rendu, sa 
situation de province frontière lui fil mettre ses préoccu- 
pations guerrières au dessus de toutes les autres. Un projet 
de Société littéraire ne pouvait être que le fruit d'un état 


tranquille. Vint enfin le jour où il prit consistance, grâce à 
l’initiative des hommes instruits de cette époque, secondée 
d’ailleurs par tous les pouvoirs publics. Chose remarquable, 
le principal protecteur de notre Académie naissante fut 
précisément la plus haute autorité militaire du temps, le 
prince d’'Isenghien, gouverneur général de l’Artois, comme 
pour marquer que la même main qui avait cueilli les 
lauriers de la victoire, voulait désormais arborer l'olivier de 
la paix. De son côté, l’intendant Chauvelin avait facilité de 
tout son pouvoir les négociations indispensables en pareille 
occurrence. Les Evèques d'Arras ne manquèrent pas non 
plus de s'intéresser à ce mouvement, à tel point que, lorsque 
l’Académie songea à créer des membres honoraires, elle 
offrit d’abord ce titre à Mgr de Bonneguise. Enfin le con- 
cours de l’Echevinage nous est d'autant plus prouvé, que le 
Mayeur de la ville, M. Quarré du Repaire, ne tarda pas à 
faire parlie de la jeune Société. 

Mais, Messieurs, en vous faisant cette énumération, est- 
ce qu’un rapprochement ne se présente pas involontairement 
à votre pensée ? Le recit que je viens de vous faire, est-ce 
seulement de l’histoire ancienne ; n'est-il pas encore la réa- 
lité de nos jours ? Changez les noms, et vous éprouverez 
une véritable satisfaction à reconnaitre que le Gouverneur, 
l’Intendant, l'Evèque et le Mayeur se retrouvent dans leurs 
successeurs qui honorent de leurs sympathies, et, quand 
ils le peuvent, de leur présence nos assises annuelles, ce 
dont nous ne saurions, à notre tour, assez les remercier. 

Dans la première séance qu’elle tint, le 22 mai 1737, 
l’Académie jeta les bases d’un règlement très primitif que 
nos archives nons ont conservé, el dans lequel nous trouvons 
cette disposition un peu étonnante « Le premier jour de 
chaque mois, à cinq heures du soir, les associés s’assem- 
bleront pour l'élection d’un Directeur. » J'aime bien la pré- 
cision d’une disposition qui ne laisse rien à l’imprévu ; mais 
je vous avoue ne pas comprendre cette instabilité dans le 

26 


— 402 — 


gouvernement d'une société, qui peut changer à tout instant 
d'orientation. Aussi cet article ne parait pas avoir été appli- 
qué et fut bientôt remplacé par un autre donnant au moins 
la durée d’une année à ces importantes fonctions. C’est ici 
qu’apparail celui qui avait, dès l'origine, pris la tête du mou- 
vement et que la reconnaissance de ses coilègues fit immé- 
diatement proclamer Directeur, titre qui lui fut confirmé 
pour l’année 1738. Il se nommait M. d’Artus : il n’apparte- 
nait pas à nos familles du Nord et avait été envoyé à Arras 
comme Ingénieur en chef, attaché au Génie militaire. On 
sait que ce corps, spécialement destiné à la construction et à 
l'entretien des fortifications, comme à la défense et à l’attaque 
des places, avait été organisé en France par Sully, et per- 
fectionné par les soins de Louvois, Colbert et Vauban. 
Comme le Prince d'Isenghien, son supérieur hiérarchique, 
M. d’Artus joignait à la noble passion des armes le goût des 
Belles Lettres : aussi M. de la Place, le premier secrétaire 
de la Compagnie, s’écriait à l'occasion de cette nomination : 
(«Quel heureux augure pour notre Académie naissante qu'un 
choix aussi judicieux et aussi unanime! » 

Pour vous faire bien apprécier la valeur de cette affir- 
mation, j'aurais été très désireux de mettre sous vos yeux 
quelques-unes des productions littéraires dont il fut l’auteur, 
notamment ses Noles sur les personnages célèbres de 
l'Artois, malheureusement le texte ne nous en a pas été 
conservé. La seule pièce que nous possédions, c’est ce que 
je pourrais appeler son Discours d'ouverture. Maïs ne vous 
attendez pas à voir se dérouler devant vous de longs flots 
d'éloquence ; ce n'était pas encore l'usage, heureux temps, 
où l’allocution du Président comprenait tout au plus une 
page in-folio, ce qui ne fatiguait ni le public, ni l’orateur | 

La harangue de M. d'Artus s'adresse presque toute 
entière au Prince d'Isenghien qui présidait cette Assemblée 
solennelle. J'en détache seulement quelques lignes qui vous 
permettront de juger du reste : — « Monsieur, l'Association 


— 403 — 


« naissante consacre avec joye ses premiers soins à rendre 
« hommage à celui qui lui a donné l’Etre. Il est juste que 
« ses premières paroles soient des remercimens, comme ses 
(premiers sentimens sont ceux de la plus sincère recon- 
« noissance. — Vous qui savez mieux que personne de 
« quel prix sont l’ordre et la discipline, — vous avez senti 
« sans peine combien il éloit nécessaire de donner une forme 
« à notre Etablissement, et de fixer par des loix invariables 
« la matière de nos études, la distribution de nos exercices 
«et la police, pour ainsi dire, de notre espèce de gouverne- 
« ment. » 

Plus loin il ajoute qu’il n’en reste pas moins fidèle à son 
service militaire, — « Moins déplacé, dit-il, sur un Rempart 
« ou dans une Tranchée, qu’à la tête d'amateurs de Lettres, 
« sensibles à la protection que vous leur accordez. » — Cet 
acte de modestie était de bon goùt et ne faisait que mettre 
en relief le mérite de son auteur. 

L'Académie était fondée, mais elle ne reçut son titre 
officiel qu’en vertu de Lettres-Patentes qui se firent long- 
temps attendre. C’est le baron des Lyons, Directeur en 
1773, qui eut la satisfaction de les obtenir et d’asseoir la 
Compagnie sur ses bases définitives avec ses trente fauteuils 
traditionnels. 

M. des Lyons appartenait à une ancienne famille de ce 
pays, et venait précisément d'être admis aux Etats d'Artois. 
1l nous a laissé un curieux manuscrit sur la situation de 
notre province, où il s'élève avec indignation contre les 
abus qui tendaient à s’introduire à cette époque : ce travail 
dénote un esprit élevé. On en jugera par celle cilation 
relative au mode de perception des impôts : « La Régie des 
« Etats est la plus avantageuse aux peuples, puisqu'ils ne 
« sont pas exposés à l’avidité des trailants et des receveurs 
« de tailles, qu'ils n’y sont pas assujettis au pénible joug 
« des corvées et qu’ils peuvent sans cesse se faire rendre 
« une prompte justice. — Réunir en un seul Bail toutes Îles 


= A04 — 


« fermes de la province, et ne les adjuger qu’à d'habiles gens 
« résidant à Paris, est un système faux et pernicieux ; c'est 
« vouloir ruiner le pays pour en porter l'argent dans la 
« capitale où il y en a déjà trop 1 » 

Le dernier Directeur de l’Académie fut M. Etienne-Géry 
Lenglet, élu en 1791 : il devint Député du Pas-de-Calais au 
Conseil des Anciens et n’émit à la Tribune que des opinions 
modérées, notamment sur la Liberté de la Presse qu'il 
admettait en principe, mais dont il voulait qu'on réprimät les 
abus. « En aucun pays, disait-il à ce propos, on n’a défendu 
l'usage du feu ; mais partout on punit les incendiaires. » 

Nous arrivons au XIXe siècle. L'Académie, renaissant de 
ses cendres sous l’action du baron d’Herlincourt, reprend 
bientôt son ancienne allure, sauf une modification en vertu 
de laquelle ses chefs reçoivent le titre de Président et peuvent 
le conserver pendant quaire ans. Il semble que désormais 
c'est la durée des fonctions qui les illustrera, et, de fait, 
ceux d'entre eux qui ont eu l'honneur de rester, par des 
réélections successives, dix et douze années à la tête de notre 
Compagnie, ont véritablement laissé parmi nous une trace 
ineffaçable. Tous les autres ont eu assurément leurs mérites, 
mais nous avons dû nous contenter d'en dresser la liste 
complète qui sera annexée à ce discours (1). 


(1) Liste des Directeurs et Présidents de l'Académie d'Arras. 

XVIIIe siècle. — 1737-1738: M. d'Artus. — 1739 : M. Galhaut. — 
1740 : M dela Ferté. — 1741 : M. de Grandval. — 17342: M, de 
Ransart, — 1743 : M. Stoupy. — 1744 : M. de Duisans. — 
1745: M. de Crespiœul. — 1746 : M. de Warluzel. — 1741: 
M. d'Hattecourt, — 1548: M. de Canchy. — 1749 : M. Cornuel — 
1750: M. Cauwet. — 1751: M. Briois. — 17352 : M. Galhaut. — 
4953 : M. Binot. — 1754: M. le Roux. — 1755 : M. Camp. — 
1756 : M. Brunel. — 1757: M. de Marconne. — 1758 : M. Denis — 
1759 : M. Delys. — 1760 : M. de Grandval. — 1761 : M. de Jouy. — 
1762 : M. Durant. — 1763: M. Delys. — 1764 : M. de Ruzé. — 
1765 : M. de la Ferté. — 1766 : M. de Fosseux. — 1767: M. de Gaston, 


— 405 — 


Parmi les privilégiés, nous trouvons d’abord M. Harba- 
ville, ancien Conseiller de préfecture, qui dirigea pendant la 
première moitié de son siècle, tout le mouvement historiquo 
et archéologique dont nous bénéficions encore aujourd’hui. 
11 débuta par un Essai sur l'origine et l'antiquité des com- 
munes du Pas-de-Calais : ce fut pour lui une base d’opé- 
ration établie, comme il le déclare lui-même, d'aprés une 
« méthode entièrement neuve » qui lui permit de classer 
les localités par ordre de temps, en étudiant les élymologies 
de leurs noms. C’est en développant ce plan qu’il arrive, en 
véritable pionnier, à comnoser son grand ouvrage du Mémo- 
rial qui a été le point de départ du Dictionnaire publié par 
la Commission des Antiquités départementales. 

A sa suite vient se placer le Colonel Répécaud : lorsqu'il 
arriva à Arras, en 1833, comme Directeur des fortifications, 
il avait déjà parcouru une brillante carrière militaire, ayant 
fait les campagnes du premier empire et pris part à l'expé- 


— 1768: M. Pauchet, — 1769 : M. Binot. — 1770 : M. de Borère. — 
1771: Marquis d'Hesdigneul. — 1772: M. Breuvart, — 1773 : 
Baron des Lyons. — 177%: M. Denis. — 1775 et 1776: M. Enlart 
de Grandval. — 1771: M. Jacquemont, — 1778: M. Cauwet. — 
1779 : M. de Ruzé. — 1780 : M. Buissart. — 1781 : M. de Beaumetz, 
— 1732: M. de la Comté. — 1783: M. Delahaye. — 1784: 
M. Mathelin. — 1785 : Comte de Galametz. — 1786 : M. de Robes- 
pierre. — 17387: M. Ansart. — 1788: M. Le Sage. — 1789 : M. de 
Champmorin. — 1790 : M. Le Gay. — 1791: M. Lengliet. 

XIXe siècle. —- 1817 : Baron d'Herlincourt, — 1821 : M. Lallart, — 
1825 : M. Thellier de Sars. — 1829: M. de Missy. — 1830: M. Philis. 
— 1832 : M. Sallantin. — 1832 : M. Harbaville. — 1836 : M. War- 
telle de Retz. — 1840 : M. Harbaville. — 1844 : M. Malliard 
d'Outot, — 18:6: Colonel Répécaud. — 1851: M. Harbaville. — 
1855: M. Parenty. — 1856: Colonel Répécaud. — 1861 : M. Ed. 
Lecesne, — 1865 : M. Laroche, — 1859 : M. Ed. Lecesne, — 
1874 : M. Gardin, — 1878 : M. Paris. — 1881 : M. Ed Lecesne, — 
1885, 1889, 1893 : M. de Mallortie. — 1895 : Mgr Deramecourt, — 
1898 : M. le chanoine Robhart. 


— 4096 — 


dition d’Espagne sous la Restauration. Ancien élève de 
l'Ecole polytechnique, il avait été envoyé en Egypte pour 
entreprendre la construction d’une place de guerre et il en 
rapporta des études qui lui permirent de donner un avis 
éclairé sur le percement de l’isthme de Suez. Ses discours 
et ses rapports à l’Académie témoignent du nombre et de la 
‘ variété de ses connaissances : les canaux, les chemins de 
fer et la télégraphie électrique lui fournirent le thème de 
communications aussi savantes qu’inédites. 

Nous touchons maintenant à l’histoire contemporaine, et 
ce n'est pas sans émotion que nous l'abordons, car si les 
nobles figures du passé que nous venons d’esquisser à grands 
traits ne nous apparaissent que dans un miroir lointain, 
celles au contraire auxquelles nous arrivons, nous les avons 
connues personnellement, estimées et aimées. Si je vous les 
nomme, ce n’esl pas pour vous les rappeler, car elles vivent 
toujours dans votre pensée, mais c’est pour les associer au 
souvenir de leurs immortels devanciers. 

A la différence de la plupart d’entre eux, M. Edmond 
Lecesne était né à Arras, et il semble avoir éprouvé par ce 
fait une prédilection marquée pour notre ville, dont il est 
devenu l'historien attitré. Doué d’une puissance de travail 
extraordinaire, il est peut-être celui de tous nos collègues 
qui a le plus écrit, et dans des genres très divers, depuis les 
traités sérieux du jurisconsulte, jusqu’au x spirituelles versifi- 
cations du poëte. On compte jusqu'à dix ses Réponses à des 
Discours de réception. C’est lui qui pleure sur la tombe du 
Colonel Répécaud, qu’il allait remplacer ; c’est lui qui chante 
lecentenairedenotre Académie avec une verve toute juvénile: 


« On n’y parlait pas politique. ; 

« On y lisait peu de journaux ; 

« On n'y faisait de polémique 

« Qu'au sujet des livres nouveaux. » 


C'est lui enfin qui a composé sur le Président Gardin 


2 107. 
cette strophe que je puis bien lui appliquer à lui-même : 


« La vieillesse lui fut, non pas morose et dure, 
« Mais calme et dénotant une âme sans détour ; 
« On croyait, en voyant une lueur si pure, 

« Assister au soir d'un beau jour. » 


Sous quelles couleurs et avec quel pinceau vais-je main- 
tenant vous représenter celui que j'ai salué dans ce même 
salon de l’Hôtel-de-Ville, lorsque j'avais l'honneur d’être 
Secrétaire-Général, du nom de « Président idéal » ? Son 
portrait, admirable de ressemblance, orne la salle de nos 
séances hebdomadaires et semble prolonger sa présence au 
milieu de nous. Je trouve, à le contempler, un charme indé- 
finissable, car sous les boucles argentées de sa chevelure 
apparait son front où se reflète sa belle intelligence ; ses 
yeux doux et fins pénètrent la pensée de celui qui le regarde; 
et sa bouche souriante est l’'emblême de son inépuisable 
bienveillance, comme elle fut l’organe de cette éloquence 
harmonieuse qui nous captivait tous. Parmi tant de dis- 
cours, de rapports et de lectures, composés spécialement 
pour nous, je n'en connais pas qui m'ait plus impres- 
sionné que Île récit de sa visite chez Madame Récamier ; ce 
beau vieillard y retrouve l’admiration enthousiaste de ses 
vingt ans pour loutes les illustrations qu'il y avait rencon- 
trérs : Chateaubriand, Ampère, Ozanam, Ste-Beuve revi- 
vent sous sa plume enchanteresse et nous reportent vers un 
passé plein de grandeur. 

Jamais on ne se lassait d'écouter M. de Mallortie ; aussi 
l'Académie lui a fait un honneur qu'elle n’a accordé à aucun 
autre, celui de le maintenir à sa tête jusqu'à son dernier 
jour. Elle a dù pour cela torturer quelque peu le texte de 
ses Statuts, mais qui oserait le lui reprocher ? Est-ce que 
le Règlement avait prévu qu'un jour viendrait où personne 
ne voudrait monter au fauteuil que son titulaire avait porté 
si haut | 


— 408 — 


Après lui, je n’ai plus qu’à envoyer un hommage de 
respectueux et fidèle souvenir à ses deux éminents succes- 
seurs qui achèvent notre histoire académique jusqu'à la fin 
du XIX® siècle : — à celui qui a emporté sur le siège épis- 
copal de Soissons nos sincères regrets, tempérés par la joie 
de nos félicitations, — et à celui que nous avons la faveur 
de conserver dans nos rangs pour jouir longtemps encore 
de son instructive compagnie et de son aimable érudition. 

Nous voici entrés dans le XXe siècle: désormais la 
parole est à l’avenir. Si nous voulons qu'il nous juge avec 
impartialité, soyons nous-mêmes étrangers aux passions 
qui divisent les hommes ; réfugions-nous volontiers dans 
cet asile de paix et de concorde que notre vieille el véné- 
rable Académie nous conserve. Après le coup d’æœil d’en- 
semble que nous venons de jeter sur son passé, il se peut 
que quelques-uns de nos auditeurs ne trouvent pas un 
immense intérêt à cette série d'évènements, qui évidemment 
ne sont pas palpitants d'émotions, comme l’éruption volca- 
nique de la Martinique ou l'héroïque résistance du Trans- 
vaal en face de ses envahisseurs ; mais je leur répéterai, en 
l’appliquant à notre république des Lettres, le mot de 
d’Alembert : « Heureux le peuple dont l’histoire ennuie ! » 


RAPPORT 


SUR LES 


Travaux de [’Année 


(1902) 
Par M. Victor BARBIER 


Secrétaire-Géncral. 


a ———— © —  —————— re 


Mesbanes, Messieurs, 


EYE qu’une fois et qui, ses quatre ans finis, descend tran- 


quillement du fauteuil et retrouve son siège familier, le 
Secrétaire, bien qu’une révision de la Constitution acadé- 
mique lui ait enlevé Ja perpétuité primitive pour un géné- 
ralat dénué de tout panache, s’élernise en ses fonctions, et, 
nouveau Sisyphe, se voit condamné à dérouler, chaque 
année, son même rapport sur les travaux de Collègues, 
heureusement trop délicats et trop savants pour s'inspirer 
encore des prouesses d'Hercule. 

De ce dernier aveu dénué d'artifices, n’allez pas conclure 
que nous n'avons ici que des paresseux ou des impuissants; 
jamais, dans ses rangs, l’Académie ne compla plus de tra- 


LE heureux que le Président, qui n’est rééligible 


— 410 — 


vailleurs, préparant des thèses, courant les congrès, 
piochant les concours et décrochant la timbale aux moins 
accessibles des mâts; mais les nobles efforts, que néces- 
sitent ces durs labeurs, ne s’accomplissent malheureu- 
sement qu'au détriment de la petite paroisse, où nos 
athlètes vainqueurs ne reviennent, le plus souvent, que pour 
s’y refaire des muscles et reposer leurs membres lassés. 

Aussi, quand on parcourt attentivement nos procès- 
verbaux, on est tout surpris de constater que notre fire 
o’clock hebdomadaire se passe, trop fréqueminent, en causerie 
de omni re scibili et quibusdam aliis, innocent papotage sur 
le menu fait qui récrée la ville, ou savant examen du cata- 
clysme qui bouleverse les mondes. 

Dans le domaine historique, c’est encore M. le comte de 
Hauteclocque qui tient la corde. Cette fois, il ne s’est pas 
contenté, sous prétexte de suivre dans sa carrière adminis- 
trative le Maréchal duc de Lévis, de rajeunir à notre usage 
la vieillesse du Bien aimé et de saluer l'avènement de son 
infoituné successeur, il nous a prôné Le Trésor des Carmes, 
dont la bonne renommée ne s’arrète pas à l’eau de mélisse, 
et présenté un projet d’Arras-port de mer, dont l'exécution 
est toujours patiemment altendue depuis le milieu du 
XVIIIe siècle. 

M. Chavanon s’est bien gardé de nous parler de ses tra- 
vaux personnels, mais, s’il n’a dit mot de son Calais acant 
l'invasion anglaise, de sa Relation de Terre Sainte, de son 
Histoire administrative du Pas-de-Calais de 1800 à 1810, 
déjà couronnée, et de sa Bibliographie de l’Artois bien 
digne de l'être, il nous a, du moins, signalé les recherches 
d'Alphonse Lefebvre sur Jean Molinet et Jean le Maire le 
Belgeois, a proclamé la réhabilitation définilive d'Eustache 
de Saint-Pierre avec Coville et Daumet, et développé les 
silhouettes flattées du cardinal de Rohan et de l’audomarois 
Bette d’Elienville, d’après les clichés fort habilement 
retouchés de l’historiographe Franck Brentano. 


— 4ii — 


Si de l'Histoire nous passons aux Sciences, nous trou- 
vons de M. Blondel, sous le titre: Matière et énergie, un 
exposé succinct de la théorie dynamique, qui a provoqué, 
sur la portée philosophique des dernières données de la 
science moderne, un très intéressant échange d'observations 
entre Nosseigneurs Doublet, Viseur et Leloup. 

J'allais oublier M. Pagnoul, qui nous a parlé de la pluie et 
du beau temps, essuyés par nous de 1876 à 1900, d’après les 
remarques consignées par lui journellement au grand-livre 
de son observatoire. 

Les Lettres sont toujours en faveur à l’Académie ; deux 
poètes d’inégal mérite y ont trouvé, cette année, leur pané- 
gyriste: une contemporaine, Mme Mesureur, dont M. le 
chancelier Viltart a prononcé l'éloge anthume, suivant la 
géniale expression du fameux néologue Alphonse Allais ; 
et Lucain, de la Pharsale, un latin, qui ne s’est pas, 
comme on le prétendait, coupé toutes les veines, au temps 
de Néron, puisqu'il a, aujourd’hui encore, celle inappréciab:e 
d’un suprême hommage, bien posthume celui-là, du très 
érudit professeur, l’abbé Rambure. 

L’Archéologie, que nous ferions bien de laisser aux Monu- 
ments historiques, n’a pas été, cette fois, bien encombrante, 
car elle n’a dépnsé dans notre jardin qu’une seule pierre 
tombale, découverte par l’abbé Rohart en la vieille maison 
de la famille de Boiry. 

Deux séances seulement nous restent encore à analyser : 
L'une, où l’Académie voulant donner un lendemain aux 
fêtes jubilaires de son Président, lui otfrait avec une 
harangue soignée du Chancelier d'alors, un sphynx, qui 
coûtera gros de combustible à son propriétaire, si celui-ci, 
comme il en a pris le solennel engagement. veut que le 
thermomètre, qui lui sert de base, marque toujours la haute 
température de ses sentiments envers nous; l’autre, qui 
offre des particularités assez rares dans nos fastes, pour 
que nous nous privions du plaisir de vous la conter ên détail, 


— 412 — 


Dom Gosse, prieur d'’Arrouaïise, dans son discours de 
réception à l’Académie d'Arras, prononcé en séance publique 
le 5 avril 1777, mentionne, avec vers à l'appui, la visite 
faite en 1740, par Gresset à la docte Compagnie arrageoise. 

Dix ans plus tard, le 18 avril 1787, une rare plaquette du 
temps nous révèle que Mlle de Kéralio fut reçue académi- 
cienne honcraire, et nous apprend qu'à son discours, le 
directeur, Ms Maximilien de Robespierre, répondit par un 
gaiant plaidoyer en faveur de l'admission des femmes au 
sein des sociétés littéraires. 

Ce que le XVIIIe siècle, à son déclin, ne put accomplir 
qu'en dix ans et en deux séances, vient de se renouveler, à 
l'aurore du XX®, d’une manière autrement expéditive. 

L'ultime jour du premier mois de la présente année, notre 
concitoyen, le poète Sébastien-Charles Leconte, deux fois 
lauréat de l’Académie française, assistait à notre séance 
hebdomadaire, et, à cette occasion, deux académiciennes 
honoraires, Mmes Mary Floran et George Héry, daignaient 
prendre place sur nos fauteuils, tout surpris d'accueillir, en 
leurs bras de noyer ciré, des robes plus soyeuses et 
autrement élégantes que ceiles, même agrémentées de violet, 
des hauts dignitaires de l'Eglise. 

Ce fut liesse, ce jour-là, à l’Académie : les vétérans sem- 
blaient rajeunis de vingt ans et portaient beau à rendre 
jaloux leurs cadets, le bureau rayonnait, et la soutane, un 
peu courte, du Président laissait voir un bout de talon 
rouge. 

Le décor était bien adéquat aux personnages. Dans son 
cadre d’or, la bonne et douce figure de M. de Mallortie 
malicieusement souriait, et les bustes de nos graves ancêtres, 
Carolus Clusius et Franciscus Balduinus, toujours furieux 
de ce que nos édiles ne les aient pas encore choisis pour 
parrains d’une rue, semblaient, pour l'instant, avoir oublié 
leur disgrâce et se rengorgeaient superbes en leurs fraises 
empesées. 


— 413 — 


Qui croirait que Leconte ait besoin ici d’une présentation ? 
Rien pourtant n’est plus vrai! Sébastien-Charles, bien que 
né à Calais, d’une mère anglaise et d’un père bien arrageois, 
est moins connu chez nous, et surtout moins populaire, 
qu’un piston solo de la Fanfare Sainte Cécile ou qu'un 
coureur cycliste du C. C. A. 

On a peu remarqué le petit jeune homme blond, au front 
large, à l'œil clair, qui, il y a quelque vingt ans, rentrait 
avec sa famille, en nos murs encore debout, après avoir fait 
son Droit et tiré douze mois, plus ou moins volontairement, 
aux chasseurs à cheval. | 

Clerc d’avoué amateur chez M® Plaisant, on le soupçonnait 
alors d'écrire, dans Le Carillon, une gazette des tribunaux, 
sous le pseudonyme de Maitre Onome et de signer Cunégonde 
des vers qu'on trouvait décadents, bien qu'émanant d’un 
classique, symboliste et néo-parnassien. 

Sa carrière judiciaire à Papéitietà Nouméa, enregistrée à 
l’Officiel avec ses avancements et fidèlement répercutée par 
les feuilles locales, est assez connue, maïs il est peu de nos 
concitoyens qui savent qu’un de leurs frères a martelé Le 
Boucher a’Arès et ciselé Les Bijoux de Marguerite, et que, 
tout en faisant huit fois le tour du monde, le gaillard a encore 
trouvé le temps d’édifier L'Esprit qui passe, première assise 
d’une trilogie de poèmes philosophiques, qui continuera par 
La Tentation de l'Homme pour s'achever par La Gloire de 
l'Esprit. 

Rénovateur, avec Samaiu et quelques autres, du Mercure 
de France, pilier du Beffroi, qui lui a consacré tout un 
numéro, reçu et choyé, pendant ses trop rares séjours à 
Paris, par Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, de Hérédia, 
France, de Guerne et même par Coppée, avant qu'il s'égare 
imprudemment en l'impasse qu'il prit pour son chemin de 
Damas, il importe peu de savoir qu'avant le ruban rouge il 
reçut deux fois le violet, à lui offert, simultanément et sans 
entente préalable, par le Ministre de la Justice et par son 


— 414 — 


collègue de l’Instruction publique et des Beaux-Arts. 

Mais ces détails, nécessaires pour bien mettre en valeur 
mon héros, m'ont trop fait oublier la séance mémorable du 
31 janvier; laissez-moi y revenir brusquement en vous disant 
qu'après un madrigal à l’eau de rose du Président aux audi- 
trices et une invite délicate du susdit au poète, celui-ci nous 
sortit, sans plus se faire prier, les Noces de l’ Amazone. 

Le poème est tiré d’un récit de Diodore de Sicile, vieux 
conteur non moins amusant et tout aussi véridique que le 
Père de l'Histoire, Hérodote, son confrère d’Halicarnasse. 

En voici la substance : Alexandre-le Grand, aux confins 
de l’Hyrcanie, vit, un jour, s’avancer au devant de lui la 
belle vierge Thalestris, reine des Amazones, qui, avec l'im- 
pudeur permise au rang suprême, lui demanda, sans rougir, 
de l'aider à la confection d’un demi-dieu. 

Le fils de Philippe, d’autres disent de Jupiter, estimant 
que les parties avaient toutes les qualités requises pour 
tenter pareille expérience, acquiesça, paraît-il, sans trop se 
faire tirer l'oreille, mais il est probable que ce roman d’une 
heure n'eut pas le dénouement rêvé par la princesse, et qu'on 
aurait pu mettre au bas de sa dernière page, la formule res- 
trictive, commune à Lucine et à Calmann-Levy : « Repro- 
duction interdite », 

Mieux documenté et plus imaginatif que l’historien, le 
poète fait précéder l'acte principal d'un corps-à-corps, que 
je veux vous citer tout entier, car, bien mieux qu’une ana- 
lyse, il vous donnera une idée du poème. 


« Tous deux 8e sont rués au suprême duel : 
La foule, en son angoisse armée et menaçante, 
Les suit des yeux, par la plaine retentissante, 
Entre le sol qui fume et le soleil cruel. 


L’épée a rencontré l’épée, et le fer sonne, 

Et, poitrail à poitrail, dans un quadruple éclair, 
Les sabots des coursiers hennissants battent l'air, 
Et la pourpre a jailli, qui les caparaçonne, 


— 415 — 


Et fait d'eux, aux regards de l’Astre éblouissant, 
Sous le double cimier où l’escarboucle éclate, 
Couple de métal fauve et de sombre écarlate, 

Un dragon bicéphale aux écailles de sang. 


Et puis, un dernier choc les unit, dont émane 
Comme un cercle panique où des dieux ont surgi, 
Où, sur les combattants enlacés, s’élargit 

Le vol de la Victoire hésitante, et qui plane. 


Et l’Immortelle ailée apsisant son essor 

Et gardant à son flanc le buccin des alarmes, 

Adœire en l'orbe horrible où se heurtent leurs armes, 
L'Amazone de bronze et le Conquérant d’or. » 


Ces vers pleins, glorieux, sonores, mélalliques, magistra- 
lement dits par l’auteur, font encore écho dans la salle, 
quand le Secrétaire se lève et, aux sublimes sonneries du 
clairon superbe, s’excuse d'opposer ses frèles pipeaux. 

I] a eu, il faut lui rendre cette justice, la pudeur de ne pas 
transcrireses versiculets au procès-verbal, mais moi, qui ne 
me gène pas pour fouiller dans ses poches, je les ai retrouvés, 
l'autre jour, tout froissés, en la douteuse compagnie d’un 
cure-dent, d’une circulaire électorale et d’un prospectus 
vinicole. 

Qu'ils sont vieillis, les pauvrets ! que d'évènements en un 
semestre ! Leconte, mon héros, a troqué la Présidence de sa 
lointaine Cour d'Appel pour celle d'une Première Instance à 
5 heures 20 de Paris ; l’intombable Ministère a pris bien 
volontairement une retraite méritée, etl’Académieelle-même, 
fidèle à sa tradition, sans s'inquiéter du tiers, ni du quart, 
a fait passer, des mains du Clergé, dans celle de la Noblesse 
le pouvoir temporel, le spirituel demeurant jusqu'à nouvel 
ordre l’intangible privilège de tous ses membres. 

Malgré cela, comme la pièce est presque neuve, n'ayant 
servi qu'une fois et en tout petit comité, je vous demanderai 
la permission d'en faire l’épilogue de ce trop long rapport, 


— 416 — 


C'est un service d'ami que vous me rendez, car, en 
l'écoutant, vous lui faites un sort, vous lui assurez l'impres- 
sion au volume de nos Memoires, asile commun où reposent 
en paix nos éphémères productions. 


A Sebastien-Charles 


Triolets de bienvenue. 


Enfin te voilà revenu, 

Tel Odysseus en son Ithaque, 

Sois parmi nous le bienvenu ! 
Enfin te voilà revenu 

Sain et sauf, ton corps peu charnu 
N'ayant pas tenté le Canaque, 
Enfin te voilà revenu, 

Tel Odysseus en son lthaque, 


Si tu m'en crois, tu n'iras plus 
Doubler Minos à la Nouvelle ; 

Aux louys voyages tu te plus, 

Si tu m'on crois tu n'iras plus. 
Décoré, qu’attendre au surplus 
L'asthme, la goutte ou la gravelle ? 
Si tu m'en crois, tu n’iras plus 
Doubler Minvs à la Nouvelle. 


Je sais fort bien que c'est là-bas 
Que tu découvri:, perle exquise, 
Trésor vraiment rare ici-bas ! 

Je sais fort bien que c'est là-bas, 
Mais celle pour qui tu flambas 
A la Métropole est acquise ; 

Je sais fort bien que c’est là-bas 
Que tu découvris perle exquise. 


— 417 — 


À Nouméa, ton temps fini, L 
Relègue maintenant les autres [°° 
De krance assez tu fus banni, 

A Nouméa, ton temps fini, 
Hardiment réclame un bou nid 
Chez nous, et redeviens des nôtres ; 
À Nouméa, ton temps fini, 

Relègue maintenant les autres | 


Si Waldeck m'eût donné les sceaux 

À garder, dans son Ministère, 

Vous auriez eu les bons morceaux ; 

‘Si Waldeck m'’eùt donné les sceaux, 
Tu serais Président à Sceaux, 

Et Rohart doyen de Nanterre, 

Si Waldeck m’eût donné les sceaux 

A garder dans son Ministère ! 


Pour l'artiste et pour l'écrivain | 

Il n’est plus qu’une ville en France 

Où tout noble effort n'est pas vain ; 

Pour l'artiste et pour l'écrivain, 

Aisément chacun s’en convainc, 
Hors la Seine point d'espérance, 

” Pour l'artiste et pour l'écrivain 

Il n’est plus qu’une ville eu France. 


Les provinciaux ne comptent pas, 
Ils sont exclus, sous la coupole, 
S'ils boudent, on les met au pas, 
Les provinciaux ne comptent pas ; 
De la gloire avant le trépas 

Paris s’est fait un monopole, 

Les provinciaux ne comptent pas, 
Ils sont exclus sous la conpole, 


27 


— &i8 — 


Si tu veux conquérir Paris 

Fais un peu de cabotinage, 

La renommée est à ce prix 

Situ veux conquérir Paris ; 
Rostand et Sarah l'ont compris, : 
Aussi, tous deux font bon mévage ; 
Si tu veux conquérir Paris 

Fais un peu de cabotinage. 


Tes vers sont d’un bien autre ton 
Que ceux de Botrel Théodore 
Binioutant sur un mirliton ; 

Tes vers sont d'un bien autre ton, 
Mais, dans son costume breton 

Il est si gentil qu'on l'adore ; 

Tes vers sont d'un bien autre ton 
Que ceux de Botrel Théodore. 


Ah ! si nous savions sur les toits 
Crier que nous sommes des aigles, 
On serait pour nous plus courtois ; 
Ah ! si nous savions sur les toits 
Brailler, mais, on est en Artois, 
Kncor férû des vieilles règles ; 

Ah ! si nous savions sur les toits 
Crier que nous sommes des aigles |! 


RAPPORT 


Sur le Prix Braquehay 


PAR 
M. J. CHAVANON 


Membre résidant. 


Lys le séjour des justes, dont son ardente charité lui a 
sans doute ouvert toutes grandes les portes, l'âme du 
bon Braquehay doit éprouver de douces joies. Vivant, ce 
véritable et grand philanthrope employait les loisirs que lui 
laissait la pratique des œuvres de bienfaisance à l'étude de 
l'histoire de son pays natal. L'institution testamentaire du 
concours annuel qui motive le rapport que j'ai l'honneur de 
vous présenter, montre quel désir il avait de voir ce genre 
d’études se développer après lui. Or, depuis cette fondation, 
l'arrondissement de Montreuil a fourni le sujet de plusieurs 
travaux de mérite. Vous avez couronné, il y a deux ans, un 
très bon livre de M. l'abbé Thobois qui traitait de Mont- 
caorel et ses seigneurs. L'Académie des Inscriptions et 
belles-lettres vient d’'honorer d’une mention, une étude des 
plus érudites sur les Corps saints de Montreuil par 
M. Roger Rodière, votre correspondant, et aujourd'hui j'ai 
la bonne fortune de vous rendre compte d'un nouvel ouvrage, 


— 420 — 


ayant trait à la même région, qui me paraît digne de tous 
vos suffrages. Il s’intilule trop modestement £ssat sur les 
prieurés de Beaurain et de Maintenay et leurs chartes, et ne 
contient pas moins, en manuscrit, de 405 pages de grand 
format. On n’a le droit de soumettre à un concours acadé- 
mique de si longues œuvres, que quand elles ont beaucoup 
de valeur : l'essai en cause en est rempli. 

Je n’en conseille pas la lecture à ceux qui cherchent 
purement à se distraire ou à s’égayer lorsqu'ils prennent un 
livre. Mais, si elle ne peut offrir une récréation aux 
désœuvrés ou aux amateurs de frivolités littéraires, cette 
dissertation savante sur des textes édités avec exactitude et 
commentés avec talent, pleine de renseignements neufs et 
précieux sur le passé de deux établissements religieux 
notables en Picardie, est une source d’information abon- 
dante où viendront puiser, d'abord les érudits locaux, puis 
les historiens en général et surtout ceux qui s’adonnent 
spécialement aux institutions et aux mœurs des vieux âges. 

On pourrait discuter le plan de l’auteur s'il ne prévenait 
en son début qu’il ne s’est pas proposé d'écrire vraiment 
l'histoire des deux prieurés et qu’il veut seulement faire 
connaître, en les annotant le plus copieusement possible, les 
documents qui fondent celte histoire. 11 n’y a là qu’une diffé- 
rence de méthode : en fait la monographie à peu près com- 
plète des deux maisons filiales du puissant monastère de 
Marmoutiers se trouve dans les notes jointes aux documents 
présentés, et l’auteur eût parfaitement pu, en retournant son 
plan, écrire les annales de Beaurain et de Maintenay et 
laisser les documents qu’il reproduit comme pièces justif- 
catives à Ja fin du livre. Pour mon compte, j'eusse préféré 
ce système qui eût séduit plus de lecteurs, mais, j'en 
conviens, tout écrivain a le droit de choisir sa clientele : 
c'est aux chercheurs et aux érudits que s'adresse le travail 
qui vous est soumis. 

Prenons tel qu’il est ce recueil de documents sur les 


— 421 — 


prieurés de Beaurain et de Maintenay et voyons l'étude 
critique en 150 pages qui le précède. 

Pour Beaurain, l'auteur n’a pas la prétention d’être neuf, 
il annonce que le travail du savant abbé Haigneré sur ce 
prieuré forme la trame du sien. J’ai comparé la publication 
faite jadis dans le Cabinet historique de l'Artois par le 
premier historiographe du Boulonnais et les nouvelles 
pages écriles par notre candidat : en vérité, celui-ci a 
l'humilité excessive ; il n'a pas simplement trouvé à 
glaner après son éminent prédécesseur ou redressé quel- 
ques erreurs de détail ; il a renouvelé entièrement le sujet, 
ne laissant plus de douteux que les points qui le seront 
toujours faute de preuves, commentant avec bonheur 
tous les passages importants qui n'avaient pas été suff- 
samment signalés, mettant en relief tout ce qu’on y pouvait 
recueillir pour augmenter le patrimoine de l’histoire du 
monastère de Beaurain, inséparable au moyen-âge, comme 
celle de tout établissement religieux, de l’histoire du pays. 
L'origine des propriétés et les transformations domaniales 
rectifieront la topographie défectueuse tracée dans plusieurs 
livres ; l'identification des lieux cités dans les actes corrigera 
la géographie historique de la contrée, celle des témoins 
qui y figure enrichira l'histoire des familles et permettra 
d'écrire la biographie de personnages mal connus. Quelques 
figures de prieurs, dégagées des documents où on les voit 
agir, fourniront de curieux sujets d’études, et je recommande 
notamment aux essavistes le portrait de cet Antoine Enlart, 
cupide et de mauvaise foi, qui poussa l’ingratitude envers 
un bienfaiteur devenu âgé et infirme jusqu’à le séquestrer 
et l'empêcher d’aller acheter à la foire d'Amiens « les antidotes 
qu'on y vendait habituellement contre le venin dela vieillesse». 

Les qualités déployées dans la partie de l’étude qui est 
relative à Beuurain se retrouvent à un plus haut degré encore 
dans celle qui touche Maïntenay. [ci l’auteur nage en plein 
inédii : la plupart des documents qu'il exploite dormaient 


— 422 — 


invivlés aux Archives départementales. Voilà un des beaux 
fonds religieux de notre dépôt tiré de la poussière et utilisé 
au mieux des intérêts de la science. Il s’y rencontre des 
actes du X11° et du X111e siècles sur lesquels le plus expert 
des diplomatistes eût aimé à faire porter ses investigations 
minutieuses. Je crois bien que notre auteur n’a pas dit le 
dernier mot sur tous et les spécialistes reviendront sur les 
données que leur fourniront les transcriptions, très exactes 
généralement, du mémoire qui nous occupe ; qui sait même 
s'ils n’iront pas jusqu’à contester l’authenticité de tels de ces 
parchemins ? Les actes faux ne sont pas rares dans les 
anciens fonds d'archives monacales, l’auteur doit le savoir, 
et j'ai peur qu’il n’ait pris un peu légèrement tous ceux qu’il 
a trouvés pour bons et valables. Mais nul ne pourra guère 
en extraire plus de substance scientifique, plus de moëlle 
historique, si je puis dire, que l’aspirant au prix Braquehay 
ne leur en a fait rendre. Après le long commentaire dont il 
les accompagne, il s’est imaginé, semble-t-il, qu’on ne serait 
pas assez édifié à cet égard, et à la fin de son précieux recueil 
d'actes, au lieu de dresser simplement une table onomastique 
toute sèche, ce qui lui eût déjà valu une bonne note des 
érudits, il a composé un répertoire des noms de familles 
contenus dans ces chartes, véritable dictionnaire biogra- 
phique, nouveau en grande partie, et qui représente à lui 
seul] une rare somme de connaissances. C'est un appel à 
l’œuvre lancé à tous les généalogistes et héraldistes. A vos 
tablettes, MM. les biographes, rectifiez et ajoutez : voilà de 
la matière à foison ! Je ne dis pas que les faux nobles, dont 
le nombre augmente à mesure que les idées démocratiques 
semblent progresser — phénomène curieux de la lutte’entre 
le passé et l'avenir — y trouveront toujours leur compte. 
On apprendra par le travail que vous allez couronner, que 
plus d’un nom qui se porte ou se reporte était éteint bien 
avant la Révolution. Mais la vérité historique aura fait un 
pas de plus en avant, ce qui est le seul souci des érudits 


— 423 — 


honnètes. Parmi les noms qui figurent dans ce savant réper- 
toire il en est de célèbres et c'est une satisfaction pour l’au- 
teur de grossir les fastes de ces belles familles picardes : les 
Argoules, les Belleval, les Beaurain, les Bloville, les Bri- 
meux, les Contes, les Gouy, les Louvigñy, les Morlay, les 
Nempont, les Ponches, les Tyrel de Poix, etc. 

Les éloges que je viens de donner à l’Essai sur Beaurdin 
et Maintenay n'excluent pas, bien entendu, toutes réserves. 
Mais je dois dire que les critiques que j’adresserais à l’auteur 
sont toutes de détail. Elles se rapporteraient à la manière 
de transcrire ou d'interpréter certains passages de textes, à 
la brièveté de quelques analyses, à l'inutilité de certains 
actes imprimés, à quelques identifications défectueuses. 
Vous m'en voudriez de m'y attarder. 

En résumé, l’œuvre que vous m’avez chargé d'examiner 
est sans exagération celle d'un savant : connaissance com- 
plète des sources, établissement sûr des textes, commentaire 
exact et utilisation entière de documents souvent difficiles à 
lire et à comprendre, notes rédigées avec critique sur l’his- 
toire, la géographie, les institutions, les mœurs, le langage 
même de la région intéressée : toutes les qualités de fonds 
que réclame un pareil travail s’y trouvent. Vous lui pardon- 
nerez l’imperfection de la composition, les négligences de 
style et les fautes de détail et vous lui décernerez le prix 
Braquehay dans son intégralité. 


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RAPPORT 


Concours d’Histoire 
M. l'Abbé DUFLOT 


Membre résidant. 


Messieu RS, 


Nes contemporains fontaux moines beaucoup d'honneur. 
SX Ils leur accordent une grande place — trop grande peut- 
être — dans leurs pensées et leurs soucis. Les politiques 
s'en préoccupent comme d’affreux cauchemars ; les histo- 
riens de profession ou d'occasion, fascinés par je ne sais 
quels mystérieux attraits, se plaisent au contraire à les 
ressusciter. Les candidats de notre Concours d'histoire, 
surtout, paraissent trouver à conter histoires de moines un 
plaisir extrême : prenons en notre part, s’il est possible. 
e°. 

L’Abbaye de Saint-Josse-sur Mer, « très intéressante 
dans sa modestie », écrit l’auteur d’un copieux mémoire 
qui a pour épigraphe « Beato Judoco », mérite d’être connue. 
On a voulu la faire revivre, retracer ses origines, les étapes 


—— 495 — 


de sa carrière, les services qu’elle a rendus à la société, sa 
décadence et sa fin. 

La partie la plus originale de ce travail est sans contredit 
celle qui traite des débuts du monastère. Jusqu'ici, tout le 
monde, ou à peu près, prétendait faire remonter l’abbaye au 
temps de saint Josse : notre auteur estime que cette préten- 
tion est « injustifiée et injustifiable ». Selon lui, saint Josse 
n’a point fondé de monastère, mais un simple ermitage 
qu'il devait à la libéralité d’un chef franc, son ami, le noble 
Haymon. C'est ce qui fut appelé, après la mort du saint, 
Cella sancti Judoci. Une critique serrée des témoignages 
amène cette conclusion. 

Les miracles opérés au tombeau de saint Josse et diverses 
circonstances, qu’il serait trop long de rapporter, contribuë- 
rent à ériger la cella primitive en une sorte de bénéfice ou 
plutôt d'institution ayant une fin spéciale bien déterminée. 
Ce n’était pas d’entretenir des moines ou un monastère; 
mais, comme le révèle une lettre de Loup de Ferrières au 
roi Lothaire, ad eleemosynam exhibendam peregrinis, de 
recevoir et traiter gratuitement les pèlerins qui venaient 
honorer le tombeau du saint. Ce qui restait des revenus était 
destiné à l'abbaye de Ferrières. Ainsi l’avait décidé Charle- 
magne lorsqu'il confiait à Alcuin la cella de Saint-Josse. 

D'Alcuin la garde de la cella passa directement au monas- 
tère de Ferrières, auquel elle fut donnée par le fils même de 
Charlemagne, Louis le Débonnaire. Tombée ensuite en des 
mains laïques, elle est vaillamment et sans relâche réclamée 
par l’abbé de Ferrières qui la recouvre enfin en 849. 

A cette date, il n’y a point encore d'abbaye à Saint-Josse. 
Il faut aller jusqu’en 977, année où furent retrouvées les 
reliques du saint, pour découvrir les premières traces d’ins- 
litution de vie monacale. Telle est du moins l'opinion de 
notre auteur, que ni la bulle du pape Léon à l'abbé Warem- 
bault, ni la Chronique de Saint-Riquier ne parviennent à 
ébranler. S'appuyant sur un texte d'Ordéric Vital, il prétend 


— 426 — 


même fixer un point d’histore encore très obscur : c’est en 
1066 qu’aurait été commencée la nouvelle église abbatiale. 

Quant au cloître, il ne fut construit que beaucoup plus 
tard : on l’attribue à Robert IT, qui était abbé en 1406. 

C'était le trentième des quarante abbés réguliers qui ont 
gouverné le monastère de Saint-Josse durant environ cinq 
siècles. Sans préjuger des découvertes possibles que l'avenir 
nous réserve peut-être, notre auteur se flatte d’avoir dressé 
la liste définitive de tous les abbés, depuis Sigebrand, « qui 
a tout à fait l'allure d’un abbé de légende », jusqu’à Mathieu 
de la Varenne, décédé en 1529. 

Après ce dernier, l'abbaye de Saint-Josse tombe en com- 
mende et connaît toutes les misères de ce déplorable régime. 


* 
+ + 


Ses abbés réguliers l'avaient pourtant laissée en pleine 
prospérité. Les moines bénédictins avaient agrandi le patri- 
moine des anciens chapelains de la cella. L'histoire de 
ces agrandissements successifs remplit tout un chapitre des 
plus intéressants et des plus instruclifs. Les comtes de 
Ponthieu y occupent une place d'honneur. 

Ils sont loin de la garder au chapitre suivant, qui nous 
montre l’abbaye de Saint-Josse sans cesse aux prises « in 
multis et pro multis » avec les seigneurs du pays. Une sorte 
de concordat survient un moment entre les deux parties ; 
mais les hostilités reprennent bientôt, rendues plus vives 
par l’iatervention d’une tierce partie fort entreprenante, la 
commune. Ce fut au détriment de l’abbaye qui sortit amoin- 
drie de la lutte. 

Parmi ces disputes et ces combats pour la sauvegarde de 
ses droits et libertés, l’abbaye ne s'enrichit guère de sujets. 
S'il faut en croire le Mémoire, elle ne comptait, en 1224, 
date de son apogée, que douze religieux. Plus lard, après 
l'établissement de la commende (1584), elle ne possédait plus 


— 427 — 


que quatre profès. Cette disette d'hommes n’empêcha cepen- 
dant pas les rivalités et les dissensions intestines : elles 
furent, en ce petit couvent, aussi âpres et aussi ardentes 
que dans les monastères populeux et florissants. 

Une tentative de réforme essayée sous Etienne Moreau 
n’aboutit qu'après de longs efforts. Enfin l’abbaye de Saint- 
Josse fut agrégée et incorporée à la Congrégation de Saint 
Maur. On est en 1663. 

Un siècle plus tard (1766), l’abbaye de Saint-Josse était 
vide. Les trois derniers moines qui l’avaient habitée se sont 
retirés à Saint-Saulve de Montreuil. En 1789, l’Assemblée 
nationale constituante met tout le patrimoine de Saint Josse 
à la disposition de l'Etat. L'abbaye a vécu. 

Elle avait, en son temps, contribué pour sa grande part à 
bon nombre d'œuvres pies et charitables. Un chapitre du 
manuscrit est tout entier consacré aux créations de l’abbaye. . 

On y trouve mentionnés la maladrerie de Baingueseule, 
les collégiales de Saint-Firmin et de Douriez, les pêcheries 
de Cucq, l’école et le guct de Saint-Josse, d'autres œuvres 
encore que l’exiguité de ce rapport interdit d'aborder. 

Malgré le vif intérêt qui s’y atlache, je passe même sous 
silence l'important chapitre qui a trait à la commende 
établie par François ler, et je tais l’histoire, pour le moins 
curieuse, des abbés commendataires. Je cours aux dernières 
pages du manuscrit. Je m'en voudrais de ne pas les citer 
parce qu’elles présentent comme une vue d'ensemble et un 
aperçu rapide de tout l'ouvrage. 

L'auteur, pour un instant, se fait moine de Saint-Josse ; 
il en est même le dernier. Il nous livre les secrets de son 
âme, je veux dire les sentiments qui auraient pu l'agiter au 
moment de quitter son abbaye et de prendre le chemin de 
Saint-Saulve de Montreuil. 

Je cite, Messieurs : 


» Cruelle nécessilé de quitter l'asile où il avait aimé et 
» prié Dieu, où il s’élait cru assuré de vieillir et de mourir | 


— 498 — 


» Avant de s’en aller, il dut éprouver le besoin de le revoir 
» encore, de s’agenouiller une dernière fois dans la vieille 
» église, de visiter le cloître délabré, la salle du chapitre, le 
» réfectoire, le trésor des archives. Ici, quelle envie ne dut 
» point le prendre de s'arrêter, de secouer la poussière des 
» vénérables parchemins, de repasser les étapes de la longue 
» carrière fournie par la douce abbaye ? Mais à quoi bon ? 
» Cette histoire n'est-elle pas écrite en son.cœur ? Ne la lit- 
».il pas à travers la baie aux lourds barreaux de fer, dans 
» ce paysage qui lui semblait jadis rempli de joie et de beauté, 
» et qui, aujourd'hui, lui paraît morne et désolé ? 

» Ce bois, qui borne l'horizon, est le reste de la forêt à 
» travers laquelle Haymon conduisit le prince breton vers 
» la solitude de ses rêves. Sa cella élait ici, et à côté la 
» chapelle de St-Martin qui abrita si longtemps ses restes 
.» vénérés. H voyait alors défiler les foules naïves et confiantes 
» de pèlerins, Charlemagne, Alcuio, Loup de Ferrières, et, 
» dans un nuage de poussière, les hordes normandes ; puis, 
» quand le nuage était dissipé, poindre l'aurore d’un jour 
» de triomphe et de vie marqué d’une date : 977. 

» Une autre vision succédait à celle-là : les clercs de 
» St-Josse, fils de l’évêque d'Amiens, revêlaient la coule des 
» fils de St-Benoît ; le moutier sortait de terre ; l’église 
» abbatiale élevait dans les airs sa haute tour et son donjon, 
» et le cortège des comtes de Ponthieu et de Boulogne, des 
» seigneurs du pays et des populations arrivait au monas- 
» tère, lui apportant de nouvelles richesses. La psalmodie 
» monaslique alternait avec la prière populaire des foules 
» agenouillées au pied du reliquaire ou du tombeau du saint 
» ermite, 

» Le village, dont il apercevait les toits au chaume cou- 
» vert de mousse par-dessus la clôture, devait aussi son 
» existence au sépulcre de Josse ; et c’est à l’école du monas- 
» tère que ses habitants s’élaient formés aux mœurs et aux 
» vertus chrétiennes, qu'ils avaient trouvé l’idéal dont leurs 


— 429 — 


» âmes jeunes et fortes avaient soif, qu'ils avaient fait l’ap- 
» prentissage si difficile de la liberté. 


» Sous la conduite de ses abbés réguliers l'abbaye appa- 
raissait dans toute sa splendeur, sa richesse, sa puissance 
et sa bienfaisante influence. Tandis qu’elle continuait 
l'éducation des âmes et des cœurs, elle enseignait la 
culture des terres à ses rudes métayers, elle créait à sa 
porte un centre de commerce, elle assurait la viabilité des 
routes qui aboutissaient chez elle, elle orgaänisait la com- 
mune dans tout le comté, elle pourvoyait aux besoins des 
malades, à la sécurité du pays. Elle était une grande auto- 
rité sociale, entourée de l'affection et de la considération 
publiques. 

» La vision changeait encore une fois : il voyait César 
entrant au monastère. Tout se transformait aussitôt : il 
semblait qu’un nuage voilait la gloire radieuse de l’abbaye, 
qu’un mal terrible venait de toucher au cœur cet être hier 
encore plein d’ardente vie et d'espérances, et que la ruine 
avait franchi le seuil de cette maison opulente. Le monde 
avait violé l'asile de la sainteté; dans l’ombre on se parta- 
geait en famille le patrimoine des pauvres ; l’homicide 
s'avançait jusque dans le sanctuaire, et le cor sonnant 
l'hallali au fond du bois étouffait la psalmodie agonisant 
dans l’église misérable. 

» Triste période au milieu de laquelle jetait à peine un 
pâle éclat le nom d’un sage administrateur qui s'essayait, 
à la fin de sa vie, au rôle de restaurateur | Sous son égide 
la perfection tentait de rentrer pour enrayer le mouvement 
qui précipitait tout aux décadences définitives. Hélas | ce 
n'était qu’un effort, vigoureux mais sans succès. 

» Témoin de cette bonne volonté et de celte impuissance, 
le dernier moine de Saint-Josse s’arrachait à cette médita- 
tion, l'âme endolorie, et prenait le chemin de l'exil en 
murmurant : Ah ! si César avait trouvé, sur le seuil du 
monastère, un Chrysostome, un Thomas de Cantorbéry 
pour lui dire : On n'entre pasici ! » 


— 430 — 


Vous voyez, Messieurs, par ce fragment, que l’histoire de 
l'abbaye de Saint-Josse, si hérissée qu'elle puisse être, par 
endroits, de discussions chronologiques et de critiques des 
textes, n'est cependant pas dépourvue d'agrément. L'art 
y prête souvent un heureux concours à l’érudition. 


“+ 


Est-ce à dire que l’œuvre soit parfaite de tout point ? 
Votre Commission ne l’a pas pensé, Messieurs. Elle a cru 
découvrir en ce travail de réelle valeur des lacunes regret- 
tables que l’auteur lui même n’ignore sans doute pas, puis- 
qu’il a éprouvé le besoin de s’en excuser quelque part. Il 
dit bien avoir puisé à toutes les sources et ne pouvoir faire 
d'histoire plus complète à moins d'inventer des histoires : 
malgré notre vif désir de le croire sur parole, nous ne 
sommes point convaincus. On a dit, — et à bon escient, — 
que de nombreux et précieux documents concernant l’abbaye 
de Saïnt-Josse n’ont pas été mis à profit ni même consultés. 
Ils ne se rencontrent pas, il est vrai, dans nos fonds 
d'archives ni dans nos bibliothèques publiques, mais l'heu- 
reux détenteur de ces vieux parchemins se füt fait un plaisir 
d’en donner communication. Elie ne lui a pas été demandée. 

D'où, Messieurs, la réserve que votre. Commission a 
estimé devoir apporter à son admiration et à vos largesses. 
Elle vous propose cependant de décerner à l’auteur de 
l'Histoire de l'Abbaye de Saint-Josse une médaille d'or de 
cent francs. 


ce 
L'année même où les derniers moines de Saint-Josse 
émigraient à Saint -Saulve (1766), d’autres moines, escomp- 
tant un long avenir, entreprenaient une œuvre grandiose. 
L'abbaye de Saint-Vaast commençait la construction d'une 
nouvelle église. L'architecte Constant d’Ivry et le béné- 


— 431 — 


dictin Van der Drissche avaient fourni les plans. Le monu- 
ment, par suite de difficultés survenues entre le cardinal de 
Rohan, abbé commendataire, et les moines de Saint-Vaast, 
ne s’éleva d’abord que lentement. Toutefois, en 1790, à 
l’heure où des décrets fameux dispersèrent les religieux, le 
gros œuvre était presque terminé, la toiture était commencée, 
et trois grandes croix de fer surmontaient les trois princi- 
pales façades de l'édifice. Puis, les travaux furent inter- 
rompus, le temps accomplit son œuvre de destruction, et, 
le vandalisme de quelques sectaires aidant, il se trouva 
qu'au moment de la restauration du culte, l’église de 
Saint-Vaast se présentait dans un état de délabrement 
lamentable. 

C'est à Mgr de la Tour d'Auvergne que revient l’honneur 
d’avoir relevé les ruines croulantes et doté la ville d'Arras 
de sa cathédrale. I] lui fallut pour cela de longs efforts et 
une inlassable persévérance, et on peut lui prêter en toute 
vérité la parole biblique qui sert d’épigraphe au deuxième 
Mémoire présenté au concours : 


St dedero somnum oculis meis 
Donec inventam locum Domino, 


je n'accorderai point de sommeil à mes yeux que je n'aie 
trouvé un temple au Seigneur. Aussi l’auteur du manuscrit 
a-t-il eu raison de l'intituler : La cathédrale d'Arras et Mgr 
de la Tour d'Auvergne. 

Jusqu'à la fin de son long épiscopat, le cardinal n’a cessé 
de travailler pour sa cathédrale, multipliant, sans compter, 
lettres et démarches, poursuivant de ses instances tous les 
gouvernements qui se succèdent en l’espace d’un demi-siècle, 
depuis le premier Consul jusqu'au prince Président, en 
relations continues avec les préfets, les conseillers généraux, 
les architectes, en un mot avec tous ceux dont le concours 
lui est nécessaire pour l'achèvement de son rêve. Il meurt 
avec la joie d’avoir enfin donné un temple au Seigneur, 


— 439 — 


mais emportant aussi le regret de n'avoir pu terminer la 
tour de sa cathédrale. 

L'auteur du Mémoire a patiemment recueilli et classé en 
leur ordre chronologique la plupart des documents, lettres, 
rapports, circulaires, devis et autres pièces concernant la 
restauration de la cathédrale. 1] n’a cependant pas le préten- 
tion d’avoir tout dit.en épuisant le sujet : il fait modestement 
cet aveu en sa préface. Nous avons donc considéré son tra- 
vail comme une contribution à l’histoire de la cathédrale et 
non pas comme une histoire définitive. Il nous a paru, à ce 
titre, digne de toute louange. Les documents qu'il reproduit 
ou signale fourniront à l'historien de l'avenir de précieux 
matériaux disposés en ordre parfait et déjà tout. prêts à ètre 
mis en œuvre. Ce sera pour la plus grande gloire de Mon- 
seigneur de la Tour d'Auvergne, et peut-être pour le plus 
grand profit de la cathédrale si cette publication peut amener 
l'achèvement de sa-tour. 

En attendant, Messieurs, votre Comunission propose de 
pe point retarder d'autant la récompense méritée par l’auteur 
de l'étude sur la cathédrale d'Arras. En lui décernant une 
médaille d'argent vous ferez œuvre de justice et vous lui 
permettrez d'entretenir « lelong espoir et les vastes pensées. » 


Re Dee me 


ÉPAISSEUR 


RAPPORT 


SUR LE 


Concours des Beaux-Arts 


par M. Léonce VILTART, 


Chancelier. 


Ÿ y a un an, l’Académie récompensait un mémoire 
© consacré à François-Nicolas Chifflart, le peintre audo- 
marois qui venait de décéder ; cette année, dans le mème 
Concours des Beaux-Arts, est soumis à votre appréciation 
un travail sur la vie et les œuvres d’un statuaire, audo- 
marois également, mais encore vivant et pour longtemps, 
nous en avons plus que l'espoir ; 1} a quelques chances 
d’immortalité, puisqu'il fait partie de l’Académie au titre 
de membre honoraire. C'est dire qu’il compte parmi vous 
de nombreuses et solides amitiés qui, d'ailleurs, ne datent 
pas d'hier. En 1869, vous lui accordiez le Prix des Beaux- 
Arts; en 1879, il modelait d’une main ferme le buste de 


M. Paris et, plus tard celui de M. de Mallortie. J'ai nommé 


Louis-Noël, l'homme bienveillant et serviable par excel- 
lence, l'ami sûr, le maitre incontesté, l’auteur de belles et 
nobles œuvres, le statuaire qui a magnifié tant d'artistes, 


de prélats et de généraux dignes de vivre dans la mémoire 
des hommes. 
28 


— 434 — 


L'auteur du Mémoire peut-il se flatter d'avoir, à son tour, 
élevé un monument ? Votre Commission ne le pense pas 
d’une façon absolue ; mais elle m'a chargé de dire bien haut 
que ce travail étendu est plein de sérieuses qualités et qu'il 
restera comme une mine de fort exacts renseignements. Au 
point de vue documentaire, en effet, on ne peut rien de plus 
complet. Pas à pas, nous suivons Hubert-Noël Louis. de 
Ruminghem, son village natal, à Saint-Omer, où il est élève 
du lycée et des Ecoles académiques, et de Saint-Omer à 
l'Ecole des Beaux-Arts de Paris ; dès ses plus jeunes ans, 
la renommée Île précède et la gloire le suit. Prix d'excellence, 
premiers prix de dessin, médailles d'argent, de vermeil et 
d'or, se suivent d'année en année jusqu'en 1863 où Hubert- 
Noël Louis ou plutôt Louis Noël est reçu au Salon et entre 
dans la carrière. Un second chapitre nous fait passer de 
1863 à 1870; un troisième de 1870 à 1880 et ainsi de suite 
jusqu'à nos jours. Il y a de piquants détails ; celui-ci, par 
exemple. Un jour, un rédacteur du Mémorial Artésien 
énonça, par mégarde sans aucun doute, que Louis-Noël 
était né à Saint-Omer ; aussitôt tout Ruminghem se leva 
comme un seul homme et le maire de cette importante 
commune écrivit de sa plus belle encre : 


(« MONSIEUR LE RÉDACTEUR, 


« [l appert des registres de l’état-civil de cette commune 
» que, le 2 avril 1839, à deux heures du matin, y est né 
» Hubert-Noël Louis, fils de Noël-Hubert-Joseph-Augustin 
» Louis et de dame Marie Joseph Barrois. 

» En annonçant à vos lecteurs la fête d'Angers, vous dites 
» dans votre numéro du 22 courant, que l’auteur de la statue 
» de David d'Angers, M. Hubert-Noël Louis, est né à Saint- 
» Omer. | 

» Nous sommes heureux d'être de l'arrondissement 
« de Saint-Omer qui a déjà tant d'enfants illustres ; si 


— 435 — 


« nous avons la gloire d’avoir donné le jour à l’un d'eux, 
» il serait charitable de nous la laisser. 

» M. Noël Louis a bien voulu, lui, se souvenir qu'il était 
» n6 à Ruminghem. Il y a déjà plusieurs années qu'il a 
» donné à notre église une de ses œuvres si recherchées et 
» si précieuses. 

» Je connais assez votre loyauté, Monsieur le Rédacteur 
» en chef, pour avoir la certitude que vous voudrez bien, 
» en insérant ma lettre, donner satisfaction aux habitants 


» de ma commune. » 
SIGNÉ : Le Maire de Ruminghem,. 


Le journaliste répondit fort judicieusement que, si la 
commune de Ruminghem était, en quelque sorte, la mère 
de l'enfant, Saint-Omer était le père de l'artiste, puisqu'il 
avait reçu dans ses écoles académiques les premiers éléments 
de son art. 

Dans la page du Mémoire qui suit celle que je viens de 
résumer, l’auteur commet une inexactitude, sinon une 
injustice, qu’il importe de relever afin qu'il s’amende. Il 
prétend que les journaux du Pas-de Calais gardéèrent Île 
silence sur le succès de Louis-Noël dans le concours 
d'Angers et il ajoute que, d'ailleurs, cette étrange conduite 
fut tenue à l'égard de maints artistes de valeur du dépar- 
tement, notamment Louis Breton. Or, Louis Breton n'a 
exposé qu'une fois sous le pseudonyme de Noterb et ne fut 
qu'un amateur très intermittent, sans prétention aucune. 
Le biographe a-1-il fait une erreur de prénom et voulu dési- 
gner Emile Breton ? Notre protestation n'en serait pas moins 
vive. Le beau, le grand, le saisissant talent d'Emile Breton 
n'a, nulle part, été mieux compris, prôné davantage et plus 
mis en lumière que dans notre Artois et, puisque j'ai cité le 
nom de notre éminent compatriote, je ne ferai que suivre 
votre pensée el la formuler en lui adressant l'hommage de 
la profonde admiration de l’Académie qui n’a qu’un étage à 
descendre pour contempler dans noire Musée deux de ses 


— 436 — 


chefs-d’œuvre, Un orage à Courrières et Chemin dans ia 
nuit. 

Je n'ai pas besoin de transition pour revenir à Louis- 
Noël et à son biographe: nous n'avons pas quitté les 
sommets artistiques du Pas de-Calais. 

Le Mémoire qui vous est soumis n'est pas définitif. 
L'auteur aura à y revenir pour le compléter, ce qui lui sera 
facile, s’il peut obtenir, et je le pense, les mêmes chances 
d’immortalité que Louis-Noël. Qu'il y revienne aussi au 
point de vue de la forme qui, bien que correcte et mème 
élégante, est souvent hâtive. Je dois aussi noter que l'auteur 
a eu tort de ne suivre qu'une simple méthode d'exposition 
qui fait de son travail quelque chose conmme une nomen- 
clature sans autre ordre que l’ordre chronologique, sans 
lien et où manque l'unité qui vivifie, indispensable à tout 
écrit. Pourtant, au moment de conclure, il s’est souvenu 
fort à propos que notre Musée possède la plupart des œuvres 
du staluaire, marbre, bronzes ou plâtres ; on pouvait 
craindre un pénible résumé et l’on fait une très agréable 
promenade. 

Ceci dit, je vous propose au nom de la Commission des 
Beaux-Arts, d'accorder une médaille de vermeil au biographe 
de Louis-Noël, qui a pris pour devise, ac el espera. 

En adoptant nos conclusions, vous justifierez ces espé- 
rances, si vous ne les comblez pas. 


Se 


RÉ ERARESS SEC 


RAPPORT 


SUR LE 


Concours de Poésie 


PAR 
M. Jean PARIS 


Membre résidant. 


JA vouons la dure vérité: les poètes se font rares, — chez 
A2 nous du moins. — En ce jour de solennelle parade, 
nous en alignons tout juste quatre. Défilé maigrichon, diront 
les méchantes langues. 


Que sont donc devenus les autres ? Aimés des Dieux, tels 
jadis Gilbert ou Hégésippe Moreau, sont-ilstous morts jeunes, 
victimes de l’exceptionnel printemps que nous avons subi ? 
Je recule devant cette sombre hypothèse, qu'excuserait mal 
notre amour-propre saignant de juges sans justiciables. Que 
deviendrait le monde, si, cette année, l’Ange de la Neuras- 
thénie avait touché du bout de l'aile tous les chercheurs de 
rimes et d’idéal ? Que deviendrions nous, simples mortels, si, 
aux carrefours des routes grises et plates de l'existence, nous 
ne devions plus rencontrer un seul chanteur qui souffrit 
poétiquement du mal de vivre ? 


Non, les quatre réfugiés qu'abrile notre toil ne sont pas 
les derniers spécimens d’une race condamnée. I] doit exister, 


— 438 — 


il existe encore d’autres poètes. Ils sont ailleurs, voilà tout. 
Nos églantines et nos violettes leur indiffèrent. [ls ont préféré 
des jeux floraux moins parcheminés. Ils sont partis à travers 
champs, à la conquête des bleuets et des coquelicots qui 
restent, 


« Dans les grands blés mûrs quand vient Messidor » 


Sans leur jeter une pierre destinée à retomber dans notre 
jardin, nous assistons impuissants à leur exode et nous restons 
seuls ou presque seuls, Mecénes à clientèle réduite, à voir 
tourner à nos pieds notre ombre et celle du beffroi. 


Douloureux thème d’élégie ! Lamentable canevas de 
complainte ! Que ne suis-je poète, pour rythmer et assonancer 
nos larmes, au lieu de les épandre vulgairement en prose! 


* 
«+ *« 


Nos quatre fidèles sont-ils au moins quatre consolateurs ? 
Hélas ! un seul mérite vraiment ce titre et la récompense y 
annexée. Pour ne pas décourager les bonnes volontés, je 
voudrais que devant les autres notre grande douleur fût 
muette, Mais le silence ne m'est pas même permis. Le juge, 
dit la loi, doit motiver sa sentence. C'est ainsi seulement 
qu'il calme sa conscience et libère son âme. J’essaierai donc 
de vous dire pourquoi trois fronts restent sans lauriers et 
quelle couronne il convient de tresser pour l’unique triom- 
phateur du concours de 1902. 


» 
+ * 


L'auteur des Poèmes sombres semblait arriver À son 
heure, au milieu de notre détresse. Son titre était le bien- 
venu. La nuit promise devait succéder harmonieusement 
au crépuscule des dieux dont nous sommes les pontifes. 

Mais, lecture faite, nous avons eu une déception Il ya 
dans ces deux cents vers trop de päles fièvres, de sourires 


— 439 — 


éteints, de cœurs glacés, de tombes, de linceuls, de goufîres, 
pour que l'œuvre ne soit pas suspecte de littérature toute 
pure, sans une de ces notes de peine intime, profonde et 
discrète comme en ont eu Villon, Verlaine et parfois Musset, 
Dans sa tentative de défrichement d’un terrain fougueuse- 
ment romantique, l'auteur des Poèmes sombres semble avoir 
eu avant tout le souci d’une production intensive qui dépassât 
celle des meilleurs jardiniers de la souffrance. Mais la 
récolte n’a pas payé ses peines. 


Rien ne vaut une citation. Lisons sans parti-pris : 


Oh ! les parfums flottants dans l'or du crépuscule 
Qui montent vers l'amour dans les jardins songeurs, 
Parfums si doux, parfums dont la caresse ondule 
Sur les âmes, comme les brises sur les fleurs | 


Des fleurs, Ô mon amour, veux-tu des fleurs encore, 
Fleurs de beauté, fleurs de rêve, fleurs de langueur, 
Fleurs dont l'âme de rêve en rêve s’évapore 

Sur tes yeux et sur tes lèvres et sur ton cœur | 


Le ciel d’or s’est voilé de vagues nostalgies 

Où tremblent les soupirs des parfums épuisés, 

Et les fleurs ont pâli sur nos lèvres unies, 

Versant tous leurs baisers mourants dans nos baisers. 


Elles souftrent peut-être. Oh ! comme elles sont pâles 
Vois ; leur front incliné s'affaisse tour à tour 

Mais leur douleur s’épanche en douceurs idéales 

Elles mourront d'amour en embaumant l'amour. 


Ne soyons pas injustes. Notre mission est de lire des vers 
et non pas de sonder des cœurs. Je ne veux pas affirmer 
que sous ces formules critiquables il n'existe pas une sensi- 
bilité. Mais l'émotion se dégage mal de la phraséologie. On 
a peine à la comprendre et à la partager. 


Après tout, cette constatation, faite en toute franchise, est 


—.410— 


sans doute fort indifférente au poète car, en lisant ce quatrain 
de Lassitude, 


Pourtant je ne suis qu’à l'aurore. 
De mes destins. J'entends vibrer 
Mon âme ; et j’ai paut-être encore 
Des larmes d’amour à pleurer ! 


je me suis souvenu instinctivement de ces jolis vers que 
Paul Mariéton a mis en préface à La Viole d'amour : 


Non, non, je ne suis pas ce qu’on nomme un poète. 
Je n’ai jamais chanté que pour bercer mon cœur. 
Doux sont mes tristes vers, résignés sans tempête 
Et dédaigneux du monde au sourire moqueur. 


Mes pauvres vers d'amour ! Je vous hais ; je vous aime ; 
Je vous hais pour le mal qui vous donna le jour. 

Je vous aime encore plus pour le repos suprôme 

Que je ne dois qu’à vous, mes pauvres vers d'amour! 


Si notre poète, comme je le crois, n’a lui aussi chanté 
que pour bercer son cœur, il se consolera facilement de 
nous trouver insensibles à la mélodie qui l’endort. En fait 
de berceuses, chacun pour soi. C’est peut-être le dernier mot 
de toute poésie et la condamnation de toute critique. 


Le poème Fides est d’un autre genre. Si nous n'avions 
qu'à honorer une foi sincère, à louer le très noble désir de 
traduire les sentiments élevés inspirés par cette foi, notre 
devoir serait de nous incliner profondément. Mais nous ne 
sommes que des appréciateurs de formes littéraires : et il 
faut bien constater qu'ici la réalisation est restée inférieure 
à l'intention. Tout entier à son sujet, la glorification de la 
foi catholique, de ses apôtres, de son chef, l’auteur n’a pas 
su garder les portes de son œuvre. Des bataillons d'idées 


— A4 — 


déjà exprimées, de formules toutes faites, d'images peu 
cohérentes ou vieillies ont pénétré dans le poème comme dans 
une ville ouverte. Je n'affirme pas sans preuves. Témoins 
ces quatre vers, au cours d'une apostrophe à la Foi: 


Comme un palmier, tu crois, tu grandis, tu t’élances ; 
Près des grands cieux d'azur, seule tu te balances ; 

Et ton tronc séculaire, aussi dur que le roc, 

Du flot des passions n’a jamais craint le choc. 


La comparaison est la plus dangereuse des figures de 
rhétorique. Chateaubriand en fit, dit-on, la dure expérience 
lorsque ayant écrit qu'un flament prenant son vol ressemblait 
à une flèche empennée, il fut prié par un ami naturaliste 
possesseur de cet oiseau rare, de constater de visu combien 
l’affirmationétait inexacte. Ici, non seulement la comparaison 
cloche : mais la série d'images qui suit ne la remet pas sur 
pieds. S'il est rare en effet que des troncs séculaires soient 
battus par les flots, il est moins admissible encore, à raison 
de leur âge et de leur granitique dureté, qu'ils soient aptes à 
se balancer comme le veut l’auteur. Fort irrévérencieuse- 
ment, j'ai rapproché le malencontreux quatrain du début 
célèbre d’une scie d'atelier : « Un vent léger balançait dou- 
cement la cime des pyramides. » Et, réflexion faite il m'a 
semblé que cette dernière idée était à peine plus hardie que 
l'autre. 


Je ne voudrais pas vous laisser sous l'impression de 
quatre vers. Pour obtenir le pardon de l'auteur, laissez-moi 
vous lire le meilleur fragment du poème. Il s’agit de la 
mission du prêtre : | 


Comme le Dieu sauveur qui sur la Madeleine 
Répandit tout l’amour dont son âme était pleine 

Er voulut bien l’absoudre et lui tendre la main, 

Tu vas, toi, vrai pasteur, cherchant sur ton chemin 
La pauvre âme qui fuit, loin du bercail peut-être 
Et qu’au soir de tes jours co même divin maitre 


= 110 — 


Te redemandera. Quand fouillant les buissons 

Qui bordent les sentiers perdus dans les vallons, 

Le front tout en sueur, la main toute sanglante, 
Tu l’auras retrouvée, et que sur toi râlante 
Epuisée et meurtrie elle reposera, 

Alors, Ô prêtre heureux, viens et dépose-la 

Aux pieds de son Sauveur, ton Seigneur et ton Maitre ; 
Car pour cette seule âme, un jour il te fit naitre ; 
Et plus tard, te sacrant, Prêtre pieux et saint, 
Voulut que de sa main au ciel tu fusses ceint. 

Ta tâche en ce beau jour, Prêtre, sera remplie, 
Puisque jusqu'à la fin, tu l’auras accomplie, 

Et que tu Jouiras de ton plus saint désir : 

Sauver une seule âme, une âme et puis... mourir. 


Moralisateur et justement ennemi des théories dange- 
reuses de l’Art pour l’Art, un troisième poète s'annonce par 
celte formule : « Celui qui tient une plume doit s'en servir 
pour faire le bien. » 


Nous rendons hommage, non seulement à la devise, mais 
encore et surtout à l'émotion vraie de cerlaines pièces où 
s'abritent des sentiments très tendres à l’égard des enfants, 
vers lesquels s’en va droil le cœur aimant du poète. Témoins 
Charité, Rires d'Enfants et Petits Ingrats, iucontestable- 
ment les meilleurs poëmes du recueil. 


Un exemple tiré de Charité : 


La petite Lisette a, dans la journée, rencontré un vieux 
mendiant ; elle lui a donné une pièce blanche, et le soir venu, 
elle est encore loule joyeuse de cette offrande ; car elle a 
une bonne petite âme — une petile âme qui pense déja très 
loin comme vous allez voir — : 


— 443 — 


Pourquoi des pauvres, dis? Je ne comprends pas, moi. 
Et pourquoi laisse-t-on le pauvre en sa misère, 
Puisque nous sommes tous enfants du même père ? 

Si mon frère que j'aime avait soif, avait faim, 

Je lui donnerais, moi, de mon pain, de mon vin, 

Un coin de ma maison s’il était sans demeure. 

Ah | pourquoi laisse-t-on pleurer l’homme qui pleure ? 
Et pourquoi voyons-nous, — 6 spectacle affligeant, — 
Tant de petits pieds nus, de mères sans argent ? 

Et ce pauvre vieillard ! N’est-il pas lamentable 

Qu'un grand papa si vieux couche dans une étable, 
Sans lit, sur de la paille, où tout son corps a froid? 
Pourquoi ne vient-il pas rester chez nous ? Pourquoi ? 
Depuis que grand papa dort dans le cimetière 
Maman-grand ne rit plus ; il serait mon grand père 
Tous deux ils causeraient du bon vieux temps passé 
Et lui ne serait plus un pauvre délaissé. 


Vous devinez le dénouement ; car, dans les livres la charité 
enfantine n’a pas de peine à faire des miracles : 


Le lendemain matin le père de Lisette 
Comblant le cher souhait de la tendre fillette 
Recut à son fover l’homme sans feu ni lieu 

Et le vrai grand-papa sourit chez le bon Dieu. 


Il faut bien le dire : nous suivons plus difficilement 
l’auteur quand, à cheval sur son excellent principe, il part 
en guerre contre l'alcoolisme, les combats de coqs ou la 
race anglo-saxonne, trois des plaies de notre époque. Malgré 
la noblesse du but, il y a lieu de faire des réserves. 


De l’ode aux héros du Transvaal où « nobles boërs » rime 
obligatoirement avec «les Anglais ces vautours », je parlerai 
peu et pour cause. Les imprécations platoniques à l’Europe 
spectatrice de l’agonie sud-africaine ne vaudront jamais la 
simple et grandiose constatalion de l'éternel égoïsme 
humain inscrite dans la Bible au livre de Job : « Celui dont 


— 444 — 


les pieds sont près de glisser est aux yeux de celui qui ést 
dans la prospérité comme une lampe dont on ne fait plus de 
cas ». On a trop écrit sur ce sujet, et trop inutilement hélas, 
en oubliant que mille manifestations scripturaires ne valent 
pas un acte. Au lendemain de la fin lamentable de l’épopée 
transvaalienne, un silence discret et pas fier s'impose au 
monde dit civilisé, et par suite à nous tous, puisque nous 
en sommes. N’en déplaise à l’auteur, qui peut-être à l'heure 
actuelle n’est pas loin de parlager mon sentiment, « Pensons- 
y toujours et n’en parlons jamais. » 


Pour changer de conversation, aucun sujet d'actualité 
n’est préférable à l’alcoolisme. Cauchemar d'ivragne étant la 
pièce de résistance du recueil, permettez-moi de vous l'ana- 
lyser. 

Un ivrogne dormait, ivre-mort, indécent, 
Tout à conp, dans un rêve un spectre surgissant 
Le prit et l’emporta sur le dos d’un nuage. 


Et voilà le nuage, qui a bon dos, et sa charge partis pour 
un dramatique voyage. 


L'ivrogne, fâcheux début, — se voit ramassé par la police. 


Dans la vie, c’est généralement l’épilogue ; mais ici, — en 
rève, — c’est le chapitre premier. 


Deux agents qui passèrent soudain, 
Voyant sur le pavé cette masse difforme 
Menèrent en prison la brute en bonne forme. 


Chapitre second : Au sortir du violon, où les deux agents 
l'ont sans doute initié aux mystères du « passage à tabac », 
notre pochard, mettant à profit la leçon, bat comme plâtre 
sa femme et ses enfants. 


Ce n'est plus un époux et ce n’est plus un père. 
C'est un tigre. 


Chapitre trois : Le cauchemar s’accentue ; l’ivrogne voit 
son fils traduit en correctionnelle et entend un avocat ori- 


= AS = 


ginal plaider en vers la théorie de l’hérédité : {l'avocat a 
raison ; ces lhèses-la, plaidées en prose ne produisent aucun 
effet sur la magistrature). 


Chapitre quatre : La race ne s'améliore pas ; au contraire, 
Le petit-fils de l’ivrogne — gradation ascendante — meurt 
sur l’échafaud. 


Et ainsi de suite. D’autres descendants — car l’ivrogne 
est prolifique — défilent, étalent leurs tares : 


Cinq filles et deux fils, dont trois épileptiques, 
Tous violents, sournois, buveurs, luxurieux. 
L'un fut un assassin ; tous furent malheureux. 


Le premier plus que les autres, je pense. 

Nous allons jusqu’à la quatrième génération : et comme 
il faut une fin, la tribu se rassemble et maudit en chœur 
l'auteur commun : 


Toi qui devais pour nous être l’aïeul auguste 
Honte et malheur sur toi. 


C’en est trop. Le spectre, un peu négligé depuis le début, 
intervient. Pour que la leçon de ces tragiques évènements 
soit complète, expéditivement, en trois vers (trois vers | 
l’ivrogne doit trouver que c’est bien peu), il se fait justicier 
et bourreau 


. «+ .« .« Le spectre dit : c’est juste; 
Et puis il étrangla l’ivrogne sans remord 
Et du pied le jeta par terre. Il était mort. 


Faisons comme le poëte, arrétons-nous et ne piétinons 
pas ce cadavre. La ligue antialcoolique, nous a déjà mis 
sous les yeux ces temps-ci d’effrayants tableaux synoptiques. 
Grâce à elle, lignoble /acies de l'ivrogne, ses poumons 
tuberculeux, ses reins racornis, son cœur dégénéré, son foie 
et sa rate avariés, n'ont plus de secrets pour nous. S'il plaît 
à l’excellente société, de passer du domaine de la physiologie 
dans celui des sciences morales, la voie est tout indiquée, 


= LG 


Et fasse le ciel que grâce à ces moyens, la consommation 
de l'alcool non industriel diminue en France d'un hectolitre, 
ce que je souhaite sans oser l’espérer. 


# 
+ + 


Je n'étais pas sans inquiélude le jour où, pour la première 
fois, j'ouvris un manuscrit intitulé Mon petit coin, avec ces 
quatre mots : « Chez nous, Chez moi », en sous-titre. Ses 
dimensions, sa lable, (trente quatre numéros en soixante-six 
feuillets, s’il vous plaît: la matière d'un joli petit volume 
de chez Lemerre), me causaient à l’avance quelqu'émoi. 
Mais « À brebis tondue Dieu mesure le vent ». J'ai tout lu 
et, avec le même intérêt, j'ai tout relu. 

L'auteur va nous faire lui-même les honneurs de ce petit 
coin : 

C'est le petit coin de la grande terre 
Où je suis né ; 

C'est le petit coin du grand légendaire 
Où j'ai glané ; 

C’est le petit coin de la vie austère 
Où j'ai souri ; 

C'est le petit coin cher au solitaire 
Que j'ai chéri. 


Le sous-titre est donc plus exact que le titre. Il n°y a pas 
un, mais deux petits coins : un pelit coin de terre d'Artois, 
de terre de Morinie, pour être tout à fait exact, et un petit 
coin d'âme de Morin. 


E:ctremi hominum Morini : les Morins du bout du monde! 
L'épigraphe répète ce que disait Virgile à l'époque où nous 
représentions l’'Extrême Nord, où Thulé des Brumes passail 
pour une ile de légende, où les ancètres d’Ibsen el de Bjorns- 
terne Bjornson n'étaient pas encore découverts. 


Cette terre des Morins a de charmantes légendes et une 


— 447 — 


fière histoire également familières au poète : un «enraciné », 
dirai-je à son éloge. 


En des temps lointains, au cours d’une vie antérieure 
sans doute, il a assisté le 3 mai d’une année dont le millésime 
n'est pas sûr, aux fêtes de la Croix à Samer. Il a figuré 
dans les processions en tèle desquelles, devant l’abbé mitré 
de Saint-Wulmer, venaient se placer lout-à coup le cerf et 
la biche envoyés du Ciel. Il a vu le démon de la chasse et 
de la gourmandise tenter les gens « friolets » de Samer. Il 
a entendu ronfler l'arbalète meurtrière. Il a assisté à l’agonie 
des pauvres bêles, et à l’exquise dinée qui s’en suivit au 
grand scandale de tout le comté de Boulogne. Aussi sait-il 
à merveille pourquoi, dans les processions contemporaines, 
dont le ciel courroucé détourne ses regards, jamais cerf 
ni biche ne figure, et pourquoi, aujourd’hui encore, les 
Samérois baissent la Lête, quand tel disputeur d’un village 
voisin leur lance en guise d’argument la malveillante et 
patoisante épithète de « Maqueux de biches ». 


Le poète élait là aussi, le jour où toute une noce villageoïse, 
entrainée par la folie du plaisir, a osé continuer la danse au 
lieu de se signer pieusement au passage du Viatique. Il sait 
que la foudre est tombée sur ces mécréants que : 


Le violoneux archet en main, 
Les mariés et ie notaire, 
Et les parents et les amis 


ont été changés en pierres sur place et dorment là depuis 
lors. Aussi, quand il visite les « Neuches » de Landrethun, 
près Marquise, n'est-il pas surpris de constater que 


Ces blocs oblongs couchés par terre 
Portent comme des corps humains 
Un réseau de veines sans nombre 
Et d’artères où le flot sombre 

Du sang mort se serait durci. 


419 — 


Le beffroi de Boulogne évoque en lui d’héroïques sou- 
venirs : 


Dans ses flancs que verdit la mousse familière 
Face à l'invasion la Patrie a tenue. 


Quand sonne la pesante Estourmie il revoit sainte Ide de 
Lorraine chantant près du berceau de son fils Godefroy. 
Devant le hâvre ensablé d'Ambleteuse se balance pour lui 
la frégate en deuil de Jacques d'Angleterre, ce précurseur 
d’autres « rois en exil » sur la terre hospitalière de France 


La tour Caligula jadis, 


Lchfiinuone tour d'ordre, phare ardent, 
Etoile de l'espoir sur la mer inhumaine, 


lui inspire une mélancolique ballade : 
La tour Caligula, qu’est-elle devenue ? 


Il connaît même, jurisconsulte disert, certain arrêt du 
Parlement indigné de l’incurie des administrations locales 
qui condamne la ville de Boulogne à servir à ses voisines, 
Amiens et Arras, jusqu'à parfaite restauration du vieux 


phare, une rente annuelle de deux mille saurets. 
/ 


Hélas, la Tour Caligula est toujours en ruines, et Boulogne 
ne paie pas, et nos échevins laissent dormir nos droits. Je 
m'unis au savant faiseur de ballades pour signaler à la 
municipalité d'Arras cette ressource budgétaire oubliée. Si 
la prescription n’était pas là, quel nombre respectable de 
caques représenterait l’arriéré des annuités échues | Et qu'il 
serait beau de voir cette réserve de salaisons arriver au 
nouveau quai, un jour de réjouissances publiques, sur un 
bateau monté par le poële | 


La Tour Caligula et les saurets ne sont pas seuls à nous 
révéler que notre auteur est un Morin de la côte. La mer est 
son thème favori. Ecoutez cette pittoresque chanson boulon- 


= 10 = 


naise que Botrel ou Yann Nibor signeraient volontiers, et à 
travers laquelle passe l’âme confiante et résignée d’une race. 


Espérez (1), femme et petiots 

Du bon pécheur de la côte, 

Les vrais z-hérings, les plus biaux 
C'est les premiers ; et sans faute 
Sont tous sortis les batiaux, 
Espérez, femme et petiots. 


En sortant Zacque et Zan-Pierre ! 
Ont tiré leurs grands suroits (2) 

Et tournés vers la Beurrière 

— La falaise, où qu'est la croix, — 
1ls ont fait une prière 

En sortant Zacque et Zan-Pierre 


Dieu les garde à ce matin | 

La vache (3) au bout de la digue 
Meugle au vont ; sûr et certain 
Qu'il lui fait danser la gigue.….. 
Et les hommes qu'on atteind ? 
Dieu les garde à ce matin ! 


Le vent court, hurlant : « Naufragol » 
Le flot saute échevelé : 

Les femmes quittant l'ouvrage 

Vont à Zésus-Frazellé (4) 

Chercher au moins du courage. 

Le vent court, hurlant : « Nautrage ! » 


(1) Espérer : Attendre. 
(2) Grands chapeaux à bords rabattus, 
(3) Nom populaire de la bouée à air comprimé, 


(4) La petite chapelle de Jésus-Flagellé à Terlincthun, 29 


— 450 — 


Quand l'ouragan est passé, 
Oh ! ces femmes à l'espère (1) 
Et leur regard angoissé | 
Fieux, reviendra-t-il le père 
Sous sa voile de borsé (2) 
Quand l'ouragan est passé. . 


Il faut des marins, ’Zabelle..…. 
Grammint (3) sont restés partis ; 
Mais, vois-tu, la mer est belle; 
Elle attire les petits 

Après leur père ! elle appelle. 

1l faut des marins ‘Zabelle |! 


Et pour ne pas quitter la mer sans un regard à sa Madone, 
transcrivons la prière émue de ce sonnet : 


J'écoute la tempête. Elle me trouble l'âme, 

Là-bas, comme le vent doit hurler déchainé 

Sur les flots ! Comme il doit pousser, dresser la lame! 
Peut-être devant lui s'enfuit, infortuné, 


Quelque bateau déjà plein d’eau... Je vous réclame 
Et vous supplie, aidez au pêcheur consterné, 
Madone de Boulogne, Ô suzeraine et dame! 

La vague est en fureur, le bateau condamné. 


Etoile, daus le ciel où courent les nuées 
Orageuses, d’un vol insensé, rallumez 
L’espérance au dessus des fils que vous aimez, 


Sur la mer démontée, aux lugubres huées, 
Vierge, étendez la main, et les orages font 
Silence... Et la mer dort en un calme profond... 


(1) A l'Espère : au guet ; dans l'attente. 
(2) Borsé, toile à voile en tissu brun, 
(3) Grammint : beaucoup. 


— 451 — 


Après] cette revue sommaire de Chez nous, que vous 
dirai-je de Chez moi? Les poèmes d'intimité s'analysent 
mal, et trop de pièces seraient à citer. Si le manuscrit devient 
un livre, lisez-le en toute confiance. Vous passerez un 
instant charmant au milieu de ces sonnets, de ces rondeaux, 
de ces villanelles, de ces « rostanderies » (un néologisme à 
noter) ; car les rythmes difficiles n’effraient pas l’auteur et 
tentent souvent sa curiosité de souple versificateur. Vous 
trouverez mieux encore ; des pièces particulièrement bien 
venues, telles qu'Ælévation, vous donneront une sensation 
supérieure de haute poésie. 


Ceci dit, comme à toute médaille il faut un revers, je 
risquerai upe critique : à peine une crilique ; un conseil 
plutôt, et d'ordre général : « Défions-nous des vers qui 
viennent au courant de la plume ; ce ne sont pas toujours 
les meilleurs ». Je crains que l’auteur me cherche la-dessus 
querelle ; car j'ai lu une audacieuse apologie de la Faculité 
dans tel sonnet du recueil. Mais j'accepte la discussion ; 
quand tous les arguments seront epuisés, il me restera la 
ressource de passer des vers à la prose, de renvoyer mon 
contradicteur aux manuscrits de Flaubert et de lui demander 
simplement : « Croyez-vous que l'œuvre du maître resterait 
malgré les années un incomparable modèle d’ « écriture 
artiste », si les consciencieuses ratures que voilà n'avaient 
impitoyablement sabré le premier jet ? ». Comme mon 
contradicteur est un lettré, et même un professeur, (j'ai lu 
ce détail quelque part), je suis sùr d'avance de sa réponse et 
de sa défaite. 


Mais trève de critique ! Pour que le dernier mot soit au 
poëte, voici l’Heure douce : 


Avant que chaque soir se ferment mes paupières, 

Quand le silence enfin s’est fait autour de moi, 

Je songe.... puis j'écris des chansons, des prières, 
Selon mon goût, mon rêve, mon Soi 


— 452 — 


Heure douce de l’ombre, heure où tout se recueille, 
Où l’on entend le moindre insecte bourdonner, 

Où l’on entend la brise agiter une feuille, 

Où l’on entend son propre cœur sonner. 


Et mon cœur bat plus fort à l’heure de délice, 
Où de la paix profonde, enfin je puis jouir, 
Au moment où la fleur referme son calice 

Je sens mon Ame en moi s'épanouir. 


Et dans l'ombre propice aux longues réveries, 

J'effeuille de mon cœur les souvenirs aimés : 

Et je vois lentement des figures chéries 
Passer devant mes regards embrumés. 


Délicieusement l'heure après l’heure passe, 

Au tic-tac de ce cœur qu’émeut le souvenir ; 

Je sens monter, flotter un parfum dans l’espace, 
De tels moments ne devraient pas finir. 


C'est le parfum subtil des fleurettes séchées, 

Qu'on retrouve aux feuillets des livres de jadis, 

Demeurez, des jours morts parcelles arrachées, 
Durez, parfums des lointains paradis | 


Le seul parfum suffit pour évoquer la plante, 

Le souvenir suffit pour revivre un passé, 

Quand on les cherche avec une tendresse lente, 
Soul dans la paix douce du soir lassé. 


En guise de remerctment, il me reste un souhait à adresser 
au poète. Puisse lui être douce, presqu’à l'égal de l'heure 
qu’il vit chaque soir, quoique moins intime et moins recueil- 


— 453 — 


lie, l'heure que ses vers ont passée parmi nous, l'heure au 
bout de laquelle notre Académie, si elle ratifie les proposi- 
tion de sa Commission, décernera une médaille d'or de cent 
francs à l’auteur de « Mon petit coin », en exprimant le désir 
qu'il offre bientôt au public une gerbe choisie, faite des plus 
beaux épis glanés par lui dans les champs d'Artois. 


LAURÉATS DES CONCOURS 


DE 1902. 


—— DC — 


HISTOIRE 


Prix Braquehay (400 francs) : 
M. Roger RODIÈRE, de Montreuil-sur-Mer. 


Mémoire sur les prieurés de Beaurain et de Maintenay. 


Médaille d’or : 
M. l'abbé J.-B. REMBERT, à Calais. 
Histoire de l’abbaye de St-Josse. 


Plaquette d'argent : 
M. l'abbé Pierre DEBOUT, d'Arras. 
La Cathédrale d'Arras et Mgr de la Tour d'Auvergne. 


— 455 — 


BEAUX-ARTS 


Plaquette en vermeil : 


M. Louis NOEL, de Saint-Omer. 
Le statuaire Louis Noël, 


POÉSIE 
M. l'abbé Joseph MERLENT. 
Professeur au Collège Saint-Joseph à Arras. 


Mon petit coin. 


SUJETS MIS AU CONCOURS POUR 1903 


nn em 


HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE. 


Histoire d’une Ville, d’une Localité ou d’une Abbaye du 
département du Pas-de-Calais. 


Monographie d’une Eglise cathédrale ou paroissiale, d’une 
Maison conventuelle, d’une Maison hospitalière, d’une Insti- 
tution civile ou religieuse de la Ville ou de la Cité d'Arras. 


LITTÉRATURE. 

Une pièce ou un ensemble de poésie de deux cents vers 
au moins. Tout en laissant le choix libre, l’Académie verrait 
de préférence les concurrents s'inspirer de quelque sujet 
intéressant les provinces du Nord : Artois, Flandre et 
Picardie. 

—_— 


BEAUX-ARTS. 


Histoire de l’Art ou de l’une de ses parties dans l’Artois. 
Biographies d'artistes artésiens. 


SCIENCES. 
Une question de Science pure ou appliquée. 
Statistique industrielle du Pas-de-Calais, avec carte à 
l'appui. 
Etudes anthropologiques sur les races que l’on rencontre 
dans le Pas-de-Calais. 


PRIX BRAQUEHAY 


Une rente de 400 fr. provenant d’un legs fait à l'Académie 
d'Arras par M. A. Braquehay pourra être décernés en prix 
aux auteurs des meilleurs ouvrages historiques, archéolo- 
giques ou autres, concernant Montreuil et la partie de son 
arrondissement ayant ressorti à la Picardie, 


= AT = 


Les personnes qui présenteront un ouvrage au Concours 
d'histoire sont priées d'indiquer si elles entendent prendre 
part au Concours général d'histoire ou au Prix Braquehay. 

A défaut d'indication, l'affectation sera faite par l'Aca- 
démie. 

RE 

En dehors du concours.l’ Académie recevra tous les ouvra- 
ges inédits { Lettres, Sciences et Arts) qui lui serontadressés, 
pourvu qu'ils intéressent le département du Pas-de-Calais. 

Des médailles, dont la valeur pourra atteindre 300 fr., 
seront décernées aux lauréats de chaque concours. 


eq mms 


CONDITIONS GÉNÉRALES 


Les ouvrages envoyés âces concours devront être adressés 
(/rancs de port) au Secrétaire-Général de l’Académie, et lui 
parvenir avant le {er juin 1903. Ils porteront, en tête, une 
épigraphe ou devise qui sera reproduite sur un billet cacheté, 
contenant le nom et l’adresse de l’auteur, et l'attestation que 
le travail n’a pas été présenté à un autre concours. Ces bil- 
lets ne seroat ouverts que s'ils appartiennent à des ouvrages 
méritant un prix, une mention honorable ou un encourage- 
ment ; les autres seront brûlés. 

Les concurrents ne doivent se faire connaitre ni directe- 
ment, ni indirectement. 

Les ouvrages inédits sont seuls admis. 

Les Membres de l'Académie, résidents et honoraires, ne 
peuvent pas concourir. 

L'Académie ne rendra aucun des ouvrages qui lui auront 
été adressés. 

= Fait et arrété en séance, le 13 juin 1902. 


Le Secrétaire-Général, Le Président, 


Vicror BARBIER, Baron CAVROIS, 


ee ————— 


LISTE 


des 


MEMBRES TITULAIRES, HONORAIRES & CORRESPONDANTS 


de l’Académie d'Arras. 


MEMBRES DU BUREAU 


Président : 


. CAVROIS DE SATERNAULT {le baron), G. O. %, C. +, 
Docteur en Droit. 


= 


Chancelier : 
M. L. VizrarT, Avocat. 
Vice-Chancelier : 
M. Eug. CARLIER, %, ©. 
Secrétaire-Général : 


M. V. BanBier, O. @, Président de la Commission des 
Monuments historiques el de l’Union Artistique du 
Pas-de-Calais. 


Secrétaire- Adjoint : 
M. G. AcREMANT, Membre de la Comimission des Monu- 
ments historiques. 
Archioiste : 
M. G. DE HAUTECLOCQUE (le comte), Licencié en Droit. 
Bibliothécaire : 


M. Aug. Wicquor, 0. @, Licencié ës-Lettres, Bibliothé- 
caire de la Ville. 


me ESS 


10 
11 


— 459 — 


MEMBRES TITULAIRES 


Par ordre de nomination. 


MM. 


. SENS, æ, C. +, O. @, ancien Député(1860). 
. PAcNouL, %&. O. @, Directeur honoraire de la Station 


agronomique du Pas-de-Calais (1864). 


. P. LEcEsnE, g, O. @, Docteur en Droit, Conseiller 


honoraire de Préfecture, Président honoraire de 
la Commission des Monuments historiques (1871). 


. G. DE HAUTECLOCQUE (le comte), Licencié en Droit 


(1871). 


. CAVROIS DE SATERNAULT {le baron), G. O. *k, C. #, 


Docteur en Droit, ancien Auditeur au Conseil 
d'Etat (1876). 


. RICOUART, %, O. @, ancien Adjoint au Maire d'Arras 


(1879). 


. Wicquor, O. @, Licencié ès-Lettres, Bibliothécaire 


de la Ville (1879). 


. J. GuUÉRARD, &, Président honoraire du Tribunal civil 


(1879). 


. Em. Perir, %, Président du Tribunal civil (1883). 


J. Lezoup, &, O. ©, Conseiller général (1884). 
P. LarocHE, Directeur de l'Imprimerie du Pas-de- 
Calais (1884). 
V. BARBIER, O. @, Président de la Commission des 
Monuments historiques et de l’Union Artistique du 
Pas-de-Calais (1887). 


13. 
14. 


15. 
16. 
17. 


18. 


19. 


20. 
21. 
22. 
23. 


24. 
25. 


26. 
27. 
28. 


29. 
30. 


— 460 — 
MM. 
C. RonarT (l’Abbé\, +, Docteur en Théologie (1887. 
E. CaRLIER, %, ©, Inspecteur du Service des 
cnfanis assistés (1388). 
L. ViLTanT, Avocat (1899). 
L. RAMBURE {l'Abbé), Licencié ès-Lettres (1893). 
I. HEervin (l'Abbé), Vicaire-général, Aumônier du 
Saint-Sacrement (1893). 
L. Durcor (l'Abbé), Licencié ès-Lettres, Doyen de 
Saint-Nicolas (1895). 
G. ACREMANT, Membre de la Commission des Monu- 
ments historiques (1895). 
F. BLonneL, *F, Ingénieur civil (1895). 
H. BouLANGÉ, ancien Officier de marine (1897). 
l. ALAYRAC, %, Ingénieur des Mines (1897). 
DELAïR (le Colonel), C. #, O0. @, O. +, Licencié ès- 
Sciences mathématiques (1898). 
A. BrocHarT, Avocat (1898). 
L. Douscer (Mgr), Prélat de la Maison de sa Sainteté 
(1898). 
J. Viseur, &, Sénateur du Pas-de-Calais (1899). 
J, Paris, Docteur en Droit, Avocat (1899). 
J. CHAvANON, @, Archiviste du département du 
Pas-de-Calais (1900). 
B. LESUEUR DE MoRIAMÉ, @ (1900). 
A. CAVROIS DE SATERNAULT (le Baron), Licencié ès- 
Sciences, Docteur en Droit (1902). 


2 ADI — 


MEMBRES HONORAIRES 


Par ordre de nomination. 


Les lettres À. R. indiquent un ancien membre titulaire ou résidant. 


MM.CAMINADE DE CASTRES, O0. &, ancien Directeur des 

Contributions indirectes, à Paris, À. R. (1870). 

Comnce, Ingénieur des Mines, à Paris, A. R. (1870). 

PAILLARD, C. %, ancien Préfet du Pas-de-Calais (1875). 

J.-M. RicHaArD, @, ancien Archiviste du Pas-de- 
Calais, à Laval, À. R. (1879). 

Jules BRETON, C. %, Membre de l'Institut (1887). 

Louis NoeL, #, Statuaire (1887). 

H. TRANNIN, O. @, Docteur ès-Sciences, A. R. (1891). 

ALAPETITE, O. #, Préfet du Rhône (1891). 

DEporTER (l'Abbé), Doyen de Laventie, ancien 
Vicaire-Général, À. r. (1893). 

G. LELEUXx (l'Abbé), Aumônier à Lille, ancien Vicaire- 
Général, À. R. (1893). 

A. GuEsxON, 0. @, Professeur honoraire de l’Uni- 
versilé, à Paris, À. R. (1881). 

J. Finor, O. @, Archiviste du département du 
Nord, à Lille (1895). 

STROHL (le général), C. *, à Paris (1896). 

S. G. Mgr Wizziez, #, Evêque d'Arras (1896). 

Boucry, @, Professeur de rhétorique au Collège 
d'Arras, À. R. (1898). 


— 462 — 


MM.S. G. Mgr DERaMEcOURT, Evèque de Soissons, À. R. 
(1898). 
SENART, Membre de l’Institut, à Paris (1898). 
Michel BRÉAL, Membre de l'Institut, à Paris (1898. 
BARBIER DE MEYNaART, Membre de I 'Instilut, à Paris 
(1898). 


— 463 — 


MEMBRES CORRESPONDANTS 


Par ordre de nomination. 


MM. MaiResse, Ingénieur, à Paris (1857). 

J. PÉRIN, Avocat, Archivisie-Paléographe, à Paris 
(1859). 

Fr. Ficon, %, O. @, Directeur honoraire de l’école 
Lavoisier, à Paris (1860). 

Léon VAILLANT, *%, Professeur au Muséum, à Paris 
(1861). 

V. CANET, O0. @, Professeur honoraire à la Faculté 
libre des Lettres de Lille, à Castres (1864). 

H. GazLEAU, Homme de lettres, à Esbly (1869). 

BoucriarT, C. *#, Président de Chambre à la Cour 
des Comptes (1872). 

Draman», Conseiller à la Cour d'appel de Limoges 
(1872). 

GouELLAIN, GC. "k, @, Membre de la Commission 
des Antiquités départementales, à Rouen (1373). 

Félix LE SERGEANT DE MONNECOvE, %, Lauréat de 
l’Académie, à Paris (1874). 

DE CALONNE (le baron), à Buire-le-Sec (1874). 

Vos (le chanoine), Archiviste de la Cathédrale de 
Tournai (1875). 


ABLE — 


MM. Ch. »'HÉricounr (le comte) #, Consul de France, à 
Leipsig (1876). 

Em. TRAvERS, Archiviste-Paléographe, à Caen (1876). 

Fréd. Moreau père, #, à Paris (1877). 

Hucor (Eugène), Secrétaire adjoint des Comités des 
Sociétés savantes près le ministère de l'Instruc- 
tion publique à Paris (1877). 

HEUGUEBART (l'Abbé), curé de Lambres (1878). 

G. FAGNiez, Directeur de la Revue historique, à Paris 
(1878). 

J.-G. BuLcior, #, O. @, Président de la Société 
Eduenne, à Autun (1879). 

DELVIGNE (le chanoiue), à Bruxelles (1881). 

Gustave Coin, Artiste peintre, à Paris (1881). 

MarTEL, ancien Principal du collège de Boulogne- 
sur-Mer (1881). 

P. Fournier, Professeur à la Faculté de Droit, à 
Grenoble (1881). 

LErFEBvRE (l'abbé), Aumônier à Doullens (1882). 

RuriN, @, Président de la Société Archéologique 
de la Corrèze, à Brives (1882). 

PAGARD D'HERMANSART, à St-Omer (1883). 

Gabriel De BEUGNY D'HAGERUE, à Aire (1884). 

Ernest MATTHIEU, Avocat, Secrétaire du Cercle 
archéologique, à Enghien (Belgique) (1884). 

Quinion-HuserT, ancien Magistrat, à Douai (1884). 

Rod. DE BRANDT DE GALAMETZ (le comte), à Abbeville 
(1885). 

Robert DE GUYENCOURT, ancien Président des Anti- 
quaires de Picardie, à Amiens (1888). 

Bover, Archiviste à Montbéliard (1888). 


M'ie 


MM. 


Mec 


Mie 


27", 


— 465 — 
Re “ . mnt L 119 


. Massy, OQ, Répétitour ÉD au D dè Douai 
(1890) - | 

Georges BARBIER, Avocat à la ue d'Appel de 
Paris (1891). 

LeuripAN (l'Abbé), Bibliothécaire de l'Université 
catholique de Lille (1891).' 

Jenny Fonratws, Attiste peinte, à Paris (1892). ‘ 

Dicarn, ancien élève dé l’école des Chartes et de 
l’école de Rome (1892). | 

Harpuin DE GRosvizze, Président honoraire au 
Tribunal civil de Laon (1893). 

MENCHE DE Loisne (le comte), château de Beaulieu- 
lez-Busnes (1894). | 

Edmond Enwonr, Archévloguë à Saint-Pol (1896). 

Henri Porez, Agrégé des Lettres, à Douai (1896). 

BLep (l'Abbé), Président de la Société des Antiquaires 
de la \Morinie, à Saint-Omer (1897). 

René Brissy, @, Publiciste, Rénovateur des Rosati, à 
Paris (1897). 

Charles Leconte, Président du Tribunal, chef du 
Service judiciaire, à la Nouvelle-Calédonie (1897). 

Florent LEcLERcQ, château de Beauvoir (P.-de-C.) 

(1897). 

Edouard Noez, Homme de Lettres, Paris (1898). 

Alfred de Pursieux, Membre des Antiquaires de 
Picardie, Amiens (1898). 

LECIGNE (l'Abbé), Docteur ès-Lettres, Professeur à 
la Faculté libre des Lettres de Lille (1898). 

QuarRÉ-REYBOURBON, O. €), à Lille (1898). 

FRESNAYE, à Marenla (Pas-de-Calais) (1898). 

G. Macon, Conservateur du Musée Condé, à Chantilly 


(1899). . 


— 486 — 


MM. Francis TATTEGRAIN, à Berck (1899). 
DE BoISLECOMTE (le vicomte), au château de Mondé- 
tour, par Morgny (Seine-[nférieure) (1899). 
José-I[gnatio VaLENTI (dom), à Palma (Espagne) (1900:. 
BERGER Rupozr, à Berlin (1900). 
WiLLox (l’abbé), curé de Brebières (1900). 
PLancouarp, à Berck-sur-Mer (1900). 
M°° Marie-Madeleine CarLiEr, à Croisilles (1900) 
MM.R. RopiÈère, à Montreuil-sur-Mer (1901). 
Frans, à Hénin-Liétard (1901). 
DE LHOMEL, à Montreuil-sur-Mer (1901). 
Dauer, Archiviste paléographe à Paris (1901). 
M°®°: BLANCHAT, Slatuaire à Paris (1901). 
MESUREUR, à Paris (1901). 
M. Paul Trerny, Archiviste-Paléographe, à Siracourt 
(1901). 


— 267 — 


SOCIÉTÉS SAVANTES 


avec lesquelles l'Académie échange ses publications. 


FRANCE : 


Abbeville. — Société d'Emulation. 
— Société des Conférences scientifiques de la 
ville d’Abbeville et du Ponthieu. 
Aire-sur-la-Lys. — Bibliothèque communale. 
Amiens. — Société des Antiquaires de Picardie. 
— Société Linnéenne du Nord de la France. 
— Académie d'Amiens. 
Angers, — Société d'agriculture, sciences et arts. 
— Société industrielle d'Angers et du départe- 
ment de Maine-et-Loire. 
Annecy. — Société Florimontane d'Annecy. 
Autun. — Société Eduenne. 
Auzerre. — Société des Sciences historiques et naturelles 
de l'Yonne. 
Avesnes (Nord). — Société archéologique de l’arrondis- 
sement d'Avesnes. 
Beauvais. — Société académique d'archéologie, sciences: 
et arts du déparlement de l'Oise. 
Besançon. — Académie de Besançon. 
Béthune. — Bibliothèque communale. 
Béziers. — Société archéologique, scientifique et littéraire. 
Bordeaux. — Académie des sciences, belles-lettres et ait 
Boulogne-sur-Mer. — Société académique. 


— 468 — 


Brives. — Sociélé scientifique, historique et archéolo- 
gique de la Corrèze. 
Caen. — Société des Antiquaires de Normandie. 
— Académie nationale des sciences, arts et belles- 
lettres. 
— Société d'agriculture et de commerce de Nor- 
 mandie | 
— Sociélé française d'archéologie pour la conser- 
valion des monuments historiques. 
Calais, — Bibliothèque communale. 
Cambrai. — Société d'Emulatinn. 
— se communale. 
Chalons-sur-Marne. — Société d'agricullure, commerce, 
. sciences et arts de la Marne. 

Chambéry. — Académie des sciences, Leilséielees 
et arts de la Savoie. na. 
Clermont-Ferrand. — Académie des sciences. beHes- 

lettres et aris. di 
Compiigne. — Société historique de Compiègne. 
Dijon. — Académie. 
Douai. — Société d erculiurs sciences et arts ‘du 
département du Nord, 
Dunkergue. — Société Dunkerquoise pour No 
ment des sciences, letires et arts. 
Grenoble. — Académie Delphinalle 
Hävre (le). — Société Havraise d’études diverses 
Hesdin. — Bibliothèque communale. : 
Laon. — Société académique. 
Lille. — Société des sciences, de l’agriculture et des aris 
. Bibliothèque communale. | 
— Commission historique du dép' du Nord. 
— Sociéte archéologique du Nord. 


— 469 — 


— Archives générales du département du Nord. 
— Bibliothèque des Facultés libres, 60, boulevard 
Vauban. 
Limoges. — Société archéologique et historique du 
Limousin. 


Lons-le-Saunier. — Société d'émulation du Jura. 
Lyon. — Société littéraire. 
_— Bullelin historique du diocèse de Lyon, place 
Fourvière. 
Macon. — Société d'histoire naturelle, 3, Place St-Pierre. 
Mans (le). — Société d'agriculture, seiences et arts du 
département de la Sarthe. 
Marseille. — Société de statistique. 
Mende. — Société d’agrieulture du dép' de la Lozère. 
Montpellier. — Société académique. 
Nantes. -- Société des sciences naturelles de l’ouest de 
la France. 
Nîmes, — Académie de Nimes. 
Orléans. — Société archéologique et historique de 
l'Orléanais. 
Paris. — Ministère de l’Iastruction publique. 
— Société d'anthropologie. 
— Comité des travaux historiques et scientifiques. 
= Société nationale d'agriculture de France. 
— Société des Antiquaires de France. 
— Association scientifique de France. 
— Société protectrice des animaux. 
— Société de l’histoire de France. 
— Bibliothèque Mazarine. 
_ Institut nalional de France. 
— Bibliothèque de la Sorbonne. 
_ Bibliothèque de l’école des Chartes. 


— 47) — 


— Bibliothèque de la ville de Paris. 
— Bibliothèque Ste-Geneviève. 
— Société d'archéologie et de numismatique. 
— Musée Guimet. 
— Argus des revues, 14 rue Drouot. 
— Société française de nunismatique, à la Sorbonoe. 
Perpignan. — Sociélé agricole, scientifique. littéraire des 
Pyrénées-Orientales. 
Poitiers. — Société des antiquaires de l'Ouest. 
Puy (le). — Société d'agriculture, sciences, arts et com- 
merce. 
Reims. — Académie. 
Roubair, — Bibliothèque communale. 
— Société d'Emulalion. 
St-Etienne. — Société d'agriculture, industrie, sciences 
et arts du dép' de la Loire. 
St-Omer, — Bibliothèque communale. 
— Société des Antiquaires de la Morinie. 
St-Pol. — Bibliothèque communale. 
St-Quentin. — Société académique. 
Saintes. — Sociélé des archives historiques de la Sain- 
_tonge et de l'Aunis. 
Sens. — Société archéologique. 
Soissons. — Société archéologique, scientifique et his- 


torique. 
Toulon. — Académie du Var. 
Toulouse. — Académie des sciences, inscriptions et 


belles-lettres. 
— Académie des jeux floraux. 
— Société d'agriculture de la Haute-Garonne. 
Tours. — Société française d'archéologie. 
Troyes. — Société académique d'agriculture, sciences, 
arts et belles lettres du dép' de l'Aube. 


— 471 — 


Valence. — Bulletin d'histoire ecclésiastique et d'archéo- 
logie religieuse des diocèses de Valence, 
Gap,Grenobleet Viviers,à Romans (Drôme). 

Valenciennes. — Société d'agriculture, sciences et arts. 

Verdun. — Société philomatique. 

Versailles. — Société des sciences morales, des lettres et 
des arts du dép‘ de Seine-et-Oise. 


ÉTRANGER : 


Anvers. — Académie d'archéologie. 
Bruxelles. — Académie d'archéologie de Belgique. 

— Académie royale des sciences, des lettres 

et des beaux-arts de Belgique. 

— Société d'archéologie de Bruxelles. 
Chicago. — The Chicago Academy of sciences. 
Christiania. — Bibliothèque de l'Université royale. 
Colmar. — Société d'histoire naturelle. 

Columbus-Ohio. — The Ohio State University. Colombus 
Ohio America. 

Enghien (Belgique). — Cercle archéologique d'Enghien. 

Gand. — Cercle archéologique et historique. 

— Société d'histoire et d'archéologie de Gand. 

Giessen. — Oberhessische Gesellschaft für Natur und 
Heilkunde. 

Liège. — Société libre d’Emulation. 

Louvain. — Bibliothèque de l'Université de Louvain. 

Madison. — The Wisconsin Atademy. — Madison, Wis., 
U. S. A. 

Manchester. — The Manchester lilerary and philosophical 
Society. 

Haredsous. — Société Bénédictine de l’abbaye de Mared- 
sous (Belgique). 


— 479 — 


Montevideo. == Anales del Museo Nacional. — Montevideo, 
Uruguay. | 

Munich (Bavière). — Monats-Berichte. 

St-Lowis (Missouri). — The Director of Missouri Botanical 
Garden. — St-Louis (Missouri), America. 

Tournai. — Société historique et littéraire. 

Upsale. — Kongl. Universitets-Biblioteket i Upsala. 

Washington. — Smithsonian Institution. 


TABLE DES MATIÈRES 


I. — Lectures faites dans les séances hebipmadaires. 


Le Maréchal de Lévis, Gouverneur général de l’Artois 
(1765-1787), par M. le Comte de G. de HAUTECLOCQUE, 
membre résidant ..... RS 

Le Cartulaire de l’Evéché d'Arras, manuscrit du 

XIIIe siècle avec addition jusqu'au milieu du 
XVIe,analyséchronologiquement par M. A. Guesnon. 
Situation météorologique de la région d'Arras, par 


M. PacnouL, membre résidant ...... I 
Matière et Energie, par M. F. BLonnez, membre 
rOSidANlss 4 ones side ni nus 


Une Condamnation à mort par Contumace en 1789, 
par M. Roger Ronière, membre correspondant... 
Mme Gustave Mesureur (Amélie Dewailly), par 
M. L. VILTART, vice-chancelier.....,.,..,,.,,..,.. 
Note sur deux Volets de Triptyque représentant des 
chanoines de la Diennée, par le Baron Alexandre 


Cavrois, membre résidant....,..,......,.. sta 
Fête jubilaire de M. l'Abbé Rohart, à l’Académie 
d'Arras, 20 décembre 1901......... cer 


I. — Séance publique du 24 juillet 1902. 


Discours d’ouverture,par M. le Baron Cavrois,président 
Rapport sur les Travaux de l’année, par M. Victor 
BARBIER, secrétaire général........,,,.,....,..., 


Pages 


379 


392 


409 


— 474 — 


Rapport sur le prix Braquehay, par M. CHavanon, 
membre résidant...................... arte : 
Rapport sur le Concours d'histoire, par M. l'abbé 

DurLor, membre résidant........................ 
Rapport sur leConcours des Beaux-Arts, par M. Léonce 
VILTART, Chancelier .................... Sion 
Rapport sur le Concours de Poésie, par M. Jean Paris, 
membre résidant ........,..,..,.... acer e 
Lauréats des concours pour 1902....,......... de 
Sujets mis au concours pour 1903 ............... Se 
Liste des Membres titulaires, honoraires et correspon- 
dants de l’Académie d’Arras........,...... us 
Sociétés savantes avec lesquelles l’Académie échange 
ses publications......................... riad 


419 


424 


433 


—, 


y 


EU 


44 100 904